
Charles Baudelaire
Profession : Musicien-philosophe, nĂ© au Parnasse, venant du Doute allant Ă la VĂ©ritĂ©âŠ
(Inscription de Liszt sur un livre dâhĂŽtel en Suisse)
- Franz Liszt : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-ĂȘtre) pas sur le compositeur
- FRANZ LISZT AU PIANO, tableau de Josef DANHAUSER : La communion des artistes dans la musique
- Artiste et société
- Franz Liszt Ă Â Fontainebleau
- Misia Sert et Franz Liszt
- Franz Liszt, franciscain « du berceau jusqu’Ă la tombe »
- La Divine comédie
- Voir aussi
Franz Liszt : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-ĂȘtre) pas sur le compositeur
Du quotidien dâenfant prodige au pĂ©dagogue voyageur, l’histoire de Franz Liszt rĂ©serve de nombreuses pĂ©ripĂ©ties, dont quelques crises mystiques et amoureuses ! Voici 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-ĂȘtre) pas sur le compositeur des Rhapsodies hongroises ou encore de la Faust Symphonie.
Lire l’article https://www.radiofrance.fr/francemusique/franz-liszt-10-petites-choses-que-vous-ne-savez-peut-etre-pas-sur-le-compositeur-3978855
FRANZ LISZT AU PIANO, tableau de Josef DANHAUSER : La communion des artistes dans la musique

FRANZ LISZT AU PIANO.
Josef DANHAUSER (1805 – 1845)
ANALYSE DU TABLEAU
La communion des artistes dans la musique
La scĂšne, qui ne sâest sans doute jamais produite dans la rĂ©alitĂ©, se dĂ©roule vraisemblablement dans lâappartement parisien de Liszt. Comme tout salon romantique, celui du compositeur se caractĂ©rise par une accumulation dâobjets hĂ©tĂ©roclites tĂ©moignant de son goĂ»t pour lâOrient (le narguilĂ© dans le coin gauche du tableau), pour le Moyen Ăge (statue de Jeanne dâArc Ă gauche sur la cheminĂ©e), pour la poĂ©sie de lord Byron (portrait Ă lâarriĂšre-plan au-dessus de Rossini)⊠à noter aussi le dĂ©sordre des partitions, nĂ©gligemment posĂ©es sur le piano, dans un amoncellement confus pouvant Ă©voquer une forme dâexaltation.
Au centre du tableau se trouve le pianiste : câest lui le « mage » qui suscite le recueillement de lâassistance devant Beethoven. La partition posĂ©e sur le pupitre du piano (un instrument Graf) porte lâindication « »Marcia funebre sulla morte dâun Eroe » de Beethoven », soit la piĂšce (troisiĂšme mouvement de la Sonate pour piano n° 12 opus 26) jouĂ©e lors de ses funĂ©railles en 1827. Le morceau est Ă©videmment choisi pour sa teneur symbolique : le hĂ©ros mort que cĂ©lĂšbre cette marche funĂšbre, câest Beethoven lui-mĂȘme, dont le buste domine Liszt et ses auditeurs. Un Ă©change sâĂ©tablit entre le pianiste et la sculpture, Liszt ne regardant pas la partition mais plongeant son regard dans les yeux vides de lâillustre compositeur. Liszt rend hommage Ă Beethoven, quâil admirait profondĂ©ment et dont il Ă©tait lâun des plus grands interprĂštes : Ă partir de 1835, il avait notamment organisĂ© des concerts dâĆuvres de Beethoven dans toute lâEurope. Notons enfin que le peintre, pour suggĂ©rer la filiation de Beethoven avec les jeunes artistes romantiques, a placĂ© le buste du compositeur devant une fenĂȘtre ouverte qui laisse voir un ciel orageux (allusion Ă la Symphonie pastorale ?) et une aurore, symbole de la musique nouvelle que Liszt, aprĂšs Beethoven, sâattache Ă promouvoir dans ses rĂ©citals et ses propres compositions.
