Théodore de Banville

Le Gros-Fouteau

A la forêt de Fontainebleau

Ô forêt adorée encor, Fontainebleau !
Dis-moi, le gardes-tu sur le tronc d’un bouleau,
Ce nom que j’appelais mon espoir et mes forces,
Et que j’avais gravé partout dans tes écorces ?

Elle, enfant comme moi, nous allions, le matin,
Respirer les odeurs de verdure et de thym,
Et voir tes rochers gris s’éveiller dans la flamme.
Puis, quand se reposait celle qui fut mon âme,
Lorsque tes horizons brûlent, que, vers midi,
Le serpent taché d’or se relève engourdi,
Je contemplais, effroi d’une âme sérieuse,
Cette heure du soleil, blanche et mystérieuse !

N’est-ce pas, n’est-ce pas que vous étiez vivant,
Noir feuillage, immobile et triste sous le vent,
Comme une mer qu’un dieu rend docile à ses chaînes ?
Et vous, colosses fiers, arbres noueux, grands chênes,
Rien n’agitait vos fronts, par le temps centuplés !
Pourtant vos bras tordus et vos muscles gonflés,
Ces poses de lutteurs affamés de carnage
Que vous conserviez, même à cette heure où tout nage
Dans la vive lumière et l’atmosphère en feu,
Laissaient voir qu’autrefois, sous ce ciel vaste et bleu,
Vous aviez dû combattre, ô géants centenaires !
Au milieu des Titans vaincus par les tonnerres.

Et vous, rochers sans fin, suspendus et croulants,
Sur qui l’oiseau sautille, et qui, depuis mille ans,
Gardez, sans être las, vos effroyables poses,
La mousse et le lichen et les bruyères roses
Ont beau vivre sur vous comme un jardin en fleur,
Ne devine-t-on pas dans quelle âpre douleur
Un volcan souterrain, contre le jour qu’il brave,
Jadis vous a vomis avec un flot de lave !

Les sauvages buissons de mûres diaprés,
Aux rayons du soleil montraient leurs fruits pourprés.
A peine si parfois, parmi les branches hautes,
Un léger mouvement me révélait des hôtes ;
Et pourtant, si ma main, écartant leur fouillis,
Eût fait entrer le jour dans ces vivants taillis,
J’aurais vu s’y tapir dans les ombres fumeuses
L’épouvantable essaim des bêtes venimeuses !

Or, je disais devant ce spectacle divin :
Poëte, voile-toi pour le vulgaire vain !
Qu’il ne puisse à ta Muse enlever sa ceinture,
Et souris-leur, pareil à la grande Nature !
Sous ta sérénité cache aussi ton secret !
Réponds, ai-je tenu ma parole, ô forêt ?
Et n’ai-je pas rendu mon âme et mon visage
Silencieux et doux comme un beau paysage ?

Théodore de Banville (1823 – 1891)

Le rossignol : N° 1, Ton original en mi, ténor ou soprano / poésie de Th. de Banville
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11619860.image

Le Rossignol

Théodore de BANVILLE

Recueil : « Améthystes »

Vois, sur les violettes
Brillent, perles des soirs,
De fraîches gouttelettes !
Entends dans les bois noirs,
Frémissants de son vol,
Chanter le rossignol.

Reste ainsi, demi-nue,
A la fenêtre ; viens,
Mon amante ingénue ;
Dis si tu te souviens
Des mots que tu m’as dits,
Naguère, au paradis !

La lune est radieuse ;
La mer aux vastes flots,
La mer mélodieuse
Pousse de longs sanglots
De désir et d’effroi,
Comme moi ! comme moi !

Mais non, tais-toi, j’admire,
A tes genoux assis,
Ta lèvre qui soupire,
Tes yeux aux noirs sourcils !
C’était hier ! je veux
Dénouer tes cheveux.

O toison ! ô parure
Que je caresse encor !
Non, tu n’es pas parjure,
Ma belle aux cheveux d’or,
Mon ange retrouvé !
J’étais fou. J’ai rêvé.

Juin 1860.

