Mallarmé et la musique

  1. MallarmĂ© et la musique, exposition au musĂ©e d’Orsay
  2. « Tout est là : je fais de la musique » – Mallarmé
  3. La musique et les lettres
  4. Poèmes de Mallarmé mis en musique
    1. Les Trois poèmes de Stéphane Mallarmé. Musique de Maurice Ravel
  5. Musiciens autour de Mallarmé
  6. Richard Wagner. RĂŞverie d’un poĂ«te français
    1. Hommage Ă  Richard Wagner
  7. Amitiés musicales
    1. Nina de Callias
  8. Citations
    1. « Toute âme est un nœud rythmique »
  9. Articles
  10. Vidéos
    1. Stéphane MALLARMÉ — Un poète face aux musiciens (France Musique, 1993)
  11. Musique et Poésie Augmentées : Une Symphonie Numérique sur les Pas de Mallarmé
  12. Sites ressources
  13. Voir aussi
MallarmĂ© et la musique, exposition au musĂ©e d’Orsay

e chef-d’oeuvre de Debussy, le PrĂ©lude Ă  l’Après-midi d’un faune, Ă©vocation du cĂ©lèbre poème, marqua un Ă©vĂ©nement important dans la perception de MallarmĂ© par les musiciens.

Plus tard, Milhaud , Sauguet, Freitas-Branco, Hindemith, mais aussi, Maurice Jaubert et Pierre Vellones abordèrent l’oeuvre de MallarmĂ©. On retrouve la notion d’Ă©vocation chez des compositeurs aussi divers que Gilbert Amy ou Sylvano Bussotti.

Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que le potentiel structurel et intellectuel de MallarmĂ© fut exploitĂ© par les compositeurs. Cet intĂ©rĂŞt pour la structure et la formalisation coĂŻncida, dans les annĂ©es cinquante, avec les tendances alĂ©atoires dĂ©veloppĂ©es et prĂ©sentĂ©es aux cours d’Ă©tĂ© de Darmstadt oĂą se retrouvèrent, entre autres, Boulez, Stockhausen et Bussotti.

Boulez fit part de sa dĂ©couverte du Livre de MallarmĂ© Ă  Stockhausen après avoir commencĂ© la composition de la Troisième sonate. Cette transposition musicale du Livre, incluait les notions de hasard et de forme ouverte que d’autres compositeurs dont Stockhausen utilisaient Ă  la mĂŞme Ă©poque, sans rĂ©fĂ©rence directe Ă  MallarmĂ©. KlavierstĂĽck XI, Zyklus et Refrain, prĂ©sentĂ©es dans l’exposition et jouĂ©es en concert, furent conçues comme oeuvres Ă  forme ouverte dont le parcours empruntĂ© par l’interprète est libre.

En 1998, les deux commandes Ă  l’occasion du centenaire, prolongent la multiplicitĂ© des rapports entre MallarmĂ© et la musique. Voiles de Denis Cohen, pour cinq instruments, voix enregistrĂ©e et dispositif Ă©lectronique combine un fort degrĂ© de formalisation avec une prĂ©sence constante du poème chantĂ©. Chez Bussotti, la partition-objet de Questo fauno pour trois instruments, voix de basse et rĂ©citant, perpĂ©tue le thème du faune.

Commissaire
Pierre Korzilius, responsable des activitĂ©s musicales au musĂ©e d’Orsay.

MallarmĂ© au musĂ©e d’Orsay

29 septembre 1998 – 31 janvier 1999


MusĂ©e d’Orsay https://www.musee-orsay.fr/fr/agenda/expositions/mallarme-et-la-musique?cHash=8b7af3aeaf&fbclid=IwAR193pFwLBiUolqTzdnhxLoweHBFn8qUthFoNyIoHOh_31e38YRwVEqRzy4

« Tout est lĂ  : je fais de la musique » – MallarmĂ©
La musique et les lettres
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Texte Ă©galement disponible sur wikisource : https://fr.wikisource.org/wiki/La_Musique_et_les_Lettres

Poèmes de MallarmĂ© mis en musique
Les Trois poèmes de StĂ©phane MallarmĂ©. Musique de Maurice Ravel
Musiciens autour de Mallarmé

