Le Club des Haschischins

Dr Jacques-Joseph Moreau de Tours (1804-1884) Coll. Priv.

Le père de Georges Moreau de Tours, le Dr Jacques-Joseph Moreau de Tours, était aussi amateur d’art et de littérature. De retour à Paris, il rassembla autour de lui des artistes, écrivains et autres personnalités de l’époque à l’Hôtel Pimodan, l’actuel Hôtel de Lauzun sur l’île Saint-Louis, avec lesquels il fonda en 1844 Le Club des Haschischins, décrit par Théophile Gautier en 1848, et conduisit une étude des états paranormaux sous l’effet des narcotiques, que relate Charles Baudelaire en 1860 dans un chapitre des Paradis artificiels. Jacques-Joseph Moreau de Tours fut un pionnier des recherches psychiques et psychologiques, reprises par Jean-Martin Charcot (1825-1893) à l’hôpital de la Salpêtrière, sur l’hypnose et l’hystérie, qui conduisirent à la théorie du traumatisme psychique, plaçant la France à l’avant-garde dans le domaine et influençant Sigmund Freud, l’un de ses élèves.

III Jacques Joseph Moreau et l’utilisation récréative du hachisch. La création du Club des Hachichins.

L’échec des essais du hachisch comme thĂ©rapeutique encouragea-t-il Jacques Joseph Ă  chercher le succès auprès du public ? Certes, comme le signale Arveiller et comme le prĂ©cise J-C FĂ©ray (article citĂ©) il ne fut pas le premier Ă  organiser des dĂ©gustations mais c’est lui qui, aurĂ©olĂ© de son prestige du voyageur de retour d’Orient, conquit le Tout Paris des Arts et des Lettres en organisant des fantasias.

Portrait de Théophile Gautier Auguste de Chatillon, huile sur toile, 1839, Musée Carnavalet, Paris

Les premières eurent lieu dĂ©but 1843 et ThĂ©ophile Gautier qui avait souhaitĂ© y participer, en donna un premier compte-rendu dans La Presse du 10 juillet 1843. Puis Gautier, en 1846, dans un article de La Revue des deux Mondes intitulĂ© Le Club des Hachichins fit le rĂ©cit cĂ©lèbre d’une sĂ©ance du club.

Son dĂ©but mĂ©rite d’être reproduit : « Le docteur Ă©tait debout près du buffet sur lequel se tenait un plateau chargĂ© de petites soucoupes…un morceau de pâte ou confiture verdâtre gros Ă  peu près comme le pouce Ă©tait tirĂ© par lui au moyen d’une spatule d’un vase de cristal, et posĂ© Ă  cĂ´tĂ© d’une cuillère de vermeil sur chaque soucoupe. La figure du docteur rayonnait d’enthousiasme ; ses yeux Ă©tincelaient, ses pommettes se pourpraient de rougeurs, les veines de ses tempes se dessinaient en saillie, ses narines dilatĂ©es aspiraient l’air avec force. – Ceci vous sera dĂ©falquĂ© sur votre portion de paradis, me dit-il en me tendant la dose qui me revenait Â». Puis Gautier dĂ©crit les effets du produit en commençant par rapporter ceux de leur cicĂ©rone (le docteur) « un dĂ©terminĂ© mangeur de hachisch, (il) fut pris le premier en ayant absorbĂ© une plus forte dose que nous ; il voyait des Ă©toiles dans son assiette et le firmament au fond de la soupière ; puis il tourna le nez contre le mur, parlant tout seul, riant aux Ă©clats Â» etc.`

Hôtel de Lauzun, 17 quai d’Anjou,
ĂŽle Saint-Louis, Paris 4e

Le Club des Hachichins se tenait Ă  l’hĂ´tel Pimodan ou hĂ´tel de Lauzun, 17 quai d’Anjou, et rĂ©unissait comme le rapporte M. Caire, citant un compte rendu de l’époque, des personnages de distinction, des littĂ©rateurs, des savants et surtout des mĂ©decins. C’est le 22 dĂ©cembre 1845 qu’eut lieu la fantasia Ă  laquelle participèrent notamment Baudelaire, qui comme ThĂ©ophile Gautier vivait Ă  l’hĂ´tel de Lauzun, et HonorĂ© de Balzac. Ce dernier dans une lettre que Moreau cita dans Du Hachisch lui Ă©crivit « qu’il y aurait une belle expĂ©rience Ă  faire et Ă  laquelle il a pensĂ© depuis 20 ans : ce serait de refaire (Ă  l’aide du hachisch) un cerveau Ă  un crĂ©tin Â» !

Quant Ă  Baudelaire, sa position Ă  l’égard des Paradis artificiels fut on le sait très critique. Concernant le hachisch, et le comparant au vin, il l’avait condamnĂ© en ces termes : « Jamais un homme qui peut avec une cuillère de confitures se procurer instantanĂ©ment tous les biens du ciel et de la terre, n’en acquerra la millième partie par le travail…le vin exalte la volontĂ©, le hachisch l’annihile Â». RĂ©flexion pertinente d’un maitre en matière d’usage des toxiques qui peut ĂŞtre opposĂ©e aux partisans actuels de la lĂ©galisation du cannabis quand ils l’assimilent au vin.`

En savoir plus : https://amisdemoreaudetours.com/Jacques-Joseph-Moreau-de-Tours

Membres fondateurs
  • ThĂ©ophile Gautier
  • Dr Jacques-Joseph Moreau de Tours
Membres principaux
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