Léon Dierx, un Prince des poètes à La Réunion

  1. Léon Dierx
    1. De Saint-Denis à Paris 
    2.  Le poète  
    3. L’artiste
  2. Poésies
    1. Les Filaos
    2. Le vieux solitaire
    3. Flot des mers
Camillo Melnick, Portrait de Léon Dierx, vers 1890

Léon Dierx

Présentation du musée Léon Dierx de La Réunion

31 mars 1838 – 11 juin 1912 

Poète, peintre et sculpteur, ami intime des Leblond, Léon Dierx a laissé son nom au musée. Après une enfance réunionnaise, il s’installe à Paris dans les années 1850. Ses poésies contribuent à sa renommée au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. 

De Saint-Denis à Paris 

Léon Dierx est né à Saint-Denis, rue de Paris, dans une grande maison aujourd’hui connue sous le nom de Maison Déramond. Il passe aussi une partie de son enfance sur une propriété à Montgaillard, sur les hauteurs du chef-lieu, site enchanteur qui le marque profondément. Il lui consacre un poème intitulé Les Filaos : « Là-bas, au flanc d’un mont couronné Entre deux noirs ravins roulant leur frais échos, Sous l’ondulation de l’air chaud qui s’allume Règne un bois toujours vert de sombres filaos… » Dierx quitte La Réunion pour Paris à l’âge de 15 ans afin de poursuivre ses études qu’il abandonne vers 1855 pour se consacrer entièrement à la poésie. La ruine de sa famille le contraint à reprendre ses cours, puis à travailler ; il occupe plusieurs postes dans les administrations parisiennes. En 1860 puis en 1892, le poète revient à La Réunion pour de courts séjours.

Il accueille Marius-Ary Leblond lors de leur arrivée à Paris : les deux Réunionnais bénéficient ainsi de ses précieuses relations lors de la création du musée de La Réunion. En remerciement et en hommage à son œuvre, les Leblond le solliciteront pour donner son nom au nouveau musée. Modeste, Léon Dierx accepte à la condition «que cela fût fait après sa mort». Le poète s’éteint en juin 1912 et le musée porte son nom depuis le 12 novembre 1912.    

 Le poète  

Poète applaudi, il participe au « Parnasse contemporain », dont le chef de file est le Réunionnais Charles Leconte de Lisle. Entre 1858 et 1879, Dierx publie plusieurs recueils et cesse d’écrire après cette date jusqu’à la fin de sa vie. Cependant, sa présence est appréciée dans les salons littéraires. Des journalistes, des écrivains ou des poètes se réfèrent à son œuvre. Il fait l’objet de nombreux articles dans la presse et reçoit de nombreux prix.

En 1885, reconnu par ses pairs, il a le privilège de faire partie du groupe des poètes chargé de la veillée funèbre de Victor Hugo sous l’Arc de Triomphe. En 1898, il est sacré «Prince des poètes» par ses pairs, succédant à Stéphane Mallarmé. 

L’artiste

Léon Dierx a fait l’objet de nombreux portraits par les peintres de son époque. Sa sensibilité artistique conduit aussi le poète à exprimer ses sentiments en peinture. Depuis sa création, le musée possède plusieurs tableaux de Dierx, souvent des petits formats. Son style évoque tour à tour Jean-Baptiste Corot (Faune et nymphe dans la forêt) ou les paysagistes ayant adopté la peinture de plein air comme ceux de l’École de Barbizon.

Sa peinture très léchée, sa facture très lisse, exprime souvent un sentiment poétique dans la représentation d’un paysage. Ce genre, devenu majeur au XIXe siècle, semble avoir été privilégié par Dierx. Devenu aveugle à la fin de sa vie, il poursuit ses recherches artistiques en sculpture, mais aucune d’entre elles n’est à ce jour connue.

Source : https://musee-leondierx.re/fr/les-personnages

Poésies

Allée des soupirs du domaine de Montgaillard au MOCA

Les Filaos

Léon DIERX

Recueil : « Les Lèvres closes »

À Théodore De Banville.

