Franz Liszt, musicien-philosophe

Cher Liszt, Ă  travers les brumes, par delĂ  les fleuves, par-dessus les villes oĂč les pianos chantent votre gloire, oĂč l’imprimerie traduit votre sagesse, en quelque lieu que vous soyez, dans les splendeurs de la ville Ă©ternelle ou dans les brumes des pays rĂȘveurs que console Cambrinus, improvisant des chants de dĂ©lectation ou d’ineffable douleur, ou confiant au papier vos mĂ©ditations abstruses, chantre de la VoluptĂ© et de l’Angoisse Ă©ternelles, philosophe, poĂ«te et artiste, je vous salue en l’immortalitĂ© !

Charles Baudelaire

Profession : Musicien-philosophe, nĂ© au Parnasse, venant du Doute allant Ă  la VĂ©rité 

(Inscription de Liszt sur un livre d’hîtel en Suisse)

  1. Franz Liszt : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-ĂȘtre) pas sur le compositeur
  2. FRANZ LISZT AU PIANO, tableau de Josef DANHAUSER : La communion des artistes dans la musique
    1. Le charisme de Liszt
  3. Artiste et société
    1. Franz Liszt, musicien « humanitaire » et premier artiste engagé
  4. Franz Liszt à Fontainebleau
  5. Misia Sert et Franz Liszt
  6. Franz Liszt, franciscain « du berceau jusqu’Ă  la tombe »
  7. La Divine comédie
    1. I: Inferno
  8. Voir aussi
Franz Liszt : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-ĂȘtre) pas sur le compositeur

Du quotidien d’enfant prodige au pĂ©dagogue voyageur, l’histoire de Franz Liszt rĂ©serve de nombreuses pĂ©ripĂ©ties, dont quelques crises mystiques et amoureuses ! Voici 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-ĂȘtre) pas sur le compositeur des Rhapsodies hongroises ou encore de la Faust Symphonie.

Lire l’article https://www.radiofrance.fr/francemusique/franz-liszt-10-petites-choses-que-vous-ne-savez-peut-etre-pas-sur-le-compositeur-3978855

FRANZ LISZT AU PIANO, tableau de Josef DANHAUSER : La communion des artistes dans la musique

FRANZ LISZT AU PIANO.
Josef DANHAUSER (1805 – 1845)

ANALYSE DU TABLEAU

La communion des artistes dans la musique

La scĂšne, qui ne s’est sans doute jamais produite dans la rĂ©alitĂ©, se dĂ©roule vraisemblablement dans l’appartement parisien de Liszt. Comme tout salon romantique, celui du compositeur se caractĂ©rise par une accumulation d’objets hĂ©tĂ©roclites tĂ©moignant de son goĂ»t pour l’Orient (le narguilĂ© dans le coin gauche du tableau), pour le Moyen Âge (statue de Jeanne d’Arc Ă  gauche sur la cheminĂ©e), pour la poĂ©sie de lord Byron (portrait Ă  l’arriĂšre-plan au-dessus de Rossini)
 À noter aussi le dĂ©sordre des partitions, nĂ©gligemment posĂ©es sur le piano, dans un amoncellement confus pouvant Ă©voquer une forme d’exaltation.

Au centre du tableau se trouve le pianiste : c’est lui le « mage » qui suscite le recueillement de l’assistance devant Beethoven. La partition posĂ©e sur le pupitre du piano (un instrument Graf) porte l’indication « »Marcia funebre sulla morte d’un Eroe » de Beethoven », soit la piĂšce (troisiĂšme mouvement de la Sonate pour piano n° 12 opus 26) jouĂ©e lors de ses funĂ©railles en 1827. Le morceau est Ă©videmment choisi pour sa teneur symbolique : le hĂ©ros mort que cĂ©lĂšbre cette marche funĂšbre, c’est Beethoven lui-mĂȘme, dont le buste domine Liszt et ses auditeurs. Un Ă©change s’établit entre le pianiste et la sculpture, Liszt ne regardant pas la partition mais plongeant son regard dans les yeux vides de l’illustre compositeur. Liszt rend hommage Ă  Beethoven, qu’il admirait profondĂ©ment et dont il Ă©tait l’un des plus grands interprĂštes : Ă  partir de 1835, il avait notamment organisĂ© des concerts d’Ɠuvres de Beethoven dans toute l’Europe. Notons enfin que le peintre, pour suggĂ©rer la filiation de Beethoven avec les jeunes artistes romantiques, a placĂ© le buste du compositeur devant une fenĂȘtre ouverte qui laisse voir un ciel orageux (allusion Ă  la Symphonie pastorale ?) et une aurore, symbole de la musique nouvelle que Liszt, aprĂšs Beethoven, s’attache Ă  promouvoir dans ses rĂ©citals et ses propres compositions.

