Tourisme Poétique – Variante « Larronde à Paris » : du Paris de Mallarmé au Paris des poètes maudits du XXe siècle

  1. Présentation
  2. Parcours
    1. 1. Départ : Montmartre / Pigalle – Boulevard de Clichy
    2. 2. Quartier Saint-Germain-des-Prés / 6e arrondissement
    3. 3. 7e arrondissement – La fin tragique
    4. Prolongation vers la Seine-et-Marne (boucle complète)
      1. Milly-la-Forêt : Retraite de Cocteau
      2. Valvins / Samoreau : Maison de Mallarmé et cimetière
        1. Station Finale : Le Cimetière de Samoreau – Le Silence de la Filiation
  3. Échos des poètes maudits du XXe siècle
    1. Extension symbolique : Les Deux Magots et la place Saint-Germain-des-Prés – Point de ralliement des poètes maudits
      1. Station : Les Deux Magots – L’Ombre de la Lignée
    2. Poètes maudits d’aujourd’hui – 1946/1977
  4. Idées d’animation et d’augmentation
  5. Ressources et liens
  6. Voir aussi

Présentation

Olivier Larronde (1927-1965), poète fulgurant et discret, admirait Mallarmé « par-dessus tout ». À 16 ans, il monte à Paris pour rencontrer Cocteau ; Genet fait publier ses Barricades mystérieuses (1946). Sa vie bohème, alcoolisée et tragique s’achève dans le dénuement au 7e arrondissement. Il choisit d’être enterré à gauche de la tombe de Mallarmé au cimetière de Samoreau — un geste de filiation poétique absolue.

Souvent comparé à Rimbaud pour sa beauté précoce et son abandon fulgurant de l’écriture, Larronde est considéré par certains, tel Jean-Bertrand Pontalis, comme le « dernier rejeton de l’illustre lignée des poètes maudits ». Il incarne ainsi la transition du symbolisme raffiné de Mallarmé vers la modernité tragique du XXe siècle : génie incompris, marginalité absolue, autodestruction, reconnaissance posthume.

Cette variante prolonge le parcours mallarméen en superposant les lieux parisiens de Larronde, pour un itinéraire symbolique reliant les deux époques et poétiques.


Thème : « La grâce exposée à la solitude » (Cocteau sur Larronde).

Larronde n’est pas seulement un héritier de Mallarmé ; il est le témoin tragique d’un basculement. Si Mallarmé sacralisait l’Absence, Larronde, lui, a subi le Vide. Sa trajectoire de ‘poète maudit’ est le symptôme précurseur de cette misère poétique que nous analysons aujourd’hui : un monde où le génie pur, dépourvu de rentabilité, est condamné à la solitude par un manque d’amour systémique de la part de la cité.

Parcours

Ce parcours initial reste confidentiel et poétique, sans structure lourde — idéal pour contrer l’indifférence ambiante. Il est faisable en une demi-journée à Paris, avec une prolongation optionnelle vers la Seine-et-Marne pour boucler la filiation. Chacun est invité à le rejoindre et à le faire vivre.

Itinéraire proposé :

1. Départ : Montmartre / Pigalle – Boulevard de Clichy

Point de départ symbolique pour évoquer le Paris nocturne et bohème de l’après-guerre. Larronde arrive à Paris en 1943, à seulement 16 ans, pour rencontrer Jean Cocteau. Il croise rapidement Jean Genet, qui tombe sous le charme de ses poèmes et pousse à la publication des Barricades mystérieuses en 1946.

Évoquez les promenades nocturnes sur le boulevard de Clichy, mentionnées dans les Cahiers Cocteau : une rencontre fortuite avec Genet et Larronde. Ambiance des bars littéraires de Pigalle et Montmartre, où erraient les poètes marginaux, échos lointains des errances de figures maudites comme Gérald Neveu (alcoolisme, misère, oubli).

Lecture suggérée : Un extrait des Barricades mystérieuses ou le portrait que Cocteau fait de Larronde : « un diamant sur la vitre ».

Transition : Descendez vers le centre de Paris, en direction du quartier existentialiste de Saint-Germain-des-Prés.

2. Quartier Saint-Germain-des-Prés / 6e arrondissement

Cœur de la vie intellectuelle des années 1940-1950 : Genet, Michel Leiris, Raymond Queneau, et la scène existentialiste (Sartre, Beauvoir, mais aussi les poètes discrets). Larronde y fréquente les cercles littéraires, en tant qu’ami de Cocteau et Genet.

