Le pont de Valvins, haut lieu de la littérature française

Le « pont de Valvins » ou « La terrasse de Mallarmé ». Au loin sur la rive gauche de la Seine, le hameau des Plâtreries à Samois-sur-Seine

« C’est agréable, disait Mallarmé, d’avoir un pont à côté de chez soi c’est une terrasse. J’y viens le soir fumer un cigare. La rivière large, calme, semble un lac… »

Lettre à Méry Laurent, Valvins, Jeudi 23 septembre 1891)

…Je t’aime beaucoup, mon grand cœur ; et tout à l’heure, avant de laisser s’envoler dans la rivière les morceaux de ta lettre, lue et élue sur le pont pour y découvrir de chers riens, voilà que je l’ai portée à mes lèvres, y mettant un baiser, comme un très jeune amoureux : il n’y a que toi pour faire cela d’un vieux Monsieur qui s’était retiré à la campagne pour y décidément vieillir.


Au revoir,
ton
STÉPHANE M.

«Ancien pont de Valvins et yole de Stéphane Mallarmé» -.

Le pont de Valvins, haut lieu de la littérature française

Christian de Bartillat a écrit : « Avec Mallarmé, ses amis, ses disciples, la poésie semble sortir de la forêt de Fontainebleau et verser du côté de la Seine pour se jouer de l’eau ». Grâce à lui, le pont de Valvins, cinq fois reconstruit depuis les Romains, est devenu le haut lieu de la littérature française ». André Billy, à propos du Pont de Valvins, déclara : « il a joué dans la méditation de Mallarmé un rôle presque aussi important que son cabinet de travail ou son jardin » alors qu’Henri Mondor rappelait que c’est au Pont de Valvins que Mallarmé rencontra un baigneur qui perdant connaissance était en train de se noyer : et ce baigneur n’était autre que Paul Valéry. Henri Mondor relate l’anecdote suivante : « On l’a vu un jour ou deux dans la forêt, avec un bâton au bout duquel était fixé un clou. Il ramassait et jetait dans un panier les morceaux de papiers épars. Comme on s’étonnait de ses soins : « J’aurai demain Régnier et quelques amis, je prépare les lieux ».

Source : http://www.apophtegme.com/ARTS/valvins-mallarme.htm

Paul Valéry

En bateau. Edouard Manet 1874

Juillet 1893

Cet été là, Valéry se retrouve seul, ses amis étant partis en villégiature pour les vacances. Il ne cache pas comme il souffre de ce nouveau désert d’hommes : « je suis d’un seul! Quand ma tête marche, je jouis en somme, et grâce un peu à cet isolement. Mais le vent est tombé, il n’y a rien autour de moi. On a coupé les communications. Atrocement seul. » Je suis d’un seul! la formule, mot pour mot, reviendra de loin en loin sous sa plume jusqu’en ses plus glorieuses années, et on aurait tort de ne pas laisser à cet aveu toute sa gravité : si Valéry cultive sa différence parmi les autres, le commerce de ses amis et la chaleur de leur conversation lui sont impérieusement nécessaires.
En ce sinistre mois de juillet, l’invitation de son camarade de classe Louis Aubanel ne peut donc tomber mieux. Son ami lui propose de venir quelque temps auprès de lui à Fontainebleau.
Et un jour qu’ils canotent sur la Seine, ils aperçoivent sur la berge Mallarmé qui séjourne tout près, dans sa maison de Valvins. Ce jour là, il est à pied, mais lui aussi souvent canote : il s’est acheté une petite yole qui, en haut du mât, porte un menu drapeau marqué « S.M », et en tricot blanc, coiffé d’un chapeau de paille, part volontiers au fil du fleuve, entraînant parfois de jeunes poètes avec lui. En fait de navigation fluviale, le maître est plus expérimenté que le disciple, et, une fois Mallarmé à bord, Valéry prend de lui « une bonne leçon de navigation ».

P. 127 Paul Valéry. Michel Jarrety.

Valvins, Paul Valéry

Valvins
Paul VALÉRY
Recueil : « Album de vers anciens »

Si tu veux dénouer la forêt qui t’aère
Heureuse, tu te fonds aux feuilles, si tu es
Dans la fluide yole à jamais littéraire,
Traînant quelques soleils ardemment situés

Aux blancheurs de son flanc que la Seine caresse
Émue, ou pressentant l’après-midi chanté,
Selon que le grand bois trempe une longue tresse,
Et mélange ta voile au meilleur de l’été.

Mais toujours près de toi que le silence livre
Aux cris multipliés de tout le brut azur,
L’ombre de quelque page éparse d’aucun livre

Tremble, reflet de voile vagabonde sur
La poudreuse peau de la rivière verte
Parmi le long regard de la Seine entr’ouverte.

Agenda

Dimanche 27 mars 2022 : Printemps poétique aux Plâtreries

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