L’auditoire vit pleinement ce dialogue idĂ©al rendu possible par la musique : les deux femmes, George Sand et Marie d’Agoult, par leurs poses alanguies, expriment le ravissement dans lequel les plonge l’art de Franz Liszt. George Sand, de face, dont les vĂȘtements ressemblent Ă  ceux de Liszt, paraĂźt particuliĂšrement touchĂ©e par la musique. Marie d’Agoult, de dos, regardant le pianiste, appuyant langoureusement sa tĂȘte sur l’instrument, communie visiblement avec lui dans une ferveur intense. Danhauser Ă©voque ainsi l’effet profond que le jeu de Liszt exerçait sur les femmes : les couleurs intenses et chaudes qui leur sont associĂ©es (manteau rouge de Sand, chĂąle brun de Marie d’Agoult) sont comme des Ă©quivalents picturaux de leur Ă©motion.

Les personnages masculins paraissent eux aussi sensibles Ă  la musique, mais dans une moindre mesure : assis Ă  la droite de George Sand – qui semble lui avoir fait fermer le livre qu’il a sur les genoux –, le romancier Alexandre Dumas est plongĂ© dans une semi-obscuritĂ© contrastant avec la lumiĂšre qui frappe le visage de sa voisine. En revanche, Victor Hugo, poĂšte, romancier, dramaturge, est mieux Ă©clairĂ©, comme pour souligner sa supĂ©rioritĂ©. Il s’appuie sur les dossiers des fauteuils de Sand et de Dumas : le crĂ©ateur du drame romantique domine les deux autres Ă©crivains de sa haute stature ; le rouge de son foulard est peut-ĂȘtre une allusion Ă  l’éclatante couleur du gilet que ThĂ©ophile Gautier avait arborĂ© lors de la premiĂšre d’Hernani en 1830, reprĂ©sentation suivie d’une bataille entre les partisans d’une rĂ©novation dramatique et les conservateurs.

Enfin, Ă  gauche d’Hugo, figurent les deux musiciens italiens les plus fameux de l’époque : le compositeur d’opĂ©ras Rossini et le violoniste virtuose Paganini. Rossini, rubicond, tient par l’épaule son compatriote, figure famĂ©lique et inquiĂ©tante qui, comme Liszt, Ă©tait considĂ©rĂ© comme un prodige Ă  l’habiletĂ© diabolique. Paganini est reprĂ©sentĂ© parce qu’il avait aussi profondĂ©ment impressionnĂ© Liszt, qui l’avait entendu en 1832 dans un concert parisien : celui-ci avait dĂ©cidĂ© de rivaliser avec le violoniste en inventant une nouvelle technique pianistique, « transcendante ».

DerriĂšre Rossini se trouve un portrait de lord Byron, un poĂšte romantique anglais trĂšs reconnu.

INTERPRÉTATION
Une vision idĂ©ale de l’art romantique

Le tableau de Josef Danhauser illustre plusieurs thĂšmes essentiels du romantisme. Tout d’abord, Danhauser suggĂšre la dimension europĂ©enne de ce courant : Byron, Hugo, Beethoven, Paganini, Liszt, sont de nationalitĂ©s diffĂ©rentes, mais elles s’effacent toutes dans le culte de la musique. Liszt, en particulier, est le plus reprĂ©sentatif de ces artistes ouverts aux autres cultures europĂ©ennes : de Budapest Ă  Paris, de Weimar Ă  Rome, son existence est une succession de pĂ©riodes crĂ©atrices attachĂ©es Ă  divers lieux. D’autre part, l’Ɠuvre de Danhauser Ă©voque la synthĂšse de tous les arts, thĂšme cher aux artistes du XIXe siĂšcle : par le biais de la peinture, il montre que la musique et la littĂ©rature sont rĂ©unies dans le culte du gĂ©nie romantique par excellence, Beethoven. C’est lui qui apparaĂźt ici comme le vĂ©ritable inspirateur de l’art romantique : Liszt, Berlioz, Wagner, Schumann, Hugo lui-mĂȘme, ne cesseront de le proclamer.

