Valvins au fil des mois

Toute l’actualitĂ© du Valvins d’hier et d’aujourd’hui au fil des mois.

Les membres de l’Association des Amis du MusĂ©e StĂ©phane MallarmĂ© sont invitĂ©s Ă  proposer un thème de rencontre et d’Ă©changes pour chaque mois de l’annĂ©e.

Valvins en automne

Vue de la fenêtre de la chambre du poète © Yvan Bourhis.

Valvins en octobre

Vendredi 9 octobre 1896.

Nous partons pour passer encore huit jours Ă  Valvins oĂą nous arrivons par une pluie battante. Nous retrouvons avec plaisir la famille MallarmĂ©, mais je crois que nous ne resterons pas longtemps entre l’eau de la rivière et du ciel, c’est un peu lugubre

Journal de Julie Manet

Mardi 13 octobre 1895

Nous quittons Valvins oĂą l’on vit sous l’eau et nous ne regrettons pas notre petite case humide mais nous sommes ennuyĂ©es de laisser la famille MallarmĂ©, Mme MallarmĂ© est très souffrante depuis trois jours. Geneviève paraĂ®t dĂ©solĂ©e, elle a mĂŞme pleurĂ© avec nous. Qu’elle est gentille pour sa mère, elle la soigne non seulement d’une façon extraordinaire mais la distrait, elle est toujours souriante et aimable.

En arrivant rue de Villejust nous trouvons Tante Edma, Jeanne et Blanche qui sont rentrées depuis la veille.

Journal de Julie Manet

12 octobre 2014 : Valvins et Samois, une rencontre en poĂ©sie

Valvins en septembre

le 9 septembre 1898, la mort de MallarmĂ©
Cipa Godebski et son Ă©pouse Ida, ThadĂ©e Natanson et MisiaRenoiraprès l’enterrement de MallarmĂ©

La mort de MallarmĂ©, journal de Julie Manet
Pierre Auguste Renoir â€“ Portrait de Julie Manet

Samedi 10 septembre 1898


 Â» Oh ! quelle terrible chose ! une dĂ©pĂŞche nous apprend la mort de M. MallarmĂ©, est-ce possible, qu’a-t-il pu avoir, c’est affreux ! Pauvre Mme MallarmĂ© ! Pauvre Geneviève ! Ah ! que la mort de ce grand ami de papa et de maman, qu’ils avaient nommĂ© mon tuteur, me rend malheureuse ! Il Ă©tait charmant pour nous , il nous appelait « les enfants « d’une façon si paternelle. Il me rappelait ces soirĂ©es du jeudi, si dĂ©licieuses, Ă  la maison. Que c’est atroce de penser que cet homme que nous avons encore vu si bien portant en juillet est maintenant disparu. C’est terrible la mort. M. Renoir est bien Ă©motionnĂ© en apprenant cette horrible nouvelle. Il part avec nous ce soir pour Valvins. Nous allons coucher Ă  Troyes. « .

Dimanche 11 septembre 1898


« Nous arrivons Ă  Valvins vers 2 heures. Que c’est pĂ©nible de descendre de ce chemin au bord de la Seine vers ce petit coin, on ne peut pas ne pas penser que celui qu’on pleure n’y est plus. Le bateau paraĂ®t solitaire, son bateau qu’il aimait tant et qui me rappelle une première promenade faite dedans en 1887 avec maman et papa qui demande Ă  M. MallarmĂ© s’il n’avait jamais rien Ă©crit sur son bateau. Non, rĂ©pondit-il en jetant un regard sur sa voile, je laisse cette grande page blanche Â». Je me sens le coeur bien gros en entrant dans ce petit jardin, en montant l’escalier et en voyant ces deux malheureuses femmes, qu’elles sont Ă  plaindre, comment les soulager, on ne peut que pleurer avec elles. Ah ! cette pauvre Geneviève quelle vie elle a ! C’est horrible de voir ce charmant intĂ©rieur sans M. MallarmĂ©, et au lieu de l’entendre causer dans ce jardin sous le marronnier que Geneviève planta Ă©tant petit, d’y voir son cercueil ; c’est atroce ! Ah ! penser que nous n’entendrons plus jamais cette voix douce ! Il avait une façon si affectueuse de dire « maman  Â» lorsqu’il me parlait d’elle. C’est lui que papa avait nommĂ© mon tuteur, c’est lui et M. Renoir les deux grands amis de papa et de maman. Ils Ă©taient charmants Ă  voir ensemble . Certes, je ne me doutais pas cet hiver que nous jouissions de leurs conversations rĂ©unies pour la dernière fois. Homme de lettres et paysans avec lesquels MallarmĂ© Ă©tait si gentil,, se trouvent rĂ©unis en grand nombre dans le jardin pour suivre cet enterrement si particulièrement navrant et on sent la douleur peinte sur tous les visages. La cĂ©rĂ©monie Ă  l’église de Samoreau est très simple et très bien. Le cimetière qui longe la Seine et regarde cette forĂŞt que M. MallarmĂ© aimait tant, oĂą il est dĂ©posĂ© prĂ©s de son fils qu’il a perdu tout jeune ; Roujon prononce en tremblant quelques paroles au nom des vieux ; Catulle Mendès, Dierx, Mars, etc., pleines de simplicitĂ© sur le caractère de son ami, en faisant ressentir toute la douceur ; il arrache des larmes Ă  tous en disant comment, lorsque dans les moments difficiles de la vie on avait recours Ă  lui, vous promettant son aide,  Â» il vous tendait sa main amie en abaissant ses paupières sur ses grands yeux d’enfants « . Quel portrait juste et discret, comme M. MallarmĂ© aurait voulu qu’il soit. Paul ValĂ©ry prend ensuite la parole au nom des jeunes; mais il est tellement Ă©motionnĂ© qu’il ne peut continuer et l’on sort du petit cimetière en sanglotant avec Geneviève.

