Mauclair à Marlotte

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  1. Camille Mauclair (1872-1945)
  2. Le charme du Loing
  3. Mauclair et Mallarmé
    1. Mallarmé chez lui
  4. Livres de Camille Mauclair

Camille Mauclair (1872-1945)

Né Séverin Faust, d’ascendance danoise et lorraine, le poète et romancier Camille Mauclair, fut avant tout, comme il se qualifiait lui-même, un écrivain d’art. Adepte du culte de la beauté, il concevait l’art comme une religion, un apostolat et les artistes comme des Princes de l’Esprit, idée qu’il développa dans un ouvrage paru sous ce titre en 1920.

Dans la première partie de sa vie littéraire, il est lui-même en phase avec l’avant-garde, adepte de l’art symboliste il soutient Mallarmé, les peintres impressionnistes, Rodin, Debussy.

A partir de 1905, Mauclair condamne la modernité qu’incarnent en peinture les fauves ou les cubistes, Gropius ou Le Corbusier en architecture.

Au cours de sa vie, ses opinions politiques et ses préférences artistiques ont beaucoup varié, oscillant entre l’anarchisme, le symbolisme, le nationalisme, le néo-classicisme, jusqu’au racisme. Ses dilections vont, pêle-mêle, de Mallarmé dont il fréquente les Mardis qu’il admire et fait connaître, à Lafforgue qu’il édite. Il collabore au Mercure de France, fonde avec Lugné-Poe le Théâtre de l’Œuvre pour y monter Pelléas et Mélisande.

Il flirta, sans s’attacher durablement avec toutes les sensibilités de son époque, collabore à l’Aurore de Clémenceau, prend la défense d’Émile Zola, devient dreyfusard.

En 14-18, il se fait le défenseur de la cause arménienne contre les Turcs et l’Allemagne.

Après la Grande Guerre, il vilipende l’art et l’architecture modernes tant au Figaro que dans l’Ami du Peuple. S’il fut l’ami de Clémenceau, de Stéphane Mallarmé, d’Armand Point ses opinions politiques et ses préférences artistiques ont beaucoup évolué. Il fut dreyfusard, par fidélité à Clémenceau, disant dans son autobiographie Servitude et Grandeur littéraires (1922): «Ainsi fus-je dreyfusard de la première minute, par goût de la vérité».

Mais en 1930, dans son ouvrage La farce de l’art vivant : Les métèques contre l’art français il explicite « ses options nationalistes, réactionnaires et racistes »: «Parmi les blancs (de l’école de Paris) on compte environ 80% de sémites et à peu près autant de ratés…»

Au cours des années 30, il entame son Cycle de la Méditerranée, magnifiant les arts, l’architecture et les civilisations de ces pays du soleil dans une série d’ouvrages fort estimés : L’Âpre et Splendide Espagne que suivront La Majesté de Rome (1932), Les Couleurs du Maroc (1933), Le Pur Visage de la Grèce (1935), Les Douces Beautés de la Tunisie (1936), L’Ardente Sicile (1937), L’Égypte millénaire et vivante (1938) et De Jérusalem à Istanbul (1939)

Auteur de plus de cent ouvrages et de milliers d’articles touchant au monde de l’art, au sens le plus large, Camille Mauclair eut une grande influence sur son époque.

Entre 1942 et 1944 il écrit dans les journaux de la collaboration: Le Matin, Au Pilori, La Gerbe d’Alphonse de Châteaubriant; adhère à l’Association des journalistes antijuifs, publie un dernier pamphlet antisémite : La Crise de l’art moderne.

Sa mort, en 1945, lui évitera les inévitables poursuites vengeresses de la Libération.

Il ne faut donc pas s’étonner outre mesure que l’actuelle amicale socialo-marxiste et ses groupes de pression universitaires et médiatiques, traînent quelque peu l’aimable Mauclair dans la boue !

Dominique Jarrassé, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université de Bordeaux publie sur son blog une étude intéressante sur cet auteur habitué de notre village.

mauclair
Camille Mauclair croqué par Félix Vallotton

  1. Camille Mauclair (1872-1945)
  2. Le charme du Loing
  3. Mauclair et Mallarmé
    1. Mallarmé chez lui
  4. Livres de Camille Mauclair
Le charme du Loing


Texte de Camille Mauclair
repris dans le N°15 du Bulletin des A.B.M.

… « C’est dans toute la région traversée par le Loing que s’accumulent les souvenirs d’histoire et d’art. Il vient des environs de Montargis, il arrose l’exquise petite cité de Nemours. Mais sans nous aventurer dans ces parages trop lointains, quels motifs se présentent en amont de Moret! C’est Montigny-sur-Loing, c’est Marlotte, où nous ramènent tant d’évocations de ma jeunesse.

A Montigny, le vieil hôtel du Coq, « simple mais bon », comme disent les guides, ouvrait ses chambres sur la rivière où l’on canotait. C’était le temps béni où l’on ignorait le confort moderne, les phonographes, les klaxons et où l’on ne connaissait d’autres « coups de fusil » que ceux des chasseurs poursuivant le lapin de garenne ou la perdrix.

A Marlotte, tout proche de Montigny, dans la plaine, à l’orée de la forêt et de la région de la mare aux Fées, il y avait l’auberge fameuse de la mère Mallet, toute tapissée d’études de peintres alors inconnus, laissées en gage et destinées plus tard à assurer à leurs propriétaires une jolie fortune.

Il y avait surtout, à l’entrée du pays, l’accueillante maison du peintre Armand Point, fresquiste, émailleur, orfèvre, fanatique de la Renaissance et de la Rose-Croix, ayant fondé là un atelier d’art décoratif sous la firme « Hauteclaire ».

