Chapitre II :  La lente remontée du fleuve

5 septembre

Ce matin, au lever du jour, départ de Brazzaville. Nous traversons le Pool pour gagner Kinshassa où nous devons nous embarquer sur le Brabant. La duchesse de Trévise, envoyée par l’Institut Pasteur, vient avec nous jusqu’à Bangui, où son service l’appelle.

Traversée du Stanley-Pool. Ciel gris. S’il faisait du vent, on aurait froid. Le bras du pool est encombré d’îles, dont les rives se confondent avec celles du fleuve ; certaines de ces îles sont couvertes de buissons et d’arbres bas ; d’autres, sablonneuses et basses, inégalement revêtues d’un maigre hérissement de roseaux. Par places, de larges remous circulaires lustrent la grise surface de l’eau. Malgré la violence du courant, le cours de l’eau semble incertain. Il y a des contre-courants, d’étranges vortex, et des retours en arrière, qu’accusent les îlots d’herbe entraînés. Ces îlots sont parfois énormes ; les colons s’amusent à les appeler des « concessions portugaises ». On nous a dit et répété que cette remontée du Congo, interminable, était indiciblement monotone. Nous mettrons un pointd’honneur à ne pas le reconnaître. Nous avons tout à apprendre et épelons le paysage lentement. Mais nous ne cessons pas de sentir que ce n’est là que le prologue d’un voyage qui ne commencera vraiment que lorsque nous pourrons prendre plus directement contact avec le pays. Tant que nous le contemplerons du bateau, il restera pour nous comme un décor distant et à peine réel.

Nous longeons la rive belge d’assez près. À peine si l’on distingue, là-bas, tout au loin, la rive française. Énormes étendues plates, couvertes de roseaux, où mon regard cherche en vain des hippopotames. Sur le bord, par instants, la végétation s’épaissit ; les arbrisseaux, les arbres remplacent les roseaux ; mais toujours, arbre ou roseau, la végétation empiète sur le fleuve – ou le fleuve sur la végétation du bord, comme il advient en temps de crue (mais dans un mois les eaux seront beaucoup plus hautes, nous dit-on). Branches et feuilles baignent et flottent, et le remous du bateau, comme par une indirecte caresse, en passant les soulève doucement.

Sur le pont, une vingtaine de convives à la table commune. Une autre table, parallèle à la première, où l’on a mis nos trois couverts.

Une montagne assez haute ferme le fond du pool, devant laquelle le pool s’élargit. Les remous se font plus puissants et plus vastes ; puis le Brabant s’engage dans le « couloir ». Les rives deviennent berges et se resserrent. Le Congo coule alors entre une suite rompue d’assez hautes collines boisées. Le faîte des collines est dénudé, ou du moins semble couvert d’herbes rases, à la manière des « chaumes » vosgiens ; pacages où l’on s’attend à voir des troupeaux.

Arrêt devant un poste à bois, vers deux heures (j’ai cassé ma montre hier soir). Aimables ombrages des manguiers. Peuple indolent, devant quelques huttes. Je vois pour la première fois des ananas en fleurs. Surprenants papillons, que je poursuis en vain avec un filet sans monture, car j’ai perdu le manche à Kinshassa. La lumière est glorieuse ; il ne fait pas trop chaud.

Le navire s’arrête à la tombée du jour sur la rive française, devant un misérable village : vingt huttes clairsemées autour d’un poste à bois, où le Brabant se ravitaille. Chaque fois que le navire accoste, quatre énormes nègres, deux à l’avant, deux à l’arrière, plongent et gagnent la rive pour y fixer les amarres. La passerelle est rabattue ; elle ne suffit pas, et de longues planches la prolongent. Nous gagnons le village, guidés par un petit vendeur de colliers qui fait avec nous le voyage ; une bizarre résille bleue marbrée de blanc couvre son torse et retombe sur une culotte de nankin. Il ne comprend pas un mot de français mais sourit, lorsqu’on le regarde, d’une façon si exquise que je le regarde souvent. Nous parcourons le village, profitant des dernières lueurs. Les indigènes sont tous galeux ou teigneux, ou rogneux, je ne sais ; pas un n’a la peau nette et saine. Vu pour la première fois l’extraordinaire fruit des « barbadines » (passiflores).

La lune encore presque pleine transparaît derrière la brume, exactement à l’avant du navire, qui s’avance tout droit dans la barre de son reflet. Un léger vent souffle continûment de l’arrière et rabat de la cheminée vers l’avant une merveilleuse averse d’étincelles : on dirait un essaim de lucioles. Après une contemplation prolongée, il faut me résigner à regagner ma cabine, à étouffer et suer sous la moustiquaire. Puis lentement l’air fraîchit, le sommeil vient… De curieux cris me réveillent : je me relève et descends sur le premier pont à peine éclairé par les lueurs du four où les cuisiniers préparent le pain avec de grands rires et des chants. Je ne sais comment les autres, étendus tout auprès, font pour dormir. À l’abri d’un amoncellement de caisses, éclairés par une lanterne-tempête, trois grands nègres autour d’une table jouent aux dés ; clandestinement, car les jeux d’argent sont interdits.