Source : https://www.histoire-image.org/fr/etudes/franz-liszt-piano-culte-beethoven


Le virtuose hongrois est né il y a deux cents ans. Hommage à un grand Européen. Par André Tubeuf
https://www.lepoint.fr/musique/le-lion-liszt-25-11-2011-1400503_38.php

Le charisme de Liszt
FRANCE CLIDAT, PARIS, 2011 © PGL

Nous avons perdu cette dimension de partage : l’art, qui devrait ĂȘtre une Ɠuvre commune, un Ă©change commun, permettant Ă  l’individu de comprendre l’autre, est devenu une activitĂ© solitaire. L’homme est de plus en plus seul, l’art n’apporte plus grand-chose Ă  l’ĂȘtre humain, auditeur ou spectateur, il ne remplit plus sa mission philanthropique et spirituelle


PrĂ©sence de l’eau dans le mysticisme de Franz Liszt – 1 : Jeux d’eau Ă  la Villa d’Este
Publié le : 22 Juin 2011

A partir d’un entretien fort Ă©clairant, le 6 avril 2011 Ă  Paris, avec la pianiste-concertiste France Clidat, surnommĂ©e « Madame Liszt » par Bernard Gavoty, j’aimerais me pencher aujourd’hui sur le thĂšme de l’eau dans le mysticisme du compositeur, Ă  travers une piĂšce rĂ©vĂ©latrice et trĂšs symbolique Ă  cet Ă©gard : Les jeux d’eau Ă  la Villa d’Este.

Extrait :

Pascale Guitton-Lanquest : France Clidat, vous ĂȘtes une des spĂ©cialistes les plus rĂ©putĂ©es de Franz Liszt, grĂące Ă  votre enregistrement de l’intĂ©grale de son Ɠuvre pianistique. Comment situez-vous Liszt dans l’histoire ? Avait-il un charisme particulier ?

France Clidat : Au-delĂ  de l’époque Ă  laquelle il vĂ©cut, romantique dans toutes les fibres de sa chair, Liszt Ă©tait un homme du XXIe siĂšcle, tournĂ© vers l’avenir, en perpĂ©tuelle recherche. Il est Ă  la fois Ă©tonnant et comprĂ©hensible que certains contemporains n’aiment pas Liszt : il est trĂšs dĂ©rangeant, il surprend, par l’aspect protĂ©iforme de sa personnalitĂ©.

Riche en tous domaines, comblĂ© de dons, trĂšs bel homme, sĂ©ducteur, voyageur, pianiste gĂ©nial, chef d’orchestre renommĂ©, compositeur cĂ©lĂšbre de son vivant
 Cependant, malgrĂ© ses dons multiples et le sens qu’il avait de sa propre valeur, Liszt contribua Ă  faire connaĂźtre les autres, Ă  s’intĂ©resser Ă  ses pairs, car il Ă©tait habitĂ© d’un grand altruisme et d’une immense gĂ©nĂ©rositĂ© : lĂ  se situe son principal charisme. Or les artistes ont plutĂŽt l’habitude de se regarder eux-mĂȘmes, de se prĂ©occuper de leur Ɠuvre personnelle. La dĂ©marche de Liszt est rare, inhabituelle.

Il passa son temps Ă  regarder, Ă  aider, Ă  Ă©couter, Ă  faire connaĂźtre ses contemporains, Ă  donner des concerts pour une bonne cause : par exemple, lors de l’érection d’une statue de Beethoven Ă  Bonn le 12 aoĂ»t 1845, Liszt organisa les concerts et fut le principal mĂ©cĂšne des festivitĂ©s. Sa renommĂ©e Ă©tait internationale, il Ă©tait l’ami d’un nombre incroyable de personnes, de toutes langues et de toutes nationalitĂ©s.

