
- STĂPHANE MALLARMĂ
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- J.-K. HUYSMANS
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STĂPHANE MALLARMĂ

Avec Verlaine, M. StĂ©phane MallarmĂ© est le poĂšte qui a eu lâinfluence la plus directe sur les poĂštes dâaujourdâhui. Tous deux furent parnassiens et dâabord baudelairiens.
Per me si va tra la perduta gente.
Par eux on descend le long de la montagne triste jusquâen la citĂ© dolente des Fleurs du Mal. Toute la littĂ©rature actuelle et surtout celle que lâon appelle symboliste, est baudelairienne, non sans doute par la technique extĂ©rieure, mais par la technique interne et spirituelle, par le sens du mystĂšre ; par le souci dâĂ©couter ce que disent les choses, par le dĂ©sir de correspondre, dâĂąme Ă Ăąme, avec lâobscure pensĂ©e rĂ©pandue dans la nuit du monde, selon ces vers si souvent dits et redits :
La nature est un temple oĂč de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
Lâhomme y passe Ă travers des forĂȘts de symboles
Qui lâobservent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Avant de mourir, Baudelaire avait lu les premiers vers de MallarmĂ© ; il sâen inquiĂ©ta ; les poĂštes nâaiment pas Ă laisser derriĂšre eux un frĂšre ou un fils ; ils se voudraient seuls et que leur gĂ©nie pĂ©rĂźt avec leur cerveau. Mais M. MallarmĂ© ne fut baudelairien que par filiation ; son originalitĂ© si prĂ©cieuse sâaffirma vite ; ses Proses, son AprĂšs-midi dâun Faune, ses Sonnets vinrent dire, Ă de trop loins intervalles, la merveilleuse subtilitĂ© de son gĂ©nie patient, dĂ©daigneux, impĂ©rieusement doux.
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HENRI DE RĂGNIER

Celui-lĂ vit en un vieux palais dâItalie oĂč des emblĂšmes et des figures sont Ă©crits sur les murs. Il songe, passant de salle en salle, il descend lâescalier de marbre vers le soir, et sâen va dans les jardins, dallĂ©s comme des cours, rĂȘver sa vie parmi les bassins et les vasques, cependant que les cygnes noirs sâinquiĂštent de leur nid et quâun paon, seul comme un roi, semble boire superbement lâorgueil mourant dâun crĂ©puscule dâor. M. de RĂ©gnier est un poĂšte mĂ©lancolique et somptueux : les deux mots qui Ă©clatent le plus souvent dans ses vers sont les mots or et mort, et il est des poĂšmes oĂč revient jusquâĂ faire peur lâinsistance de cette rime automnale et royale. Dans le recueil de ses derniĂšres Ćuvres on compterait sans doute plus de cinquante vers ainsi finis : oiseaux dâor, cygnes dâor, vasques dâor, fleur dâor, et lac mort, jour mort, rĂȘve mort, automne mort. Câest une obsession trĂšs curieuse et symptomatique, non pas et bien au contraire dâune possible indigence verbale, mais dâun amour avouĂ© pour une couleur particuliĂšrement riche et dâune richesse triste comme celle dâun coucher de soleil, richesse qui va devenir nocturne.
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PIERRE LOUYS

Il y a en ce moment un petit mouvement de nĂ©o-paganisme, de naturisme sensuel, dâĂ©rotisme Ă la fois mystique et matĂ©rialiste, un renouveau de ces religions purement charnelles oĂč la femme est adorĂ©e jusque dans les laideurs de son sexe, car au moyen de mĂ©taphores on peut adoniser lâinforme et diviniser lâillusoire. Un roman de M. Marcel Batilliat, jeune homme inconnu, est peut-ĂȘtre, malgrĂ© de graves dĂ©fauts, le plus curieux spĂ©cimen de cette religiositĂ© Ă©rotique que des cĆurs zĂ©lĂ©s se donnent pour songe ou pour idĂ©al ; mais il y eut une manifestation fameuse, lâAphrodite de M. Pierre Louys, dont le succĂšs Ă©touffera sans doute dâici longtemps, comme sous des roses, toutes les autres revendications du romanesque sexuel.
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J.-K. HUYSMANS