5 et 6 septembre.

Je relis l’oraison funèbre d’Henriette de France. À part l’admirable portrait de Cromwell et certaine phrase du début sur les limites que Dieu impose au développement du schisme, je n’y trouve pas beaucoup d’excellent, du moins à mon goût. Je relève pourtant cette phrase : « … parmi les plus mortelles douleurs, on est encore capable de joie » ; et : « … entreprise… dont le succès paraît infaillible, tant le concert en est juste ». Abus de citations flasques.

L’oraison d’Henriette d’Angleterre, que je relis sitôt ensuite, me paraît beaucoup plus belle, et plus constamment. Ici je retrouve mon admiration la plus vive. Mais quel spécieux raisonnement ! Imagine-t-on quelqu’un qui dirait à un voyageur : « Ne regardez donc pas le fuyant paysage, contemplez plutôt la paroi du wagon, qui elle, du moins, ne change pas. » Eh parbleu ! lui répondrais-je, j’aurai tout le temps de contempler l’immuable, puisque vous m’affirmez que mon âme est immortelle ; permettez-moi d’aimer bien vite ce qui disparaîtra dans un instant.

Après une seconde journée un peu monotone, nous avons passé la nuit devant la mission américaine de Tchoumbiri, où nous avions amarré dès six heures. (La nuit précédente le Brabant ne s’était pas arrêté.) Le soleil se couchait tandis que nous traversions le village ; palmiers, bananiers abondants, les plus beaux que j’aie vus jusqu’ici, ananas, et ces grands arums à rhizomes comestibles (taros). L’aspect de la prospérité. Les missionnaires sont absents. Tout un peuple était sur la rive, attendant le débarquement du bateau ; car avant d’accoster nous avions longé quantité d’assez importants villages.

Nous sommes redescendus à terre après le dîner, à la nuit close, escortés par un troupeau d’enfants provocants et gouailleurs. Sur les terres basses, au bord du fleuve, d’innombrables lucioles paillettent l’herbe, mais s’éteignent dès qu’on veut les saisir. Je remonte à bord et m’attarde sur le premier pont, parmi les noirs de l’équipage, assis sur une table auprès du petit vendeur de colliers qui somnole, la main dans ma main et la tête sur mon épaule.

Lundi matin, 7 septembre.

Au réveil, le spectacle le plus magnifique. Le soleil se lève tandis que nous entrons dans le pool de Bolobo. Sur l’immense élargissement de la nappe d’eau, pas une ride, pas même un froissement léger qui puisse en ternir un peu la surface ; c’est une écaille intacte, où rit le très pur reflet du ciel pur. À l’orient quelques nuages longs que le soleil empourpre. Vers l’ouest, ciel et lac sont d’une même couleur de perle, un gris d’une délicatesse attendrie, nacre exquise où tous les tons mêlés dorment encore, mais où déjà frémit la promesse de la riche diaprure du jour. Au loin, quelques îlots très bas flottent impondérablement sur unematière fluide… L’enchantement de ce paysage mystique ne dure que quelques instants ; bientôt les contours s’affirment, les lignes se précisent ; on est sur terre de nouveau.

L’air parfois souffle si léger, si suave et voluptueusement doux, qu’on croit respirer du bien-être.

Tout le jour nous avons circulé entre les îles ; certaines abondamment boisées, d’autres couvertes de papyrus et de roseaux. Un étrange enchevêtrement de branches s’enfonce épaissement dans l’eau noire. Parfois quelque village, dont les huttes se distinguent à peine ; mais on est averti de sa présence par celle des palmiers et des bananiers. Et le paysage, dans sa monotonie variée, reste si attachant que j’ai peine à le quitter pour la sieste.

Admirable coucher de soleil, que double impeccablement l’eau lisse. D’épaisses nuées obscurcissent déjà l’horizon ; mais un coin de ciel s’ouvre, ineffablement, pour laisser voir une étoile inconnue.

8 septembre.

Il est réjouissant de penser que c’est précisément à ses qualités les plus profanes et qui lui paraissaient les plus vaines, que l’orateur sacré doit sa survie dans la mémoire des hommes.

Je m’attendais à une végétation plus oppressante. Épaisse, il est vrai, mais pas très haute et n’encombrant ni l’eau ni le ciel. Les îles, ce matin, se disposent sur le grand miroir du Congo d’une manière si harmonieuse qu’il semble que l’on circule dans un parc d’eau.