Ce qui me dĂ©sespĂšre, c’est que notre Ă©poque ne connaĂźt plus du tout cela. Je pense aux gravures sur lesquelles on voit Monsieur Liszt au centre, admirĂ©, Ă©coutĂ© par Messieurs Rossini, Paganini, Berlioz, par Messieurs Alfred de Musset et Victor Hugo


Nous avons perdu cette dimension de partage : l’art, qui devrait ĂȘtre une Ɠuvre commune, un Ă©change commun, permettant Ă  l’individu de comprendre l’autre, est devenu une activitĂ© solitaire. L’homme est de plus en plus seul, l’art n’apporte plus grand-chose Ă  l’ĂȘtre humain, auditeur ou spectateur, il ne remplit plus sa mission philanthropique et spirituelle


Au XIXe siĂšcle, la sociĂ©tĂ© se rassemblait autour de l’art, tout le monde recevait l’art, tout le monde y communiait.

P. G.-L. : Il y avait le culte de la beautĂ©, et une communion universelle grĂące Ă  l’art.

F.C. : Oui, absolument, et Liszt vivait cette merveilleuse expĂ©rience d’admirer les autres, ce qui est extraordinaire : pouvoir les aider, ne pas se dire : « Moi, moi, moi », mais « Toi, toi, toi ».

Article complet :
https://www.narthex.fr/blogs/le-chant-des-anges/le-theme-de-leau-dans-le-mysticisme-de-franz-liszt-1-jeux-d2019eau-a-la-villa-d2019este

Artiste et société

Franz Liszt
Artiste et société

Au XIXe siĂšcle, beaucoup de grands compositeurs se sont faits Ă©crivains, et avec quel talent Weber, Schumann, Wagner, Berlioz. La France s’enorgueillit Ă  juste titre des MĂ©moires de Berlioz, mais elle a oubliĂ© son fils adoptif, Liszt, qui fut liĂ© pendant ses annĂ©es de jeunesse aux plus grands artistes romantiques parisiens (Hugo, Lamartine, Heine, Berlioz, Chopin) et demeura toute sa vie de culture française, au premier chef. Dans notre langue, qu’il maĂźtrisait avec autant de virtuositĂ© que son piano, Liszt a beaucoup Ă©crit sur son art et sa place dans la sociĂ©tĂ©, avec une intelligence hors du commun. Ces articles, parus dans les journaux de l’Ă©poque, n’ont jamais Ă©tĂ© rĂ©unis intĂ©gralement en volume (sauf en traduction allemande), ce qui parait surprenant quand il s’agit d’un si grand nom; sans doute parce que le pianiste a longtemps Ă©clipsĂ© le compositeur, et tous deux l’homme d’idĂ©es et de plume. On va dĂ©couvrir ici comment Liszt voyait le musicien et son avenir ; comment, dans ses nombreux voyages, il a observĂ© les mƓurs musicales en Italie et en Allemagne, aussi bien qu’en France. Et aussi son jugement si clairvoyant sur les plus hautes figures musicales de son temps : Schumann, Chopin, Berlioz, Wagner
 Enfin, s’il s’agit surtout de musique dans ces textes, il y est aussi question de littĂ©rature, de beaux-arts et de philosophie, pages capitales pour l’histoire du romantisme.

Franz Liszt, musicien « humanitaire » et premier artiste engagé

« Les lettres et les arts ne sauraient fleurir
sans la libéralité des grands et des riches »
(Franz Liszt)

Le mouvement « humanitaire » des années 1830

En 1835, Franz Liszt publie Ă  Paris une sĂ©rie d’articles sur la condition des musiciens et sur le rĂŽle « humanitaire » qu’ils doivent, Ă  son sens, jouer dans la sociĂ©tĂ©. Ces articles ont fait date dans l’histoire de l’art, car, pour la premiĂšre fois, un compositeur et qui plus est la premiĂšre super-star de l’histoire de la musique Ă  grande Ă©chelle, faisait entendre sa voix sur la place publique pour dĂ©fendre le statut du musicien et son rĂŽle de guide de la sociĂ©tĂ©. Dans ses articles intitulĂ©s De la situation des artistes, et de leur condition dans la sociĂ©tĂ©, Liszt dĂ©fend le rĂŽle philanthropique et « humanitaire » de l’artiste face au peuple et notamment face aux plus dĂ©munis. InfluencĂ© par les philanthropes des annĂ©es 1820-1830 et par le Saint-Simonisme, il fait sienne leur devise qu’il professera jusqu’à la fin de sa vie : « l’amĂ©lioration du sort Moral, physique et intellectuel de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre » – c’est la base des grands rĂ©cits, des chantiers sociaux et culturels jusqu’au XXe siĂšcle.