Arrêt symbolique près de la rue de Rome (à 10-15 minutes à pied), où se tenait le salon de Mallarmé au 89 rue de Rome. Cela boucle la filiation poétique entre les deux époques : du raffinement symboliste à la fulgurance maudite du XXe siècle, où des destins comme ceux d’Antonin Artaud (folie, internements, cri poétique) ou Jean-Pierre Duprey (suicide à 30 ans, vision intense) résonnent avec la trajectoire de Larronde.

Lecture croisée : Juxtaposez un sonnet de Mallarmé (par exemple, « Brise marine » ou un fragment d’Un coup de dés) à un poème de Larronde (extrait de Rien voilà l’ordre — anagramme de son nom — ou des Barricades mystérieuses). Réfléchissez à la continuité : du symbolisme raffiné à la fulgurance maudite.

3. 7e arrondissement – La fin tragique

Zone de la mort de Larronde, le 31 octobre 1965, dans le dénuement absolu (crise d’épilepsie aggravée par l’alcool et l’opium ; trouvé habillé dans son lit, en pleine solitude). Contraste poignant entre les quartiers bourgeois (ministères, Invalides) et la misère du poète — un destin qui le place parmi les « poètes maudits d’aujourd’hui » évoqués par Pierre Seghers : génie précoce, exclusion sociale, autodestruction.

Évocation de sa solitude, de son alcoolisme, de ses crises d’épilepsie, et de son retrait progressif de l’écriture. Pas d’adresse précise pour respecter la discrétion, mais un arrêt symbolique près d’un lieu calme du 7e arrondissement (par exemple, le long de la Seine ou dans un square) pour méditer sur la citation de Cocteau : « La grâce exposée à la solitude ».

Sa mort dans le dénuement au cœur du 7e arrondissement n’est pas qu’une statistique de la bohème. C’est l’illustration de la ‘Grâce exposée’ : une beauté si absolue qu’elle devient insupportable à une époque qui commence à privilégier l’avoir sur l’être. La solitude de Larronde dans ses derniers instants est la racine de notre projet : réparer, par la mémoire et l’IA, ce lien d’amour rompu entre le poète et le monde. »

Prolongation vers la Seine-et-Marne (boucle complète)

Milly-la-Forêt : Retraite de Cocteau


Visitez la maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt, ainsi que la chapelle de Saint-Blaise-des-Simples décorée par lui. Lien direct avec le mentor de Larronde, qui a joué un rôle clé dans sa reconnaissance.

Valvins / Samoreau : Maison de Mallarmé et cimetière

  • Maison de Mallarmé (musée départemental Stéphane-Mallarmé à Vulaines-sur-Seine) : Plongez dans l’univers du maître admiré par Larronde.
  • Cimetière de Samoreau : Tombe de Mallarmé, puis celle de Larronde à gauche (geste volontaire de filiation). À proximité, la tombe de Misia Sert, autre figure du Tout-Paris.

Ce pèlerinage prolonge directement notre parcours existant : Pèlerinage poétique sur les tombes de Mallarmé, Misia et Larronde (https://artetculturefontainebleau.fr/tourisme-poetique/pelerinage-poetique-sur-les-tombes-de-mallarme-misia-et-larronde/).

Tombe d’Olivier Larronde à gauche et de Stéphane Mallarmé, à droite. Bouquet de roses rouges et blanches sur un nuage de gypsophile déposé au nom de l’Association des Amis du Musée Shintaro Zuzuki, représenté par Madame Chikako Nagakura, et de lAmicale Artistique Franco Japonaise en Seine-et-Marne

Station Finale : Le Cimetière de Samoreau – Le Silence de la Filiation

Le texte de présentation :

« Nous voici au terme de l’errance. Après le tumulte du Boulevard de Clichy et l’agitation intellectuelle de Saint-Germain-des-Prés, le silence de la forêt de Fontainebleau reprend ses droits.

Regardez ces deux tombes. À droite, Stéphane Mallarmé, le Prince des Poètes, celui qui a voulu « donner un sens plus pur aux mots de la tribu ». À gauche, dans une simplicité absolue, Olivier Larronde.

Ce voisinage n’est pas le fruit du hasard, mais d’une volonté testamentaire. Larronde, que la vie a malmené, que l’alcool et l’opium ont brûlé, a choisi de venir mourir ici, dans l’ombre du Maître. C’est le geste d’un fils qui rentre à la maison. C’est l’acte d’amour ultime d’un poète « maudit » pour celui qui fut son étoile polaire.