« Le RomanĂ©e et le Chambertin, le Clos-Vougeot et le Corton faisaient dĂ©filer devant lui des pompes abbatiales, des fĂȘtes princiĂšres, des opulences de vĂȘtements brochĂ©s dâor, embrasĂ©s de lumiĂšre ! Le Clos-Vougeot surtout lâĂ©blouissait. Ce vin lui semblait ĂȘtre le sirop des grands dignitaires. LâĂ©tiquette brillait devant ses yeux, comme ces gloires munies de rayons, placĂ©es dans les Ă©glises, derriĂšre lâocciput des Vierges. »
LâĂ©crivain qui, en 1881, au milieu du marĂ©cage naturaliste, avait, devant un nom lu sur une carte des vins, une telle vision, mĂȘme ironique, de splendeurs Ă©voquĂ©es, devait inquiĂ©ter ses amis, leur faire soupçonner une dĂ©fection prochaine. Ă quelques annĂ©es de lĂ , en effet, surgissait lâinattendu Ă Rebours qui fut, non le point de dĂ©part, mais la consĂ©cration dâune littĂ©rature neuve. Il ne sâagissait plus tant de faire entrer dans lâArt, par la reprĂ©sentation, lâextĂ©rioritĂ© brute, que de tirer de cette extĂ©rioritĂ© mĂȘme des motifs de rĂȘve et de surĂ©vĂ©lation intĂ©rieure. En Rade dĂ©veloppa encore ce systĂšme dont la fĂ©conditĂ© est illimitĂ©e â tandis que la mĂ©thode naturaliste sâest montrĂ©e plus stĂ©rile encore que ses ennemis nâauraient osĂ© lâespĂ©rer â systĂšme de la plus stricte logique et dâune si merveilleuse souplesse quâil permet, sans forfaire Ă la vraisemblance, dâintercaler, en des scĂšnes exactes de vie campagnarde, des pages comme « Esther », comme le « Voyage sĂ©lĂ©nien ».
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PAUL VERLAINE

M. Gaston Boissier, en couronnant (touchante coutume) un poĂšte quinquagĂ©naire, le fĂ©licitait de nâavoir pas innovĂ©, dâavoir exprimĂ© des idĂ©es ordinaires en un style facile, de sâĂȘtre conformĂ© avec scrupule aux lois traditionnelles de la poĂ©tique française. Ne pourrait-on rĂ©diger une histoire de notre littĂ©rature en nĂ©gligeant les novateurs ? Ronsard serait remplacĂ© par Ponthus de Thyard, Corneille par son frĂšre, Racine par Campistron, Lamartine par M. de Laprade, Victor Hugo par M. Ponsard et Verlaine par M. Aicard ; ce serait plus encourageant, plus acadĂ©mique et peut-ĂȘtre plus mondain, car, en France, le gĂ©nie semble toujours un peu ridicule.
Verlaine est une nature, et tel, indĂ©finissable. Comme sa vie, les rythmes quâil aime sont des lignes brisĂ©es ou enroulĂ©es ; il acheva de dĂ©sarticuler le vers romantique et, lâayant rendu informe, lâayant trouĂ© et dĂ©cousu pour y vouloir faire entrer trop de choses, toutes les effervescences qui sortaient de son crĂąne fou, il fut, sans le vouloir, un des instigateurs du vers libre. Le vers verlainien Ă rejets, Ă incidences, Ă parenthĂšses, devait naturellement devenir le vers libre ; en devenant « libre » il nâa fait que rĂ©gulariser un Ă©tat.
Sans talent et sans conscience, nul ne reprĂ©senta sans doute aussi divinement que Verlaine le gĂ©nie pur et simple de lâanimal humain sous ses deux formes humaines : le don du verbe et le don des larmes.
Quand le don du verbe lâabandonne, et quâen mĂȘme temps le don des larmes lui est enlevĂ©, il devient ou lâiambiste tapageur et grossier dâInvectives ou lâhumble et gauche Ă©lĂ©giaque de Chansons pour Elle. PoĂšte, par ses dons mĂȘmes, vouĂ© Ă ne dire heureusement que lâamour, tous les amours, et dâabord celui dont les lĂšvres ne sâinclinent quâen rĂȘve sur les Ă©toiles de la robe purificatrice, celui qui fit les Amies fit des cantiques de mois de Marie : et du mĂȘme cĆur, de la mĂȘme main, du mĂȘme gĂ©nie, mais qui les chantera, ĂŽ hypocrites ! sinon ces mĂȘmes Amies, ce jour-lĂ blanches et voilĂ©es de blanc ?
Avouer ses pĂ©chĂ©s dâaction ou de rĂȘve nâest pas un pĂ©chĂ© ; nulle confession publique ne peut scandaliser un homme car tous les hommes sont pareils et pareillement tentĂ©s ; nul ne commet un crime dont son frĂšre ne soit capable. Câest pourquoi les journaux pieux ou dâacadĂ©mie assumĂšrent en vain la honte dâavoir injuriĂ© Verlaine, encore sous les fleurs ; le coup de pied du sacristain et celui du cuistre se brisĂšrent sur un socle dĂ©jĂ de granit, pendant que dans sa barbe de marbre, Verlaine souriait Ă lâinfini, lâair dâun Faune qui Ă©coute sonner les cloches.
Remy de Gourmont
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ALBERT SAMAIN