Liszt, musicien « humanitaire » et philanthrope

La philanthropie est sans doute un des mots dĂ©finissant le mieux Franz Liszt, dont la devise Ă©tait « CharitĂ© ! », et qui, toute sa vie, ne cessa de voler au secours des autres, pauvres, opprimĂ©s et oubliĂ©s. Il aida ses collĂšgues musiciens, tout d’abord, en dĂ©fendant leurs chefs Ɠuvres oubliĂ©s ou encore mĂ©connus, et il les aida financiĂšrement lorsqu’ils Ă©taient dans le besoin. Il donna plusieurs concerts pour rĂ©colter des fonds pour les pensions des veuves de musiciens, Ă  une Ă©poque oĂč les retraites et les droits d’auteur n’étaient pas encore gĂ©nĂ©ralement rĂ©gularisĂ©s. En 1840, il rĂ©coltait des fonds dans l’Europe entiĂšre pour Ă©riger une statue en l’honneur de Beethoven. Mais pendant plus de 50 ans, Liszt a aussi et surtout donnĂ© d’innombrables concerts de charitĂ©, dont il rĂ©servait le bĂ©nĂ©fice Ă  des Ɠuvres diverses (malades, victimes d’incendies ou d’inondations, etc.). Les journaux de l’Europe entiĂšre sont remplis de ses hauts faits en matiĂšre de gĂ©nĂ©rositĂ©. Par exemple, il Ă©tait membre, Ă  Paris, de la SociĂ©tĂ© de bienfaisance et de secours des nationaux unis de tous les pays en faveur des Ă©trangers malheureux qui rĂ©sident en France. Plusieurs fois on surprit Liszt en train de plier des billets de banque dans des enveloppes qu’il destinait aux nombreuses personnes qui, dans le besoin, le sollicitaient. Il donna mĂȘme plusieurs concerts pour la fondation des crĂšches. Il Ă©crivit par exemple au maire de Nantes, qu’il espĂ©rait qu’un de ses concerts serait « de nature Ă  donner quelque satisfaction Ă  ceux qui sympathisent avec les misĂšres des classes pauvres. » Comme nous le raconte un journaliste, il donna lui-mĂȘme l’exemple en faisant la quĂȘte et força un « dilettante » Ă  vider sa bourse. Lors d’un autre concert, Ă  Angers, il dĂ©cida de ne pas faire augmenter les places des derniĂšres catĂ©gories : son nom attirait la fine fleur de la sociĂ©tĂ©, mais il voulait que le peuple puisse aussi avoir accĂšs Ă  la musique, au Théùtre, Ă  ce temple de l’art qui ne devait pas ĂȘtre rĂ©servĂ© qu’à l’élite de la sociĂ©tĂ© : le public du « poulailler » lui envoya alors une couronne de fleurs oĂč on pouvait lire : « A Franz Liszt, les QuatriĂšmes catĂ©gories reconnaissantes ! ». La Geste lisztienne occupait le haut de la page et dĂ©frayait parfois la chronique. George Sand, Alphonse de Lamartine, le public qui l’adulait ou encore une foule de journalistes anonymes, disaient de lui qu’il Ă©tait un musicien « humanitaire ». Il fut le premier d’entre eux. Lamartine lui rendit un jour hommage en portant un toast dans lequel il rappelait que Liszt avait mis son gĂ©nie au service de ses concitoyens :
Non ! l’illustre artiste Ă  qui nous avons le bonheur d’offrir l’hospitalitĂ© n’est Ă©tranger nulle part ; le gĂ©nie est le compatriote de toutes les intelligences et de toutes les Ăąmes qui le sentent. Mais ce n’est pas son gĂ©nie que je vous propose de saluer ; c’est sa bontĂ©, sa prodigalitĂ© de bienfaisance envers les classes souffrantes de ce peuple, qu’il aime, et qu’il va chercher dans ses infirmitĂ©s et dans ses misĂšres, pour lui porter en secret la dĂźme de son talent, la dĂźme de sa propre vie, car il met de sa vie dans son talent ! Je lui demande pardon de rĂ©vĂ©ler devant lui des actes de charitĂ© cachĂ©e qu’il voudrait dĂ©rober Ă  tous les regards, mais il faut quelquefois que la modestie souffre et que les vertus soient trahies, ne fĂ»t-ce que pour ĂȘtre imitĂ©es !