Ici, la misère poétique s’arrête. Devant ces pierres, le manque d’amour du siècle n’a plus prise. En déposant quelques fleurs ou en murmurant un vers, nous accomplissons ce que la société de 1965 a échoué à faire : nous reconnaissons la grâce.

Larronde écrivait dans une anagramme célèbre : « Rien voilà l’ordre ». Ici, dans ce petit cimetière de Seine-et-Marne, l’ordre est rétabli. Le disciple et le maître dorment côte à côte, protégés par la lisière de la forêt, attendant que nous portions leur flamme jusqu’au centenaire de 2027 et au-delà. »


Suggestions d’animation « Augmentée » :

  • Le Geste : Invitez chaque participant à ramasser une feuille ou un caillou en forêt de Fontainebleau et à le déposer sur la tombe de Larronde, comme on répare un oubli.
  • Le Dialogue : Lire un fragment de L’Après-midi d’un Faune (Mallarmé) et y répondre par un quatrain des Barricades mystérieuses (Larronde).
  • La Capture : Prendre une photo des deux stèles ensemble pour alimenter la page du Centenaire, illustrant physiquement la « filiation absolue ».

Échos des poètes maudits du XXe siècle


Pour approfondir la méditation sur le prolongement du titre « du Paris de Mallarmé au Paris des poètes maudits du XXe siècle » : Larronde ferme une lignée ouverte par Verlaine et Baudelaire, et traversée au XXe par des figures tragiques comme Antonin Artaud (cri et folie), Jean-Pierre Duprey (suicide et fulgurance) ou Gérald Neveu (errance et oubli).

Lectures possibles lors de la promenade : extraits juxtaposés Larronde / Duprey, pour sentir la continuité de la « grâce exposée ».

Extension symbolique : Les Deux Magots et la place Saint-Germain-des-Prés – Point de ralliement des poètes maudits

Au cœur du 6e arrondissement, sur la place Saint-Germain-des-Prés, se dresse le café Les Deux Magots — un lieu vivant où les ombres des poètes maudits semblent encore s’attabler.

Ouvert en 1885 (après une boutique de nouveautés datant de 1812), ce café a vu défiler les figures fondatrices de la lignée maudite :

  • Paul Verlaine, qui y théorisa les « poètes maudits » dans son essai de 1884, entouré d’absinthe et de fumée de cigare.
  • Arthur Rimbaud, fulgurant et rebelle, y buvait l’ivresse des nuits bohèmes.
  • Stéphane Mallarmé, maître discret admiré par Larronde, y croisait ces ombres symbolistes.

Plus tard, le lieu devint le repaire des surréalistes (Apollinaire, Breton), des existentialistes (Sartre, Beauvoir), d’Hemingway, Camus, Picasso… et prolongea l’esprit maudit dans le XXe siècle : marginalité, créativité tourmentée, grâce exposée à la solitude.

Aujourd’hui, sur cette terrasse mythique ou sur la place ouverte devant, on peut imaginer un cercle invisible : Verlaine lisant son manifeste, Baudelaire murmurant son spleen, Artaud criant sa folie, Duprey ou Neveu errant dans l’ombre, et Larronde — dernier rejeton — s’asseyant enfin auprès de son maître Mallarmé. Même au XXIe siècle, des voix underground ou slam persistent ici, dans la continuité discrète de la malédiction poétique.

Pourquoi ce lieu comme point de ralliement ?
Il est vivant, accessible, central (à deux pas de la rue de Rome et de l’itinéraire Larronde), et chargé d’histoire sans être touristique au point d’étouffer la poésie. Un simple café, un espresso, une lecture murmurée — et les siècles se rejoignent.

Idée d’animation légère :
Lors d’une promenade ou pour l’événement 2027 (centenaire Larronde), arrêtez-vous à la terrasse (ou sur la place si le temps est doux). Lisez en alternance : un fragment de Les Poètes maudits de Verlaine, un sonnet de Mallarmé, un vers fulgurant de Larronde, et un écho contemporain. Laissez la place accueillir les ombres — sans cérémonie lourde, juste la grâce d’un instant partagé.

Lien avec le parcours : cet arrêt s’insère naturellement dans la section Quartier Saint-Germain-des-Prés (proche de la rue de Rome). Il boucle la filiation : du salon mallarméen à la bohème maudite, jusqu’à la modernité.

Station : Les Deux Magots – L’Ombre de la Lignée

Le texte de présentation :

« Ici, sous les plafonds chargés d’histoire de ce café, le temps ne s’écoule pas, il se superpose.

