Incitation à l’expression orale

Pépin : Qu’est-ce que l’écriture?

Alcuin : La gardienne de l’histoire.

P : Qu’est-ce que la parole?

A : L’interprète de l’âme.

P : Qu’est-ce qui donne naissance à la parole?

A : La langue.

P : Qu’est-ce que la langue?

A : Le fouet de l’air.

P : Qu’est-ce que l’air?

A : Le conservateur de la vie.

( Extrait de la Disputatio entre Alcuin et Pépin, second fils de Charlemagne.)

Éduquer à la poésie. Renée Solange Dayres

Séquence 1 : Incitation à l’expression orale

Objectif

A partir de questions posées sur son rapport au monde, le participant doit être capable de s’exprimer librement et de formuler sa pensée avec exactitude.

Commentaire

En accédant sans contrainte à la parole, l’enfant, mû par sa propre énergie, prend peu à peu conscience de son élocution et vient puiser dans le réservoir de son patrimoine lexical les moyens d’exprimer sa pensée et de la rendre précise et compréhensible.

Progression pédagogique

C’est la chasse aux idées : on utilise la piste interrogative en exploitant le meilleur parti du jeu des questions-réponses.

Nous avons choisi pour ce test de départ, très stimulant par son côté « devinette », un texte ancien, écrit au Moyen Âge, par un religieux érudit, Alcuin, qui enseignait à l’école du palais de Charlemagne.

Les deux personnages mis en scène dans le texte sont Alcuin lui-même, le maître, et Pépin, l’élève, le second fils de Charlemagne.

Ce texte, peu familier mais amusant et plein d’esprit, représente un excellent entraînement au maniement de la pensée.

Chaque participant, successivement, est appelé à trouver sa propre réponse aux questions de Pépin.

« Pépin : Qu’est-ce que l’écriture?

Alcuin : La gardienne de l’histoire.

P : Qu’est-ce que la parole?

A : L’interprète de l’âme.

P : Qu’est-ce qui donne naissance à la parole?

A : La langue.

P : Qu’est-ce que la langue?

A : Le fouet de l’air.

P : Qu’est-ce que l’air?

A : Le conservateur de la vie.

P : Qu’est-ce que la vie?

A : Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l’attente de la mort…

P : Qu’est-ce que la mort?

A : Un événement inévitable, un voyage incertain, un sujet de pleurs pour les vivants, la confirmation des testaments, le larron des hommes.

P : Qu’est-ce que l’homme?

A : L’esclave de la mort, un voyageur passager, hôte dans sa demeure.

P : Comment l’homme est-il placé?

A : Comme une lanterne exposée au vent.

P : Où est-il placé?

A : Entre six parois.

P : Lesquelles?

A : Le dessus, le dessous, le devant, le derrière, la droite, la gauche.

P : Qu’est-ce que le sommeil?

A : L’image de la mort.

P : Qu’est-ce que la liberté de l’homme?

A : L’innocence.

P : Qu’est-ce que la tête?

A : Le faîte du corps.

P : Qu’est-ce que le corps?

A : La demeure de l’âme.

P : Qu’est-ce que le ciel?

A : Une sphère mobile, une voûte immense.

P : Qu’est-ce que la lumière?

A : Le flambeau de toutes choses.

P : Qu’est-ce que le jour?

A : Une provocation au travail.

P : Qu’est-ce que le soleil?

A : La splendeur de l’univers, la beauté du firmament, la grâce de la nature, la gloire du jour, le distributeur des heures.

P : Qu’est-ce que la terre?

A : La mère de tout ce qui croît, la nourrice de tout ce qui existe, le grenier de la vie, le gouffre qui dévore tout.

P : Qu’est-ce que la mer?

A : Le chemin des audacieux, la frontière de la terre, l’hôtellerie des fleuves, la source des pluies.

P : Qu’est-ce que l’hiver?

A : L’exil de l’été.

P : Qu’est-ce que le printemps?

A : Le peintre de la terre.

P : Qu’est-ce que l’été?

A : La puissance qui vêt la terre et mûrit les fruits.

P : Qu’est-ce l’automne?

A : Le grenier de l’année.

P : Qu’est-ce que l’année?

A : Le quadrige du monde.

P : Maître, je crains d’aller sur la mer.

A : Qu’est-ce qui te conduit sur mer?

P : La curiosité.

A : Si tu as peur, je te suivrai partout où tu iras.

P : Si je savais ce qu’est un vaisseau, je t’en préparerais un, afin que tu vinsses avec moi.

A : Un vaisseau est une maison errante, une auberge passe-partout, un voyageur qui ne laisse pas de traces.

P : Qu’est-ce que l’herbe?

A : Le vêtement de la terre.

P : Qu’est-ce que les légumes?

A : Les amis des médecins, la gloire des cuisiniers.

P : Qu’est-ce qui rend douces les choses amères?

A : La faim.

P : De quoi les hommes ne se lassent-ils pas?

A : Du gain.

P : Quel est le sommeil de ceux qui sont éveillés?

A : L’espérance.

P : Qu’est-ce que l’espérance?

A : Le rafraîchissement du travail, un événement douteux.

P : Qu’est-ce que l’amitié?

A : La similitudes des âmes.

P : Qu’est-ce que la foi?

A : La certitude des choses ignorées et merveilleuses.

P: Qu’est-ce qui est merveilleux?

A : J’ai vu dernièrement un homme debout, un homme marchant qui n’a jamais été.

P : Comment cela a-t-il pu être? Explique-le moi.

A : C’était une image dans l’eau. « 

Alcuin

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