Petit Traité de poésie française

Petit traité de poésie française ([Reprod.]) / par Théodore de Banville
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  1. Le Petit Traité de poésie française
  2. Débats autour du Petit Traité de poésie française
  3. Notes de lectures et morceaux choisis
    1. I Introduction
    2. Longueur des vers
    3. Vers alexandrin
    4. LA RIME
    5. De l’appropriation des mètres divers aux divers poèmes français
Le Petit Traité de poésie française

Le Petit Traité de poésie française est un ouvrage de Théodore de Banville, consacré à l’art de la versification et aux différents exemples de poème à forme fixe dans la poésie française, publié en 1871.

Structure

Le traité de Théodore de Banville est divisé en onze sections :

  • Introduction
  • Règles mécaniques des vers
  • La rime
  • Encore la rime
  • L’enjambement et l’hiatus
  • De l’appropriation des mètres divers aux divers poèmes français
  • De la tragédie au madrigal
  • Des rythmes et de l’ode
  • Les poèmes traditionnels à forme fixe
  • De quelques curiosités poétiques
  • Conclusion

Lors de la réédition du Petit traité de poésie française, l’année de la mort de son auteur, l’éditeur Charpentier ajoute en annexe deux études du poète, consacrées à Ronsard et à La Fontaine.

Formes fixes

Le Petit traité de poésie française aborde les formes de l’élégie, de l’épître et de la fable, de la chanson, de l’épigramme et du madrigal, de l’ode, de la terza rima, du rondel, de la ballade, du sonnet, du rondeau, du triolet, de la villanelle, du lai, du virelai, du chant royal, de la sextine, du pantoum.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Petit_trait%C3%A9_de_po%C3%A9sie_fran%C3%A7aise

Le Petit Traité de poésie française de Théodore de Banville : Bible parnassienne ou invitation à l’expérimentation libre ?
https://www.cairn.info/revue-romantisme-2014-1-page-91.htm 

Débats autour du Petit Traité de poésie française

Dès la publication du Petit Traité chez Charpentier en 1881, la critique, bienveillante ou hostile, tendait à y voir le manuel de cette poésie formaliste, sinon son texte sacré.

François Coppée soutient que « quiconque prétend accoupler deux rimes doit lire d’abord le petit Traité de poésie française [sic] […] s’il est vraiment doué, cette excellente grammaire pourra lui épargner plusieurs années d’études et de tâtonnements».

Émile Bergerat, pour sa part, le qualifie d’« ouvrage sublime » et assure son lecteur que « ce traité indique et dévoile les secrets les plus mystérieux du métier lyrique, sans qu’il y ait le moindre danger pour les familles».

Tandis qu’un jeune inconnu, extrêmement hostile, s’écrie : « Nous avons maintenant, à ce qu’il paraît, la Poétique suprême et définitive […] Elle règne en despote, […] on ne jure plus que par elle. C’est le Coran du “Parnasse contemporain”.»

 Alors que Banville proclame que La Légende des siècles est « la Bible et l’Évangile de tout versificateur français », ses contemporains érigent bientôt ce petit traité en code civil de la poésie parnassienne. Vielé-Griffin appelle Banville le « législateur du Parnasse», terme des plus ironiques, car c’est celui dont se sert Banville pour désigner Boileau alors qu’il déconstruit les conseils de l’Art poétique sur la rime, et Brunetière précise : « législateur du nouveau Parnasse ».

