La poésie parnassienne

Apollon et les Muses sur le mont Parnasse

La poésie parnassienne par Vincent Vives
Un mouvement hétérogène
Les poètes du Parnasse d’après un tableau de Paul Chabas, « Chez Alphonse Lemerre, Ă  Ville d’Avray Â», exposĂ© au Salon de 1895.


L’histoire littĂ©raire a conservĂ© le souvenir d’un rassemblement de poètes qui, pendant le Second Empire et durant les premières annĂ©es de la IIIe RĂ©publique, ont collaborĂ© Ă  des publications communes principalement centrĂ©es sur les trois volumes collectifs du Parnasse contemporain (1866, 1871 et 1876).  Mais ce rassemblement ponctuel fut sans rĂ©elle direction, et se caractĂ©rise mĂŞme par le refus de prise de position esthĂ©tique commune prĂ©cise. Pour certains, tels Verlaine ou Catulle Mendès, les parnassiens prolongeraient ou renouvèleraient le romantisme, pour d’autres, comme Xavier de Ricard, il s’oppose Ă  lui. On a dit de la poĂ©sie parnassienne qu’elle Ă©tait fondĂ©e sur le souci de la forme, guidĂ©e par des mots d’ordre (celui, fameux, d’art pour l’art, ou encore celui d’impassibilitĂ©), orientĂ©e enfin par des figures tutĂ©laires telles que Baudelaire, Gautier, Leconte de Lisle ou encore ThĂ©odore de Banville. La rĂ©alitĂ© est fort difficile Ă  cerner : si l’on dĂ©laisse bon nombre de poètes sollicitĂ©s pour de simples raisons Ă©ditoriales dans les diverses livraisons du Parnasse contemporain, l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des positions est fort prononcĂ©e, les ralliements dĂ©clarĂ©s, imprĂ©cis, ne sont pas suivis dans les faits, les poètes majeurs (Verlaine, MallarmĂ©) ayant un temps acceptĂ© la bannière parnassienne suivent des voies divergentes, les  figures de proue (Leconte de Lisle, Banville et Gautier) auxquelles on prĂŞte les rares mots d’ordre produisent des Ĺ“uvres dont la poĂ©tique est souvent assez Ă©loignĂ©e de la mythologie parnassienne.



Des artisans du style en réaction à la modernité


La poĂ©sie du Parnasse contemporain ne se rĂ©sume cependant pas Ă  une dĂ©marche publicitaire centrĂ©e autour d’une revue, assez Ă©phĂ©mère. Des rĂ©unions amicales ont lieu, ainsi que des lectures en commun, tout particulièrement chez Leconte de Lisle. Une communautĂ© s’organise au sein d’un regroupement de poètes cherchant Ă  combattre le « dĂ©braillĂ© Â» de l’époque. Verlaine, faisant un portrait du mouvement, insiste sur le fait qu’il « est impossible de nier que les jeunes poètes du premier Parnasse aient seuls créé, autant par leur fraternelle association d’un jour de rude vaillance que grâce Ă  leurs travaux subsĂ©quents, la salutaire agitation d’oĂą est rĂ©sultĂ© l’heureux, le bienfaisant changement… ». Posture aristocratique, amour du vers… Ainsi rĂ©sume-t-on, chez les poètes, ce qu’est le Parnasse contemporain. De fait, chacun, en des poĂ©tiques diverses, loue l’artisanat du style en rĂ©action Ă  la modernitĂ© dĂ©finie depuis le commerce et les lois de reproductibilitĂ© qui, sous couvert de dĂ©mocratisation, donnent des gages Ă  l’industrie de la presse et abandonnent les enjeux esthĂ©tiques. L’attention au vers, quelle que soit d’ailleurs cette attention, et quelle que soit la rĂ©alitĂ© intellectuelle qu’elle recouvre (l’épopĂ©e de Leconte de Lisle n’a presque rien Ă  voir avec les camĂ©es de Gautier, pas plus qu’avec les visĂ©es naissantes de Verlaine et MallarmĂ©, qui elles-mĂŞmes sont aux antipodes de la poĂ©sie bourgeoise d’un CoppĂ©e), vient signifier l’aporie, les contradictions, les ambivalences de toute une gĂ©nĂ©ration littĂ©raire qui, sous le Second empire, hĂ©site entre rĂ©sistance intellectuelle, repli esthĂ©tique et acceptation bourgeoise de l’ordre Ă©tabli.

Source : https://gallica.bnf.fr/essentiels/repere/poesie-parnassienne



En savoir plus :
> Le Parnasse contemporain : recueil de vers nouveaux, première série, 1866
> Le Parnasse contemporain: recueil de vers nouveaux, deuxième série, 1869-71
> Le Parnasse contemporain : recueil de vers nouveaux, troisième série, 1876

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