Camille Saint-Saëns

Camille Saint-Saëns est un compositeur, pianiste, et organiste français du XIXème siècle. Fondateur de la Société Nationale de Musique en 1871, il se caractérise par un attachement prononcé à la musique française de son époque, avec ses amis César Franck, Edouard Lalo, Gabriel Fauré. L’œuvre de Saint-Saëns est diversifiée et la plupart de ses pièces connaissent un grand succès de son vivant.

En savoir plus : https://www.francemusique.fr/personne/camille-saint-saens

Au plus fort de sa cĂ©lĂ©britĂ©, le compositeur Camille Saint-SaĂ«ns (1835-1921) dĂ©cide un beau jour de fuir Paris, sans prĂ©venir. L’opinion s’Ă©meut et la presse enquĂŞte… Partant de ce geste radical et mystĂ©rieux, portrait d’un musicien hors du commun, Ă  la personnalitĂ© aussi Ă©tonnante que son oeuvre.

« Lorsque vous lirez cette lettre, je serai entre le ciel et l’eau, voguant vers une destination que vous connaîtrez plus tard. »

Mais oĂą est passĂ© Camille Saint-SaĂ«ns ? Au printemps 1890, au faĂ®te de sa renommĂ©e, l’illustre compositeur quitte Paris sans un mot, ou presque. Il cherche Ă  « couper tous les câbles » pour « se refaire un autre soi-mĂŞme », Ă©crit-il dans une lettre adressĂ©e Ă  l’un de ses proches. StupĂ©faite, l’opinion publique s’émeut, des reporters partent Ă  sa recherche, des rumeurs courent sur un Ă©ventuel suicide. Le feuilleton de sa disparition occupe toutes les manchettes. Saint-SaĂ«ns a l’habitude de fuir ses obligations mondaines pour trouver refuge, sous un pseudonyme, aux quatre coins du monde : les Canaries, l’AlgĂ©rie, l’Égypte, Ceylan, l’Indochine… CrĂ©ateur infatigable, bourreau de travail, il est souvent proche de l’épuisement. Mais lĂ , personne ne sait oĂą il se cache.

Imprévisible et prolixe.

Enfant prodige (il donne des rĂ©citals dès 10 ans et joue du Beethoven par cĹ“ur), organiste et pianiste adulĂ©, polĂ©miste redoutĂ©, globe-trotter passionnĂ©, mais aussi poète et journaliste, Camille Saint-SaĂ«ns a autant fascinĂ© qu’intriguĂ© ses contemporains. Mais ce Parisien mort Ă  Alger il y a tout juste cent ans fut avant tout le compositeur imprĂ©visible de plus de 600 Ĺ“uvres, s’attaquant Ă  tous les genres avec succès : musique religieuse, musique de chambre, symphonie, opĂ©ra… De Samson et Dalila au Carnaval des animaux, de La danse macabre Ă  la Symphonie no 3 avec orgue, Saint-SaĂ«ns n’est jamais lĂ  oĂą on l’attend, n’hĂ©sitant pas Ă  dĂ©fier les conventions musicales de son temps. Au-delĂ  de l’épisode de sa fuite en avant, ce documentaire aussi alerte qu’une de ses rhapsodies lève le voile sur la vie et la personnalitĂ© de cet esprit libre et insaisissable. Musicologues et musiciens affinent encore le portrait et rappellent les multiples apports de ce novateur complexe que les scènes du monde entier encensèrent de son vivant, et qu’elles continuent aujourd’hui de cĂ©lĂ©brer.

La tradition raconte que Saint-Saëns se levait la nuit pour composer sur le piano Pleyel du salon de musique du manoir de Bel-Ebat

Les fĂ©es : avec accompagnement de piano Ă  4 mains / poĂ©sie de Th. de Banville. Camille Saint-SaĂ«ns
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11620295.image

Le rossignol : N° 1, Ton original en mi, ténor ou soprano / poésie de Th. de Banville
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11619860.image

Le Rossignol

Théodore de BANVILLE

Recueil : « Améthystes »

Vois, sur les violettes
Brillent, perles des soirs,
De fraîches gouttelettes !
Entends dans les bois noirs,
Frémissants de son vol,
Chanter le rossignol.

Reste ainsi, demi-nue,
A la fenĂŞtre ; viens,
Mon amante ingénue ;
Dis si tu te souviens
Des mots que tu m’as dits,
Naguère, au paradis !

La lune est radieuse ;
La mer aux vastes flots,
La mer mélodieuse
Pousse de longs sanglots
De désir et d’effroi,
Comme moi ! comme moi !

