Le Carrefour des Demoiselles

  1. Le poème
  2. Documentation aimablement fournie par Anne Borrel
  3. Henri Cazalis
  4. Partie de campagne à Fontainebleau
  5. Mallarmé et Fontainebleau, une exposition au Musée Mallarmé à Vulaines-sur-Seine
Le poème

LE CARREFOUR DES DEMOISELLES
ou
L’Absence du Lancier
ou
Le Triomphe de la Prévoyance

Fait en collaboration avec les
Oiseaux, les Pâtés, les Fraises et les Arbres

Par :

Stéphane Mallarmé
Emmanuel des Essarts

Air
« Il Ă©tait un petit navire
Qui n’avait jamais naviguĂ©. Â»

C’était une illustre partie
De gens bien vêtus et bien nés

Neuf Parisiens sans apathie
Intelligents et vaccinés.

Quoique l’on fut mélancolique
_ Il y eu manKate et le lancier
_
On mit sur un granit celtique
Un anathème à l’épicier.

Tous gambadaient comme des chèvres
De bloc en bloc, de roc en roc.

Les mots mazurkaient sur les lèvres
TantĂ´t tic-tac, tantĂ´t toc-toc

Pour l’aspic et pour la vipère
On ménageait de l’alcali,

On ne rencontra qu’un notaire
Qui, tout jeune, était bien joli.

Là Denecourt, le Siècle en poche,
Dispensateur du vert laurier,

A peint en noir sur une roche :
« Repos du Poète ouvrier. Â»

Voici l’émerveillante liste
Léguée à la postérité

De cette bande fantaisiste
Bien peu dans sa majorité :

Un jeune baby d’espérance
Que parmi les sombres halliers,

D’un œil d’amour couvait la France
Comme l’enfant des chevaliers;

D’aimables mères de famille
Qui se réjouissaient de voir

Du soleil aux yeux de leurs filles
Et des messieurs Sens habit noir;

Fort mal noté par les gendarmes
Le garibaldien Mallarmé

Ayant encore plus d’arts que d’armes
Semblait un Jud très-alarmé;

Ettie, en patois Henriette,
Plus agile que feu Guignol,

Voltigeait comme une ariette
Dans le gosier d’un rossignol;

Dans le sein de cette algarade
S’ydilisait le Cazalis,

Qui, comme un chaste camarade,
Tutoyait l’azur et le lis;

Puis une Anglaise aux airs de reine
A qui Diane porte un toast,

Qu’Albion envoie à Suresne
Sous la bande du Morning-Post;

Piccolino, le coloriste
Qui pour parfumer nos vingt ans

Pille comme un vil herboriste
L’opulent écrin du printemps

Nina qui d’un geste extatique
Sur le dolmen et le men-hir

Semblait poser pour la Musique,
La musique de l’avenir;

Puis des Essarts Emmanuelle,
Le plus beau-det jeunes rimeurs

Offrait le fantasque modèle
D’un poète ayant gants et moeurs.

Mais Ponsard qui veut qu’on s’ennuie
Vint lui-mĂŞme installer aux Cieux

Le Théramène de la pluie,
Personnage silencieux.

Puis l’heure leur coupa les ailes
Et, tout boitant et s’accrochant

Du « Carrefour des Demoiselles Â»
On fit un lac en pleurnichant.

***

Documentation aimablement fournie par Anne Borrel

Henri Cazalis

Le 25 avril 1864, MallarmĂ© Ă©crit Ă  un ami : Voici une quinzaine que Marie (son Ă©pouse) est souffrante et j’ai tout lieu de croire qu’avant l’annĂ©e prochaine il y aura un petit poète entre nous deux. Je tremble Ă  cette idĂ©e que je pourrais ĂŞtre père, si j’allais avoir un imbĂ©cile dans ma vie ou un laideron. Oh horreur! Â»