C’est peut-être encore ce qu’il y a de moins horrible le jour où tous les amis viennent vous embrasser et pleurer avec vous; mais ce qui est terrible, c’est de voir la vie reprendre son cours comme si personne n’avait disparu et peu à peu l’éloignement de l’époque où l’on vivait avec ceux qu’on pleure. Que c’est lugubre ce soir lorsque tout le monde est parti, de ne plus trouver ici que ces deux femmes seules qui désormais seront sans celui pour lequel elles étaient. Nous dînons avec elles et je nous revois à cette même table le 24 juillet avec celui que nous nous attendons à chaque instant à apercevoir entrant par une porte disant une jolie phrase. Tout est lui ici. Valvins a perdu son âme.

Lundi 12 septembre 1898

Nous avons couchĂ© chez Mlle Hubert et y resterons encore jusqu’à demain pour ne pas abandonner trop vite cette malheureuse amie et pauvre mère. Que pourrait-on faire pour leur rendre la vie moins triste? vraiment je ne sais pas. Rester seules ici, c’est lugubre; quitter ces chers souvenirs c’est encore plus dur. Nous leur demandons de venir Ă  Essoyes mais elles ne s’y dĂ©cideront pas. Ah, je suis bien navrĂ©e! Je ne comprends rien Ă  cette maladie de la gorge qui a enlevĂ© cet homme si fort en trois jours, il a commencĂ© Ă  souffrir mardi soir et est mort vendredi Ă  11h dans un spasme Ă©pouvantable. Il a eu trois de ces crises et après la première il a dit Ă  Geneviève : « Est-ce que je ne pourrais pas rester dans une chose comme cela? Â» Il a dĂ» sentir qu’il s’en allait car Geneviève vient de trouver sur son bureau une enveloppe sur laquelle est Ă©crit : « Recommandations quand Ă  mes  papiers Â», mais rien dedans. Par quelles souffrances il a dĂ» passer, quelle angoisse en songeant qu’il laissait sa femme et sa fille seules et ses Ĺ“uvres auxquelles il travaillait tant, inachevĂ©es!

Nous passons la journée avec Mme Mallarmé qui, chose extraordinaire, va presque mieux qu’à l’ordinaire et Geneviève qui à une mine épouvantable. Je déplore qu’elle ne soit pas mariée, maintenant cela sera probablement bien plus difficile. Pouvait-on prévoir que M. Mallarmé s’en irait à 56 ans? Ah non, jamais je n’avais pensé à sa disparition, je le voyais vivant très vieux. Quelle mort terrible.

8 septembre 2024 : 126e anniversaire de la mort de MallarmĂ©

Un Ă©tĂ© Ă  Valvins

Valvins en août

Mardi 18 août 1896

Nous sommes allées chercher Miss Vos à la gare (de Vulaines), après quoi Jeannie et moi avons pris un bain de petits poissons autour du bateau de M. Mallarmé, cela parait un bain pour rire après les bains de mer; ce n’est pas assez bien pour faire des études de natation. Il n’y a plus de radeau; j’étais arrivée à y aller une fois, j’aurais voulu recommencer. J’ai éprouvé une sensation assez désagréable étant debout dans l’eau sans toucher le fond; mais très agréable pour arriver à ce fameux radeau qui, pendant la saison de bains, était notre ambition : y arriver.

(Journal de Julie Manet)

10 aoĂ»t 2024, Valvins et le Bel-Ebat

Valvins en juillet
Le dimanche 24 juillet 1898 dans le journal de Julie Manet

Nous passons la journĂ©e Ă  Valvins avec les MallarmĂ© qui nous reçoivent avec leur gentillesse habituelle et nous Ă©prouvons un vif plaisir Ă  les voir. Monsieur MallarmĂ© nous promène en barque sur la Seine qui est dĂ©licieuse, nous rentrons pour prendre le thĂ© dans le jardinet tout fleuri de roses trĂ©mières; trois d’un jolis rose nous reprĂ©sente, dit Monsieur MallarmĂ©.

Extrait du journal de Julie Manet.

Le jardin Ă  l’Ă©poque de MallarmĂ©

Le jardinage est l’un des grands plaisirs de StĂ©phane MallarmĂ© lorsqu’il sĂ©journe Ă  Valvins : « tous les matins », il se promène avec le sĂ©cateur, sabots aux pieds, pour « faire leur toilette aux fleurs avant la [sienne] ».

En savoir plus : https://www.musee-mallarme.fr/fr/le-jardin-lepoque-de-mallarme

13 juillet 2024, rencontre des amis du musée Stéphane Mallarmé

Voir aussi

Publié par Michaël VINSON

Poëte et Créateur Culturel Pays de Fontainebleau & Carladez : Art, Culture et Territoires Pour une Poëtique de la Vie

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