Jacqueline de Romilly

Jacqueline de Romilly en tenue d’acadĂ©micienne :
https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/jacqueline-de-romilly

Apprendre Ă  penser, Ă  rĂ©flĂ©chir, Ă  ĂȘtre prĂ©cis, Ă  peser les termes de son discours, Ă  Ă©changer les concepts, Ă  Ă©couter l’autre, c’est ĂȘtre capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialitĂ©. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour ĂȘtre entendue, pas assez Ă©laborĂ©e parce que la pensĂ©e est confuse et embrouillĂ©e, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. Et c’est ce qui menace d’engloutir notre idĂ©al occidental et humaniste.

Jacqueline de Romilly

  1. Jacqueline de Romilly contre les barbares
  2. Pourquoi la GrĂšce ?
    1. Jacqueline de Romilly, la GrĂšce antique en nous
  3. Le cheminement vers le catholicisme de Jacqueline de Romilly
    1. Syros, la capitale des Cylades
    2. Prix Jacqueline de Romilly Ă  Syros dans dans les Cyclades
    3. Les roses de la solitude
  4. Discours de ValĂ©ry Giscard d’Estaing Ă  l’occasion de l’inauguration de la place de Romilly Ă  AthĂšnes (2013)
  5. Apprendre le grec ancien
  6. Agenda
    1. FĂȘte du grec ancien Ă  Bois-le-Roi / ᜁ ΎρυΌός Ï„ÎżáżŠÂ ÎČασÎčλέως
  7. Liens externes
  8. Voir aussi

Jacqueline de Romilly contre les barbares

Immense hellĂ©niste, deuxiĂšme femme Ă  entrer Ă  l’AcadĂ©mie française, premiĂšre femme professeur au CollĂšge de France, Jacqueline de Romilly vient d’ĂȘtre Ă©levĂ©e Ă  la dignitĂ© de grand-croix de la LĂ©gion d’honneur (la cinquiĂšme Ă  recevoir cette distinction). Toujours aussi vive Ă  bientĂŽt 94 ans, elle lance un cri d’alarme : la pensĂ©e et la rĂ©flexion se meurent. Rencontre.

Propos recueillis par Liliane Delwasse
Le Point n° 1793, 25 janvier 2007

Le Point : Vous venez de recevoir cette distinction suprĂȘme, la plus prestigieuse dont on puisse rĂȘver. Etes-vous particuliĂšrement heureuse ou est-ce juste un honneur de plus, tant il est vrai que vous avez dĂ©jĂ  eu auparavant tous les honneurs imaginables. Vous avez mĂȘme Ă©tĂ© nommĂ©e citoyenne grecque d’honneur.

Jacqueline de Romilly : C’est incontestable : j’ai Ă©tĂ© gĂątĂ©e. J’ai eu la chance d’appartenir Ă  une gĂ©nĂ©ration oĂč les femmes accĂ©daient pour la premiĂšre fois au podium, oĂč les portes s’ouvraient enfin. J’ai Ă©tĂ© la premiĂšre femme Ă  entrer Ă  l’AcadĂ©mie des inscriptions et belles-lettres, la deuxiĂšme Ă  l’AcadĂ©mie française aprĂšs Marguerite Yourcenar, la premiĂšre au CollĂšge de France. Et je ne parle pas de l’Ecole normale supĂ©rieure. Savez-vous ce qui m’a procurĂ© la plus grande joie ? En 1930, j’avais 17 ans, les filles ont eu pour la premiĂšre fois le droit de se prĂ©senter au Concours gĂ©nĂ©ral et j’ai eu cette annĂ©e-lĂ  les prix de grec et de latin. Rien par la suite ne m’a jamais rendue aussi heureuse. C’était grisant. Ma mĂšre a soigneusement collĂ© dans un petit carnet les coupures de presse du monde entier qui relataient ce qui Ă©tait alors considĂ©rĂ© comme un exploit. Il y en avait dans toutes les langues. Un de ces articles est d’ailleurs signĂ© par un trĂšs jeune journaliste dĂ©butant, Pierre Lazareff. C’était son premier article. Il lui a portĂ© bonheur. Mais, pour rĂ©pondre Ă  votre question, c’est toujours agrĂ©able et flatteur pour son ego d’ĂȘtre reconnu pour son travail et fĂ©licitĂ©, mais c’est surtout un formidable encouragement pour continuer la lutte que je mĂšne et assumer jusqu’au bout de mes forces la tĂąche que je me suis fixĂ©e.

