Dans le jardin de Stéphane Mallarmé

https://www.parcsetjardins.fr/jardins/1010-jardin-du-musee-departemental-stephane-mallarme
  1. Dans le jardin, poème de Mallarmé
  2. Le jardin à l’époque de Mallarmé
    1. Du salon d’été au verger
    2. Le jardinage, une passion familiale
  3. Le jardin aujourd’hui
    1. Après la mort du poète
    2. L’entretien du jardin
    3. Le jardin recréé
      1. La cour
      2. Le jardin de derrière
    4. Une exaltation des sens
    5. Focus sur… Les pommiers
  4. Guide du Jardin

Dans le jardin, poème de Mallarmé

La jeune dame qui marche sur la pelouse
Devant l’été paré de pommes et d’appas,
Quand des heures Midi comblé jette les douze,
Dans cette plénitude arrêtant ses beaux pas,

A dit un jour, tragique abandonnée – épouse –
A la Mort séduisant son Poëte : « Trépas !
Tu mens. Ô vain climat nul ! je me sais jalouse
Du faux Éden que, triste, il n’habitera pas. »

Voilà pourquoi les fleurs profondes de la terre
L’aiment avec silence et savoir et mystère,
Tandis que dans leur coeur songe le pur pollen :

Et lui, lorsque la brise, ivre de ces délices,
Suspend encore un nom qui ravit les calices,
A voix faible, parfois, appelle bas : Ellen !

Stéphane Mallarmé

Le jardin à l’époque de Mallarmé

Le jardinage est l’un des grands plaisirs de Stéphane Mallarmé lorsqu’il séjourne à Valvins : « tous les matins », il se promène avec le sécateur, sabots aux pieds, pour « faire leur toilette aux fleurs avant la [sienne] ».

Je t’ai dit avoir tué les pucerons des rosiers avec de la nicotine infusée par moi. Tous les matins je me promène avec le sécateur et fais leur toilette aux fleurs, avant la mienne.

Lettre de Stéphane Mallarmé à sa fille Geneviève, 27 mai 1897

Du salon d’été au verger
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Julie Manet, Geneviève Mallarmé au jardin, aquarelle sur papier, 1899 ©Yvan Bourhis

À l’époque de Mallarmé, la cour du musée abrite un « jardinet tout fleuri de roses trémières » (journal de Julie Manet, 24 juillet 1898) qui sert de cadre au salon d’été. Ces dames s’y reposent, y brodent et y prennent le thé. Mallarmé y reçoit volontiers les amis de passage, sous le marronnier blanc qu’il a planté dans les années 1880 avec sa fille Geneviève. L’ombre que l’arbre procure est essentielle : le teint halé est en effet associé aux travaux des champs et à la paysannerie.

L’escalier de pierre qui permet d’accéder à l’appartement des Mallarmé est couvert de vigne vierge et de glycine.

De l’autre côté de la maison, un autre jardin, plus grand et plus sauvage, abrite un poulailler et quelques clapiers. Les habitants de la maison se le partagent. Ici, les plantes et les herbes potagères – dont des pommes de terre, du cerfeuil et du persil – s’épanouissent au milieu d’arbres fruitiers de plein vent, non loin des dahlias, des « soleils » (hélianthis), des pivoines, des rosiers… plantés et soigneusement entretenus par Mallarmé au fil des années.

J’ajoute que le petit marronnier monte trop haut et fait moins d’ombre ; et que j’hésite à le faire tailler, en feuilles, quand je ferai soigner, une heure ou deux, la vigne vierge. Ton avis, horticulteur Vève ?

Lettre de Stéphane Mallarmé à sa fille Geneviève, 7 mai 1896

Le jardinage, une passion familiale
Rosier Jacques Cartier
Rosier Jacques Cartier © Yvan Bourhis

Chaton, les iris masquent délicieusement le bas de la porte et, bientôt, bleuiront. (Lettre de Stéphane Mallarmé à sa fille Geneviève, 6 mai 1898)

Mallarmé s’exerce avec beaucoup de sérieux aux plaisirs du jardinage – même s’il apprécie les conseils de sa voisine et l’aide précieuse d’un ouvrier pour accomplir les « gros » travaux.