Parfois quelque arbre étrange domine le taillis épais de la rive et fait solo dans la confuse symphonie végétale. Pas une fleur ; aucune note de couleur autre que la verte, un vert égal, très sombre et qui donne à ce paysage une tranquillité solennelle, semblable à celle des oasis monochromes, une noblesse où n’atteint pas la diversité nuancée de nos paysages du Nord. Hier soir, arrêt à N’Kounda, sur la rive française. Étrange et beau village, que l’imagination embellit encore ; car la nuit est des plus obscures. L’allée de sable où l’on s’aventure luit faiblement. Les cases sont très distantes les unes des autres ; voici pourtant une sorte de rue, ou de place très allongée ; plus loin,

un défoncement de terrain, marais ou rivière, qu’abritent quelques arbres énormes d’essence inconnue ; et, tout à coup, non loin du bord de cette eau cachée, un petit enclos où l’on distingue trois croix de bois. Nous grattons une allumette pour lire leur inscription. Ce sont les tombes de trois officiers français. Auprès de l’enclos une énorme euphorbe candélabre se donne des airs de cyprès.

Terrible engueulade du colon « Léonard », sorte de colosse court, aux cheveux noirs plaqués à la Balzac, qui retombent par mèches sur son visage plat. Il est affreusement ivre et, monté sur le pont du Brabant, fait d’abord un raffut de tous les diables au sujet d’un boy qu’un des passagers vient d’engager et dont il prétend se ressaisir. On tremble pour le boy, s’il y parvient. Puis c’est à je ne sais quel Portugais qu’il en a et vers lequel il jette ses imprécations ordurières. Nous le suivons dans la nuit, sur la rive, jusqu’en face d’un petit bateau que, si nous comprenons bien, ledit Portugais vient de lui acheter, mais qu’il n’a pas encore payé.

« Il me doit quatre-vingt-six mille francs, ce fumier, cette ordure, ce Ppportugais. C’est même pas un vrai Portugais. Les vrais Portugais, ils restent chez eux. Il y a trois espèces de Portugais, les vrais Portugais ; et puis les Portugais de la merde ; et puis la merde de Portugais. Lui, c’est de la merde de Portugais. Fumier ! Ordure ! Tu me dois quatre-vingt-six mille francs… » Et il recommence, répétant et criant à tue-tête les mêmes phrases, exactement les mêmes, dans le même ordre, inlassablement. Une négresse se suspend à son bras ; c’est sa « ménagère », sans doute. Il la repousse brutalement, et l’on croit qu’il va cogner. On le sent d’une force herculéenne…

Une heure plus tard, le voici qui rapplique sur le pont du Brabant. Il veut trinquer avec le commandant ; mais, comme celui-ci, très ferme, lui refuse le champagne qu’il demande, s’abritant derrière un règlement qui interdit de servir des consommations passé neuf heures, l’autre s’emporte et l’enguirlande. Il descend enfin, mais, de la rive, invective encore, tandis que, reculé dans la nuit à l’autre bout du pont, le pauvre commandant à qui je vais tenir compagnie, tout tremblant et les larmes aux yeux, boit la honte sans souffler mot. C’est un Russe, de la suite du Tsar, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, qui a pris du service en Belgique, laissant à Leningrad sa femme et ses deux filles.

Après que Léonard est enfin parti, rentrant dans la nuit, cette pauvre épave proteste : « Amiral ! Il me traite d’amiral… Mais je n’ai jamais été amiral… » Il craint que la duchesse de Trévise n’ait ajouté foi aux perfides accusations de Léonard. Le lendemain, il nous dira qu’il n’a pas pu dormir un seul instant. Et par protestation, par sympathie, les passagers, qui jusqu’alors l’appelaient simplement : « capitaine », ce matin lui donnent du « commandant » à qui mieux mieux.

Le spectacle se rapproche de ce que je croyais qu’il serait ; il devient ressemblant. Abondance d’arbres extrêmement hauts, qui n’opposent plus au regard un trop impénétrable rideau ; ils s’écartent un peu, laissent s’ouvrir des baies profondes de verdure, se creuser des alcôves mystérieuses et, si des lianes les enlacent, c’est avec des courbes si molles que leur étreinte semble voluptueuse et pour moins d’étouffement que d’amour.


8 septembre.

Mais cette orgie n’a pas duré. Ce matin, tandis que j’écris ces lignes, les îles entre lesquelles nous voguons n’offrent plus qu’une touffe uniforme.

Hier, nous avions navigué toute la nuit. Ce soir, à la nuit tombante, nous jetons l’ancre au milieu du fleuve pour repartir aux premières lueurs.

Hier, l’escale à Loukoléla fut particulièrement émouvante. Profitant de l’heure d’arrêt, tous trois nous avons gravi en hâte le bel escalier de bois qui relie l’importante scierie de la rive au village qui la domine ; puis, suivant le sentier devant nous, qui pénètre dans la forêt, nous nous sommes enfoncéspresque anxieusement dans une Broceliande enchantée. Ce n’était pas encore la grande forêt ténébreuse, mais solennelle déjà, peuplée de formes, d’odeurs et de bruits inconnus.