Lâauditoire vit pleinement ce dialogue idĂ©al rendu possible par la musique : les deux femmes, George Sand et Marie dâAgoult, par leurs poses alanguies, expriment le ravissement dans lequel les plonge lâart de Franz Liszt. George Sand, de face, dont les vĂȘtements ressemblent Ă ceux de Liszt, paraĂźt particuliĂšrement touchĂ©e par la musique. Marie dâAgoult, de dos, regardant le pianiste, appuyant langoureusement sa tĂȘte sur lâinstrument, communie visiblement avec lui dans une ferveur intense. Danhauser Ă©voque ainsi lâeffet profond que le jeu de Liszt exerçait sur les femmes : les couleurs intenses et chaudes qui leur sont associĂ©es (manteau rouge de Sand, chĂąle brun de Marie dâAgoult) sont comme des Ă©quivalents picturaux de leur Ă©motion.
Les personnages masculins paraissent eux aussi sensibles Ă la musique, mais dans une moindre mesure : assis Ă la droite de George Sand â qui semble lui avoir fait fermer le livre quâil a sur les genoux â, le romancier Alexandre Dumas est plongĂ© dans une semi-obscuritĂ© contrastant avec la lumiĂšre qui frappe le visage de sa voisine. En revanche, Victor Hugo, poĂšte, romancier, dramaturge, est mieux Ă©clairĂ©, comme pour souligner sa supĂ©rioritĂ©. Il sâappuie sur les dossiers des fauteuils de Sand et de Dumas : le crĂ©ateur du drame romantique domine les deux autres Ă©crivains de sa haute stature ; le rouge de son foulard est peut-ĂȘtre une allusion Ă lâĂ©clatante couleur du gilet que ThĂ©ophile Gautier avait arborĂ© lors de la premiĂšre dâHernani en 1830, reprĂ©sentation suivie dâune bataille entre les partisans dâune rĂ©novation dramatique et les conservateurs.
Enfin, Ă gauche dâHugo, figurent les deux musiciens italiens les plus fameux de lâĂ©poque : le compositeur dâopĂ©ras Rossini et le violoniste virtuose Paganini. Rossini, rubicond, tient par lâĂ©paule son compatriote, figure famĂ©lique et inquiĂ©tante qui, comme Liszt, Ă©tait considĂ©rĂ© comme un prodige Ă lâhabiletĂ© diabolique. Paganini est reprĂ©sentĂ© parce quâil avait aussi profondĂ©ment impressionnĂ© Liszt, qui lâavait entendu en 1832 dans un concert parisien : celui-ci avait dĂ©cidĂ© de rivaliser avec le violoniste en inventant une nouvelle technique pianistique, « transcendante ».
DerriĂšre Rossini se trouve un portrait de lord Byron, un poĂšte romantique anglais trĂšs reconnu.
INTERPRĂTATION
Une vision idĂ©ale de lâart romantique
Le tableau de Josef Danhauser illustre plusieurs thĂšmes essentiels du romantisme. Tout dâabord, Danhauser suggĂšre la dimension europĂ©enne de ce courant : Byron, Hugo, Beethoven, Paganini, Liszt, sont de nationalitĂ©s diffĂ©rentes, mais elles sâeffacent toutes dans le culte de la musique. Liszt, en particulier, est le plus reprĂ©sentatif de ces artistes ouverts aux autres cultures europĂ©ennes : de Budapest Ă Paris, de Weimar Ă Rome, son existence est une succession de pĂ©riodes crĂ©atrices attachĂ©es Ă divers lieux. Dâautre part, lâĆuvre de Danhauser Ă©voque la synthĂšse de tous les arts, thĂšme cher aux artistes du XIXe siĂšcle : par le biais de la peinture, il montre que la musique et la littĂ©rature sont rĂ©unies dans le culte du gĂ©nie romantique par excellence, Beethoven. Câest lui qui apparaĂźt ici comme le vĂ©ritable inspirateur de lâart romantique : Liszt, Berlioz, Wagner, Schumann, Hugo lui-mĂȘme, ne cesseront de le proclamer.