Camille Saint-Saëns

Ballade sur les hôtes mystérieux de la forêt

Il chante encor, l’essaim railleur des fées,
Bien protégé par l’épine et le houx
Que le zéphyr caresse par bouffées.
Diane aussi, l’épouvante des loups,
Au fond des bois cache son coeur jaloux.
Son culte vit dans plus d’une chaumière.
Quand les taillis sont baignés de lumière,
A l’heure calme où la lune paraît,
Échevelée à travers la clairière,
Diane court dans la noire forêt.

De nénufars et de feuilles coiffées,
La froide nixe et l’ondine aux yeux doux
Mènent le bal, follement attifées,
Et près du nain, dont les cheveux sont roux,
Les sylphes verts dansent et font les fous.
On voit passer une figure altière,
Et l’on entend au bord de la rivière
Un long sanglot, un soupir de regret
Et des pas sourds qui déchirent du lierre :
Diane court dans la noire forêt.

Diane, au bois récoltant ses trophées,
Entend le cerf gémissant fuir ses coups
Et se pleurer en plaintes étouffées.
Un vent de glace a rougi ses genoux ;
Ses lévriers, ivres de son courroux,
Sont accourus à sa voix familière.
La grande Nymphe à la fauve paupière
Sur son arc d’or assujettit le trait ;
Puis, secouant sa mouvante crinière,
Diane court dans la noire forêt.

Prince, il est temps, fuyons cette poussière
Du carrefour, et la forêt de pierre.
Sous le feuillage et sous l’antre secret,
Nous trouverons la ville hospitalière ;
Diane court dans la noire forêt.

Les fées : avec accompagnement de piano à 4 mains / poésie de Th. de Banville. Camille Saint-Saëns
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11620295.image
Les fées

Nouvelle Confrérie Haute-Claire à Marlotte

Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris 6e arrondissement, est un poète, dramaturge et critique dramatique français.

Célèbre pour les Odes funambulesques et Les Exilés, il est surnommé « le poète du bonheur ».

Ami de Victor Hugo, de Charles Baudelaire et de Théophile Gautier, il est considéré dès son vivant comme l’un des plus éminents poètes de son époque.

Théodore de Banville unit dans son œuvre le romantisme et le parnasse, dont il fut l’un des précurseurs. Il professait un amour exclusif de la beauté et la limpidité universelle de l’acte poétique, s’opposant à la fois à la poésie réaliste et à la dégénérescence du romantisme, contre lesquels il affirmait sa foi en la pureté de la création artistique.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odore_de_Banville

Petit traité de poésie française ([Reprod.]) / par Théodore de Banville
A télécharger sur https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50423r.image

Le Petit traité de poésie française est un ouvrage de Théodore de Banville, consacré à l’art de la versification et aux différents exemples de poème à forme fixe dans la poésie française, publié en 1871.

Structure

Le traité de Théodore de Banville est divisé en onze sections :

  • Introduction
  • Règles mécaniques des vers
  • La rime
  • Encore la rime
  • L’enjambement et l’hiatus
  • De l’appropriation des mètres divers aux divers poèmes français
  • De la tragédie au madrigal
  • Des rythmes et de l’ode
  • Les poèmes traditionnels à forme fixe
  • De quelques curiosités poétiques
  • Conclusion

Lors de la réédition du Petit traité de poésie française, l’année de la mort de son auteur, l’éditeur Charpentier ajoute en annexe deux études du poète, consacrées à Ronsard et à La Fontaine.

Formes fixes

Le Petit traité de poésie française aborde les formes de l’élégie, de l’épître et de la fable, de la chanson, de l’épigramme et du madrigal, de l’ode, de la terza rima, du rondel, de la ballade, du sonnet, du rondeau, du triolet, de la villanelle, du lai, du virelai, du chant royal, de la sextine, du pantoum.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Petit_trait%C3%A9_de_po%C3%A9sie_fran%C3%A7aise

Le Petit Traité de poésie française de Théodore de Banville : Bible parnassienne ou invitation à l’expérimentation libre ?
https://www.cairn.info/revue-romantisme-2014-1-page-91.htm 

Voir aussi :


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