De la treille au poème… à Fontainebleau

C’est une évidence que d’affirmer qu’il existe une culture du vin en France, voire plusieurs, en fonction des terroirs, de la manière de faire le vin, de la considération dont il jouit dans tel ou tel milieu. Les livres sur le vin sont multiples et vont de l’hagiographie à la condamnation ; les arts figuratifs ont mis en valeur les couleurs des vins, ou au contraire ont montré les hideux effets de l’ivresse ; les traités techniques, autrefois réservé aux spécialistes, ont familiarisé le grand public avec le vocabulaire de la fabrication et de la conservation du vin. Cette culture, cependant s’est considérablement modifiée au cours du temps, qu’il s’agisse de la manière de faire pousser la vigne, de produire le vin, de le boire et de l’apprécier, d’en recommander ou non la consommation. Les études réunies dans ce volume s’intéressent à un moment précis de l’histoire des savoirs sur le vin, la Renaissance, en essayant d’en saisir la spécificité, ainsi que de mettre en lumière les divers aspects de ces savoirs sur le vin qui sont à la fois agronomiques, médicaux, diététiques, linguistiques et littéraire, branches variées d’un savoir complexe qui entretiennent entre elles des liens étroits.

François 1er à Fontainebleau

François 1er « avait coutume d’offrir des vins qu’il appréciait à son entourage (…). Il consommait, entre autres, des vins locaux (…). En 1532, François 1er fit venir plusieurs vignerons pour qu’ils implantent des plants de leur pays dans le vignoble qu’il faisait créer auprès du château de Fontainebleau. Ainsi Jean Rivart vint de Cahors et planta des ceps dans la paroisse voisine de Champeigne-en-Brie, puis s’en retourna chez lui. A partir de 1534, de nouvelles vignes furent plantées à partir de boutures ou de chevelus prélevés à Champeigne, tout près de là dans la paroisse appelée Champ Moreau puis Samoreau », au lieu-dit Antoche ou des Embûches.

Nous devons à François 1er la création d’une pépinière, dans ce champ Moreau, « de « plants de Cahors » (entre autres) » qui sélectionnés « sous le nom de Samoireau, (furent diffusés) dans divers vignobles septentrionaux » comme ceux de « l’Orléanais et du Berry sous une multitude de synonymes comme Sanmoireau, Saint-Moreau, Chaumoreau, Franc-Moreau, etc. En revanche, en Touraine, en Anjou et en Poitou, le nom, apparu au 18e siècle, est Caux, Cors, Cahors ». Éventuellement connu comme Malbec, « du nom la personne, Malbeck, qui l’aurait diffusé en Gironde », ce cépage correspond officiellement au Côt/Cot.

✻ Les pressoirs de nos communes

Voir aussi : Le vin dans l’Histoire : François Ier, roi de France

Treille du Roiy 8 Allée du Parc
77300 Fontainebleau https://www.cirkwi.com/fr/point-interet/1264302-treille-du-roy

La région de Fontainebleau fut, bien avant la viticulture actuelle à Thomery, une région de vigne comme l’attestent d’une part l’existence des Pressoirs du Roy à Samoreau construits sous François Ier en 1530 et d’autre part la culture de la vigne sur les 1 200 mètres de la « Treille royale » du mur sud des jardins du château de Fontainebleau. Elle y était toutefois limitée à la consommation des membres de la cour et ne s’étendait pas au-delà des vergers royaux.

La vente de la treille du roi

Légende de l’image : Fontainebleau, 17 septembre 1923, vente de la treille du roi. Photographie de presse, Agence Rol.
BnF, département Estampes et Photographie, EI-13 (1052).

Parmi les trésors disponibles dans Gallica, bibliothèque numérique de la BnF et de ses partenaires, figure cette photographie de l’Agence Rol montrant, en 1923, la vente de la treille du roi à Fontainebleau.

Le Chasselas doré de Fontainebleau produit de longues grappes de raisins, aux grains ronds blancs, puis dorés à l’automne. De très bonne qualité gustative, leur chair est parfumée et très sucrée !

Pendant un siècle, de 1849 au milieu du XXe siècle, la commune de Fontainebleau connaît un grand événement annuel : la vente de la treille du roi. Il s’agit du produit d’une vigne remontant vraisemblablement au XVIIe siècle. Elle est installée le long d’un des murs d’enceinte du château, orientée au sud pour profiter de l’ensoleillement. Sa fonction initiale était de fournir le « gobelet du roi », c’est-à-dire la table royale. Le cépage utilisé est le chasselas doré, dit « chasselas de Fontainebleau », qui donne du raisin de table. La vigne est conduite en espalier sur un treillage, puis sur des fils de fer galvanisés dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le mur blanchi accumule la chaleur en journée et la restitue à la vigne durant la nuit. La nature limoneuse du sol lui épargne les ravages du phylloxéra, mais pas ceux des guêpes ou des maraudeurs qui valent à la récolte d’être surveillée par des gardes-messiers.

La récolte et la vente aux enchères qui la suit sont un événement suivi par les journaux comme le montre cette photographie issue de l’Agence Rol. Les prix peuvent atteindre des niveaux importants. La récolte est expédiée en paniers ou en caissettes de bois, ou stockée dans un fruitier grâce à la méthode utilisée également à Thomery : la base de chaque grappe est maintenue humide pour éviter son dessèchement. La vigne décline au milieu du XXe siècle, et il n’en subsiste plus que trois cents ceps sur 150 mètres.

Luc Menapace, département Sciences et Techniques de la Bibliothèque nationale de France

Poèmes renaissants sur le vin

19.Pierre de RONSARD          Plus je bois mieux je chante
La terre les eaux va boyvant,
L’arbre la boit par sa racine,
La mer salée boit le vent,
Et le Soleil boit la marine,
Le Soleil est beu de la Lune :
Tout boit, soit en haut ou en bas:
Suivant ceste reigle commune
Pourquoy donc ne boirons-nous pas ?

Voir aussi :

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