Source : https://www.histoire-image.org/fr/etudes/franz-liszt-piano-culte-beethoven
Le virtuose hongrois est né il y a deux cents ans. Hommage à un grand Européen. Par André Tubeuf
https://www.lepoint.fr/musique/le-lion-liszt-25-11-2011-1400503_38.php
Le charisme de Liszt

Nous avons perdu cette dimension de partage : lâart, qui devrait ĂȘtre une Ćuvre commune, un Ă©change commun, permettant Ă lâindividu de comprendre lâautre, est devenu une activitĂ© solitaire. Lâhomme est de plus en plus seul, lâart nâapporte plus grand-chose Ă lâĂȘtre humain, auditeur ou spectateur, il ne remplit plus sa mission philanthropique et spirituelleâŠ
PrĂ©sence de l’eau dans le mysticisme de Franz Liszt – 1 : Jeux d’eau Ă la Villa d’Este
Publié le : 22 Juin 2011
A partir d’un entretien fort Ă©clairant, le 6 avril 2011 Ă Paris, avec la pianiste-concertiste France Clidat, surnommĂ©e « Madame Liszt » par Bernard Gavoty, j’aimerais me pencher aujourd’hui sur le thĂšme de l’eau dans le mysticisme du compositeur, Ă travers une piĂšce rĂ©vĂ©latrice et trĂšs symbolique Ă cet Ă©gard : Les jeux d’eau Ă la Villa d’Este.
Extrait :
Pascale Guitton-Lanquest : France Clidat, vous ĂȘtes une des spĂ©cialistes les plus rĂ©putĂ©es de Franz Liszt, grĂące Ă votre enregistrement de lâintĂ©grale de son Ćuvre pianistique. Comment situez-vous Liszt dans lâhistoire ? Avait-il un charisme particulier ?
France Clidat : Au-delĂ de lâĂ©poque Ă laquelle il vĂ©cut, romantique dans toutes les fibres de sa chair, Liszt Ă©tait un homme du XXIe siĂšcle, tournĂ© vers lâavenir, en perpĂ©tuelle recherche. Il est Ă la fois Ă©tonnant et comprĂ©hensible que certains contemporains nâaiment pas Liszt : il est trĂšs dĂ©rangeant, il surprend, par lâaspect protĂ©iforme de sa personnalitĂ©.
Riche en tous domaines, comblĂ© de dons, trĂšs bel homme, sĂ©ducteur, voyageur, pianiste gĂ©nial, chef dâorchestre renommĂ©, compositeur cĂ©lĂšbre de son vivant⊠Cependant, malgrĂ© ses dons multiples et le sens quâil avait de sa propre valeur, Liszt contribua Ă faire connaĂźtre les autres, Ă sâintĂ©resser Ă ses pairs, car il Ă©tait habitĂ© dâun grand altruisme et dâune immense gĂ©nĂ©rositĂ© : lĂ se situe son principal charisme. Or les artistes ont plutĂŽt lâhabitude de se regarder eux-mĂȘmes, de se prĂ©occuper de leur Ćuvre personnelle. La dĂ©marche de Liszt est rare, inhabituelle.
Il passa son temps Ă regarder, Ă aider, Ă Ă©couter, Ă faire connaĂźtre ses contemporains, Ă donner des concerts pour une bonne cause : par exemple, lors de lâĂ©rection dâune statue de Beethoven Ă Bonn le 12 aoĂ»t 1845, Liszt organisa les concerts et fut le principal mĂ©cĂšne des festivitĂ©s. Sa renommĂ©e Ă©tait internationale, il Ă©tait lâami dâun nombre incroyable de personnes, de toutes langues et de toutes nationalitĂ©s.