 Comme on le voit, pour les uns et pour les autres, tant admirateurs qu’adversaires, ce manuel de versification faisait autorité comme une sorte de summa poeticae. En fait le Petit Traité de poésie française devient le point de départ pour toute discussion de poétique. Bien entendu, tout auteur d’un traité de versification – et il y en a plusieurs au cours des deux dernières décennies du siècle – ainsi que d’une monographie sur la théorie du vers, se sent désormais obligé de citer Banville. On le cite non pour les règles mécaniques du vers, reprises à d’autres compilateurs, mais plutôt pour ses observations sur les ressorts du vers français : rythme, rime, hiatus, césure et coupes, tout ce qui enfin constitue sa musicalité naturelle. Le grand principe de cette théorie, que Banville prétend retrouver dans la poésie de tous les pays et tous les temps, c’est, selon sa formule, La Variété dans l’Unité […]. Il nous faut l’Unité, dit-il, c’est-à-dire le retour des mêmes combinaisons, parce que, sans elle, le vers ne serait pas un Être, et ne saurait nous intéresser ; il nous faut la Variété, ajoute-t-il, parce que, sans elle, le vers nous berce et nous endort.. L’unité, précise-t-il par la suite, est assurée au niveau du vers et surtout de la strophe, mais aussi parfois au niveau des genres poétiques et des poèmes à forme fixe. La variété, par contre, est à rechercher par tous les moyens possibles dans tous les éléments constitutifs du vers : déplacement de la césure, vers brisé, emploi judicieux de l’hiatus, mélange de rimes riches et de rimes suffisantes, emploi de rimes à genre unique, enjambement et rythmes inusités, tels que les vers de onze et de treize syllabes. En réalité, Banville plaide pour la plus grande liberté possible en poésie… pourvu que le poète écrive en vers mesurés. Reprenant le verbe grec poiein (faire), il interprète le mot poème (poiéma) dans son sens étymologique : « la chose faite ». « Un poëme, raisonne-t-il, est ce qui est fait et qui par conséquent n’est plus à faire ; – c’est-à-dire une composition dont l’expression soit si absolue, si parfaite et si définitive qu’on n’y puisse faire aucun changement, quel qu’il soit, sans la rendre moins bonne et sans en atténuer le sens. » Tout en admettant qu’« il y a certes de la poésie qu’on pourrait corriger sans la diminuer », il insiste sur le fait qu’un poème, pour être un poème, doit contenir du moins « des parties absolument belles, définitives, et auxquelles il soit impossible de rien changer». C’est pourquoi Banville n’accepte pas le « poème en prose » comme étant de la poésie. Non qu’il rejette ce genre ni n’admire la beauté des diverses tentatives d’écrire une prose poétique. En 1862, à l’occasion de la publication dans le journal La Presse d’une série des Poèmes en prose de Baudelaire, Banville s’empresse de proclamer qu’« un événement littéraire a eu lieu » et que « [dans] ces courts chefs-d’œuvre, artistement achevés, […] dégagés de toute intrigue, et, pour ainsi dire, de toute construction matérielle, la pensée libre, agile, apparaît dans sa nudité éclatante». Mais en même temps il insiste sur le fait que ces textes étonnants demeurent de la prose – la prose d’un poète, bien entendu, c’est-à-dire un « créateur, et s’il ne lui est plus permis que de respirer, sa respiration créera quelque chose ». Toutefois, et rappelons-nous que cet article date de 1862, il continue : « Ô fous bizarres de vous imaginer que c’est à un certain balancement de syllabes, à une suspension de sens, au retour régulier de certains sons qu’a été donné le privilège inouï d’enfanter des êtres! »

Conclusion ? Le poète restera poète, même en écrivant de la prose, et on peut prendre à témoin Banville lui-même qui, à divers titres, écrivit des poèmes en prose, ou tout du moins des proses fort poétiques. Mais au bout de la logique, il y a Monsieur Jourdain et ses deux modes de communiquer, les vers et la prose. Dans le Petit Traité il pose cette question : « Peut-il y avoir des poëmes en prose ? » et répond : Non, il ne peut pas y en avoir, malgré le Télémaque de Fénelon, les admirables Poëmes en prose de Charles Baudelaire et le Gaspard de la Nuit de Louis Bertrand ; car il est impossible d’imaginer une prose, si parfaite qu’elle soit, à laquelle on ne puisse, avec un effort surhumain, rien ajouter ou rien retrancher ; elle est toujours à faire, et par conséquent n’est jamais la chose faite.

Notes de lectures et morceaux choisis

I Introduction

Presque tous les traités de poésie ont été écrits au dix-septième et au dix-huitième siècle, c’est-à-dire aux époques où l’on a le plus mal connu et le plus mal su l’art de la Poésie. Aussi, pour étudier, même superficiellement, cet art, qui est le premier et le plus difficile de tous, faut-il commencer par faire table rase de tout ce qu’on a appris, et se présenter avec l’esprit semblable à une page blanche. (p.1)

[…] L’outil que nous avons à notre disposition est si bon, qu’un imbécile même, à qui on a appris à s’en servir, peu, en s’appliquant, faire de bon vers. Notre outil, c’est la versification du seizième siècle, perfectionnée par les grands poètes du dix-neuvième, versification dont toute la science se trouve réunie en un seul livre, La Légende des Siècles de Victor Hugo, qui doit être la Bible et l’Evangile de tout versificateur français. (p.2)

[…] Le vers est la parole humaine rythmée de façon à pouvoir être chantée, et, à proprement parler, il n’y a pas de poésie et de vers en dehors du chant. Tous les vers sont destinés à être chantés et n’existent à qu’à cette condition. (p.3)