Mais non, tais-toi, j’admire,
A tes genoux assis,
Ta lèvre qui soupire,
Tes yeux aux noirs sourcils !
C’était hier ! je veux
Dénouer tes cheveux.

O toison ! Ă´ parure
Que je caresse encor !
Non, tu n’es pas parjure,
Ma belle aux cheveux d’or,
Mon ange retrouvé !
J’étais fou. J’ai rêvé.

Juin 1860.

La forêt des poètes

Le carnaval des animaux : grande fantaisie zoologique
Partition complète sur Gallica
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1166870b.image

Le Carnaval des animaux

Le Carnaval des animaux est une suite musicale pour orchestre de Camille Saint-SaĂ«ns composĂ©e en Autriche au dĂ©but de 1886. L’Ĺ“uvre est créée le 9 mars 1886 puis jouĂ©e le 2 avril 1886 en auditions privĂ©es Ă  Paris, chez la cantatrice Pauline Viardot. Les premières auditions intĂ©grales, publiques (et posthumes) ont eu lieu le 25 et le 26 fĂ©vrier 1922 sous la direction de Gabriel PiernĂ©.


https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Carnaval_des_animaux

Info: https://gr.afit.pl0:00

Applause 0:48 Introduction et Marche Royale du Lion

3:01 Poules et Coqs

3:53 Hemiones

4:41 Tortues

6:36 L’Elephant

8:05 Kangourous

8:58 Aquarium

11:25 Personnages a longues oreilles

12:15 Le Coucou au fonds des bois

14:35 Pianistes

16:10 Fossiles

17:38 Le Cygne

20:49 Final La Folle JournĂ©e de Varsovie 2013, Szalone Dni Muzyki w Warszawie, The Grand Theatre in Warsaw, Poland, September 29 Symphony Orchestra of The StanisĹ‚aw Moniuszko Music School in WaĹ‚brzych, Poland MaĹ‚gorzata Sapiecha – conductor

« Coq Opéra » de Dominique Ladoux

Japonisme

Rencontre entre la musique française et la poésie japonaise

Louis Gallet

Peut être une image de texte qui dit ’Portraits et Souvenirs Camille Saint-Saëns Portraits et Souvenirs Georges Bizet Société d'édition artistique, s.d. (1900, 3e mille) (p. 128-132). LOUIS GALLET Docteur à Cambridge’

Les lecteurs de ce livre me permettront, je l’espère, de donner un souvenir ému à Louis Gallet, mon très éminent collaborateur. L’ami incomparable, l’homme sûr et parfaitement bon qu’il a toujours été, lui assurent une place à part dans le cœur de ceux qui l’ont intimement connu. Une intelligence pénétrante et ouverte a tout, une saine raison, l’esprit naturel, le talent, l’érudition sans pédantisme, faisaient de lui un collaborateur idéal, celui que j’avais rêvé de rencontrer sans espérer d’y arriver jamais. Il savait adopter mes idées sans abdiquer sa personnalité ; puisant dans un fond d’une étonnante richesse, il ajoutait aux fantaisies de mon imagination les éléments de solidité qui sans cela leur auraient manqué. Dirais-je comment nous fûmes amenés à nous connaître et à travailler ensemble ? C’était en 1871 ; M. du Locle était alors directeur de l’Opéra-Comique. N’ayant pu, en raison de circonstances indépendantes de sa volonté, faire représenter le Timbre d’argent, il désirait me donner une compensation et me demandait un ouvrage en un acte, facile à monter. « Vous devriez voir Louis Gallet, me dit-il, c’est un poète et un homme charmant ; vous êtes faits pour vous entendre. » Voisins, par hasard, Gallet et moi, habitant l’un et l’autre les hauteurs du faubourg Saint-Honoré, nous fûmes liés bien vite ; nos « atomes crochus » sympathisèrent immédiatement. Le Japon, en ce temps-là, faisait fureur : nous fîmes voile pour le Japon et la Princesse jaune vint au jour, en attendant le Déluge, Étienne Marcel et tous les autres produits d’une collaboration qui pour moi était un charme, et qui ne se lassait jamais. Sans être aucunement musicien, Gallet jugeait finement la musique ; en littérature, en art, nous avions les mêmes goûts ; tous deux nous aimions à nous délasser des travaux sérieux par d’innocents enfantillages, et c’était, à propos de tout et de rien, un bombardement réciproque de sonnets fantaisistes, de strophes baroques et de dessins extravagants, joute dans laquelle il avait sur moi le double avantage du poète et du peintre, car il y avait en Gallet un peintre auquel avait manqué seulement un peu de travail pour se développer ; sans y mettre aucune prétention, il peignait des paysages et des marines d’après nature, très justes de ton et de sentiment. Parfois il venait en aide aux décorateurs de théâtre : le beau désert du Roi de Lahore, le délicieux couvent de Proserpine, entre autres, ont été exécutés d’après ses aquarelles. De la volumineuse correspondance qu’il m’a laissée, je songe à extraire, quand il en sera temps, un volume qui ne sera dénué ni d’imprévu ni d’intérêt. En attendant, voici un sonnet extrait d’une suite de Sonnets précieux : un air sentimental.