Liste non-exhaustive des compositeurs ayant mis des poèmes de Stéphane Mallarmé en musique (par ordre chronologique)

Pierre de Bréville (1861-1949) Sainte

Claude Debussy (1862-1918) Trois Poèmes de StĂ©phane MallarmĂ© : 1. Soupir ; 2. Placet futile ; 3. Éventail. Apparition. L’Après-Midi d’un faune

Déodat de Séverac (1872-1921) : Un rêve

Henri Büsser (1872-1973) : Rien au réveil que vous n’ayez

Maurice Ravel (1875-1937) : Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé : 1. Soupir (à Igor Strawinsky) ; 2. Placet futile (à Florent Schmitt); 3. Surgi de la croupe et du bond (à Erik Satie). Sainte

Louis Durey (1888-1979) : Six Madrigaux de MallarmĂ© : 1. Offert avec un verre d’eau ; 2. DĂ©part ; 3. Jour de l’an ; 4. Eventail I ; 5. Eventail II ; 6. 1er avril 1887

Kaikhosru Shapurji Sorabji, né Leon Dudley Sorabji (1892-1988) : Apparition

Arthur Lourié (1892-2006) : Rondel

Darius Milhaud (1892-1974) : Chansons bas, opus 44 (contient : Le savetier, La marchande d’herbes aromatiques, Le cantonnier, Le marchand d’ail et d’oignons, La femme de l’ouvrier, Le vitrier, Le crieur d’imprimés, Le marchand d’habits), Deux petits airs, opus 51 (contient : Indomptablement a dû…, Quelconque une solitude…)

Paul Hindemith (1895-1963) : Hérodiade

Henri Sauguet [Jean Pierre Poupard] (1901-1989) : Renouveau ; Tristesse d’été (in six mélodies sur des poèmes symbolistes)

Claude Arrieu (1903-1990) Chansons bas

Ferenc Farkas (1905-2000) : Bel éventail (in Quatre quatrains avec 4 cordes)

Marius Flothuis (1914-2001) : Hommage à Mallarmé

Claude Ballif (1924-2004) : Un coup de dés : contre-sujet musical pour choeurs symphoniques, six percussions et un ruban sonore ; Chansons bas, opus 3

Serge Nigg (1924-2008) : Le Chant du dĂ©possĂ©dĂ© ; JĂ©rĂ´me Bosch Symphonie : d’après des notes poĂ©tiques de StĂ©phane MallarmĂ©

André Boucourechliev (1925-1997) Thrène

Michel Philippot (1925-1996) Toast funèbre [Ambiance II]

Pierre Boulez (1925-) : Pli selon pli : portrait de MallarmĂ© : 1. Don ; 2. Improvisation I – sur MallarmĂ© « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » ; 3. Improvisation II – sur MallarmĂ© « Une dentelle s’abolit » ; 4. Improvisation III – sur MallarmĂ© ; 5. Tombeau.
La Troisième Sonate pour piano (est une transposition musicale du Livre mallarméen)

Michel Puig (1930-) Divagations-Mallarmé

Alain Weber (1930-) : Octuor : [« Dans ces parages du vague en quoi toute réalité se dissout » (Mallarmé)]

Yves Prin (1933-) : Action-Réflexe III

Daniel Meier (1934-2004) : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé ; Rondeaux

Jean-Marie Morel (1934-) : Chansons en contrebas : huit pièces brèves pour contrebasse en ut et piano d’après StĂ©phane MallarmĂ©

Marcel Dortort (1935-) : Sonnet de Mallarmé

Gilbert Amy (1936-) : D’un espace dĂ©ployĂ©… ; …D’un dĂ©sastre obscur

Georges Bœuf (1937-) : Solitaire vigie (Hérodiade). Le Prophète

Renaud François (1943-) : Amies

Alain Louvier (1945-) : 4 poèmes de Mallarmé

Marc Monnet (1947-) : Siècle pierre tombeau : Miroir poĂ©tique autour de poèmes de StĂ©phane MallarmĂ© « Pour un tombeau d’Anatole »