[…] « A quoi donc servent les vers? A chanter. A chanter désormais une  musique dont l’expression est perdue mais que nous entendons en nous, et qui seule est le Chant. C’est-à-dire que l’homme en a besoin pour exprimer ce qu’il y a de divin et de surnaturel, et, s’il ne pouvait chanter, il mourrait. C’est pourquoi les vers sont aussi utiles que le pain que nous mangeons et que l’air que nous respirons ». (p.4)

[…] A quel caractère absolu et suprême reconnaîtrons-nous donc ce qui est ou ce qui n’est pas de la poésie? Le mot Poésie, du latin poesis (« poésie, art poétique, œuvre poétique »), lui-même issu du grec ancien ποίησις, poíêsis (« action de faire, création »)..; un poème est donc ce qui est fait et qui par conséquent n’est plus à faire; _ c’est-à-dire une composition dont l’expression soit si absolue, si parfaite et si définitive qu’on n’y puisse faire aucun changement, quel qu’il soit, sans la rendre moins bonne et sans en atténuer le sens. (p.5)

Les caractères qui sont communs à la poésie de tous les pays et de tous les temps :

En son Abrégé de l’Art poétique française, à Alphonse Delbène, abbé de Haute-Combe en Savoie, Ronsard dit éloquemment : « Tu en auras en premier lieu les conceptions hautes, grandes, belles et non trainantes à terre. Car le principal point est l’invention, laquelle vient tant de bonne nature, que par la leçon des bons et anciens auteurs. Et si tu entreprends quelque grand oeuvre, tu te montreras religieux et craignant Dieu, commençant par son nom, ou par un autre qui représentera quelque effect de sa Majesté,  l’exemple des poètes grecs et romains. Car les Muses, Apollon, Mercure, Pallas est autres déités ne nous représentent pas autre chose que les puissances de Dieu, auquel les premiers hommes avaient donné plusieurs noms pour les divers effects de son incompréhensible Majesté. Et c’est aussi pour le monstrer que rien ne peut estre ny bon ny parfait, si le commencement ne vient de Dieu. »

Le vers est nécessairement religieux, c’est-à-dire qu’il suppose un certain nombre de croyances et d’idées communes au poète et à ceux qui l’écoutent. Chez les peuples dont la religion est vivante, lq poésie est comprise de tous; elle n’est plus qu’un amusement d’esprit et un jeu d’érudit chez les peuples dont la religion est morte. (p.7)

[…] La poésie doit toujours être noble, c’est-à-dire intense, exquise et achevée dans la forme, puisqu’elle s’adresse à ce qu’il y a de plus noble en nous, à l’Âme, qui peut directement être en contact avec Dieu. Elle est à la fois Musique, Statuaire, Peinture, Éloquence; elle doit charmer l’oreille, enchanter l’esprit, représenter les sons, imiter les couleurs, rendre les objets visibles, et exciter en nous les mouvements qu’il lui plaît d’y produire, et qui contienne tous les autres, comme elle préexiste à tous les autres. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps d’existence que les peuples inventent les autres arts plastiques; mais, dès qu’un groupe d’hommes est réuni, la Poésie lui est révélée d’une manière extra-humaine et surnaturelle, sans quoi il ne pourrait vivre.

Longueur des vers

Vers d’une syllabe

Fort

Belle,

Elle

.

Dort.

Sort

Frêle!

Quelle

Mort!

Vers de deux syllabes

Murs, ville

Et port,

Asile

De Mort,

Mer grise,

Où brise

La brise;

Tout dort.

.

Victor Hugo, Les Djinns. Les Orientales

Vers de trois syllabes

Cette ville

Aux longs cris

Qui profile

Son front gris,

Des trois frêles

Cent tourelles,

Clochers grêles,

C’est Paris.

.

Victor Hugo. Le pas d’armes du roi Jean. Odes et Ballades

Vers de quatre syllabes

Sur la colline,

quand la splendeur

Du ciel en fleur

Au soir décline,

.

L’air illumine

Ce front rêveur

D’une lueur

triste et divine.

.

Théodore de Banville

Vers de cinq syllabes

Gothique donjon

Et flèche gothique,

Dans un ciel d’optique,

Là-bas, c’est Dijon.

Ses joyeuses treilles

N’ont point leurs pareilles

Ses clochers jadis

Se comptaient par dix.

.

Louis Bertrand. Gaspard de la Nuit

Vers de six syllabes

Nulle humaine prière

Ne repousse en arrière

Le bateau de Charon,

Quand l’âme nue arrive

De Styx ou d’Achéron.

.