J’ai rapporté quelques très beaux papillons ; ils volaient en grand nombre sur notre sentier, mais d’un vol si fantasque et rapide qu’on avait le plus grand mal à les saisir. Certains, azurés et nacrés comme des morphos, mais aux ailes très découpées et portant queue, à la manière des flambés de France.

Parfois d’étroits couloirs liquides s’ouvrent profondément sous les ramures, où l’on souhaite s’aventurer en pirogue ; et rien n’est plus attirant que leur mystère ténébreux. La liane la plus fréquente est cette sorte de palmier flexible et grimpant qui dispose en un rythme alterné, tout au long de sa tige courbée, de grandes palmes-girandoles, d’une grâce un peu maniérée.

12 septembre.

Arrivés le 9 à Coquillatville. J’ai perdu prise. Je crains de me désintéresser de ce carnet si je ne le tiens pas à jour. Le gouverneur a mis à notre disposition une auto et l’aimable M. Jadot, procureur du Roi, nous accompagne à travers les quartiers de cette vaste et encore informe ville. On admire non tant ce qu’elle est, que ce que l’on espère qu’elle sera dans dix ans. Remarquable hôpital indigène, non encore achevé, mais où déjà presque rien ne manque.

Le directeur de cet hôpital est un Français, un Algérien d’aspect énergique, médecin de grande valeur, paraît-il, et qu’il est bien regrettable qu’un traitement suffisant n’ait pas pu retenir au Congo français, où l’assistance médicale fait si grand défaut.

Le 11, visite au jardin d’essai d’Eala, le vrai but de ce détour en Congo belge. M. Goosens, le directeur de ce jardin, présente à notre émerveillement les plus intéressants de ses élèves : cacaoyers, caféiers, arbres à pain, arbres à lait, arbres à bougies, arbres à pagnes, et cet étrange bananier de Madagascar, l’« arbre du voyageur », dont les larges feuilles laissent sourdre, à la base de leur pétiole qu’un coup de canif a crevé, un verre d’eau pure pour le voyageur altéré. Déjà nous avions passé à Eala, la veille, quelques heures exquises. Inépuisable science de M. Goosens, et complaisance inlassable à satisfaire notre insatiable curiosité.


13 septembre.

Les journées les plus intéressantes sont précisément celles où le temps manque pour rien noter. Hier, interrompu par l’auto qui vient nous prendre de bon matin pour nous mener à Eala, où nous nous embarquons en baleinière. Une tornade, durant la nuit, avait un peu rafraîchi l’atmosphère ; néanmoins

il faisait encore une belle chaleur. Nous remontons la « Bousira », et débarquons parmi les roseaux en face de Bolombo, dépendance d’Eala, où M. Goosens a établi ses plus importantes pépinières et vergers de palmiers à huile. Sur ma demande, on nous promène dans la forêt durant deux heures, le long d’un très petit sentier presque indistinct, où nous précède un indigène armé d’une machette pour frayer la route. Si intéressante que soit cette circulation parmi les végétaux inconnus, il faut bien avouer que cette forêt me déçoit. J’espère trouver mieux ailleurs. Celle-ci n’est pas très haute ; je m’attendais à plus d’ombre, de mystère et d’étrangeté. Ni fleurs, ni fougères arborescentes ; et lorsque je les réclame, comme un numéro du programme que la représentation escamote, on me répond que « ce n’est pas la région ».

Vers le soir, remontée en pirogue jusqu’à X… où nous attendent les autos. De grandes étendues de roseaux étalent au bord de la rivière un vert plus tendre. La pirogue circule sur une plaque d’ébène à travers les nymphéas blancs, puis s’enfonce sous les branches dans une clairière inondée ; les troncs se penchent sur leur reflet ; des rayons obliques trouent les feuillages. Un long serpent vert court de branche en branche, que nos boys poursuivent, mais qui se perd au plus épais du taillis.

14 septembre.

Départ de Coquillatville à huit heures sur un petit huilier qui devait nous mener au lac Tomba ; mais l’obligation de retrouver le Largeau à Liranga, le 17, nous presse. Le lac est « dangereux » ; nous pourrions être retardés par une tornade. Nous quitterons le Ruby à Irébou, où nous passerons le 15, et d’où une baleinière nous mènera à Liranga. Le ciel est très chargé. Hier soir, de monstrueux éclairs trifourchus illuminaient le ciel ; beaucoup plus grands, m’a-t-il semblé, que ceux d’Europe, mais muets ou trop distants pour nous permettre d’entendre leur tonnerre. À Coquillatville, nous avions été dévorés par les moustiques. La nuit on suffoquait sous la moustiquaire, trempé de sueur. D’énormes blattes s’ébattaient sur nos objets de toilette.