Ce qui me dĂ©sespĂšre, câest que notre Ă©poque ne connaĂźt plus du tout cela. Je pense aux gravures sur lesquelles on voit Monsieur Liszt au centre, admirĂ©, Ă©coutĂ© par Messieurs Rossini, Paganini, Berlioz, par Messieurs Alfred de Musset et Victor HugoâŠ
Nous avons perdu cette dimension de partage : lâart, qui devrait ĂȘtre une Ćuvre commune, un Ă©change commun, permettant Ă lâindividu de comprendre lâautre, est devenu une activitĂ© solitaire. Lâhomme est de plus en plus seul, lâart nâapporte plus grand-chose Ă lâĂȘtre humain, auditeur ou spectateur, il ne remplit plus sa mission philanthropique et spirituelleâŠ
Au XIXe siĂšcle, la sociĂ©tĂ© se rassemblait autour de lâart, tout le monde recevait lâart, tout le monde y communiait.
P. G.-L. : Il y avait le culte de la beautĂ©, et une communion universelle grĂące Ă lâart.
F.C. : Oui, absolument, et Liszt vivait cette merveilleuse expĂ©rience dâadmirer les autres, ce qui est extraordinaire : pouvoir les aider, ne pas se dire : « Moi, moi, moi », mais « Toi, toi, toi ».
Article complet :
https://www.narthex.fr/blogs/le-chant-des-anges/le-theme-de-leau-dans-le-mysticisme-de-franz-liszt-1-jeux-d2019eau-a-la-villa-d2019este
Artiste et société

Franz Liszt
Artiste et société
Au XIXe siĂšcle, beaucoup de grands compositeurs se sont faits Ă©crivains, et avec quel talent Weber, Schumann, Wagner, Berlioz. La France s’enorgueillit Ă juste titre des MĂ©moires de Berlioz, mais elle a oubliĂ© son fils adoptif, Liszt, qui fut liĂ© pendant ses annĂ©es de jeunesse aux plus grands artistes romantiques parisiens (Hugo, Lamartine, Heine, Berlioz, Chopin) et demeura toute sa vie de culture française, au premier chef. Dans notre langue, qu’il maĂźtrisait avec autant de virtuositĂ© que son piano, Liszt a beaucoup Ă©crit sur son art et sa place dans la sociĂ©tĂ©, avec une intelligence hors du commun. Ces articles, parus dans les journaux de l’Ă©poque, n’ont jamais Ă©tĂ© rĂ©unis intĂ©gralement en volume (sauf en traduction allemande), ce qui parait surprenant quand il s’agit d’un si grand nom; sans doute parce que le pianiste a longtemps Ă©clipsĂ© le compositeur, et tous deux l’homme d’idĂ©es et de plume. On va dĂ©couvrir ici comment Liszt voyait le musicien et son avenir ; comment, dans ses nombreux voyages, il a observĂ© les mĆurs musicales en Italie et en Allemagne, aussi bien qu’en France. Et aussi son jugement si clairvoyant sur les plus hautes figures musicales de son temps : Schumann, Chopin, Berlioz, Wagner⊠Enfin, s’il s’agit surtout de musique dans ces textes, il y est aussi question de littĂ©rature, de beaux-arts et de philosophie, pages capitales pour l’histoire du romantisme.
Franz Liszt, musicien « humanitaire » et premier artiste engagé

« Les lettres et les arts ne sauraient fleurir
sans la libéralité des grands et des riches »
(Franz Liszt)
Le mouvement « humanitaire » des années 1830
En 1835, Franz Liszt publie Ă Paris une sĂ©rie dâarticles sur la condition des musiciens et sur le rĂŽle « humanitaire » quâils doivent, Ă son sens, jouer dans la sociĂ©tĂ©. Ces articles ont fait date dans lâhistoire de lâart, car, pour la premiĂšre fois, un compositeur et qui plus est la premiĂšre super-star de lâhistoire de la musique Ă grande Ă©chelle, faisait entendre sa voix sur la place publique pour dĂ©fendre le statut du musicien et son rĂŽle de guide de la sociĂ©tĂ©. Dans ses articles intitulĂ©s De la situation des artistes, et de leur condition dans la sociĂ©tĂ©, Liszt dĂ©fend le rĂŽle philanthropique et « humanitaire » de lâartiste face au peuple et notamment face aux plus dĂ©munis. InfluencĂ© par les philanthropes des annĂ©es 1820-1830 et par le Saint-Simonisme, il fait sienne leur devise quâil professera jusquâĂ la fin de sa vie : « lâamĂ©lioration du sort Moral, physique et intellectuel de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre » â câest la base des grands rĂ©cits, des chantiers sociaux et culturels jusquâau XXe siĂšcle.