Là-bas, au flanc d’un mont couronné par la brume,
Entre deux noirs ravins roulant leurs frais échos,
Sous l’ondulation de l’air chaud qui s’allume
Monte un bois toujours vert de sombres filaos.
Pareil au bruit lointain de la mer sur les sables,
Là-bas, dressant d’un jet ses troncs roides et roux,
Cette étrange forêt aux douleurs ineffables
Pousse un gémissement lugubre, immense et doux.
Là-bas, bien loin d’ici, dans l’épaisseur de l’ombre,
Et tous pris d’un frisson extatique, à jamais,
Ces filaos songeurs croisent leurs nefs sans nombre,
Et dardent vers le ciel leurs flexibles sommets.
Le vent frémit sans cesse à travers leurs branchages,
Et prolonge en glissant sur leurs cheveux froissés,
Pareil au bruit lointain de la mer sur les plages,
Un chant grave et houleux dans les taillis bercés.
Des profondeurs du bois, des rampes sur la plaine,
Du matin jusqu’au soir, sans relâche, on entend
Sous la ramure frêle une sonore haleine,
Qui naît, accourt, s’emplit, se déroule et s’étend
Sourde ou retentissante, et d’arcade en arcade
Va se perdre aux confins noyés de brouillards froids,
Comme le bruit lointain de la mer dans la rade
S’allonge sous les nuits pleines de longs effrois.
Et derrière les fûts pointant leurs grêles branches
Au rebord de la gorge où pendent les mouffias,
Par place, on aperçoit, semés de taches blanches,
Sous les nappes de feu qui pétillent en bas,
Les champs jaunes et verts descendus aux rivages,
Puis l’océan qui brille et monte vers le ciel.
Nulle rumeur humaine à ces hauteurs sauvages
N’arrive. Et ce soupir, ce murmure immortel,
Pareil au bruit lointain de la mer sur les côtes,
Épand seul le respect et l’horreur à la fois
Dans l’air religieux des solitudes hautes.
C’est ton âme qui souffre, ô forêt ! C’est ta voix
Qui gémit sans repos dans ces mornes savanes.
Et dans l’effarement de ton propre secret,
Exhalant ton arôme aux éthers diaphanes,
Sur l’homme, ou sur l’enfant vierge encor de regret,
Sur tous ses vils soucis, sur ses gaîtés naïves,
Tu fais chanter ton rêve, ô bois ! Et sur son front,
Pareil au bruit lointain de la mer sur les rives,
Plane ton froissement solennel et profond.
Bien des jours sont passés et perdus dans l’abîme
Où tombent tour à tour désir, joie, et sanglot ;
Bien des foyers éteints qu’aucun vent ne ranime,
Gisent ensevelis dans nos cœurs, sous le flot
Sans pitié ni reflux de la cendre fatale ;
Depuis qu’au vol joyeux de mes espoirs j’errais,
Ô bois éolien ! Sous ta voûte natale,
Seul, écoutant venir de tes obscurs retraits,
Pareille au bruit lointain de la mer sur les grèves,
Ta respiration onduleuse et sans fin.
Dans le sévère ennui de nos vanités brèves,
Fatidiques chanteurs au douloureux destin,
Vous épanchiez sur moi votre austère pensée ;
Et tu versais en moi, fils craintif et pieux,
Ta grande âme, ô nature ! éternelle offensée !
Là-bas, bien loin d’ici, dans l’azur, près des cieux,
Vous bruissez toujours au revers des ravines ;
Et par delà les flots, du fond des jours brûlants,
Vous m’emplissez encor de vos plaintes divines,
Filaos chevelus, bercés de souffles lents !
Et plus haut que les cris des villes périssables,
J’entends votre soupir immense et continu,
Pareil au bruit lointain de la mer sur les sables,
Qui passe sur ma tête et meurt dans l’inconnu !

https://afropoesie.com/2019/07/17/le-vieux-solitaire/

Le vieux solitaire

Je suis tel qu’un ponton sans vergues et sans mâts,
Aventureux débris des trombes tropicales,
Et qui flotte, roulant des lingots dans ses cales,
Sur une mer sans borne et sous de froids climats.