Hier, au marché, vente à la criée de viande d’hippopotame : puanteur insoutenable. Foule grouillante et hurlante ; beaucoup de discussions, de disputes, entre femmes surtout, mais qui toujours se terminent par des rires.

Le Ruby est flanqué de deux baleinières aussi longues que lui, chargées de bois, de caisses et de nègres. Il fait frais, moite et terriblement orageux. Dès que le Ruby se met en marche, trois nègres commencent un assourdissant tam-tam, sur une calebasse et un énorme tambour de bois, long comme une couleuvrine, grossièrement sculpté et peinturluré.

Relu l’oraison funèbre de Marie-Thérèse d’Autriche. Admirables passages ; je crois bien que je la préfère à celles des deux Henriettes.

15 septembre.

Le Ruby nous a débarqués à Irébou, à la nuit tombante. Reçus par le commandant Mamet, qui dirige le campement militaire, un des plus anciens du Congo belge. Une belle avenue de palmiers de trente ans, longeant le fleuve (ou du moins le bras qui alimente le lac Tomba), nous mène à la case qu’on nous a réservée. Dîner chez le commandant. Dévorés de moustiques.

Ce matin, promenade en baleinière vers le lacTomba. Admirables chants des pagayeurs. La caisse de métal, à l’arrière de la baleinière, sert de tambour sur laquelle, avec une grosse bûche, tape un des noirs, inlassablement ; et la baleinière, toute de métal, vibre toute ; on dirait le rythme régulier d’un piston, réglant l’effort des pagayeurs. Derrière celui qui tape la grosse caisse, un indigène plus jeune, armé d’une baguette, brise le rythme implacable par un système régulier de syncopes dans l’entre-temps.

Arrêt à Makoko (Boloko), petit village sur le large chenal qui relie le Congo au lac Tomba. Le temps manque pour pousser jusqu’au lac. Il fait très chaud. Le soleil de midi tape dur. Sur la rive, je poursuis de grands papillons noirs lamés d’azur. Puis, tandis que notre déjeuner se prépare, je m’enfonce, avec mes deux compagnons, dans la forêt qui touche au village. De grands papillons inconnus naissent devant nos pas, nous précèdent d’un vol fantasque dans le sentier sinueux, puis se perdent dans l’entrelacs des lianes où ne peut les atteindre mon filet. Il y en a d’énormes, et j’enrage de ne pouvoir m’en saisir. (J’en capture pourtant quelques-uns ; mais les plus surprenants m’échappent). Ce petit coin de forêt nous paraît plus beau que tout ce que nous avons vu dans notre longue promenade aux environs d’Eala. Nous parvenons à un contrebas inondé ; l’eau noire double la profondeur de la voûte ; un arbre au tronc monstrueux élargit son empattement ; et tandis que l’on s’en approche, un chant d’oiseau jaillit des profondeurs de l’ombre, lointain, tout chargé d’ombre, de toute l’ombre de la forêt. Étrange descente chromatique de son garulement prolongé.

16 septembre.

Départ d’Irébou en baleinière. Liranga est presque en face, un peu en aval ; mais le Congo, en cet endroit, est extrêmement large, et encombré d’îles ; la traversée prend plus de quatre heures. Les pagayeurs rament mollement. On traverse de grands espaces où l’eau semble parfaitement immobile, puis, par instants, et particulièrement au bord des îles, le courant devient brusquement si rapide que tout l’effort des pagayeurs a du mal à le remonter. Car nous sommes descendus trop bas, je ne sais pourquoi ; les pagayeurs semblent connaître la route, et sans doute la traversée plus en amont est-elle moins sûre.

Un Portugais, prévenu de notre arrivée par dépêche de Brazzaville, seul blanc demeuré à Liranga, nous accueille. Le Père qui dirige l’importante mission de Liranga, malade, a dû quitter son poste le mois dernier pour aller se faire soigner à Brazzaville, emmenant avec lui les enfants les plus malades de cette contrée que décime la maladie du sommeil. La mission, où nous devons loger, est à plus d’un kilomètre du point d’atterrissage ; au bord du fleuve encore, mais dont la berge rocheuse empêche ici l’approche des navires d’un certain tonnage, en temps de basses eaux du moins. Le village, coupé de vergers, s’étend le long de la rive.