Liszt, musicien « humanitaire » et philanthrope
La philanthropie est sans doute un des mots dĂ©finissant le mieux Franz Liszt, dont la devise Ă©tait « CharitĂ© ! », et qui, toute sa vie, ne cessa de voler au secours des autres, pauvres, opprimĂ©s et oubliĂ©s. Il aida ses collĂšgues musiciens, tout dâabord, en dĂ©fendant leurs chefs Ćuvres oubliĂ©s ou encore mĂ©connus, et il les aida financiĂšrement lorsquâils Ă©taient dans le besoin. Il donna plusieurs concerts pour rĂ©colter des fonds pour les pensions des veuves de musiciens, Ă une Ă©poque oĂč les retraites et les droits dâauteur nâĂ©taient pas encore gĂ©nĂ©ralement rĂ©gularisĂ©s. En 1840, il rĂ©coltait des fonds dans lâEurope entiĂšre pour Ă©riger une statue en lâhonneur de Beethoven. Mais pendant plus de 50 ans, Liszt a aussi et surtout donnĂ© dâinnombrables concerts de charitĂ©, dont il rĂ©servait le bĂ©nĂ©fice Ă des Ćuvres diverses (malades, victimes dâincendies ou dâinondations, etc.). Les journaux de lâEurope entiĂšre sont remplis de ses hauts faits en matiĂšre de gĂ©nĂ©rositĂ©. Par exemple, il Ă©tait membre, Ă Paris, de la SociĂ©tĂ© de bienfaisance et de secours des nationaux unis de tous les pays en faveur des Ă©trangers malheureux qui rĂ©sident en France. Plusieurs fois on surprit Liszt en train de plier des billets de banque dans des enveloppes quâil destinait aux nombreuses personnes qui, dans le besoin, le sollicitaient. Il donna mĂȘme plusieurs concerts pour la fondation des crĂšches. Il Ă©crivit par exemple au maire de Nantes, quâil espĂ©rait quâun de ses concerts serait « de nature Ă donner quelque satisfaction Ă ceux qui sympathisent avec les misĂšres des classes pauvres. » Comme nous le raconte un journaliste, il donna lui-mĂȘme lâexemple en faisant la quĂȘte et força un « dilettante » Ă vider sa bourse. Lors dâun autre concert, Ă Angers, il dĂ©cida de ne pas faire augmenter les places des derniĂšres catĂ©gories : son nom attirait la fine fleur de la sociĂ©tĂ©, mais il voulait que le peuple puisse aussi avoir accĂšs Ă la musique, au Théùtre, Ă ce temple de lâart qui ne devait pas ĂȘtre rĂ©servĂ© quâĂ lâĂ©lite de la sociĂ©tĂ© : le public du « poulailler » lui envoya alors une couronne de fleurs oĂč on pouvait lire : « A Franz Liszt, les QuatriĂšmes catĂ©gories reconnaissantes ! ». La Geste lisztienne occupait le haut de la page et dĂ©frayait parfois la chronique. George Sand, Alphonse de Lamartine, le public qui lâadulait ou encore une foule de journalistes anonymes, disaient de lui quâil Ă©tait un musicien « humanitaire ». Il fut le premier dâentre eux. Lamartine lui rendit un jour hommage en portant un toast dans lequel il rappelait que Liszt avait mis son gĂ©nie au service de ses concitoyens :
Non ! lâillustre artiste Ă qui nous avons le bonheur dâoffrir lâhospitalitĂ© nâest Ă©tranger nulle part ; le gĂ©nie est le compatriote de toutes les intelligences et de toutes les Ăąmes qui le sentent. Mais ce nâest pas son gĂ©nie que je vous propose de saluer ; câest sa bontĂ©, sa prodigalitĂ© de bienfaisance envers les classes souffrantes de ce peuple, quâil aime, et quâil va chercher dans ses infirmitĂ©s et dans ses misĂšres, pour lui porter en secret la dĂźme de son talent, la dĂźme de sa propre vie, car il met de sa vie dans son talent ! Je lui demande pardon de rĂ©vĂ©ler devant lui des actes de charitĂ© cachĂ©e quâil voudrait dĂ©rober Ă tous les regards, mais il faut quelquefois que la modestie souffre et que les vertus soient trahies, ne fĂ»t-ce que pour ĂȘtre imitĂ©es !