Les vents sifflaient jadis dans ses mille poulies,
Vaisseau désemparé qui ne gouverne plus,
Il roule, vain jouet du flux et du reflux,
L’ancien explorateur des vertes Australies !

Il ne lui reste plus un seul des matelots
Qui chantaient sur la hune en dépliant la toile.
Aucun phare n’allume au loin sa rouge étoile ;
Il tangue, abandonné tout seul sur les grands flots.

La mer autour de lui se soulève et le roule,
Et chaque lame arrache une poutre à ses flancs ;
Et les monstres marins suivent de leurs yeux blancs
Les mirages confus du cuivre sous la houle.

Il flotte, épave inerte, au gré des flots houleux,
Dédaigné des croiseurs aux bonnettes tendues,
La coque lourde encor de richesses perçus,
De trésors dérobés aux pays fabuleux.

Tel je suis. Vers quels ports, quels récifs, quels abîmes,
Dois-tu les charrier, les secrets de mon cœur !
Qu’importe ? viens à moi, Caron, vieux remorqueur,
Écumeur taciturne aux avirons sublimes !

Léon Dierx

Flot des mers

Flots qui portiez la vie au seuil obscur des temps,
Qui la roulez toujours en embryons flottants
Dans le flux et reflux du primitif servage,
Éternels escadrons cabrés sur un rivage
Ou contre un roc, l’écume au poitrail, flots des mers,
Que vos bruits et leur rythme immortel me sont chers !

Partout où recouvrant récifs, galets de sables,
Escaladant en vain les bords infranchissables,
Vous brisez votre élan tout aussitôt repris,
Vous aurez subjugué les cœurs et les esprits.
L’ordre immémorial au même assaut vous lance,
Et vous n’aurez connu ni repos ni silence
Sur ce globe où chaque être, après un court effort,
Pour l’oublier se fait immobile et s’endort.
Enfanteurs de la nue éclatante ou qui gronde,
Flots des mers, ennemis de tous les caps du monde,
Vous leur jetez avec vos limons coutumiers
Son rêve et son histoire épars en des fumiers.
Dans vos sillons mouvants submergés par vos cimes
Vous ensevelissez et bercez vos victimes,
Ainsi qu’en le berçant vous poussez devant vous
L’animalcule aveugle éclos dans vos remous.
A tous les sols marins votre appel se répète.
Mais sous l’azur limpide ou pendant la tempête,
Doux murmure expirant sur la grève, ou fureur
Retentissante au fond des vieux gouffres d’horreur,
C’est à jamais un chant de détresse et de plainte.
Perpétuels martyrs refoulés dans l’étreinte,
Armée aux rangs serrés qui monte et qui descend,
Un désir est en vous qui se sait impuissant.
Que la nuit s’épaississe ou bien que le jour croisse,
Vous accourez de loin, vous rapportez l’angoisse,
Aux pieds de vos remparts certains vous revenez,
Et mêlez aux rumeurs des ans disséminés
Les soupirs inconnus, les voix de ceux qu’on pleure.
La vôtre est toujours jeune et seule ici demeure.
Messagers du chaos, damnés de l’action,
Serviteurs du secret de la création,
Votre spectacle auguste et sa vaste harmonie
Émouvront plus que tout la pensée infinie.
Nous n’aurons combattu qu’une heure ; incessamment,
Vous clamez dans l’espace un plus ancien tourment !
Ah ! n’est-il pas celui d’une âme emprisonnée
Qui, ne sachant pourquoi ni comment elle est née,
Le demande en battant les murs de l’horizon ?
Flots sacrés ! L’univers est encor la prison !
Nous avons beau fouiller et le ciel et la terre,
Tout n’est que doute, énigme, illusion, mystère.

Léon Dierx

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