Vous ĂȘtes hellĂ©niste. On connaĂźt la bataille que vous menez depuis des dĂ©cennies pour que perdure l’enseignement des langues anciennes, et en particulier du grec, en voie de disparition. N’ĂȘtes-vous pas finalement optimiste pour l’avenir puisque votre combat est reconnu et honorĂ© ?

Je ne suis pas trĂšs optimiste, ni pour mes chĂšres langues anciennes, ni pour la française d’ailleurs, ni pour les humanitĂ©s en gĂ©nĂ©ral et, pis, guĂšre plus pour l’avenir de notre civilisation. S’il n’y a pas un sursaut, nous allons vers une catastrophe et nous entrons dans une Ăšre de barbarie. Il y a un dĂ©sintĂ©rĂȘt et mĂȘme un dĂ©dain pour la Raison et les LumiĂšres.

Je ne suis pas historienne et les faits m’intĂ©ressent moins que les textes. Ce qui me passionne dans les textes grecs, c’est la rencontre avec la naissance de la pensĂ©e raisonnĂ©e, rationnelle, de la rĂ©flexion, c’est l’irruption de la lumiĂšre qui est apparue pour la premiĂšre fois dans un monde encore confus et obscur. Toute la morale politique et la philosophie hellĂšnes visent Ă  la clartĂ© et Ă  l’universel. Et elles ont rĂ©ussi, rien n’a vieilli, leurs prĂ©occupations sont d’une telle actualitĂ© !

Apprendre Ă  penser, Ă  rĂ©flĂ©chir, Ă  ĂȘtre prĂ©cis, Ă  peser les termes de son discours, Ă  Ă©changer les concepts, Ă  Ă©couter l’autre, c’est ĂȘtre capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialitĂ©. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour ĂȘtre entendue, pas assez Ă©laborĂ©e parce que la pensĂ©e est confuse et embrouillĂ©e, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. Et c’est ce qui menace d’engloutir notre idĂ©al occidental et humaniste.

Il existe d’autres formes de pensĂ©e que littĂ©raire, sans pour autant tomber dans la barbarie.

Sans doute, mais plus simplistes, qui assĂšnent des vĂ©ritĂ©s toutes faites, pauvres et sans nuances. Et qui risquent donc de dĂ©boucher sur une pensĂ©e appauvrie, squelettique. La pensĂ©e demande des correctifs, des nuances, de la subtilitĂ©, pas des dogmes tout faits issus des fast-foods de la rĂ©flexion. Ma chaire au CollĂšge de France s’intitulait «La GrĂšce et la formation de la pensĂ©e morale et politique». C’est cette construction que j’admire, qui a jetĂ© les fondements de notre organisation et de notre pensĂ©e occidentale et que je ne peux accepter de voir rejetĂ©e et oubliĂ©e alors qu’elle n’a jamais Ă©tĂ© aussi nĂ©cessaire. Je connais des cas d’établissements scolaires oĂč l’on ferme l’option grec faute de crĂ©dits, soi-disant, ou pour des raisons fallacieuses d’emploi du temps alors qu’il y a quinze ou vingt Ă©lĂšves inscrits. On craint sans doute que les Ă©lĂšves ne se forment un jugement trop acĂ©rĂ©, qu’ils ne deviennent trop intelligents, qu’ils ne remettent en question la sociĂ©tĂ© telle qu’elle est


J’ai créé une association, Sauvegarde des enseignements littĂ©raires, et tout rĂ©cemment une autre qui est le prolongement de la premiĂšre, Élan nouveau des citoyens. Elles visent Ă  rĂ©veiller les valeurs de la dĂ©mocratie et Ă  les remettre au coeur du dĂ©bat citoyen. Le titre d’un de mes derniers ouvrages est explicite : ActualitĂ© de la dĂ©mocratie athĂ©nienne.

Vous craignez une guerre des civilisations ?