BOUTIQUE JAPONAISE.

Parmi les javelots, les sabres et les casques

Et les gais éventails, peints d’un pinceau savant,

Sous l’œil de gros Boudhas aux postures fantasques,

Mademoiselle Fleur dort sur le frais divan.

.

A la voir aussi frĂŞle et souple, de vieux masques

Ridés et craquelés ont un rire vivant,

Des chiens bleus de Corée et d’horribles tarasques

La guettent, cramponnés au soyeux paravent.

.

Très calme, elle repose. Et sur son teint de pêche

Ses longs cils font de l’ombre. Et son haleine fraîche

Souffle un parfum de thé, de menthe et de santal.

.

Un rayon d’or mourant baise sa robe mauve.

Sur un socle de laque un bon pélican chauve

La regarde dormir d’un air sentimental.

.

Et c’est ainsi que, sans effort, sans y attacher d’importance, il jonglait avec les rimes dorées en manière de passe-temps. Sa puissance de travail était prodigieuse : toujours on le trouvait la plume à la main, griffonnant des paperasses pour l’Assistance publique, dont il était un des hauts fonctionnaires, rédigeant des rapports, écrivant des romans, des articles pour plusieurs revues, des comédies, des poèmes d’opéra, entretenant une effroyable correspondance ; et il écrivait encore des sonnets pour se reposer. Puis, c’étaient des discours en prose et en vers, pour des inaugurations de statues, pour des banquets littéraires ; les conseils, la collaboration même, accordés aux débutants trop faibles encore pour marcher sans aide et sans appui. Comment peut-on suffire à un tel labeur ? On n’y suffit pas, on y succombe. Que de fois je l’engageais à se borner, à laisser de côté des travaux dont l’urgence ne me paraissait pas démontrée ? Mais le travail était pour Gallet une passion, et rien ne pouvait l’en arracher. Selon toute apparence, son dernier travail aura été le chœur du 3º acte de Déjanire : O terrible nuit, pleine de fantômes ! qu’il écrivit à Wimereux, dans son cottage qu’il aimait tant, d’où la vue s’étend au loin sur la mer, et même, à certains jours, jusqu’aux falaises de l’Angleterre. Il s’y trouvait ce vers : Et des signes de feu passaient dans le ciel noir, auquel il substitua, peu après, le suivant : Des signes effrayants ont paru dans le ciel. Enfin, je reçus, écrite au crayon, d’une main défaillante, la version définitive : Des grondements d’orage ont traversé le ciel.

Camille Saint-Saëns

https://zims-lfr.kiwix.campusafrica.gos.orange.com/wikisource_fr_all_maxi/A/Portraits_et_Souvenirs/Louis_Gallet

Princesse jaune, La (Gallet / Saint-Saëns)

Auteur(s) GALLET, Louis (1835-1898) SAINT-SAËNS, Camille (1835-1921)

Date 1872.6.12

Description

Opéra-comique en un acte, créé à l’Opéra-Comique à Paris. Dédié à Marie-Joseph-Frédéric Villot, conservateur au Musée du Louvre. Texte « Le Japon était à la mode, on ne parlait que du Japon, c’était une fureur ; l’idée nous vint de faire une pièce japonaise » écrit Saint-Saëns en relatant, une quarantaine d’années après sa création, la genèse de La Princesse jaune. C’était en 1871. Saint-Saëns, impatient de voir son premier drame lyrique Le Timbre d’argent représenté sur la scène de l’Opéra-Comique, se vit offrir par le directeur du théâtre, Camille du Locle (1832-1903), de monter une pièce en un acte – en ces temps d’après-guerre, les petites formes permettaient de contribuer, à moindre coût, à la restauration de la vie culturelle parisienne. Du Locle mit Saint-Saëns en contact avec Louis Gallet et, de cette première collaboration – ils allaient réitérer l’expérience à plusieurs reprises –, naquit La Princesse jaune. Créé le 12 juin 1872, cet opéra-comique aux subtiles sonorités japonisantes est composé d’une ouverture suivie de six numéros entrecoupés de dialogues. La scène se déroule en Hollande. Le jeune Kornelis (ténor) projette ses désirs d’amour et d’exotisme sur le portrait d’une femme japonaise, demeurant indifférent à l’amour réel que lui porte Léna (soprano), une jeune hollandaise. Confondant d’abord Léna et son fantasme, il retrouve finalement ses esprits et déclare son amour à la jeune fille. Bénéficiant chacun de deux airs solistes, les protagonistes se retrouvent dans les deux derniers numéros pour des passages en duo dont Saint-Saëns écrira vingt ans plus tard qu’ils sont « une des meilleures choses que j’aie faites au théâtre ». Il reconnaissait toutefois quelques années auparavant que « cet innocent petit ouvrage fut accueilli avec l’hostilité la plus féroce ». Le soir de la première fut également créée la Djamileh de Bizet.