L’ami Ă  qui est adressĂ© ce message est son confident, son frère spirituel, il s’appelle Henri Cazalis. StĂ©phane MallarmĂ© l’a connu lors d’une partie de campagne en forĂŞt de Fontainebleau, organisĂ©e par un jeune professeur du collège de Sens, Emmanuel des Essarts. Elle est restĂ©e cĂ©lèbre grâce au poème « Le Carrefour des Demoiselles Â» composĂ© après la promenade. Ancien condisciple d’Emmanuel, Henri Cazalis est poète, il fait des Ă©tudes de Droit puis deviendra mĂ©decin et se fera connaĂ®tre en littĂ©rature sous le nom de Jean Lahor. Ces deux jeunes gens et StĂ©phane MallarmĂ© formeront un trio indissociable.

Voir La naissance de Geneviève

Partie de campagne Ă  Fontainebleau

Mallarmé et Fontainebleau, une exposition au Musée Mallarmé à Vulaines-sur-Seine

Exposition au musée départemental Stéphane Mallarmé
« Le Carrefour des Demoiselles, ou l’absence du lancier, ou le triomphe de la prévoyance (ou Monsieur Mallarmé dans la forêt) »

Vernissage samedi 5 mai Ă  16h 2007

Le Conseil général de Seine-et-Marne propose, du 29 avril au 30 juillet 2007 au musée départemental Stéphane Mallarmé, une exposition consacrée au poème de Stéphane Mallarmé « Le Carrefour des Demoiselles ».
Cette exposition s’inscrit dans le cadre des manifestations organisĂ©es en Seine-et-Marne autour du thème de la forĂŞt de Fontainebleau, en Ă©cho Ă  l’exposition « la forĂŞt de Fontainebleau, un atelier grandeur nature», prĂ©sentĂ©e jusqu’au 5 mai 2007 au musĂ©e d’Orsay.

Le 11 mai 1862, Emmanuel des Essarts organise en forĂŞt de Fontainebleau, au lieu-dit le Carrefour des Demoiselles, une promenade Ă  laquelle participent StĂ©phane MallarmĂ© et plusieurs de ses amis de jeunesse. L’exposition Ă©voque le dĂ©roulement de cette journĂ©e, qui devait se rĂ©vĂ©ler marquante pour plusieurs de ces jeunes gens, et s’appuie sur la chanson en vers de mirliton (sur l’air de il Ă©tait un petit navire) rĂ©digĂ©e par MallarmĂ© et des Essarts pour en conserver le souvenir.

Dans un premier temps, cartes, plans et guides de l’époque accompagnés de photographies plus récentes rappellent l’histoire de ce secteur particulier de la forêt de Fontainebleau dont la toponymie évoque une moderne Carte du Tendre, propice aux escapades de jeunes gens en galante compagnie. Ensuite, peintures, gravures et publications illustrent la destinée des principaux protagonistes, liée plus ou moins longuement et fortement à celle de Mallarmé lui-même : la mort de Regnault à Buzenval après des débuts artistiques brillants, la carrière de médecin d’Henri Cazalis qui demeure poète sous le nom de Jean Lahor, celle de professeur d’Université d’Emmanuel des Essarts, le salon bohème de la fantasque Nina de Villard.

Le musée départemental Stéphane Mallarmé


De 1874 à sa mort en 1898, Stéphane Mallarmé a longtemps séjourné dans cette ancienne auberge devenue sa maison, qui fait face à la Seine et à la forêt de Fontainebleau. Aujourd’hui, le musée qui lui est consacré restitue le charme de cette villégiature à travers les meubles et les objets familiers du poète, sa bibliothèque, des œuvres de ses amis peintres et sculpteurs. Le beau jardin où Mallarmé aimait «faire la toilette des fleurs avant la sienne» contribue à l’agrément de ce lieu de mémoire.

Musée départemental Stéphane Mallarmé
4 promenade Stéphane Mallarmé
77870 Vulaines-sur-Seine

https://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/04/mallarm_et_font.html

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