Liszt, Victor Hugo et la politique culturelle : Ă©conomie d’argent et Ă©conomie de gloire.

En 1848, Liszt est chargĂ© par le grand-duc de Weimar de dĂ©velopper un programme culturel visant Ă  faire de la culture un moteur fondamental pour le prĂ©sent et l’avenir de son petit État, qui, sans puissance militaire ni Ă©conomique, est menacĂ© de disparition politique par l’unification allemande en marche. Le grand-duc comprend que pour rester sur devant de la scĂšne, c’est dĂ©sormais la carte culturelle qu’il doit jouer. Liszt devient son « Ministre occulte » et « Conseiller secret » ; il lui inspire une vĂ©ritable politique culturelle en français et sur un modĂšle en grande partie français. Liszt Ă©crivit un jour au grand-duc, pour le convaincre de crĂ©er une AcadĂ©mie allemande sur le modĂšle de l’AcadĂ©mie française, que « Les lettres et les arts ne sauraient fleurir sans la libĂ©ralitĂ© des grands et des riches ». Nul doute qu’il partageait les idĂ©es de Victor Hugo, que ce dernier dĂ©fendait ainsi le 10 dĂ©cembre 1848 devant l’AssemblĂ©e nationale : « vous avez cru faire une Ă©conomie d’argent, c’est une Ă©conomie de gloire que vous faites. Je la repousse pour la dignitĂ© de la France, je la repousse pour l’honneur de la rĂ©publique. » Liszt avait Ă©tĂ© nourri aux mĂȘmes idĂ©es Ă  Paris. Un anniversaire culturel ne doit pas ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ© de façon statique. Il ne s’agit pas d’un patrimoine poussiĂ©reux que l’on sortirait ainsi Ă  l’occasion pour lui redonner un peu de lustre. La philosophie de l’annĂ©e Liszt, c’est certes de dĂ©poussiĂ©rer ce patrimoine, mais tout en considĂ©rant qu’il s’agit d’un dĂ©but et non une fin ; un jalon pour mieux faire vivre ce patrimoine dans l’avenir, et non pas une borne marquant la fin, comme un Ă©piphĂ©nomĂšne. L’enjeu de 2011 est de poser les jalons dynamiques d’un patrimoine europĂ©en ancrĂ© dans la modernitĂ©. La cĂ©lĂ©bration ne s’arrĂȘtera pas au 31 dĂ©cembre 2011 : elle doit ĂȘtre un moteur, un moyen. CĂ©lĂ©brer Liszt, c’est cĂ©lĂ©brer son Ɠuvre de musicien, mais c’est aussi, comme le rappelle Jean-Yves ClĂ©ment, cĂ©lĂ©brer le message universel de cet artiste unique, engagĂ© dans la sociĂ©tĂ©, pionnier et ancĂȘtre de ceux de notre Ă©poque. Quel artiste d’aujourd’hui n’a pas comme lui prĂȘtĂ© son talent aux « causes » diverses et variĂ©es de notre temps ?

Nicolas Dufetel (extrait du site de l’AnnĂ©e Liszt)
http://www.lisztomanias.fr/portraits/liszt/

Franz Liszt à Fontainebleau

Misia Sert et Franz Liszt

Misia Sert au piano. Enfant déjà, pianiste de talent, «elle jouait du Beethoven sur les genoux de Liszt».

