Mallarmé et Monet

Lettre autographe signée de Claude Monet adressée à Stéphane Mallarmé, 12 octobre 1889, Giverny.

  1. Lettre à Mallarmé
    1. La Gloire
  2. Olympia de Manet
  3. Claude Monet à Fontainebleau
    1. Une merveilleuse journée d’été à la campagne

Lettre à Mallarmé

Monet décline l’offre du poète qui lui a proposé d’illustrer La Gloire extrait de son recueil de textes en prose intitulé Le Tiroir de laque (finalement publié sous le titre Pages, 1891) : « Il y a peut-être rien d’amour-propre mais vraiment dès que je veux faire la moindre chose avec des crayons cela est absurde et de nul intérêt, par conséquent indigne d’accompagner vos poèmes exquis ». Sans expérience dans le domaine, Cassat, Degas, Lewis-Brown et Morisot déclinèrent également l’offre.

La Gloire

« La Gloire ! je ne la sus qu’hier, irréfragable, et rien ne m’intéressera d’appelé par quelqu’un ainsi.

» Cent affiches s’assimilant l’or incompris des jours, trahison de la lettre, ont fui, comme à tous confins de la ville, mes yeux au ras de l’horizon par un départ sur le rail traînés avant de se recueillir dans l’abstruse fierté que donne une approche de forêt en son temps d’apothéose.

» Si discord parmi l’exaltation de l’heure, un cri faussa ce nom connu pour déployer la continuité de cimes tard évanouies, Fontainebleau, que je pensai, la glace du compartiment violentée, du poing aussi étreindre à la gorge l’interrupteur : Tais-toi ! ne divulgue pas du fait d’un aboi indifférent l’ombre ici insinuée dans mon esprit, aux portières de wagons battant sous un vent inspiré et égalitaire, les touristes omniprésents vomis. Une quiétude menteuse de riches bois suspend alentour quelque extraordinaire état d’illusion, que me réponds-tu ? qu’ils ont, ces voyageurs, pour ta gare aujourd’hui quitté la capitale, bon employé vociférateur par devoir et dont je n’attends, loin d’accaparer une ivresse à tous départie par les libéralités conjointes de la Nature et de l’État, rien qu’un silence prolongé le temps de m’isoler de la délégation urbaine vers l’extatique torpeur de ces feuillages là-bas trop immobilisés pour qu’une crise ne les éparpille bientôt dans l’air ; voici, sans attenter à ton intégrité, tiens, une monnaie.

» Un uniforme inattentif m’invitant vers quelque barrière, je remets sans dire mot, au lieu du suborneur métal, mon billet.

» Obéi pourtant, oui, à ne voir que l’asphalte s’étaler nette de pas, car je ne peux encore imaginer qu’en ce pompeux octobre exceptionnel ! du million d’existences étageant leur vacuité en tant qu’une monotonie énorme de capitale dont va s’effacer ici la hantise avec le coup de sifflet sous la brume, aucun furtivement évadé que moi n’ait senti qu’il est, cet an, d’amers et lumineux sanglots, mainte indécise flottaison d’idée désertant les hasards comme des branches, tel frisson et ce qui fait penser à un automne sous les cieux.

» Personne et, les bras de doute envolés comme qui porte aussi un lot d’une splendeur secrète, trop inappréciable trophée pour paraître ! mais sans du coup m’élancer dans cette diurne veillée d’immortels troncs au déversement sur un d’orgueils surhumains (or ne faut-il pas qu’on en constate l’authenticité ?) ni passer le seuil où des torches consument, dans une haute garde, tous rêves antérieurs à leur éclat répercutant en pourpre dans la nue l’universel sacre de l’intrus royal qui n’aura eu qu’à venir : j’attendis, pour l’être, que, lent et repris du mouvement ordinaire, se réduisit à ses proportions d’une chimère puérile emportant du monde quelque part, le train qui m’avait là déposé seul. »

Stéphane Mallarmé

Olympia de Manet

Monet sollicite par ailleurs le soutien de Mallarmé dans son entreprise de collecte de fonds destinés à la souscription pour l’achat de l’Olympia de Manet : « Ceci dit, mon cher Mallarmé, parlons de notre ami Manet. Peut-être savez-vous que je m’occupe d’une souscription entre amis et admirateurs de ce grand artiste pour acheter son Olympia et l’offrir au Louvre »

Source : https://actualitte.com/article/72756/bibliophilie/monet-les-accointances-poetiques

Claude Monet à Fontainebleau

J.-E. Bulloz, Claude Monet près du bassin aux nymphéas (photo retouchée) https://www.grandpalais.fr/fr/article/claude-monet

Une merveilleuse journée d’été à la campagne

Voir aussi :

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