Poëmes de la Renaissance sur le vin

  1. Marot, Mieux vaut le vin que la vue
  2. Marot, A une médisante
  3. Ronsard, Plus je bois mieux je chante
  4. Ronsard, A son page
  5. Poëme paillard de Ronsard
  6. Ronsard, Bois, Janin à moi …
  7. Ronsard, Prise d’Anacréon
  8. Ronsard, Sonnets
  9. Rabelais, Comment la pontife Bacbuc présenta Panurge à la dive bouteille
  10. Du Bellay, D’un vigneron à Bacchus
Marot, Mieux vaut le vin que la vue

Clément MAROT (1496-1544)

Le vin qui trop cher m’est vendu,
M’a la force des yeux ravie,
Pour autant qu’il m’est défendu,
Dont tous les jours m’en croît l’envie.
Mais puisque lui seul est ma vie,
Malgré les fortunes senestres,
Les yeux ne seront point les maistres
Sur tout le corps, car, par raison,
J’aime mieux perdre les fenestres
Que perdre toute la maison.

Marot, A une médisante

Clément MAROT (1496-1544)

On le m’a dit, dague à rouelle,
Que de moi en mal vous parlez:
Le vin que si bien avalez
Vous le met-il en la cervelle?

Vous êtes rapporte-nouvelle,
D’autre chose ne vous mêlez,
On le m’a dit.

Mais si plus vous advient, méselle,
Vos reins en seront bien gallés:
Allez, de par le diable, allez,
Vous n’êtes qu’une maquerelle.
On le m’a dit.

Ronsard, Plus je bois mieux je chante

Pierre de RONSARD (1524-1585)

La terre les eaux va boyvant,
L’arbre la boit par sa racine,
La mer salée boit le vent,
Et le Soleil boit la marine,
Le Soleil est beu de la Lune :
Tout boit, soit en haut ou en bas:
Suivant ceste reigle commune
Pourquoy donc ne boirons-nous pas ?

Ronsard, A son page

Pierre de RONSARD 1524-1585

Fais rafraîchir mon vin de sorte
qu’il passe en froideur un glaçon;
fais venir Jeanne, qu’elle apporte
son luth pour dire une chanson;
nous ballerons tous trois au son,
et dis à Barbe qu’elle vienne,
les cheveux tors à la façon
d’une folâtre Italienne.
Ne vois-tu que le jour se passe?
Je ne vis point au lendemain;
Page, reverse dans ma tasse,
que ce grand verre soit tout plein.
Maudit soit qui languit en vain!
Ces vieux médicins je n’appreuve;
mon cerveau n’est jamais bien sain
si beaucoup de vin ne l’abreuve.

Poëme paillard de Ronsard

Pierre de RONSARD 1524-1585

( retranscrit du vieux Français )

(…) il a veu(Ndlr. vu)
Guignant à travers le feu
De sa Robine recoursée (Ndlr. elle avait retroussé son vêtement)
La grosse motte retroussée
Et son petit cas barbelu (Ndlr. besoin d’une explication?)
D’un jaune ornement crespelu
Dont le fond semblait une rose
Non encore àn demie déclose (Ndlr. Ronsard et son obsession de la rose mériterait une thèse)
Robine aussi, d’une autre part
De Jacquet guignoit le Tribart (Ndlr. traduction inutile)
Qui lui pendait entre les jambes(…)
Je m’interromps, car ici, nos tourtereaux dissertent (tu veux ou tu veux pas?)

Robine présente sa demande:

« Je te prie Jacquet, jauche moi (Ndlr. une expression qui s’emploie pour les poules et les coqs)
Et met le grand pieu que je vois
Dedans le rond de ma fossette
Le gaillard ne se fait pas prier:

« Et le bon Jacquet qui l’embroche
fis trépigner tous les Sylvains (Ndlr. divinités des bois grecques)
Du dru maniement de ses reins(Ndlr. tout un programme)
Morale de l’histoire: incitation à la débauche.

