Proust et Mallarmé

Quatrain pour Méry

La correspondance de Proust à Reynaldo Hahn constitue à la fois un magnifique exemple de relation amoureuse évoluant vers une tendre et fidèle amitié entre deux êtres tout à fait exceptionnels, d’une immense culture et d’une grande sensibilité, et à la fois une ouverture sur la littérature, la musique, la peinture dont ces deux hommes étaient passionnés, et dont Proust nous parle avec le brillant talent qui était le sien. On en veut pour exemple plusieurs textes sur Mallarmé, dont Proust, mais surtout Reynaldo Hahn étaient de grands admirateurs.

Mallarmé

En voici un exemple, qui concerne un poème d’hommage de Mallarmé adressé à Méry Laurent, intitulé Quatrain pour Méry.

Méry, l’an pareil en sa course

Allume ici le même été

Mais toi, tu rajeunis la source

Où va boire ton pied fêté.

Voici ce qu’écrit Proust à son propos:  » …son ( le quatrain ) charme me semble consister comme pour beaucoup de choses de Mallarmé, en ceci: passer, sous couleur d’archaïsme d’une forme classique inflexible et pure, presque nue à la plus folle préciosité. Les deux premiers vers sont splendides de simplicité. J’ajouterai que, même comme valeur intrinsèque, cette simplicité nue évoque évoque admirablement les grandes lignes de l’été. Mais le « Méry » si 16e et 17e siècle, la couleur fin du 16e et commencement du 17e de ces vers » l’an pareil en sa course etc. » aussi bien par la mythologie du temps, la pompe etc que par la langue – sont un charmant artifice du goût pour les porter comme au voisinage de la préciosité. […]. Ajoutez que dans la préciosité les images restent d’une sincérité, d’un naturel exquis ( je veux dire empruntées à la nature). Ce pied altéré qui va boire comme une plante nous donne merveilleusement l’idée de ces êtres obscurs que sont nos organes et qui paraissent en effet vivre d’une vie particulière mais obscure, […] ce pied boit comme une racine et en effet après cela ne se sent-il pas heureux et comme désaltéré. De même le pied fêté par l’eau est délicieux, l’eau a si bien l’air d’être en fête avec ses mille petites ondes troublées qui viennent murmurer des caresses étincelantes aux « pieds » de la beauté qui les foule. Enfin c’est un grand plaisir que de trouver tant d’archaïsme, de grandeur, de mythologie, de goût, et de nature dans une sorte de court billet familier. C’est là  » en dernière analyse » qu’est le charme. C’est du reste le charme de Mallarmé et le rôle du poète, de solemniser la vie. » (1)  

(1) « Lettres à Reynaldo Hahn »  Proust – EDITIONS SILLAGE – Lettre d’août 1896 p.70/71

Source : http://carnetsdautomne.canalblog.com/archives/2012/07/25/24773844.html

Hahn, Mallarmé, Proust et…. Méry Laurent

Cher Monsieur,
Puisque vous m’en faites rouvrir la boîte, il est évident et prouvé que le lien HAHN MALLARMÉ PROUST passe par MÉRY LAURENT
À suivre
Cordialement
Anne BORREL

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