John Borstlap (1950-) : Placet futile

Jean-Louis Dhermy (1950-) : Le phénomène futur

Frank Ferko (1950-) : 3 songs on poems of Mallarmé

Peter-Jan Wagemans (1952-) Drie Mallarmé Liederen

Christophe Havel (1956-) : La Marchande d’herbes aromatiques

GĂ©rard Pesson (1958-) Fureur contre informe (pour un tombeau d’Anatole)

Bruno Giner (1960-) : Abolit bibelot

Patrick Burgan (1960-) : Apparitions

Brice Pauset (1965-) Symphonie III (Anima Mundi) [une interprétation du Livre de Mallarmé]

Matthias Pintscher (1971-) : Hérodiade-Fragmente

Takuya Imahori (1978-) Un Coup de dĂ©s jamais n’abolira le hasard

https://mediamus.blogspot.com/2011/02/stephane-mallarme-poetes-en-musique-5.html?fbclid=IwAR07iiJXFJg4jWhmEqEC4CYDomfiaUmwle7YNjQ_8Ihm-s-W9sFh2V6G5Ss


Richard Wagner. RĂŞverie d’un poĂ«te français

Un poëte français contemporain, exclu de toute participation aux déploiements de beauté officiels, en raison de motifs divers, aime, ce qu’il garde de sa tâche pratiquée ou l’affinement mystérieux du vers pour de solitaires Fêtes, à réfléchir aux pompes souveraines de la Poésie, comme elles ne sauraient exister concurremment au flux de banalité charrié par les arts dans un faux-semblant de civilisation. — Cérémonies d’un jour qui gît au sein inconscient de la foule : presque un Culte !

La certitude de n’être impliqué, lui ni personne de ce temps, dans aucune entreprise pareille, l’affranchit de toute restriction apportée à son rêve par le sentiment d’une impéritie et par l’écart des faits.

Sa vue d’une droiture introublée se jette au loin.

À son aise et c’est le moins qu’il se donne pour exploit ingénu d’avoir considéré, seul, dans l’orgueilleux repli des conséquences, le Monstre, Qui ne peut Être ! Attachant au lâche flanc ignare la blessure d’un regard affirmatif et pur.

Omission faite de coups d’œil sur le faste extraordinaire mais inachevé aujourd’hui de la figuration plastique, dont se détache, au moins, dans sa perfection de rendu, la Danse seule capable, par son écriture sommaire, de traduire le fugace et le soudain jusqu’à l’Idée (pareille vision comprend tout, absolument tout le Spectacle futur,) cet esthéticien, s’il envisage l’apport de la Musique au Théâtre faite pour en mobiliser la splendeur, ne songe pas longtemps à part soi. Déjà, de quels bonds que parte sa pensée, elle ressent la colossale approche d’une Initiation, qui surgit plus haute, signifiant par des voix d’adeptes : Ton souhait d’auparavant, de bientôt, ici, là, vois, chétive, s’il n’est pas exécuté.

Singulier défi qu’aux poëtes dont il a usurpé le devoir avec la plus candide et étincelante bravoure, inflige Richard Wagner !

Le sentiment se complique envers cet étranger, émerveillement, enthousiasme, vénération, aussi d’un malaise à la notion que tout soit fait, autrement qu’en irradiant, par un jeu direct, du principe littéraire même.

Doutes et nécessité (pour un jugement strict) de discerner les circonstances que rencontra, au début, l’effort du Maître. Il surgit au temps d’un théâtre, le seul mais qu’on peut appeler caduc, tant la Fiction en est fabriquée d’un élément grossier : puisqu’elle s’impose à même et tout d’un coup, commandant de croire à l’existence du personnage et de l’aventure, de croire, simplement, rien de plus. Comme si cette foi exigée du spectateur ne devait pas être précisément la résultante par lui tirée du concours de tous les arts suscitant le miracle, autrement inerte et nul, de la scène ! Vous avez à subir un sortilège, pour l’accomplissement duquel ce n’est trop d’aucun moyen d’enchantement impliqué par la magie musicale, afin de violenter votre raison aux prises avec un simulacre, et d’emblée on proclame : Supposez que cela a lieu véritablement et que vous y êtes !