Ronsard, Bois, Janin à moi …

Pierre de RONSARD 1524-1585

Bois Janin à moi tour à tour
Et ne ressembles au vautour
Qui toujours tire la charogne,
Tu es un sot, un bon ivrogne,
Autant pour une noce vaut
Qu’un bon guerrier pour un assaut,
Car ce n’est moins entre les pots
D’enhardir par vineux propos
Un homme paresseux à boire
Que pour gagner une victoire,
Rendre à la bataille hardi
Un casanier accouardi.
Bois donc, ne fais plus le songeard.
Au vin gît la plus grande part
Du jeu d’amour et de la danse,
L’homme sot qui lave sa panse
D’autre breuvage que de vin
Meurt toujours de mauvaise fin.

Pierre de RONSARD 1524-1585

Ronsard, Prise d’Anacréon

Pierre de RONSARD 1524-1585


La terre les eaux va boivant,
L’arbre la boit par sa racine,
La mer éparse boit le vent,
Et le soleil boit la marine ;

Le soleil est bleu de la lune,
Tout boit, soit en haut, soit en bas ;
Suivant ceste reigle commune
Pourquoy donc ne boirons-nous pas ?

Ronsard, Sonnets

Pierre de RONSARD 1524-1585

Je veux, me souvenant de ma gentille amie,
Boire ce soir d’autant, et pour ce, Corydon,
Fay remplir mes flacons et verse à l’abandon
Du vin pour resjouir toute la compagnie.
Soit que m’amie ait nom ou Cassandre ou Marie,
Je m’en vais boire autant que de lettres a son nom ;
Et toi, si de ta belle et jeune Madelon,
Belleau, l’amour te poinct, je te pri’ ne l’oublie.
Qu’on m’ombrage le chef de vigne et de lierre,
Les coudes et le col ; qu’on enfleure la terre
Des roses et des lys, et que dessus le jonc
On me caille du lait rougi de mainte fraise.
Et n’est-ce pas bien fait ? Or sus ! commençons donc,
Et chassons loin de nous tout soing et tout malaise.

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant le face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Rabelais, Comment la pontife Bacbuc présenta Panurge à la dive bouteille

( Aventures de Pantagruel 1537 )

François RABELAIS (1483 – 1553)


Là fit Bacbuc, la noble pontife, Panurge baisser & baiser la
marge de la fontaine, puis le fit lever, & autour danser trois
ithymbons. Cela fait, lui commanda s’asseoir entre deux selles, le
cul à terre, là préparées. Puis déploya son livre rituel, &, lui
soufflant en l’oreille gauche, le fit chanter une epilenie, comme
s’ensuit :


0 Bouteille
Pleine toute
De mystères,
D’une oreille
Je t’écoute :
Ne diffères,
Et le mot profères
Auquel pend mon coeur.
En la tant divine liqueur,
Qui est dedans tes flancs reclase,
Bacchus, qui fut d’Inde vainqueur,
Tient toute vérité enclose.
Vin tant divin, loin de toi est forclose
Toute mensonge & toute tromperie.
En joie soit l’âme de Noach close,
Lequel de toi nous fit la temperie.
Sonne le beau mot, je t’en prie,
Qui me doit ôter de misère.
Ainsi ne se perde une goutte
De toi, soit blanche, ou soit vermeille.
0 Bouteille
Pleine toute
De mystères,
D’une oreille
Je t’écoute :
Ne diffères.

Du Bellay, D’un vigneron à Bacchus

Joachim du BELLAY (1522 – 1560)

Ceste vigne tant utile,
Vigne de raysins fertile,
Toujours coustumière d’être
Fidèle aux voeux de son maistre
Ores, qu’elle est bien fleurie,
Te la consacre et dedie,
Thenot, vigneron d’icelle,
Fay donq, Bacchus, que par elle
Ne soit trompé de l’attente
Qu’il a d’une telle plante :
Et mon Anjou foisonne
Partout en vigne aussi bonne.

Voir aussi :

Publié par Michaël Vinson

Poète et créateur culturel.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :