
QUELQUES MĂDAILLONS ET PORTRAITS EN PIED
Textes sur wikisource
- Villiers de lâIsle-Adam
- Verlaine
- Arthur Rimbaud
- Laurent Tailhade
- Beckford
- Théodore de Banville
- Edgard Poe
- Whistler
- Ădouard Manet
- Berthe Morisot
- RICHARD WAGNER. RĂVERIE DâUN POĂTE FRANĂAIS
L’Association des Amis du MusĂ©e StĂ©phane MallarmĂ© propose, hormis les rencontres mensuelles Ă thĂšme portant principalement Ă Ă©tablir des liens poĂ©tiques et artistiques entre Valvins et les villages du pays de Fontainebleau, des soirĂ©es-dĂ©couverte des artistes gravissant autour de MallarmĂ©, ou la « galaxie mallarmĂ©enne » , cela en commençant par les portraits en pieds et des mĂ©daillons d’artistes rĂ©alisĂ©s par MallarmĂ©.
Mallarmé et Verlaine
VERLAINE
La tombe aime tout de suite le silence.
Acclamations, renom, la parole haute cesse et le sanglot des vers abandonnĂ©s ne suivra jusquâĂ ce lieu de discrĂ©tion celui qui sây dissimule pour ne pas offusquer, dâune prĂ©sence, sa gloire.
Aussi, de notre part, Ă plus dâun menant un deuil fraternel, aucune intervention littĂ©raire : elle occupe, unanimement, les journaux, comme les blanches feuilles de lâĆuvre interrompu ressaisiraient leur ampleur et sâenvolent porter le cri dâune disparition vers la brume et le public.
La Mort, cependant, institue exprĂšs cette dalle pour quâun pas dorĂ©navant puisse sây affermir en vue de quelque explication ou de dissiper le malentendu. Un adieu du signe au dĂ©funt cher lui tend la main, si convenait Ă lâhumaine figure souveraine que ce fut, de reparaĂźtre, une fois derniĂšre, pensant quâon le comprit mal et de dire : Voyez mieux comme jâĂ©tais.
Apprenons, messieurs, au passant, à quiconque, absent, certes, ici, par incompétence et vaine vision se trompa sur le sens extérieur de notre ami, que cette tenue, au contraire, fut, entre toutes, correcte.
Oui, les FĂȘtes Galantes, la Bonne Chanson, Sagesse, Amour, Jadis et NaguĂšre, ParallĂšlement ne verseraient-ils pas, de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, quand sâouvrent, pour une heure, les juvĂ©niles lĂšvres, un ruisseau mĂ©lodieux qui les dĂ©saltĂ©rera dâonde suave, Ă©ternelle et française â conditions, un peu, Ă tant de noblesse visible : que nous aurions profondĂ©ment Ă pleurer et Ă vĂ©nĂ©rer, spectateurs dâun drame sans le pouvoir de gĂȘner mĂȘme par de la sympathie rien Ă lâattitude absolue que quelquâun se fit en face du sort.
Paul Verlaine, son génie enfui au temps futur, reste héros.
Seul, ĂŽ plusieurs qui trouverions avec le dehors tel accommodement fastueux ou avantageux, considĂ©rons que â seul, comme revient cet exemple par les siĂšcles rarement, notre contemporain affronta, dans toute lâĂ©pouvante, lâĂ©tat du chanteur et du rĂȘveur. La solitude, le froid, lâinĂ©lĂ©gance et la pĂ©nurie, qui sont des injures infligĂ©es auxquelles leur victime aurait le droit de rĂ©pondre par dâautres volontairement faites Ă soi-mĂȘme â ici la poĂ©sie presque a suffi â dâordinaire composent le sort quâencourt lâenfant avec son ingĂ©nue audace marchant en lâexistence selon sa divinitĂ© : soit, convint le beau mort, il faut ces offenses, mais ce sera jusquâau bout, douloureusement et impudiquement.
Scandale, du cĂŽtĂ© de qui ? de tous, par un rĂ©percutĂ©, acceptĂ©, cherchĂ© : sa bravoure, il ne se cacha pas du destin, en harcelant, plutĂŽt par dĂ©fi, les hĂ©sitations, devenait ainsi la terrible probitĂ©. Nous vĂźmes cela, messieurs, et en tĂ©moignons : cela, ou pieuse rĂ©volte, lâhomme se montrant devant sa MĂšre quelle quâelle soit et voilĂ©e, foule, inspiration, vie, le nu quâelle a fait du poĂ«te et cela consacre un cĆur farouche, loyal, avec de la simplicitĂ© et tout imbu dâhonneur.
Nous saluerons de cet hommage, Verlaine, dignement, votre dépouille.