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Actualités

Il y a cent ans : Camille Saint-Saëns

Publié le : 13 Décembre 2021

Le centenaire de la mort de Saint-Saëns (1835-1921) est l’occasion de réentendre ou de découvrir des œuvres majeures de la musique française ; en effet, Saint-Saëns n’est pas seulement l’auteur du Carnaval des animaux ou de la Symphonie avec orgue. L’église fut, dans sa carrière de compositeur et d’interprète, aussi importante que la salle de concert ou l’opéra.​

PORTRAIT DE CAMILLE SAINT-SAËNS PAR PAUL BERGER (DÉTAIL) – GALLICA © WIKIMEDIA COMMONS

Camille Saint-SaĂ«ns Ă©tait cĂ©lèbre au temps oĂą il vivait peut-ĂŞtre davantage comme pianiste et organiste que comme compositeur. Il fut, en effet, titulaire de l’orgue de Saint-Merry Ă  Paris en 1853, puis de la Madeleine en 1857. Voici un exemple de sa musique pour orgue avec ces pages intitulĂ©es Sept improvisations opus 150, publiĂ©es en 1917. On y perçoit la richesse de la palette musicale du compositeur, son imagination et son savoir-faire, sa culture.

Camille Saint-SaĂ«ns appartient Ă  cette gĂ©nĂ©ration de musiciens de la fin du XIXe siècle et du dĂ©but du XXe qui a cherchĂ© Ă  ouvrir de nouvelles voies Ă  la crĂ©ation musicale en s’appuyant sur une redĂ©couverte des Ĺ“uvres de siècles prĂ©cĂ©dents. Il avait acquis une connaissance très approfondie de Jean-SĂ©bastien Bach, par exemple, dont il aurait voulu s’inspirer dans sa musique d’église, en rĂ©action aux musiques mondaines Ă  la mode. C’est exactement ce que l’on peut percevoir dans son Psaume XVIII opus 42, créé en l’église de la Madeleine le 25 dĂ©cembre 1865.

En voici le texte et l’organisation musicale :

1 : Introduction et chĹ“ur

Caeli enarrant gloriam Dei, et opera manuum ejus annuntiat firmamentum.
Dies diéi eructat verbum, et nox nocti indicat scientiam.
Non sunt loquelae, neque sermones, quorum non audiantur voces eorum.

Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains.
Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance.
Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende.

L’œuvre s’ouvre sur un chĹ“ur brillamment introduit par l’orchestre sur un thème allègre et joyeux, comme il se doit un jour de NoĂ«l. Mais la science du compositeur se manifeste dès les mots opera manuum et Dies diei par une Ă©criture en manière de fugue, comme le faisait Haendel.

2 : Soprano solo et chĹ“ur

In omnem terram exivit sonus eorum : et in fines orbis terrae verba eorum.
Mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde.

Ce verset, chantĂ© d’abord par une soliste puis repris par le chĹ“ur, est accompagnĂ© par clarinettes et bassons : ce message divin se rĂ©pand modestement Ă  partir d’une voix et de quelques instruments.

3 : RĂ©cit

In sole posuit tabernaculum suum : et ispe tamquam sponsus procedens de thalamo suo.
Là se trouve la demeure du soleil : tel un époux, il paraît hors de sa tente.

La musique ici se retire, laissant au texte toute sa place : tout est dit dans un rĂ©citatif comme Bach aurait pu en Ă©crire.

4 : ChĹ“ur

Exultavit ut gigas ad currendam viam, a summo caelo egresso ejus :
Et occursus ejus usque ad summum ejus : nec est qui abscondat a calore ejus.

Il s’élance en conquérant joyeux. Il paraît où commence le ciel, il s’en va jusqu’où le ciel s’achève : rien n’échappe à son ardeur.