De Montigny à Marlotte, c’était un incessant échange de visites entre joyeux camarades, peintres, poètes et musiciens, s’accordant pour maudire l’Institut.

Le jardin d’Armand Point, les salles à manger de l’hôtel du Coq et de l’hôtel Mallet ont entendu les plus fougueuses discussions esthétiques. Il y avait là l’excellent sculpteur animalier Virion; le poète Paul Fort, à la brune figure romantique, toujours vêtu de noir; le poète Stuart Merill, Américain de naissance, Français par le cœur et l’admirable pureté de ses poèmes lyriques, blond, beau, cordial, et généreux; le fier décorateur Louis Anquetin, issu de Manet et dévoué au culte de Rubens, étonnant le paisible village par sa prestance à cheval; l’essayiste Fernand Divoire ; le sage érudit Ferdinand Hérold… Péladan, alors sar et mage, daignait parfois venir, exhibant ce costume florentin dont l’excentricité devait lui faire tant de tort.

Souvent Elémir Bourges, vêtu de velours à côtes, le bâton à la main, traversait la forêt depuis Samois pour venir déjeuner chez Point.

Il y avait des muses charmantes, coiffées en bandeaux botticellesques; on récitait beaucoup de vers, et dans un coin, silencieux et correct, un jeune secrétaire d’ambassade écoutait les discussions d’art. Il savait par cœur d’innombrables strophes et les disait avec amour. Il se nommait Philippe Berthelot.

Tous les convives se régalaient d’un savoureux « méchoui », d’un mouton entier, rôti sur les braises dans une fosse creusée au jardin. A l’automne, on célébrait la fête des chrysanthèmes et on allait en bande en forêt, dont les échos retentissaient parfois jusqu’à l’heure où le clair de lune cédait aux premières pâleurs de l’aube.

Marlotte et Montigny ont eu ainsi l’honneur de jouer leur joli rôle dans ce mouvement symboliste si vivant, si intéressant, si calomnié alors, classique aujourd’hui. »

Source : http://www.apophtegme.com/ALBUM/artistes-hauteclaire.htm

Mauclair et Mallarmé

« Ce poète mystérieux est sans doute l’un des hommes dont le nom défraya le plus la presse littéraire ou pseudo-littéraire de l’Europe. Peu de chercheurs ont suscité autant de railleries et de polémiques. Mallarmé, qui ne s’en souciait point, s’attira les jugements les plus singuliers. Tout, de son œuvre, donnait à prévoir que le public et les journaux l’ignoreraient éternellement : et cependant une sorte d’exaspération mêlée d’une déférence involontaire faisait que, par crises, les gazetiers et les personnes habituellement incurieuses de littérature insolite se pensaient tenues à s’indigner ou à demander, avec une ironie mêlée de crainte, qu’on « leur expliquât M. Mallarmé ». Et rien ne les satisfaisait. Stéphane Mallarmé n’était point classable ; de plus, il ne demandait pas à l’être, mais à rester seul. Il ne souhaitait même pas être compris : il désirait se tenir à l’écart et user du style selon les idées qui lui agréaient. Cette attitude, simple en apparence, suffit presque toujours à attirer autour d’un homme plus de bruit qu’il ne l’eût souhaité. »

Mallarmé chez lui

Pour avoir fréquenté les « mardis de la rue de Rome » dans sa prime jeunesse, Mauclair garde un souvenir filial de Mallarmé, et plus de trente ans après sa mort, lui dédie ce témoignage d’admiration et de reconnaissance.

Il lève un coin du voile sur ces mythiques mardis, où, notamment, Gide, Valéry, Louÿs, Whistler, Debussy – excusez du peu- communiaient à la parole mallarméenne. Tel Socrate, le maître ne laissera pas de traces écrites, mais sous l’apparence d’un « petit bourgeois vieillissant », aimante littéralement les plus beaux esprits de son temps, et charme par sa bienveillance et son humilité constante. « On eût dit que cet homme, pourtant né dans la petite bourgeoisie, incarnait des siècles de vieille civilité française et avait accoutumé de converser avec des rois. »

Les conversations tournaient autour de la peinture, et Mauclair de regretter qu’un grand peintre, Carrière, Fantin-Latour, ou Rodin, en sculpture, n’ait pas réalisé le grand portrait définitif de Mallarmé.

Les tourments poétiques de Mallarmé apparaissent au fil de conversations privées, quant à sa hantise du vide et de l’impuissance créatrice, et son sentiment de « raté », qui frappera Mauclair au moment de la dernière œuvre éditée par le maître.

Quelques lettres personnelles nous permettent de pénétrer dans l’intimité de Mallarmé, et de découvrir, outre une parfaite attention à l’autre, une syntaxe tout à fait étonnante, qui montre que le prosateur est aussi soucieux de renouveler l’expression française que le poète.

L’ouvrage s’enrichit d’un coup d’œil sur la biographie de Mallarmé, plus agitée que l’image du petit professeur d’anglais de province ne le laisse supposer. Les affres de l’administration, des périodes de doutes profonds, la perte d’un enfant, une toquade pour la demi-mondaine Méry Laurent, en sont autant de preuves.

Devant sa tombe fraîchement refermée, Rodin se serait écrié : « Combien de temps faudra-t-il à la nature pour refaire un cerveau pareil ? » Il ne semble pas qu’elle y soit encore parvenue…

Par sa brièveté et sa vivacité de ton, cet ouvrage constitue une excellente introduction à l’univers mallarméen.

Livres de Camille Mauclair

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