Liszt, Victor Hugo et la politique culturelle : Ă©conomie dâargent et Ă©conomie de gloire.
En 1848, Liszt est chargĂ© par le grand-duc de Weimar de dĂ©velopper un programme culturel visant Ă faire de la culture un moteur fondamental pour le prĂ©sent et lâavenir de son petit Ătat, qui, sans puissance militaire ni Ă©conomique, est menacĂ© de disparition politique par lâunification allemande en marche. Le grand-duc comprend que pour rester sur devant de la scĂšne, câest dĂ©sormais la carte culturelle quâil doit jouer. Liszt devient son « Ministre occulte » et « Conseiller secret » ; il lui inspire une vĂ©ritable politique culturelle en français et sur un modĂšle en grande partie français. Liszt Ă©crivit un jour au grand-duc, pour le convaincre de crĂ©er une AcadĂ©mie allemande sur le modĂšle de lâAcadĂ©mie française, que « Les lettres et les arts ne sauraient fleurir sans la libĂ©ralitĂ© des grands et des riches ». Nul doute quâil partageait les idĂ©es de Victor Hugo, que ce dernier dĂ©fendait ainsi le 10 dĂ©cembre 1848 devant lâAssemblĂ©e nationale : « vous avez cru faire une Ă©conomie dâargent, câest une Ă©conomie de gloire que vous faites. Je la repousse pour la dignitĂ© de la France, je la repousse pour lâhonneur de la rĂ©publique. » Liszt avait Ă©tĂ© nourri aux mĂȘmes idĂ©es Ă Paris. Un anniversaire culturel ne doit pas ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ© de façon statique. Il ne sâagit pas dâun patrimoine poussiĂ©reux que lâon sortirait ainsi Ă lâoccasion pour lui redonner un peu de lustre. La philosophie de lâannĂ©e Liszt, câest certes de dĂ©poussiĂ©rer ce patrimoine, mais tout en considĂ©rant quâil sâagit dâun dĂ©but et non une fin ; un jalon pour mieux faire vivre ce patrimoine dans lâavenir, et non pas une borne marquant la fin, comme un Ă©piphĂ©nomĂšne. Lâenjeu de 2011 est de poser les jalons dynamiques dâun patrimoine europĂ©en ancrĂ© dans la modernitĂ©. La cĂ©lĂ©bration ne sâarrĂȘtera pas au 31 dĂ©cembre 2011 : elle doit ĂȘtre un moteur, un moyen. CĂ©lĂ©brer Liszt, câest cĂ©lĂ©brer son Ćuvre de musicien, mais câest aussi, comme le rappelle Jean-Yves ClĂ©ment, cĂ©lĂ©brer le message universel de cet artiste unique, engagĂ© dans la sociĂ©tĂ©, pionnier et ancĂȘtre de ceux de notre Ă©poque. Quel artiste dâaujourdâhui nâa pas comme lui prĂȘtĂ© son talent aux « causes » diverses et variĂ©es de notre temps ?
Nicolas Dufetel (extrait du site de lâAnnĂ©e Liszt)
http://www.lisztomanias.fr/portraits/liszt/
Franz Liszt Ă Â Fontainebleau

Misia Sert et Franz Liszt

Misia Sert au piano. Enfant déjà , pianiste de talent, «elle jouait du Beethoven sur les genoux de Liszt».