Le Moderne dédaigne d’imaginer ; mais expert à se servir des arts, il attend que chacun l’entraîne jusqu’où éclate sa puissance spéciale d’illusion, puis consent.

Il le fallait bien, que le Théâtre d’avant la Musique partît d’un concept autoritaire et naïf, quand ne disposaient pas de cette ressource nouvelle d’évocation ses Chefs-d’œuvres, hélas ! gisant aux feuillets pieux du livre, sans l’espoir, pour aucun, d’en jaillir à nos solennités. Son jeu reste inhérent au passé, tel que le répudierait, à cause de cet intellectuel despotisme, une représentation populaire, la foule y voulant, selon la suggestion des arts, être maîtresse de sa créance. Une simple adjonction orchestrale change du tout au tout, annulant son principe même, l’ancien théâtre : et c’est comme strictement allégorique, que l’acte scénique maintenant, vide et abstrait en soi, impersonnel, a besoin, pour s’ébranler avec vraisemblance, de l’emploi du vivifiant effluve qu’épand la Musique.

Sa présence, rien de plus ! à la Musique, est un triomphe, pour peu qu’elle ne s’applique point, même comme leur élargissement sublime, à d’antiques conditons, mais éclate la génératrice de toute vitalité : un auditoire éprouvera cette impression que, si l’orchestre cessait de déverser son influence, l’idole en scène resterait, aussitôt, statue.

Pouvait-il, quoique le Musicien et même le proche confident du secret de son Art, en simplifier l’attribution jusqu’à cette visée initiale ? Semblable métamorphose s’indique au désintéressement du critique qui n’a pas derrière soi, prêt à se ruer d’impatience et de joie, l’abîme d’exécution musicale ici le plus tumultueux qu’homme ait contenu de son limpide vouloir.

Lui, fit ceci.

Allant au plus pressé il concilia toute une tradition intacte dans sa désuétude prochaine avec ce que de vierge et d’occulte il devinait sourdre, en ses partitions. À défaut d’une acuité de regard (qui n’eût été la cause que d’un suicide stérile), si vivace abonda l’étrange don d’assimilation de ce créateur quand même, que des deux éléments de beauté qui s’excluent ou, tout au moins, l’un l’autre s’ignorent, le drame personnel et la musique idéale, il effectua l’hymen. Oui, à l’aide d’un harmonieux compromis, suscitant une phase exacte du théâtre, laquelle répond, comme par surprise, à la disposition de sa race !

Quoique philosophiquement elle ne fasse encore là que se juxtaposer, la Musique (je somme qu’on insinue d’où elle poind, son sens premier et sa fatalité,) pénètre et enveloppe le Drame de par l’éblouissante volonté du jongleur inclus dans le mage ; de fait, on peut dire qu’elle s’y allie : pas d’ingénuité ou de profondeur qu’avec un éveil enthousiaste il ne prodigue dans ce dessein, sauf que le principe même de la présence de la Musique échappe.

Le tact est merveille quî, sans totalement en transformer aucune, opère, sur la scène et dans la symphonie, la fusion de ces formes de plaisir disparates.

Maintenant, en effet, une musique qui n’a de cet art que l’observance des lois très complexes qu’il se dicte, mais exprime d’abord le flottant et l’infus, confond les couleurs et les lignes du personnage avec les timbres et les thèmes en une ambiance plus riche de Rêverie que tout air d’ici-bas, déité costumée aux invisibles plis d’un tissu d’accords ; ou va l’enlever de sa vague de Passion, au déchaînement trop vaste pour un seul, le précipiter, le tordre : et le soustraire à sa notion, perdue devant cet afflux surhumain, pour la lui faire ressaisir quand il domptera tout par le chant, jailli dans un déchirement de la pensée inspiratrice.

Toujours ce héros, qui foule une brume autant que notre sol, se montrera dans un lointain que comble la vapeur des plaintes, des gloires, et de la joie émises par l’instrumentation, reculé ainsi vers des commencements. Il n’agit qu’entouré, à la Grecque, de la stupeur mêlée d’intimité qu’éprouve une assistance devant des mythes qui n’ont presque jamais été, tant leur instinctif passé s’isole ! sans cesser cependant d’y bénéficier des familiers dehors de l’individu humain. Même certains satisfont à l’esprit par ce fait de ne sembler pas dépourvus de toute accointance avec de hasardeux symboles.