Ne simplifions pas, lĂ  encore. Je refuse de rĂ©sumer, de schĂ©matiser les enjeux en termes politiciens qui seraient plein d’allusions anachroniques. Le danger de la dĂ©mocratie, le seul, le vrai danger, c’est la dĂ©magogie. Ne tombons pas dedans. Dans mon Alcibiade ou les dangers de l’ambition, j’analyse cet Ă©cueil. Rien n’a changĂ© depuis le temps d’Alcibiade. Les mutations sont marginales, anecdotiques. Sauf que l’inculture a gagnĂ© du terrain. Je vais vous confier Ă  ce propos la question que m’a posĂ©e une fois une Ă©lĂšve d’hypokhĂągne : «Madame, les langues mortes Ă©taient-elles dĂ©jĂ  mortes quand vous Ă©tiez jeune ?» Pas mal, non ?

L’ñge ne vous a pas atteinte. Vous avez une forme, une fraĂźcheur, un dynamisme Ă©tonnants. Et toujours le mĂȘme humour, la mĂȘme aptitude au bonheur de vivre. Quel est votre secret de jouvence ?

La passion, pardi ! La passion de ce que je fais, de mon travail, de mes recherches, et puis l’amour, l’amour pour mon cher Thucydide. Quant Ă  parler de fraĂźcheur, vous ĂȘtes trĂšs gentille, mais j’aurai 94 ans dans quelques semaines. Et je me sens plutĂŽt dĂ©fraĂźchie. La vieillesse est un terrible combat que l’on est sĂ»r de perdre et que l’on s’obstine Ă  mener. Tout se dĂ©grade, se dĂ©fait, pouah, affreux ! On peut avoir acquis des qualitĂ©s de sagesse, de hauteur de vues, de courage moral, de stoĂŻcisme (il faut bien se consoler avec des aspects positifs), mais on perd la vue, l’ouĂŻe, la marche. Il n’y a pas de quoi se rĂ©jouir. Je reconnais cependant que j’ai toujours gardĂ© mon humour et la capacitĂ© de rire des situations cocasses.

Je vais vous conter une anecdote pourtant cruelle Ă  laquelle j’ai repensĂ© rĂ©cemment et qui me fait rire comme au premier jour. Pendant la guerre, j’ai bĂ©nĂ©ficiĂ© si l’on peut dire du statut des juifs mis en place par le rĂ©gime de Vichy, mon pĂšre Ă©tant juif. Entre autres gracieusetĂ©s, les juifs n’avaient plus droit Ă  avoir un tĂ©lĂ©phone. SitĂŽt la LibĂ©ration, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© par les autoritĂ©s que les juifs Ă  qui on avait coupĂ© le tĂ©lĂ©phone seraient prioritaires pour rĂ©cupĂ©rer leur ligne. Il faut dire qu’à l’époque il n’était pas facile de faire installer une ligne tĂ©lĂ©phonique, cela prenait des mois. Me voilĂ  donc allant Ă  la poste pour demander Ă  rĂ©cupĂ©rer ma ligne d’avant guerre. La prĂ©posĂ©e me reçoit et, plutĂŽt sĂšche, me remballe : «Y a de l’attente.» Je lui explique que nous sommes prioritaires parce que juifs. Elle rĂ©torque : «Vous ĂȘtes juifs ? Facile Ă  dire, n’importe qui peut se vanter. Prouvez-le !» Entendre ça en 1945, c’est gĂ©nial, non ? Avec ma mĂšre, nous en avons ri aux larmes. Soixante ans aprĂšs, ça me fait encore rire. J’ai partagĂ© toute ma vie beaucoup de fous rires avec ma mĂšre. Nous Ă©tions totalement fusionnelles. Je pense que l’amour de ma mĂšre, sa tendresse, sa gaietĂ© m’ont donnĂ© une grande force.

En savoir plus : https://www.info-grece.com/forums/l-enseignement-du-grec-n-est-pas-un-luxehommage-a-jacqueline-de-romilly

Pourquoi la GrĂšce ?

Pourquoi les textes de la GrĂšce antique, d’HomĂšre Ă  Platon, continuent-ils d’influencer la culture europĂ©enne ? Quelle qualitĂ© unique cet hĂ©ritage si divers recĂšle-t-il, qui justifie une prĂ©sence aussi vivace au cours des siĂšcles ? À ces questions, la grande hellĂ©niste donne ici sa rĂ©ponse. De façon constante et obstinĂ©e, Ă  travers la tragĂ©die ou la science politique, la mythologie ou l’histoire, l’esprit grec cherche l’universel, ce qui concerne tout homme, en tous temps et en tous lieux. Chaque Ă©tude de ce recueil aborde un exemple prĂ©cis, constituant ainsi une passionnante leçon, qui nous convie Ă  dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir cette culture d’un oeil neuf.

