
Les artistes contemporains les plus mĂ©diatiques sont capables de tout sauf de peindre, de sculpter ou de graver. A en croire la terminologie officielle, ils « installent », « conceptualisent » et « subvertissent » ; allant jusqu’à « dĂ©tourner » tous les objets du quotidien, dĂ©chets compris. De cet ensemble disparate, l’on ne retiendrait qu’un effet de mode, qu’un caprice du goĂ»t assez anodin, s’il n’obĂ©issait Ă une vĂ©ritable « rĂ©volution culturelle » soigneusement institutionnalisĂ©e : visant Ă Ă©radiquer les arts plastiques traditionnels au motif qu’ils seraient dĂ©passĂ©s et donc vouĂ©s Ă disparaĂ®tre.
Aussi n’est-ce pas un hasard si les rĂ©alisations contemporaines qui « revisitent » les oeuvres majeures du patrimoine culturel en effacent systĂ©matiquement la facture d’origine. De quoi remettre en cause la thèse du dĂ©clin historique au profit du scĂ©nario rigoureusement inverse : c’est bien d’un complot planifiĂ© en haut lieu, aux puissantes motivations mercantiles, que meurent la peinture, la sculpture et la gravure.
Tout aurait commencĂ© voici trente ans. Trois artistes ont uni leurs efforts pour explorer le progrès d’un insidieux travail d’endoctrinement aux rĂ©percussions sans prĂ©cĂ©dent sur la thĂ©orie et le marchĂ© de l’art. Une salutaire opĂ©ration de dessillement.
Aude de Kerros Marie Sallantin et Pierre-Marie Ziegler, formés dans la grande tradition des arts plastiques, ont signé de nombreuses publications critiques.
Commentaire par Aude de Kerros de l’ouvrage : « Les AnnĂ©es noires de la peinture 1983-2013 » Auteurs : Aude de Kerros – Marie Sallantin – Pierre-Marie Ziegler Edition : Pierre-Guillaume de Roux , Paris Parution : octobre 2013 L’ostracisme de la peinture est dĂ©noncĂ© dans les politiques culturelles françaises depuis les annĂ©es 1980, pĂ©riode qui voit la naissance du Centre Beaubourg et des institutions de crĂ©ation qui ont portĂ© un coup fatal aux peintres et galeristes. L’apparition d’une figure d’artiste officiel, le dĂ©sarroi du public, le silence des mĂ©dias et la fuite des collectionneurs sont Ă©galement exposĂ©s.
Commentaires
Ce livre aborde la question de la volontĂ© politique soigneusement planifiĂ©e de dĂ©truire la peinture car comprise comme l’incarnation privilĂ©giĂ©e de la culture traditionnelle europĂ©enne et occidentale. Peu en sont conscients, et pensent que l’art dit « contemporain » (art conceptuel) s’est imposĂ© naturellement par son gĂ©nie naturel qui aurait rencontrĂ© la demande des peuples dans le cadre d’une Ă©volution de l’art allant inĂ©luctablement dans cette direction. Bien sĂ»r, rien de plus faux et nous savons que l’art conceptuel a toujours Ă©tĂ© un outil gĂ©opolitique aux mains des amĂ©ricains et mondialistes, massivement financĂ© par la CIA dans le soi-disant contexte de la guerre froide. Mais ce que l’on sait moins, c’est que c’est tout l’art et la culture europĂ©enne qui ont subit le mĂŞme sort dès la sortie de la dernière guerre mondiale et qui fait que l’on peut clairement dire maintenant que « l’art et la culture c’est fini », but ultime de cette volontĂ© politique que nous pouvons mesurer aujourd’hui. Alors, soit on tente de les remettre en avant, mais c’est impossible parce que les esprits sont dorĂ©navant trop Ă©loignĂ©s de cette question sensible et profonde, tout entier engloutis dans la « sociĂ©tĂ© du spectacle », soit on fait le procès de cette destruction volontaire, que certains ont appelĂ© Ă juste titre un « articide ». En fait, je crois qu’après le temps de la destruction de la crĂ©ation et des artistes est venu le temps des procès. Qu’au moins nous ne mourrions pas idiots.