Voici à la rampe intronisée la Légende.

Avec une piété antérieure, un public, pour la seconde fois depuis les temps, hellénique d’abord, maintenant germain, jouit d’assister au secret représenté de ses origines. Quelque singulier bonheur neuf et barbare l’asseoit à considérer, se mouvant d’après toute la subtilité savante de l’orchestration, la figure solennelle d’idées qui ont présidé à sa genèse.

Tout se retrempe au ruisseau primitif : pas jusqu’à la source.

Si l’esprit français, strictement imaginatif et abstrait, donc poétique, jette un éclat, ce ne sera pas ainsi : il répugne, en cela d’accord avec l’Art dans son intégrité, qui est inventeur, à toute Légende. Voyez le des jours abolis ne garder aucune anecdote énorme et fruste, comme par une prescience de ce qu’elle apporterait d’anachronisme dans une représentation théâtrale, Sacre d’un des actes de la Civilisation [1]. À moins que cette Fable, vierge de tout, lieu, temps et personne sus, ne se dévoile empruntée au sens latent de la présence d’un peuple, celle inscrite sur la page des Cieux et dont l’Histoire même n’est que l’interprétation, vaine, c’est-à-dire un Poëme, l’Ode. Quoi ! le siècle, ou notre pays qui l’exalte, ont dissous par la pensée les Mythes, ce serait pour en refaire ! Le Théâtre les appelle, non ! pas de fixes, ni de séculaires et de notoires, mais un être dégagé de personnalité, car il figure notre aspect multiple : que, de prestiges correspondant au fonctionnement de l’existence nationale, évoque l’Art, pour le mirer en tous. Type sans dénomination préalable, pour qu’en émane la surprise, son geste résume vers soi nos rêves de sites ou de paradis, qu’engouffra l’antique scène avec une prétention vide à les contenir ou à les peindre. Lui, quelqu’un ! ni cette scène, quelque part (l’erreur connexe, décor stable et acteur réel, du Théâtre manquant de la Musique) : est-ce qu’un fait spirituel, l’épanouissement de symboles ou leur préparation, nécessite un lieu, pour s’y développer, autre que le fictif foyer de vision dardé par le regard d’une foule ! Saint des Saints, mais mental. Alors y aboutissent, dans quelque éclair suprême, d’où s’éveille la Figure que Nul n’est, chaque attitude mimique prise par elle à un rythme inclus dans la symphonie, et le délivrant ! Alors viennent expirer comme aux pieds de cette incarnation, non sans qu’un lien certain les apparente ainsi à son humanité, ces raréfactions et ces sommités naturelles que la Musique rend, arrière prolongement vibratoire de tout ainsi que la Vie.

L’Homme, puis son authentique séjour terrestre, échangent une réciprocité de preuves.

Ainsi le Mystère.

La Cité, qui donna à cette expérience sacrée un théâtre, imprime à la terre le Sceau universel.

Quant à son peuple, c’est bien le moins qu’il ait témoigné du fait auguste, j’atteste la Justice qui ne peut que régner là ! puisque cette orchestration de qui tout-à-l’heure sortit l’évidence du dieu ne synthétise jamais autre chose que les délicatesses et les magnificences, immortelles, innées, qui sont à l’insu de tous dans le concours d’une muette assistance.