Dans un livre Ă  son image, pĂ©tillant, chaleureux, extraordinairement intelligent, Jacqueline de Romilly fait revivre Achille et Hector, Antigone et PromĂ©thĂ©e, Ă  travers les meilleurs passages de textes, offerts Ă  notre Ă©merveillement. Françoise Monier, L’Express.

Jacqueline de Romilly, la GrĂšce antique en nous

La profondeur historique et philosophique de son regard sur le monde contemporain tient Ă  son hellĂ©nisme le plus Ă©rudit. Philologue et professeure de grec ancien, elle fut Ă©lue Ă  lÊčAcadĂ©mie française en 1988 et fut par ailleurs naturalisĂ©e grecque par le pays quÊčelle avait si bien Ă©tudiĂ©. Jacqueline de Romilly a incarnĂ© sur presque cent ans dÊčexistence lÊčexigence du savoir contre les tĂ©nĂšbres de lÊčignorance et de la violence humaines. A ce titre, elle nous concerne toujours. En 2006 pour « Les Temps qui courent » sur Espace 2, elle rĂ©pondait aux questions de Philippe Ungar en rapprochant les connaissances de la dĂ©mocratie athĂ©nienne du Ve siĂšcle avant notre Ăšre aux troubles du monde contemporain.
Par Christian Ciocca

Audio de 29mn https://www.rts.ch/audio-podcast/2017/audio/jacqueline-de-romilly-la-grece-antique-en-nous-25462554.html?fbclid=IwAR0DAytkaVz4JZ4Tfrs5MM9l_ZOretKxW5HmpA1C-_2DfNsqx00uRHX3dXs

Le cheminement vers le catholicisme de Jacqueline de Romilly

Ne cherchons pas ailleurs ce qui a motivĂ© le combat de cette grande dame en faveur d’un enseignement littĂ©raire de qualitĂ© : « Le progrĂšs scientifique a facilitĂ© la vie matĂ©rielle, mais les valeurs ont changĂ© et les gens manquent de repĂšres

L’important est de faire connaĂźtre les expĂ©riences passĂ©es, non pas comme des modĂšles Ă  imiter mais comme des rĂ©fĂ©rences pour comprendre le prĂ©sent. Il faut Ă  tout prix sauver la formation littĂ©raire, qui non seulement apporte aux jeunes des Ă©lĂ©ments de comparaison leur permettant de juger, mais leur donne aussi une force intĂ©rieure », affirmait-elle ( Les Échos, 1996).

Cette force dont elle-mĂȘme donna l’exemple jusqu’au bout, malgrĂ© la fatigue, la quasi-cĂ©citĂ© : «Avoir traversĂ© le siĂšcle, c’est fatigant. Aujourd’hui j’arrive au terme. Je ne redoute pas la mort, disait-elle au journaliste de la Croix Laurent Larcher, qui l’interrogeait l’Ă©tĂ© dernier, mais l’effondrement intellectuel, le « gĂątisme », la dĂ©pendance. »

Elle lui confiait surtout son cheminement vers le catholicisme et avoir Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e par le P. Mansour Labaky, prĂȘtre maronite libanais, Ă  la premiĂšre communion et Ă  la confirmation : « A 95 ans, il Ă©tait temps ! », concluait-elle avec humour.

Source : https://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Jacqueline-de-Romilly-une-vie-au-service-des-belles-lettres-_NG_-2010-12-19-560573

Syros, la capitale des Cylades

Prix Jacqueline de Romilly Ă  Syros dans dans les Cyclades

Prix Jacqueline de Romilly proposé par mes soins en 2013, et repris depuis, semble-t-il, par la mairie de Syros à part entiÚre.

L’enjeu dĂ©fini Ă  l’Ă©poque Ă©tait celui-ci :

Faire vivre l’idĂ©al humaniste de Jacqueline de Romilly au sein d’un engagement contribuant Ă  :

– Donner au plus grand nombre l’accĂšs Ă  la connaissance de la culture grecque antique, cela afin de permettre Ă  chacun d’y trouver des clefs de comprĂ©hension du monde et de construction de sa personnalitĂ© et de favoriser un art de vivre ensemble basĂ© sur le sens du dialogue et de la coopĂ©ration entre les citoyens.