Misia: The Life of Misia Sert
C’est chez sa grand-mĂšre, en Belgique, que Misia dĂ©couvre la musique. Elle apprend le piano et rencontre Franz Liszt. BientĂŽt, direction Paris, chez son pĂšre, temple intellectuel et artistique, puis au couvent, oĂč elle sâennuie. Heureusement, elle suit bientĂŽt les cours dâun certain Gabriel Fauré⊠https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/le-fabuleux-destin-de-misia-sert/le-fabuleux-destin-de-misia-sert-du-dimanche-10-juillet-2022-7997687
Voir l’index consacrĂ© Ă Misia Sert
Franz Liszt, franciscain « du berceau jusqu’Ă la tombe »

«Nous apprenons que le grand pianiste et compositeur François Listz a demandĂ© et obtenu Ă Pesth son admission dans lâordre de St-François. Les renseignements qui nous parviennent nâindiquent pas dans quelle partie de lâOrdre lâillustre musicien est entrĂ©. Il est vraisemblable quâil ne sâagit que du Tiers-Odre. Quel bel exemple de lâunion du culte des beaux-arts avec les sentiments et la pratique de la piĂ©tĂ© chrĂ©tienne!». Câest ainsi que le Journal de Toulouse relayait, le 12 fĂ©vrier 1857, un bruit qui courait dans la presse et les salons de Paris. Pour fausse, cette rumeur nâen Ă©tait pas moins en partie fondĂ©e, vraisemblable et prĂ©monitoire, car Liszt avait bien demandĂ© quatre mois plus tĂŽt, en septembre 1856, Ă ĂȘtre admis comme confrater auprĂšs des frĂšres de Pest. Cependant, le ministre provincial de Pozsony (aujourdâhui Bratislava) ne signerait son diplĂŽme quâau mois de juin 1857. »
Franz Liszt, franciscain « du berceau jusqu’Ă la tombe »
Nicolas Dufetel
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01270363/document
Liszt se retire Ă Rome en 1861 et aprĂšs avoir dĂ©jĂ rejoint le tiers-ordre franciscain en juin 1857, il recevra en 1865 la tonsure et les quatre ordres mineurs de l’Ăglise catholique, lui donnant en France le qualificatif d’abbĂ©. Il retourne Ă Pest oĂč il doit diriger la crĂ©ation de son premier oratorio, Die Legende von der heiligen Elisabeth. Il se fait confectionner au couvent de Pest un habit franciscain dont il souhaite ĂȘtre revĂȘtu au tombeau. Sa mĂšre, Anna, meurt le 6 fĂ©vrier 1866.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Franz_Liszt#Derni%C3%A8res_ann%C3%A9es
La Divine comédie

La Divine ComĂ©die traduite par FĂ©licitĂ© Robert de Lamennais Ă©crivain, philosophe et prĂȘtre français (1782 â 1854) et que Liszt frĂ©quenta assidument.
Introduction
1. Considérations générales
2. Vie de Dante. 22
3. Ouvrages de Dante. 34
4. Doctrines de Dante. 50
5. Doctrines politiques de Dante 61
6. La Divine comédie 101
7. Lâenfer 117
8. Purgatoire 149
ComplĂ©ment de l’Ă©diteur. 203
Le Paradis. 209
https://fr.wikisource.org/wiki/La_Divine_Com%C3%A9die_(Lamennais_1863)
I: Inferno

7 novembre 1857 : âAbandonnez toute espĂ©rance, vous qui entrezâ
LâEnfer est la premiĂšre partie (cantica) de la Divine ComĂ©die de Dante Alighieri. Les parties suivantes sont le Purgatoire et le Paradis.
Dante-Symphonie (Enfer) de Franz Liszt : un poĂšme en musique
https://pad.philharmoniedeparis.fr/CMDA/CMDA100004800/default.htm
Liszt: Dante Symphony, I: INFERNO- Barenboim/Berliner Philarmoniker
https://www.youtube.com/watch?v=EBITTCjsFY4&t=184s Divine Comédie de Dante Alighieri