Quand elles savent par cĆur ce quâil y a de pur dans Verlaine, les jeunes femmes dâaujourdâhui et de demain sâen vont rĂȘver Au Jardin de lâInfante. Avec tout ce quâil doit Ă lâauteur des FĂȘtes Galantes (il lui doit moins quâon ne pourrait croire), Albert Samain est lâun des poĂštes les plus originaux et le plus charmant, et le plus dĂ©licat et le plus suave des poĂštes :
En robe héliotrope, et sa pensée aux doigts,
Le rĂȘve passe, la ceinture dĂ©nouĂ©e,
FrÎlant les ùmes de sa traßne de nuée,
Au rythme Ă©teint dâune musique dâautrefoisâŠ
Il faut lire tout ce petit poĂšme qui commence ainsi :
Dans la lente douceur dâun soir des derniers joursâŠ
Câest pur et beau, autant que nâimporte quel poĂšme de langue française, et lâart en a la simplicitĂ© des Ćuvres profondĂ©ment senties et longuement pensĂ©es. Vers libres, poĂ©tique nouvelle ! Voici des vers qui nous font comprendre la vanitĂ© des prosodistes et la maladresse des trop habiles joueurs de cithare. Il y a lĂ une Ăąme.
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ADOLPHE RETTĂ

Par sa fĂ©conditĂ© en poĂštes, la journĂ©e que nous vivons, et qui dure depuis dix ans dĂ©jĂ , nâest presque comparable Ă aucune des journĂ©es passĂ©es, mĂȘme les plus riches de soleil et de fleurs. Il y eut des douces promenades matinales dans la rosĂ©e, sur les pas de Ronsard ; il y eut une belle aprĂšs-midi, quand soupirait la viole lasse de ThĂ©ophile, entendue dâentre les hautbois et les buccins ; il y eut la journĂ©e romantique orageuse, sombre et royale, troublĂ©e vers le soir par le cri dâune femme que Baudelaire Ă©tranglait ; il y eut le clair de lune parnassien, et se leva le soleil verlainien, â et nous en sommes lĂ si lâon veut, en plein midi, au milieu dâune large campagne pourvue de tout ce quâil faut pour faire des vers : herbes, fleurs, fleuves, ruisselets, bois, cavernes et des femmes jeunes et si fraĂźches quâon dirait les pensĂ©es nouvellement Ă©closes dâun cerveau ingĂ©nu.
La large campagne est toute pleine de poĂštes, qui sâen vont, non plus par troupes, comme au temps de Ronsard, mais seuls et lâair un peu farouche ; ils se saluent de loin par des gestes brefs. Tous nâont pas de nom et plusieurs nâen auront jamais : comment les appellerons-nous ? Laissons quâils jouent, pendant que celui-ci nous accueillera et nous dira un peu de son rĂȘve.
Câest Adolphe RettĂ©.
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VILLIERS DE LâISLE-ADAM