Lorsqu’il séjourne à Valvins sans sa femme et sa fille, restées à Paris, il leur donne des nouvelles du jardin. Sa correspondance abonde de détails sur ses activités, surtout à partir de 1896, et montre ainsi combien il aime jardiner. En plus de toiletter les fleurs chaque matin, il chasse les pucerons avec de la nicotine, sable les allées… Le jardin fait donc l’objet de tous les soins du poète, soucieux de le présenter en bon état à Geneviève, elle-même soucieuse de savoir dans quel état il se trouve, passé l’hiver.

Il me semble (…) que nous aurons, à l’arrivée, un jardin peu fleuri, malgré mes soins de cet automne. Ce doit être le manque d’arrosage par ce vent. (Lettre de Geneviève Mallarmé à son père, 13 mai 1896)

Non ton jardin s’annonce, beaucoup de petits soleils ; et mille plantes pointent, que tu as semées. Je voudrais que vous vissiez (…) les rosiers du mur qui éblouissent. (Réponse de Stéphane Mallarmé, 14 mai 1896)

Dans ses lettres, Mallarmé fait aussi état de ses dépenses et énumère les fleurs et les plantes qu’il achète pour étoffer les massifs : phlox, giroflées, chrysanthèmes, dahlias… Toutes ces plantes, entre deux et cinq sous : telles sont mes humbles folies. (4 mai 1898). Apparues avec timidité dans les jardins ruraux à partir du milieu du 19ème siècle, ces fleurs d’ornement étaient très appréciées à l’époque.

Demande à Madame Pubelier si mes roses trémières fleuriront. / Les roses trémières sont en feuilles et fleuriront.

Lettre de Geneviève à son père, 7 mai 1896 / Réponse de Mallarmé, 8 mai 1896

Source : https://www.musee-mallarme.fr/fr/le-jardin-lepoque-de-mallarme

Le jardin aujourd’hui

Aujourd’hui, le jardin du musée, recréé dans l’esprit du 19ème siècle, invite le visiteur à la rêverie sur les pas du poète.

Après la mort du poète

Après la mort de Stéphane Mallarmé en 1898, ses héritiers n’ont eu de cesse d’entretenir la maison et son jardin, jusqu’à leur achat en 1985 par le Conseil départemental de Seine-et-Marne.

Il a alors fallu remettre le jardin en état. Le projet a été confié à la paysagiste Florence Dollfus, qui a travaillé à la restitution d’un jardin proche de celui qu’avait connu Mallarmé.

Des photographies anciennes (même si elles ne sont pas antérieures aux années 1920), l’abondante correspondance du poète et de sa famille, les traces des anciennes allées, la configuration du terrain et les végétaux subsistants l’ont aidée à créer une évocation fidèle du jardin des années 1890.

Florence Dollfus s’est également inspirée des traités et catalogues de jardinage ainsi que de la peinture de la seconde moitié du 19ème siècle.

Le jardin était en effet l’un des motifs de prédilection des peintres impressionnistes, dont Mallarmé était l’ami et le défenseur. D’ailleurs, en septembre 1876, dans un article en anglais intitulé « The impressionists and Édouard Manet », le poète faisait du jardin la clé de voûte de leur œuvre : « ces artistes (…) trouvent leurs sujets près de chez eux, à quelques pas seulement, ou bien dans leurs propres jardins », comme Claude Monet à Giverny. Grâce à eux, le jardin mi-bourgeois mi-paysan du 19ème siècle, destiné à la récréation des yeux et faisant partie intégrante de la conception de la vie moderne, nous est devenu étonnamment familier !

L’entretien du jardin

Aujourd’hui, un jardinier faisant partie intégrante de l’équipe du musée continue à entretenir le jardin dans le respect fidèle du projet de Florence Dollfus, sans produits chimiques. Le jardin est entièrement bio !

Le jardin recréé
La cour

Pavée et gravillonnée, elle se présente comme un espace d’introduction à la maison, comme à l’époque de Mallarmé.