Ronsard, Ode V. Quatrième livre

Vers de sept syllabes

J’étais couché mollement

Et, contre mon ordinaire,

Je dormois tranquillement;

Quand un enfant s’en vint faire

A ma porte quelque bruit.

Il pleuvoit fort cette nuit :

Le vent, le froid et l’orage

Contre l’enfant faisoient rage.

.

La Fontaine. L’Amour Mouillé.

Vers de huit syllabes

A travers la folle risée

Que Saint-Marc renvoie au Lido,

Une gamme monte en fusée,

Comme au clair de lune un jet d’eau…

.

A l’air qui jase d’un ton bouffe

Et secoue au vent ses grelots,

Un regret, ramier qu’on étouffe,

Par instant mêle ses sanglots.

.

Théophile Gauthier. Clair de lune sentimental. Emaux et Camées

Vers de neuf syllabes, avec deux repos ou césures, l’une après la troisième syllabe, l’autre après la sixième.

Oui! c’est Dieu _ qui t’appelle _ et t’éclaire!

A tes yeux _ a brillé _ sa lumière,

En tes mains _ il remet _ sa bannière.

Avec elle _ apparait _ dans nos rangs,

Et des grands _ cette fou _ le si fière

Va par toi _ se réduire _ en poussière,

Car le ciel _ t’a choisi _ sur la terre

Pour frapper _ et punir _ les tyrans!

                                

Scribe. Le Prophète. Acte 4

Vers de dix syllabes, avec repos ou césure après la quatrième syllabe

L’amour forgeait. _ Au bruit de son enclume,

Tous les oiseaux, _ troublés, rouvraient les yeux;

Car c’était l’heure _ où se répand la brume,

Où sur les monts, _ comme un feu qui s’allume,

Brille Vénus, _  l’escarboucle des cieux.

.

Victor Hugo

Vers de dix syllabes, avec repos ou césure après la cinquième et sixième syllabe

J’ai dit à mon cœur, _ à mon faible cœur :

N’est-ce point assez _ de tant de tristesse?

Et ne vois-tu pas _ que changer sans cesse

C’est à chaque pas _ trouver la douleur?

.

Il m’a répondu : _ ce n’est point assez,

Ce n’est point assez _ de tant de tristesse;

Et ne vois-tu pas _ que changer sans cesse

Nous rend doux et chers _ les chagrins passés?

.

Alfred de Musset. Chanson. (Poésies diverses)

Vers de onze syllabes, avec un repos ou césure entre la cinquième et la sixième syllabe.

Les sylphes légers _ s’en vont dans la nuit brune

Courir sur les flots _ des ruisseaux querelleurs,

Et, jouant parmi _ les blancs rayons de lune,

Voltigent riants _ sur la cime des fleurs.

.

Les zéphyrs sont pleins _ de leur voix étouffée,

Et parfois un pâtre _ attiré par le cor,

Aperçoit au loin _ Viviane la fée

Sur le vert coteau _ peignant ses cheveux d’or.

Vers de douze syllabes, avec un repos ou césure entre la sixième et septième syllabe.

L’aurore apparaissait; _ quelle aurore? Un abîme

D’éblouissement, vaste, _ insondable, sublime;

Une ardente lueur _ de paix et de bonté.

C’était aux premiers temps _ du globe; et la clarté

Brillait sereine au front _ du ciel inaccessible,

Etant tout ce que Dieu _ peut avoir de visible;

Tout s’illuminait, l’ombre _ et le brouillard obscur;

Des avalanches d’or _ s’écroulaient dans l’azur;

.

Le jours en flamme, au fond _ de la terre ravie

Embrasaient les lointains _ splendides de la vie;

Les horizons plein d’ombre _ et de rocs chevelus,

Et d’arbres effrayants _ que l’homme ne voit plus,

Luisaient comme le songe _ et comme le vertige,

Dans une profondeur _ d’éclair et de prodige.

.

Victor Hugo. Le Sacre de la Femme. (La Légende des Siècles)

Vers de treize syllabes, avec un repos ou césure entre la cinquième et la sixième syllabe

Le chant de l’Orgie _ avec des cris au loin proclame

Le beau Lyoeus, _ le Dieu paré comme une femme,

Qui, le thyrse en main,_ passe rêveur, triomphant,

A demi couché _ sur le dos nu d’un éléphant.

.

Après eux Silène _ embrassant d’une lèvre avide

Le museau vermeil  _ d’une grande urne déjà vide,

Use sans pitié _ les flancs de son âne en retard,

Trop lent à servir _ la valeur du divin vieillard.

Vers alexandrin

LA RIME

De l’appropriation des mètres divers aux divers poèmes français

A suivre…

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