On sâest plu, tĂ©moignage maladroit dâune admiration pieusement troublĂ©e, Ă dire et mĂȘme Ă baser sur ce dit une paradoxale Ă©tude : « Villiers de lâIsle-Adam ne fut ni de son pays, ni de son temps. » Cela paraĂźt Ă©norme, car enfin un homme supĂ©rieur, un grand Ă©crivain est fatalement, par son gĂ©nie mĂȘme, une des synthĂšses de sa race et de son Ă©poque, le reprĂ©sentant dâune humanitĂ© momentanĂ©e ou fragmentaire, le cerveau et la bouche de toute une tribu et non un fugace monstre. Comme ChĂąteaubriand, son frĂšre de race et de gloire, Villiers fut lâhomme du moment, dâun moment solennel ; tous deux, avec des vues et sous des apparences diverses, recréÚrent pour un temps lâĂąme de lâĂ©lite : de lâun naquit le catholicisme romantique et ce respect des traditionnelles vieilles pierres ; et de lâautre, le rĂȘve idĂ©aliste et ce culte de lâantique beautĂ© intĂ©rieure ; mais lâun fut encore lâorgueilleux aĂŻeul de notre farouche individualisme ; et lâautre encore nous enseigna que la vie dâautour de nous est la seule glaise Ă manier. Villiers fut de son temps au point que tous ses chefs-dâĆuvre sont des rĂȘves solidement basĂ©s sur la science et sur la mĂ©taphysique modernes, comme lâĂve future, comme Tribulat Bonhomet, cette Ă©norme, admirable et tragique bouffonnerie, oĂč vinrent converger, pour en faire la crĂ©ation peut-ĂȘtre la plus originale du siĂšcle, tous les dons du rĂȘveur, de lâironiste et du philosophe.
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https://fr.wikisource.org/…/Villiers_de_l%E2%80%99Isle…
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*http://www.remydegourmont.org/…/rub2/villiers/notice01.htm
ARTHUR RIMBAUD

Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud naquit Ă Charleville le 20 octobre 1854, et, dĂšs lâĂąge le plus tendre, il se manifesta tel que le plus insupportable voyou. Son bref sĂ©jour Ă Paris fut en 1870-71. Il suivit Verlaine en Angleterre, puis en Belgique. AprĂšs le petit malentendu qui les sĂ©para, Rimbaud courut le monde, fit les mĂ©tiers les plus divers, soldat dans lâarmĂ©e hollandaise, contrĂŽleur, Ă Stockholm, du cirque Loisset, entrepreneur dans lâĂźle de Chypre, nĂ©gociant au Harrar, puis au cap de Guardafui, en Afrique, oĂč un ami de M. Vittorio Pica lâaurait vu, se livrant au commerce des peaux. Il est probable que, mĂ©prisant tout ce qui nâest pas la jouissance brutale, lâaventure sauvage, la vie violente, ce poĂšte, singulier entre tous, renonça volontiers Ă la poĂ©sie. Aucune des piĂšces authentiques du Reliquaire ne semble plus rĂ©cente que 1873, quoiquâil ne soit dĂ©finitivement mort que vers la fin de 1891. Les vers de son extrĂȘme jeunesse sont faibles, mais dĂšs lâĂąge de dix-sept ans Rimbaud avait conquis lâoriginalitĂ©, et son Ćuvre demeurera, tout au moins Ă titre de phĂ©nomĂšne. Il est souvent obscur, bizarre et absurde. De sincĂ©ritĂ© nulle, caractĂšre de femme, de fille, nativement mĂ©chant et mĂȘme fĂ©roce, Rimbaud a cette sorte de talent qui intĂ©resse sans plaire. Il y a dans son Ćuvre plusieurs pages qui donnent un peu lâimpression de beautĂ© que lâon pourrait ressentir devant un crapaud congrĂ»ment pustuleux, une belle syphilis ou le ChĂąteau Rouge Ă onze heures du soir. Les Pauvres Ă lâĂ©glise, les PremiĂšres Communions sont dâune qualitĂ© peu commune dâinfamie et de blasphĂšme. Les Assis et le Bateau ivre, voilĂ lâexcellent Rimbaud, et je ne dĂ©teste ni Oraison du soir ni les Chercheuses de Poux. CâĂ©tait quelquâun malgrĂ© tout, puisque le gĂ©nie anoblit mĂȘme la turpitude. Il Ă©tait poĂšte.
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Voir aussi :
http://www.remydegourmont.org/vupar/rub2/rimbaud/notice.htm
Liens externes
- https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k81601v/f17.item.texteImage
- https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_des_masques
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