Clément Marot : Ballade XI. Du jour de Noël

Bonjour à tous,

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ous publions aujourd’hui, une ballade de saison et de circonstance qui nous vient du XVIe siècle et de Clément Marot. Elle est dédiée aux fêtes de Noël et on y retrouve la légèreté à laquelle le poète nous a souvent habitué ici.

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Peut-être est-ce une commande, comme le suppose le commentateur d’une édition des œuvres complètes du poète datant de 1731 (chez P. Gosse & J. Neaulme) qui nous dit encore, à juste titre, au sujet de cette poésie que « c’est un jeu d’esprit qui fait moins connaître le génie du poète que la fertilité de son imagination ».

En Bref, pas satirique, pas non plus totalement dévote, cette ballade reste plus proche d’un exercice de rhétorique ou de style. C’est une invitation légère à la fête et à l’amusement dans le pur esprit marotique et, en dehors de ses références bibliques nombreuses et certaines, il ne faut sans doute pas lui chercher plus de profondeur sur le fond. Au delà de sa thématique et sur sa forme, sa particularité reste que toutes ses rimes finissent en C et qu’on les retrouve aussi précédées des différentes voyelles de l’alphabet, au fil de la poésie : ac, ec, ic, oc, uc.

Or est Noël venu son petit trac*, (piste, chemin)
Sus donc aux champs, bergieres de respec;
Prenons chascun panetiere et bissac*, (besace)
Fluste, flageol, cornemuse et rebec,
Ores n’est pas temps de clorre le bec,
Chantons, saultons, et dansons ric à ric*: ( avec application et rigueur)
Puis allons veoir l’Enfant au povre nic,
Tant exalté d’Helie, aussi d’Enoc*, (Elie, Henoch biblique)
Et adoré de maint grand roy et duc;
S’on nous dit nac, il faudra dire noc.
Chantons Noël, tant au soir qu’au desjuc (1). 

Colin Georget, et toy Margot du Clac.
Escoute un peu et ne dors plus illec (ici, en ce lieu) : 
N’a pas longtemps, sommeillant près d’un lac,
Me fut advis qu’en ce grand chemin sec
Un jeune enfant se combatoit avec
Un grand serpent et dangereux aspic;
Mais l’enfanteau, en moins de dire pic,
D’une grand’ croix luy donna si grand choc
Qu’il l’abbatit et luy cassa le suc*(col, tête);
Garde n’avoit de dire en ce defroc*(déroute, désastre) : 
Chantons Noël tant au soir qu’au desjuc.

Quand je l’ouy frapper, et tic et tac,
Et luy donner si merveilleux eschec,
L’ange me dit d’un joyeux estomac:
Chante Noël, en françoys ou en grec,
Et de chagrin ne donne plus un zec, (2)
Car le serpent a esté prins au bric.
Lors m’esveillay, et comme fantastic
Tous mes troupeaux je laissay près un roc.
Si m’en allay plus fier qu’un archiduc
En Bethleem : Robin, Gauthier et Roch,
Chantons Noël tant au soir qu’au desjuc.

ENVOY.
Prince devot, souverain catholic,
Sa maison n’est de pierre ne de bric,
Car tous les vents y soufflent à grand floc;
Et qu’ainsi soit, demandez à sainct Luc.
Sus donc avant, pendons soucy au croc,
Chantons Noël tant au soir qu’au desjuc.

(1) Desjuc :  petit matin, moment où l’on se lève

(2) De zest : un rien, une chose sans valeur (glossaire d’un édition des oeuvres complètes de Marot, Edition Rapilly, Tome 3,1824 )

En vous souhaitant une belle journée.

Fred
Pour moyenagepassion.com https://www.moyenagepassion.com/index.php/2017/12/23/une-ballade-du-jour-de-noel-par-clement-marot/
A la découverte du moyen-âge sous toutes ses formes.

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