Après une belle avenue de palmiers, on parvient devant une église de brique, à côté de la grande bâtisse basse qui va nous héberger. Un « catéchiste » noir nous ouvre les portes et, comme toutes les pièces sont mises à notre disposition, nous serons fort à l’aise. Il fait terriblement chaud, humide, orageux. On étouffe. La salle à manger est heureusement très aérée. Aprèsle repas, sieste ; d’où je me relève ruisselant. Promenade le long d’un sentier, qui se rétrécit après avoir traversé de grands vergers de bananiers à très larges feuilles, différents de ceux que j’ai vus jusqu’à présent, et très beaux ; puis s’enfonce dans la forêt. On marcherait ainsi pendant des heures, requis tous les vingt pas par une surprise nouvelle. Mais la nuit tombe. Un orage effrayant se prépare, et l’enchantement cède à la crainte.

Trois fois par jour, catéchisme d’une heure, en langue indigène. Cinquante-sept femmes et quelques garçons répètent mécaniquement les réponses aux questions que répète monotonement le catéchiste instructeur. On distingue parfois les mots que l’on n’a pu traduire : « Saint Sacrement ; Extrême-Onction ; Eucharistie… »

18 septembre.

La température n’est pas très élevée (elle ne dépasse pas 32°), mais l’air est chargé d’électricité, de moiteur, de tsé-tsés et de moustiques. C’est aux jambes particulièrement que ces derniers s’attaquent ; aux chevilles, que ne protègent pas les souliers bas ; ils s’aventurent dans le pantalon, attaquent les mollets ; même à travers l’étoffe on a les genoux dévorés. La sieste est impossible. C’est du reste l’heure des papillons. Je commence à les connaître à peu près tous ; lorsqu’un nouveau paraît, la joie en est plus vive.

19 septembre.

Le Largeau, vainement attendu depuis deux jours, s’amène au petit matin. Nous arborons un drapeau blanc en face de la mission, et le Largeau s’arrête au petit débarcadère, ce qui épargne le difficile trimballement de notre bagage en pirogue. Le harcèlement constant des moustiques et des tsé-tsés nous fait abandonner Liranga sans regrets.

Le Largeau est un navire de cinquante tonnes ; fort agréable ; bonnes cabines ; salon à l’avant ; grande salle à manger ; électricité partout. Il est flanqué de deux chalands-baleinières, selon l’usage de ce pays. En plus du capitaine Gazangel, nous sommes les seuls blancs à bord ; mais voyage avec nous le « fils Mélèze », un mulâtre assez agréable d’aspect et de manières. Son père est l’un des plus célèbres colons du « couloir ».

Nous quittons le Congo pour l’Oubangui. Les eaux chargées de limon prennent une couleur de café-crème.

Vers deux heures, une tornade nous force d’accoster pendant une heure à l’avant d’une île. Aspect préhistorique du paysage. Trois noirs superbes ont gagné la rive à la nage. Ils circulent à travers l’enchevêtrement de la forêt inondée et cherchent à couper de grandes gaules pour le sondage.

Vers le soir, une pirogue très étroite vient à nous. C’est W., le propriétaire du prochain poste à bois, qui voudrait savoir si nous ne lui apportons pas de courrier. Il gagne Coquillatville pour se faire soigner, ayant reçu, dit-il, « cinq ou six coups de godiche bien tapés ». C’est ainsi qu’on appelle ici les accès de fièvre.

Arrêt à Boubangui pour la nuit. Le peuple qui s’empresse n’est ni beau, ni sympathique, ni étrange. L’on nous confirme ce que nous disait le fils Mélèze : les cases de ce village, à l’époque des crues, sont inondées durant un mois et demi. On a de l’eau jusqu’à mi-cuisses. Les lits sont alors juchés sur despilotis. On cuisine au sommet de petits monticules de terre. On ne circule plus qu’en pirogue. Comme les cases sont en torchis, l’eau désagrège le bas des murs. Le capitaine nous affirme que certains villages restent inondés pendant trois mois.

20 septembre.

En excellente humeur de travail. Le monotone aspect du pays y invite. J’achève un petit livre de Cresson : Position actuelle des problèmes philosophiques. Son exposé de la philosophie de Bergson me persuade que j’ai longtemps été bergsonien sans le savoir. Sans doute trouverait-on même dans mes Cahiers d’André Walter telles pages que l’on dirait inspirées directement par l’Évolution Créatrice, si les dates permettaient de le croire. Je me méfie beaucoup d’un système qui vient à point pour répondre aux goûts d’une époque et doit une partie de son succès à ce qu’il offre de flatteur.

21 septembre.

Traité de la Concupiscence. Rien à en retenir que précisément ce que Bossuet considérait comme la qualité la plus vaine, de sorte qu’il en va à rencontre de son affirmation.

Je le sais de reste, et pour m’être souvent prêté à ce jeu : il n’est rien, dans la vie d’un peuple, aussi bien que dans notre vie particulière, qui ne puisse prêter à une interprétation mystique, téléologique, etc. où l’on ne puisse reconnaître, si l’on y tient vraiment, l’action contrebattue de Dieu et du démon ; et même cette interprétation risque de paraître la plus satisfaisante, simplement parce qu’elle est la plus imagée. Tout mon esprit, aujourd’hui, se révolte contre ce jeu complaisant qui ne me paraît pas très honnête. Au demeurant la langue de ce « traité » est des plus belles et Bossuet ne s’est montré nulle part meilleur écrivain ni plus grand artiste.