En 1884, Paul Verlaine s’attable ici-même pour théoriser la figure du « Poète Maudit ». Il donne un nom à cette race d’hommes dont la parole est trop haute pour leur siècle, et dont la vie n’est qu’un long naufrage dans la beauté. C’est ici que naît le mythe de celui qui préfère le gouffre à la tiédeur.

Soixante ans plus tard, un adolescent à la beauté d’ange déchu, Olivier Larronde, s’assoit dans ces mêmes parages. Il est le dernier fils de cette lignée. Si Verlaine a inventé le mot, Larronde va l’incarner jusqu’à l’épuisement. Admiré par Cocteau et Genet comme un « diamant pur », il vient ici chercher l’écho de Mallarmé tout en se consumant dans la bohème d’après-guerre.

S’arrêter aux Deux Magots aujourd’hui, ce n’est pas faire du tourisme, c’est se tenir au point de ralliement des solitudes. C’est comprendre que Larronde a fermé la marche de ce siècle maudit, là où la poésie a fini par être étouffée par le bruit du monde. En buvant un café ici, nous ne saluons pas seulement des fantômes : nous rendons hommage à la grâce exposée, celle qui refuse de se vendre et qui accepte d’être oubliée, jusqu’à ce qu’un passant, en 2027, ne rallume la flamme. »


Conseils pour l’augmentation (Fontainebleau Augmenté) :

  • L’action : Invitez les participants à poser un exemplaire des Barricades mystérieuses sur le coin d’une table en bois.
  • Le contraste : Faire remarquer le contraste entre le luxe actuel de la place Saint-Germain et le dénuement final de Larronde dans le 7e arrondissement voisin.
  • La lecture flash : Lire une phrase de Verlaine (sur Rimbaud ou Mallarmé) suivie d’une anagramme de Larronde (« Rien voilà l’ordre »).

Poètes maudits d’aujourd’hui – 1946/1977

Entre 1946 et 1970 , sept poètes se sont donné la mort , cinq se sont éteints de misère physiologique provoquée .

A une ou deux exceptions près , quel lecteur connaît l’oeuvre de ces poètes ?

Pierre Seghers présente ici le martyrologe de la poésie d’aujourd’hui . A travers la misère , la recherche de l’absolu , le sentiment de l’échec , le goût du néant , les drogues , les dérèglements , le suicide , il ouvre le dossier du silence que la société fait autour de ces poètes .

Chaque présentation est suivie d’un choix de poèmes représentatifs et d’une bibliographie complète à l’intention de ceux qui voudront aller plus loin .

Idées d’animation et d’augmentation

Via Fontainebleau Augmenté, nous ne cherchons pas à ‘numériser’ Larronde, mais à utiliser l’IA comme une prothèse de sensibilité : générer des résonances entre son œuvre et le silence actuel, pour que la technologie devienne, enfin, un vecteur d’amour et de reconnaissance pour les voix étouffées.

  • Lectures de poèmes : Alternez extraits de Mallarmé et Larronde (voix off enregistrée ou par les participants). Suggestions : Les Barricades mystérieuses ou Rien voilà l’ordre pour Larronde ; des fragments symbolistes pour Mallarmé.
  • Visuels et portraits : Intégrez des photos ou dessins (Cocteau dessinant Larronde, images des tombes côte à côte — disponibles sur Wikimedia). Extraits manuscrits pour une touche authentique.
  • Version augmentée via IA (Fontainebleau Augmenté) : Générez des textes croisés (poème « dialogué » entre Mallarmé et Larronde), des voix synthétiques lisant des poèmes, ou de la réalité augmentée (AR) sur les lieux (superposition de portraits ou de vers poétiques).
  • Événement léger pour 2027 ou 2028 : À l’occasion du centenaire de la naissance de Larronde (2027) ou des 130 ans de la mort de Mallarmé (2028), organisez une promenade informelle à Paris suivie d’une lecture au cimetière de Samoreau.

Ressources et liens

  • Parcours mallarméen d’origine : Tourisme Poétique sur les pas de Mallarmé à Paris.
  • Œuvres de Larronde : Disponibles chez Gallimard (collection Le Promeneur) — Œuvres poétiques complètes.
  • Pour plus d’informations : Consultez les biographies de Cocteau ou Genet pour des anecdotes sur Larronde ; anthologies comme Poètes maudits d’aujourd’hui de Pierre Seghers pour le contexte.

Ce tourisme poétique invite à une déambulation intime, reliant les ombres des poètes à travers les rues de Paris — du salon de la rue de Rome aux barricades mystérieuses de l’après-guerre. Si vous souhaitez organiser une visite guidée ou contribuer à un événement, contactez-nous!

Voir aussi