Michaël Vinson
Fruit de trois ans de recherches, ce documentaire montre comment les services secrets amĂ©ricains ont manipulĂ© les milieux artistiques et intellectuels europĂ©ens pendant la guerre froide. Beaucoup d’Ă©crivains travaillèrent ainsi pour la CIA. Dans les annĂ©es de l’après-guerre, les services secrets amĂ©ricains lancent une vaste opĂ©ration d’infiltration des milieux europĂ©ens de la culture. Ils lui consacrent plusieurs millions de dollars et s’appuient sur un organisme, le « Congrès pour la libertĂ© de la culture », dont le siège se trouve Ă Paris. La capitale française est un lieu stratĂ©gique pour publier des revues lues jusqu’en Afrique, en AmĂ©rique latine et dans les pays arabes. Le Congrès pour la libertĂ© de la culture s’intĂ©resse aux artistes et intellectuels de gauche, qu’il essaie de soustraire Ă l’influence marxiste et de gagner Ă la cause amĂ©ricaine. En France, la revue Preuves dirigĂ©e par Raymond Aron constitue le fer de lance de cette diffusion de la pensĂ©e anticommuniste. En Allemagne, le « Kongress fĂĽr kulturelle Freiheit » naĂ®t en juin 1950 Ă Berlin, en zone d’occupation amĂ©ricaine. La revue Der Monat reçoit les premiers subsides de la CIA vers 1958. Elle compte parmi ses collaborateurs d’Ă©minents journalistes et les principaux reprĂ©sentants des maisons d’Ă©dition en Allemagne fĂ©dĂ©rale. Le Congrès dispose ainsi de relais Ă Berlin, Munich et Francfort. Il s’Ă©tablit aussi Ă Cologne oĂą il dĂ©veloppe des relations privilĂ©giĂ©es avec les rĂ©dactions de la presse Ă©crite et de la tĂ©lĂ©vision. Heinrich Böll, futur Prix Nobel de littĂ©rature (en 1972), est approchĂ© et travaillera — plusieurs documents le confirment — pendant plus de dix ans pour le Congrès et ses diffĂ©rentes organisations. Sans savoir qu’il oeuvre en fait pour la CIA ? C’est ce que pense GĂĽnter Grass, autre cible de l’agence amĂ©ricaine. Au-delĂ de ces deux personnalitĂ©s, toute la fine fleur des arts et des lettres a Ă©tĂ© approchĂ©e par les services secrets amĂ©ricains et leur a apportĂ© son soutien, le plus souvent sans le savoir. C’est ce que montre très bien ce documentaire, fruit de trois ans de minutieuses recherches.
NDLR A noter ce que si travail est juste, il ne remonte pas assez profondĂ©ment aux vĂ©ritables motivations du soutien massif de l’art contemporain, ayant pour condition et but la destruction de la peinture et de l’art dit « traditionnel » (sculpture, gravure) reposant sur les canons esthĂ©tiques fondateurs de notre civilisation, Ă savoir principalement celui de la beautĂ©. Avec ce que nous avons vĂ©cu depuis deux ans, et vivons actuellement et vivrons demain, les personnes intelligentes capables de chercher par elles-mĂŞmes ont toutes les clefs pour comprendre quel Ă©tait le but poursuivi dès la sortie de la dernière guerre mondiale. Nous ne sommes pas seulement devenus des peuples sans culture, mais des peuples de sous-culture (voire de non-culture) Ă©duquĂ©s Ă la laideur, au vide et au nĂ©ant, outils puissants de notre asservissement. Ce qui fait dire que la seule rĂ©action sĂ©rieuse et salutaire serait de reconsidĂ©rer la culture comme la chose la plus essentielle qui soit et qui devrait donc ĂŞtre soutenue par tous les moyens, mais ce qui, nous le savons, ne se fera pas. Place ainsi la montĂ©e inĂ©luctable de la barbarie, comme nous aura prĂ©venus Jacqueline de Romilly.
M.V
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