Voilà pourquoi, Génie ! moi, l’humble qu’une logique éternelle asservit, ô Wagner, je souffre et me reproche, aux minutes marquées par la lassitude, de ne pas faire nombre avec ceux qui, ennuyés de tout afin de trouver le salut définitif, vont droit à l’édifice de ton Art, pour eux le terme du chemin. Il ouvre, cet incontestable portique, en des temps de jubilé qui ne le sont pour aucun peuple, une hospitalité contre l’insuffisance de soi et la médiocrité des patries ; il exalte des fervents jusqu’à la certitude : pour eux ce n’est pas l’étape la plus grande jamais ordonnée par un signe humain, qu’ils parcourent, avec toi pour conducteur, mais comme le voyage fini de l’humanité vers un Idéal. Au moins, voulant ma part du délice, me permettras-tu de goûter, dans ton Temple, à mi-côte de la montagne sainte, dont le lever de vérités le plus compréhensif encore trompette la coupole et invite à perte de vue du parvis les gazons que le pas de tes élus foule, un repos : c’est comme l’isolement, pour l’esprit, de notre incohérence qui le pourchasse, autant qu’un abri contre la trop lucide hantise de cette cîme menaçante d’absolu, devinée dans le départ de nuées là haut, fulgurante, nue, seule : au delà et que personne ne semble devoir atteindre. Personne ! ce mot n’obsède pas d’un remords le passant en train de boire à ta conviviale fontaine.

Stéphane Mallarmé.

https://fr.wikisource.org/wiki/Richard_Wagner,r%C3%AAverie_d%E2%80%99un_po%C3%A8te_fran%C3%A7ais(Revue_wagn%C3%A9rienne)_(Divagations)?fbclid=IwAR3_ibAThY5WIoUJbxzGaMC4qTFWb1K54yoDjIbfiNK5DEaflTwJ_lPZ_uc

Hommage Ă  Richard Wagner


Le silence dĂ©jĂ  funèbre d’une moire
Dispose plus qu’un pli seul sur le mobilier
Que doit un tassement du principal pilier
Précipiter avec le manque de mémoire.

Notre si vieil ébat triomphal du grimoire,
HiĂ©roglyphes dont s’exalte le millier
A propager de l’aile un frisson familier !
Enfouissez-le-moi plutĂ´t dans une armoire.

Du souriant fracas originel haĂŻ
Entre elles de clartés maîtresses a jailli
Jusque vers un parvis né pour leur simulacre,

Trompettes tout haut d’or pâmĂ© sur les vĂ©lins
Le dieu Richard Wagner irradiant un sacre
Mal tu par l’encre mĂŞme en sanglots sibyllins.

Stéphane Mallarmé

Amitiés musicales
Nina de Callias

La poétesse Nina de Callias est aussi une pianiste virtuose. Stéphane Mallarmé en est fou :

Nina qui d’un geste extatique

Sur le dolmen et le menhir

Semblait poser pour la musique

La musique de l’avenir.

Et Anatole France salue la pianiste idéale et vertigineuse : « C’est une sainte Cécile qui aimerait le boulevard et qui irait aux premières », aimant les poètes, elle est poète elle-même publiée dans le Parnasse contemporain.

En savoir plus sur Nina de Callias https://declic1718.org/nina-de-callias-un-salon-aux-epinettes?fbclid=IwAR3gYibaFFXZjA5Qen4TqCllnnd-Jj6f15S-FWAwbvN5osB2NsuNjRtzezg

Citations
« Toute âme est un nĹ“ud rythmique Â»

Articles

Le titre en forme de chiasme donne bien d’emblĂ©e la teneur de ce livre : les rapports de MallarmĂ© et de la musique seront analysĂ©s, très en profondeur, d’une part du point de vue du poète, d’autre part en considĂ©rant quelle influence il a eue sur les musiciens et quels usages ces derniers ont faits de sa poĂ©sie (il s’agira principalement de Claude Debussy et Pierre Boulez).