Le majestueux marronnier jadis planté par le poète et sa fille Geneviève, âgé de 150 ans, offre toujours son ombre protectrice aux visiteurs les jours d’été ensoleillés et abrite table et chaises pour des pauses rafraîchissantes.

De beaux rosiers et une petite glycine de Chine habillent la façade de la maison. L’escalier en pierre que les Mallarmé empruntaient pour entrer dans la maison est recouvert de vigne vierge.

Le jardin de derrière
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Narcisses des poètes © Yvan Bourhis

Derrière la maison, le « jardin de fleurs » et le verger, clos de murs, sont habités par de vieux arbres fruitiers et par des plantes citées dans les lettres que Mallarmé envoyait régulièrement à son épouse et sa fille : rosiers (grimpants et « à bâton »), roses trémières, phlox, pivoines, hélianthis (« soleils »), dahlias, iris…

Le plan adopté par Florence Dollfus se veut clair et régulier. Le jardin est ainsi structuré par des allées gravillonnées et des espaces carrés qui rappellent la forme des jardins de curé. Ils sont eux-mêmes délimités par des massifs d’apparence stricte à l’intérieur desquels narcisses, tulipes, pivoines, rosiers tiges, phlox, évoluent en toute liberté. Certains massifs abritent également des petits pommiers en cordon qui annoncent les grands arbres fruitiers du fond du jardin. En effet, plus l’on s’éloigne de la maison, plus le jardin devient sauvage : les fruitiers taillés en gobelet à droite de la grande allée cèdent la place à des arbres de plein vent d’une grande variété (pommiers, poiriers, cognassiers, cerisiers, mirabellier…). Le long du mur nord, hélianthis et roses trémières côtoient la vigne : le chasselas doré n’est pas sans rappeler celui, si réputé, du village de Thomery, tout proche.

Une exaltation des sens

Le jardin du musée invite les visiteurs à solliciter leurs sens. En plus des fruitiers qui régalent les gourmands, une cinquantaine de variétés de plantes à floraison s’épanouissent et offrent leurs belles couleurs au regard à chaque saison, du printemps à l’automne. Enfin, l’odorat est stimulé par certaines roses, le chèvrefeuille et les herbes aromatiques du potager pédagogique (sauge, thym, menthe, persil, basilic…).

Mallarmé, lui aussi, était très attentif à l’environnement, en particulier aux sons de la nature toute proche…

À l’instant, en fermant mes persiennes, ouï un concert où se mêlaient la chouette, un oiseau aquatique, les derniers rossignols et le chœur des grenouilles.

Lettre à Marie et Geneviève, 24 mai 1898

Focus sur… Les pommiers
Pommier Reinette blanche du Canada

Le jardin du musée a été planté de nombreux arbres fruitiers, majoritairement des pommiers. Leur présence rappelle l’importance de la culture des fruits dans la vallée de la Seine au 19ème siècle. À cette époque, la plupart des habitants de Vulaines-sur-Seine et des environs étaient vignerons ou petits cultivateurs, leur principale ressource étant la vente de fruits sur les étals des Halles parisiennes.

Aujourd’hui, le jardin est habité par des variétés qui existaient à l’époque de Mallarmé et qu’il a sans aucun doute connues, comme la Belle de Boskoop, la Calville Blanc, la Reine des reinettes, la Reinette blanche du Canada, la Reinette grise du Canada ou encore la Transparente Blanche.

En 2011, un pressoir à fruits a été installé dans le jardin. Depuis, il est utilisé chaque année pour des ateliers de fabrication de jus de pomme (un délice !) ouverts à tous. Pour connaître les dates, consultez l’agenda.

Source : https://www.musee-mallarme.fr/fr/le-jardin-aujourdhui

Guide du Jardin

Retrouvez-ici le guide du jardin, qui vous propose la liste la plus exhaustive possible de ses végétaux, ainsi que des détails techniques, historiques et anecdotiques. Il présente les arbres, arbustes, fruitiers, rosiers, fleurs et autres plantes présents dans la cour du musée et le jardin de derrière (fleuri et fruitier).

https://www.musee-mallarme.fr/fr/guide-du-jardin

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