22 septembre.

Pluie presque sans arrêt depuis deux jours. Le Largeau s’est arrêté cette nuit devant Bobolo, sur la rive belge ; poste à bois et briquetterie.

Arrivés ce matin à Impfondo, à huit heures. Une longue et belle avenue s’élargit en jardin public le long du rivage. En amont et en aval, villages indigènes ; cases minables et délabrées ; mais toute la partie française du moins est riante, bien ordonnée et d’aspect prospère. Elle laisse entrevoir ce que pourraient des soins intelligents et continus. M. Augias, l’administrateur, en tournée, ne doit arriver que demain. Les alentours d’Impfondo sont beaux ; criques au bord du fleuve, où s’abritent des pirogues ; inattendues perspectives des jeux de la terre et de l’eau. Sitôt ensuite, la forêt prend un plus grand air. Mais il faut bien avouer que cette remontée de l’Oubangui est désespérément monotone.

Le ciel est très couvert, sans être bas. Depuis trois jours il pleut fréquemment ; pluie fine que le vent promène ; puis, par instants, averse épaisse. Et rien n’est plus triste que le lever d’un de ces jours pluvieux. Le Largeau avance avec une lenteur désespérante ; nous devions coucher à Bétou ; par suite de la mauvaise qualité du bois de chauffage, nous n’yarriverons sans doute que demain vers midi. Les postes à bois, non surveillés, ne nous livrent qu’un bois pourri. L’insuffisance de personnel se fait partout sentir. Il faudrait plus de sous-ordres. Il faudrait plus de main-d’œuvre. Il faudrait plus de médecins. Il faudrait d’abord plus d’argent pour les payer. Et partout les médicaments manquent. Partout on se ressent d’une pénurie lamentable qui laisse triompher et s’étendre même les maladies dont on pourrait le plus aisément triompher. Le service de santé, si l’on réclame des remèdes, n’envoie le plus souvent, avec un immense retard, que de l’iode, du sulfate de soude, et de… l’acide borique!

On rencontre, dans les villages le long du fleuve, bien peu de gens qui ne soient pas talés, tarés, marqués de plaies hideuses (dues le plus souvent au pian). Et tout ce peuple résigné rit, s’amuse, croupit dans une sorte de félicité précaire, incapable même d’imaginer sans doute un état meilleur.

Arrêt à Dongou pour la nuit. C’est à Dongou qu’on a transporté le poste administratif d’Impfondo. Nous débarquons à la tombée du jour. Il y a là, devant des habitations d’Européens disposées de manière à se faire face, et les séparant mais sans les isoler suffisamment, une sorte de jardin public. Des orangers en avenue plient sous le poids des oranges vertes (car, ici, même les oranges et les citrons perdent leur couleur, leur éclat, pour se confondre dans une sombre verdure uniforme). Les arbres sont encore jeunes, mais ce jardin pourra devenir très beau dans quelques années. En face du débarcadère, un écriteau porte : « Impfondo ; 45 kilomètres ». La route qui y mène se prolonge dans l’autre sens jusqu’au village indigène où nous nous rendons à la nuit.

23 septembre.

La forêt change un peu d’aspect ; les arbres sont plus beaux ; désencombrés de lianes, leurs troncs sont plus distincts ; de leurs branches pend une profusion de lichen vert tendre, comme on en voit aux mélèzes de l’Engadine. Certains de ces arbres sont gigantesques, d’une taille qui doit dépasser de beaucoup celle de nos arbres de France ; mais dès qu’on se trouve à quelque distance, et tant le fleuve est immense, on ne peut en juger. Le palmier-liane, si fréquent il y a quelques jours, a disparu.

Vers le soir, le ciel s’éclaircit enfin ; on revoit l’azur avec ravissement et la surface libre des eaux reflète, non vers le couchant, mais vers l’est, une apothéose dorée, où de tendres nuances pourpres se mêlent.

Couché devant Laenza. Au crépuscule, nous parcourons ce médiocre petit village sans intérêt. Dans une case, une femme vient d’accoucher. L’enfant n’a même pas encore commencé à crier ; il tient encore au placenta. Devant nous une sage-femme tranche avec un couteau de bois le cordon ; elle en laisse à l’enfant une longueur qu’elle mesure soigneusement à la nuque après avoir fait passer le cordon par-dessus la tête du petit. Le placenta est alors enveloppé dans une feuille de bananier ; sans doute doit-il être enterré selon certains rites. À la porte se pressent des curieux ; elle est si basse qu’il faut se baisser beaucoup pour entrer. Nous donnons un « pata » (cinq francs) pour fêter la venue au monde de la petite Véronique, et remontons à bord, où nous sommes bientôt assaillis par une hordede charmantes petites cigales vertes. Le Largeau repart à deux heures du matin. La lune est à son premier quartier ; le ciel est très pur ; l’air est tiède.