Misia: The Life of Misia Sert

C’est chez sa grand-mĂšre, en Belgique, que Misia dĂ©couvre la musique. Elle apprend le piano et rencontre Franz Liszt. BientĂŽt, direction Paris, chez son pĂšre, temple intellectuel et artistique, puis au couvent, oĂč elle s’ennuie. Heureusement, elle suit bientĂŽt les cours d’un certain Gabriel Fauré  https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/le-fabuleux-destin-de-misia-sert/le-fabuleux-destin-de-misia-sert-du-dimanche-10-juillet-2022-7997687

Voir l’index consacrĂ© Ă  Misia Sert

Franz Liszt, franciscain « du berceau jusqu’Ă  la tombe »
L’abbĂ© Liszt en soutane, Ă  Pest (aoĂ»t 1865).

«Nous apprenons que le grand pianiste et compositeur François Listz a demandĂ© et obtenu Ă  Pesth son admission dans l’ordre de St-François. Les renseignements qui nous parviennent n’indiquent pas dans quelle partie de l’Ordre l’illustre musicien est entrĂ©. Il est vraisemblable qu’il ne s’agit que du Tiers-Odre. Quel bel exemple de l’union du culte des beaux-arts avec les sentiments et la pratique de la piĂ©tĂ© chrĂ©tienne!». C’est ainsi que le Journal de Toulouse relayait, le 12 fĂ©vrier 1857, un bruit qui courait dans la presse et les salons de Paris. Pour fausse, cette rumeur n’en Ă©tait pas moins en partie fondĂ©e, vraisemblable et prĂ©monitoire, car Liszt avait bien demandĂ© quatre mois plus tĂŽt, en septembre 1856, Ă  ĂȘtre admis comme confrater auprĂšs des frĂšres de Pest. Cependant, le ministre provincial de Pozsony (aujourd’hui Bratislava) ne signerait son diplĂŽme qu’au mois de juin 1857. »

Franz Liszt, franciscain « du berceau jusqu’Ă  la tombe »
Nicolas Dufetel
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01270363/document

Liszt se retire Ă  Rome en 1861 et aprĂšs avoir dĂ©jĂ  rejoint le tiers-ordre franciscain en juin 1857, il recevra en 1865 la tonsure et les quatre ordres mineurs de l’Église catholique, lui donnant en France le qualificatif d’abbĂ©. Il retourne Ă  Pest oĂč il doit diriger la crĂ©ation de son premier oratorio, Die Legende von der heiligen Elisabeth. Il se fait confectionner au couvent de Pest un habit franciscain dont il souhaite ĂȘtre revĂȘtu au tombeau. Sa mĂšre, Anna, meurt le 6 fĂ©vrier 1866.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Franz_Liszt#Derni%C3%A8res_ann%C3%A9es

La Divine comédie

La Divine ComĂ©die traduite par FĂ©licitĂ© Robert de Lamennais Ă©crivain, philosophe et prĂȘtre français (1782 – 1854) et que Liszt frĂ©quenta assidument.

Introduction
1. Considérations générales
2. Vie de Dante. 22
3. Ouvrages de Dante. 34
4. Doctrines de Dante. 50
5. Doctrines politiques de Dante 61
6. La Divine comédie 101
7. L’enfer 117
8. Purgatoire 149
ComplĂ©ment de l’Ă©diteur. 203
Le Paradis. 209

https://fr.wikisource.org/wiki/La_Divine_Com%C3%A9die_(Lamennais_1863)

I: Inferno

7 novembre 1857 : “Abandonnez toute espĂ©rance, vous qui entrez”

L’Enfer est la premiĂšre partie (cantica) de la Divine ComĂ©die de Dante Alighieri. Les parties suivantes sont le Purgatoire et le Paradis.

Dante-Symphonie (Enfer) de Franz Liszt : un poĂšme en musique
https://pad.philharmoniedeparis.fr/CMDA/CMDA100004800/default.htm

Liszt: Dante Symphony, I: INFERNO- Barenboim/Berliner Philarmoniker
https://www.youtube.com/watch?v=EBITTCjsFY4&t=184s Divine Comédie de Dante Alighieri

Voir aussi


Publié par Michaël VINSON

Poëte et Créateur Culturel Pays de Fontainebleau & Carladez : Art, Culture et Territoires Pour une Poëtique de la Vie

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