Le sous-titre permet de prĂ©ciser sous quels angles ces questions vont ĂŞtre posĂ©es : L’écriture, l’orchestre, la scène, la voix. Il s’agit d’un ouvrage pluridisciplinaire associant philosophes, esthĂ©ticiens, historiens, littĂ©raires, musicologues et musiciens, fruit d’un colloque qui s’est tenu en 2015 Ă  Rennes.
La première partie va donc s’attacher Ă  Ă©tudier le vĂ©ritable rapport de StĂ©phane MallarmĂ© avec la musique et elle lève sans doute quelques idĂ©es prĂ©conçues. MallarmĂ© n’a jamais cessĂ© de creuser et d’approfondir sa rĂ©flexion sur la musique. Il a d’abord pensĂ© la musique en rapport avec le texte poĂ©tique. Mais en mĂŞme temps, au-delĂ  de ce que l’on pourrait appeler une musicalisation de la poĂ©sie, il a dĂ©veloppĂ© une pensĂ©e critique et souvent contradictoire Ă  propos de la musique. Il va essayer de penser le fonctionnement de l’œuvre musicale et son insertion dans le monde et l’espace musical. Mais paradoxalement il sera pourtant difficile de le considĂ©rer comme un grand mĂ©lomane, il n’avait rien d’un spĂ©cialiste ni mĂŞme d’un connaisseur averti, tous les essais qui composent le livre tendent Ă  le montrer. Certes il allait rĂ©gulièrement au concert, mais au fond il a vĂ©cu dès le dĂ©but une forme de rivalitĂ© avec la musique et il la jalousait ! Se plaçant dans cette famille de poètes soucieux « de reprendre Ă  la Musique son bien Â» selon une cĂ©lèbre formule de Paul ValĂ©ry qui le dĂ©crit aussi Ă©coutant la musique « avec cette angĂ©lique douleur qui naĂ®t des rivalitĂ©s supĂ©rieures. Â». Car en fait, comme l’écrit un des intervenants, Florent Albrecht, ce qui intĂ©resse MallarmĂ©, « c’est moins la musique pour elle-mĂŞme que son effet, son sens mĂ©taphysique Â». C’est Ă  l’aune de la poĂ©sie qu’il Ă©valuait l’art musical et il pensait que la musique trouverait son accomplissement dans la poĂ©sie.

La seconde partie s’adresse sans doute plus directement au mĂ©lomane et au lecteur de ResMusica puisqu’il s’agit cette fois de se pencher sur la musique que MallarmĂ© a inspirĂ©e, en son temps et par-delĂ  son temps. Non pas Ă©tude de toutes les musiques sur ses poèmes, mais plutĂ´t Ă©tude de certains grands principes de la relève musicale de MallarmĂ© au XXème siècle, notamment sous les angles de la rĂ©sonance et de la mobilitĂ©. Cette seconde partie comporte notamment une remarquable contribution de Pierre Charru, musicologue bien connu pour ses travaux sur Bach notamment, Pierre Charru qui se penche sur le PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un Faune de Claude Debussy, Ă  partir du poème du mĂŞme nom de MallarmĂ©. Parmi les autres Ă©tudes on notera une interrogation sur la notion de rĂ©sonance dans l’œuvre de Boulez ou de très intĂ©ressantes considĂ©rations sur la question du hasard (en rapport avec le fameux poème de MallarmĂ© Un coup de dĂ© jamais n’abolira le hasard). Ainsi qu’une contribution de Guy Lelong qui voit dans la musique spectrale une « poursuite des opĂ©rations mallarmĂ©ennes Â», ce que curieusement contredira dans une discrète note de bas de page le maĂ®tre d’œuvre du livre, Antoine Bonnet.
J’emprunterai ces mots Ă  ce dernier pour conclure : « Si la musique en tant que telle, n’aura jamais Ă©tĂ© le souci de MallarmĂ©, il aura toujours manifestĂ© une  extrĂŞme tension Ă  son Ă©gard Â».

Voici donc un ouvrage extrêmement riche autant pour le poète que pour le musicien en ce qu’il ouvre d’innombrables pistes de réflexion sur la véritable nature du rapport de Mallarmé à la musique mais aussi sur la fécondité de l’œuvre dans des domaines extra-littéraires et ici en particulier, dans celui de la musique.


https://www.resmusica.com/2016/06/21/mallarme-et-la-musique-la-musique-et-mallarme/?fbclid=IwAR3x_MVqRq7c99C0ImJsLHH2fLCjGgEhWKrAWruxLIRslHunLsd-VOoU9JE

Vidéos
Stéphane MALLARMÉ — Un poète face aux musiciens (France Musique, 1993)

Musique et PoĂ©sie AugmentĂ©es : Une Symphonie NumĂ©rique sur les Pas de MallarmĂ©

Sites ressources
Voir aussi

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