24 septembre.

Relu les trois premiers actes du Misanthrope. Ce n’est pas, à beaucoup près, la pièce de Molière que je préfère. À chaque lecture nouvelle se précise mon jugement. Les sentiments qui font les ressorts de l’intrigue, les ridicules que Molière satirise, comporteraient une peinture plus nuancée, plus délicate, et supportent assez mal ce grossissement et cette « érosion des contours » que j’admire tant dans le Bourgeois, le Malade, ou l’Avare. Le caractère d’Alceste me paraît un peu fabriqué, et, précisément parce qu’il y met du sien, l’auteur s’y montre moins à l’aise. Souvent on ne sait trop de quoi ni de qui il se moque. Le sujet prêtait au roman plutôt qu’au théâtre où il faut extérioriser trop ; les sentiments d’Alceste souffrent de cette expression forcée qui ajoute à son caractère un ridicule de surface et de moins bonne qualité. Les meilleures scènes sont peut-être celles où lui-même ne paraît pas. Enfin l’on ne voit pas, mise à part sa franchise (qui n’est le plus souvent qu’une insupportable brutalité), quelles sont ces éminentes qualités qui, nous est-il donné à entendre, le rendraient digne de hauts emplois.

Arrêt à dix heures devant Bétou. Les indigènes, de race Modjembo, sont plus sains, plus robustes, plus beaux ; ils paraissent plus libres, plus francs. Tandis que mes deux compagnons gagnent le village le long le la rive, je m’achemine vers le poste de la Compagnie Forestière. Une escouade de très jeunes filles est occupée à sarcler le terrain devant le poste. Elles travaillent en chantant ; vêtues d’une sorte de tutu fait de fibres de palmes tressées ; beaucoup ont des anneaux de cuivre aux chevilles. Le visage est laid, mais le torse admirable. Longue promenade solitaire, à travers des champs de manioc, à la poursuite d’extraordinaires papillons.

Le village, où je vais ensuite, est énorme, mais sans attraits. Plus loin, à demi perdue dans la brousse, l’église, abandonnée depuis deux ans, car ce peuple n’a jamais consenti à écouter l’enseignement des missionnaires, ni à se soumettre à leur morale. L’église, porte et fenêtres ouvertes, est déjà tout envahie par les herbes. Le long du fleuve, un peuple d’enfants s’amuse à plonger du haut de la berge.

Vers deux heures, le fils Mélèze nous quitte. Il gagne en pirogue la rive belge, à Boma-Matangué, avec sa « ménagère » et un petit boy de douze ans, chargé d’espionner la femme, et de faire office de rapporteur.

25 septembre.

Nous accostons à la rive belge, au pied d’un arbre énorme, pour passer la nuit. Arrivés devant Mongoumba vers onze heures. Un monumental escalier de bois, bordé de manguiers, mène au poste. La berge est haute d’une quinzaine de mètres.

Le cours de l’Oubangui devient beaucoup plus rapide, et la marche du Largeau en est d’autant retardée. De très beaux arbres ne parviennent pas à rompre la monotonie de la forêt riveraine. Nous apercevons dans les branches quatre singes noir etblanc, de ceux qu’on appelle, je crois, des « capucins ».

Je relis le Master of Ballantrae.

Il y a chaque jour, entre une et quatre, quelques heures assez pénibles ; mais nous lisons, dans le paquet de journaux que nous prête le commandant, qu’on a eu jusqu’à 36 degrés à Paris, à la fin de juillet.

La belle demi-lune, comme une coupe au-dessus du fleuve, verse sur les eaux sa clarté. Nous avons accosté au flanc d’une île ; le projecteur du navire éclaire fantastiquement le maquis. La forêt vibre toute d’un constant crissement aigu. L’air est tiède. Mais bientôt les feux du Largeau s’éteignent. Tout s’endort.

26 septembre.

Nous approchons de Bangui. Joie de revoir un pays dégagé des eaux. Les villages, ce matin, se succèdent le long de la rive, d’aspect moins triste, moins délabrés. Les arbres, dont plus aucun taillis ne cache la base, paraissent plus hauts. Bangui, qu’on aperçoit depuis une heure, s’étage jusqu’à mi-flanc de la très haute colline qui se dresse devant le fleuve et incline son cours vers l’est. Maisons riantes, à demi cachées par la verdure. Mais il pleut, une pluie qui va bientôt devenir diluvienne. Les paquets sont faits, les cantines sont refermées. Dans un quart d’heure nous aurons quitté le Largeau.


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