La musique traduit Ă  sa manière l’image du soleil qui traverse le ciel : chĹ“ur d’hommes Ă  l’unisson dont la voix est amplifiĂ©e par les cors, dessins ascendants des cordes, roulement de timbales. La musique ici se laisse aller au pittoresque.

5 : Duo de sopranos

Lex Domini immaculata, convertens animas : testmonium Domini fidele, sapientiam praestans parvulis.
La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie ; la charte du Seigneur est sûre, qui rend sages les simples.

Saint-SaĂ«ns fait dans ce numĂ©ro une concession au style d’opĂ©ra cher au public de son temps, y compris Ă  l’église. La prĂ©sence de la harpe exprime-t-elle la perfection simple de la loi du Seigneur ?

6 : Quatuor

Justitiae Domini rectae sunt, laetificantes corda : praeceptum Domini lucidum, illuminans oculos.
Timor Domini sanctus permanens in saeculum saeculi : justitia Domini vera, justificata in semetipsa.

Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard.
La crainte qu’il inspire est pure, elle est là pour toujours ; les décisions du Seigneur sont justes et vraiment équitables.

Deux couleurs caractĂ©risent ce numĂ©ro : la fermetĂ© des thèmes vigoureusement dessinĂ©s comme pour qualifier musicalement ce que sont les prĂ©ceptes divins. Mais la couleur gĂ©nĂ©rale assez sombre de cette page due Ă  l’instrumentation (clarinettes, cor, bassons, cordes graves) teinte cette loi du Seigneur d’une certaine gravitĂ©.

7 : Quintette

Desiderabilia super aurum et lapidem pretiosum multum : et dulciora super mei et favum.
Etenim servus tuus custodit ea, in custodiendis illis retributio multa.

Plus désirable que l’or, qu’une masse d’or fin, plus savoureuse que le miel qui coule des rayons.
Aussi ton serviteur en est illuminé : les garder il trouve son profit.

Musique d’une belle suavitĂ© bien dans l’esprit du temps avec les arpèges de harpe, contrastant avec le retour de l’écriture fuguĂ©e sur Desiderabilia.

8 : Sextuor

Delicta quis intelligit ? Ab occultis meis munda me : et ab aliénis parce servo tuo.
Si mei non fuerint dominati, tunc immaculatus ero : et emundabor a delicto maximo.
Et erunt ut complaceant eloquia oris mei : et meditation cordis mei in conspectu tuo semper.

Qui peut discerner ses erreurs ? Purifie-moi de celles qui m’échappent. Préserve aussi ton serviteur de l’orgueil ; qu’il n’ait sur moi aucune emprise. Alors je serai sans reproche, pur d’un grand péché.
Accueille les paroles de ma bouche, le murmure de mon cœur, qu’ils parviennent devant toi.

Autre concession Ă  la mode du temps : comme un morceau de bravoure, ce numĂ©ro rĂ©unit les six solistes. Il traduit cependant les sentiments suggĂ©rĂ©s par le psaume : syncopes pour exprimer les interrogations du psalmiste pĂ©cheur, mais confiance dans le bercement des cordes et le raffinement des harmonies.

9 : Mezzo-soprano

Domine adjutor meus et redemptor meus.
Seigneur, mon rocher et mon défenseur.

Une belle mĂ©lodie aux violoncelles reprise par la soliste concluait Ă  l’origine cette Ĺ“uvre sur un mouvement mĂ©ditatif, tout intĂ©rieur.

10 : ChĹ“ur

Reprise intĂ©grale du n° 1. Il n’était pas pensable de conclure une telle Ĺ“uvre sur un ton mĂ©ditatif. LĂ  encore, il s’agit d’une concession Ă  la mode du temps.

Saint-SaĂ«ns fut un acteur Ă©minent du grand mouvement de restauration de la musique Ă  l’église. Cela lui valut quelques incomprĂ©hensions d’un public qui ne cherchait dans la musique qu’une occasion de plaisir facile, alors qu’il aurait voulu retrouver la profondeur d’un Haendel ou d’un Bach. Il finit mĂŞme par quitter la Madeleine. Son psaume XVIII est un beau reflet des contradictions entre un crĂ©ateur exigeant et un public enfermĂ© dans ses habitudes confortables. Question de tous les temps : la musique n’est-elle qu’un passe-temps sonore agrĂ©able ou l’expression profonde de la nature humaine et de ses grandes interrogations ?

Emmanuel Bellanger

Source : https://www.narthex.fr/blogs/ils-ont-des-oreilles-quils-entendent/il-y-a-cent-ans-camille-saint-saens?fbclid=IwAR2MSaB7tNbCb8mAmPcEvjdyY67cONArEuYf3He5Of-uii1g2xt3bo8pXDE

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