– Contribuer au rayonnement international de l’hellĂ©nisme, compris comme un outil majeur de construction du dialogue interculturel, de la fraternitĂ© et de la paix ainsi que du dĂ©veloppement socioĂ©conomique.

NB il est Ă  noter que ce prix a eu lieu dans un contexte plus large, celui de l’organisation d’une fĂȘte du paradis sur l’Ăźle de Syros en 2013. Un article pourra suivre pour dĂ©crire le concept et le programme de cette fĂȘte.

Michaël Vinson

Les roses de la solitude

Exposition 2011 : https://cybele.gr/el/

Discours de ValĂ©ry Giscard d’Estaing Ă  l’occasion de l’inauguration de la place de Romilly Ă  AthĂšnes (2013)

« Ce que nous aimons en elle, c’est cet effort incroyable pour faire triompher la lumiĂšre sur les ombres »

Le lundi 16 septembre, M. ValĂ©ry Giscard d’Estaing, ancien PrĂ©sident de la RĂ©publique française et membre de l’AcadĂ©mie française, a prononcĂ© un discours Ă  l’occasion de la cĂ©rĂ©monie d’inauguration de la place Jaqueline de Romilly Ă  AthĂšnes.

Monsieur le Maire,
Madame la présidente du centre culturel hellénique à Paris,
Monsieur le prĂ©sident de l’AcadĂ©mie d’AthĂšnes,
Monsieur le prĂ©sident de l’Institut français,
Monsieur le secrétaire perpétuel,
Messieurs les membres de l’AcadĂ©mie d’AthĂšnes,
Monsieur l’ambassadeur,
Mesdames et Messieurs,

Jacqueline de Romilly aimait la GrĂšce !

Elle n’est plus là pour le dire, c’est pourquoi nous parlons à sa place.

Bien qu’elle habitĂąt Paris et Aix-en-Provence, bien qu’elle vienne siĂ©ger tous les Jeudis Ă  l’AcadĂ©mie Française, nous savions que son esprit et son cƓur Ă©taient constamment tournĂ©s vers la GrĂšce, et particuliĂšrement vers AthĂšnes.

C’est pourquoi je remercie la municipalitĂ© d’AthĂšnes de son beau geste d’avoir donnĂ© son nom Ă  une Place, et de l’avoir choisie de telle sorte que Jacqueline de Romilly n’ait que quelques pas Ă  faire pour rejoindre la GrĂšce classique, la GrĂšce du VĂš SiĂšcle, qu’elle aimait particuliĂšrement.

Ce n’était pas un amour statique, mais un amour Ă©volutif, car elle savait que la GrĂšce avait connu, au cours de cette pĂ©riode, fourmillant de fortes personnalitĂ©s, une Ă©volution qui a marquĂ© l’humanitĂ© toute entiĂšre.

Jacqueline de Romilly Ă©tait professeur de langue grecque. Elle regrettait comme moi-mĂȘme la pĂ©riode, encore rĂ©cente, oĂč la plupart des lycĂ©ens français apprenaient la langue de DĂ©mosthĂšne et de Platon.

Nous retrouvons la pensĂ©e de Jacqueline de Romilly dans deux de ses livres, oĂč elle nous montre l’extraordinaire Ă©volution de l’homme au cours du VĂš SiĂšcle AthĂ©nien.

Le premier porte sur l’histoire de la tragĂ©die grecque. Pendant la courte pĂ©riode de 80 ans oĂč celles-ci ont Ă©tĂ© composĂ©es, de 472 Ă  404, Jacqueline de Romilly nous montre l’extraordinaire Ă©volution de la posture de l’homme face aux Dieux.

Dans la tragĂ©die des « Perses Â», les Dieux sont maĂźtres du monde, et le destin des hommes dĂ©pend de leurs dĂ©cisions.

Puis avec Sophocle, l’éthique humaine entre dans le dĂ©bat. Les Dieux gardent le pouvoir de conclure, mais au prĂ©alable les hommes s’affrontent sur les solutions.

Et Euripide achĂšve l’évolution, en attirant l’attention sur la complexitĂ© des comportements humains, et sur leurs tragiques contradictions.

Ainsi voit-on grandir, en 80 ans, l’autonomie de l’homme, Ă©loignĂ© des Dieux, et les terribles responsabilitĂ©s qu’il doit assumer.

L’autre livre, un de ses derniers, s’intitule « l’élan dĂ©mocratique dans l’AthĂšnes ancienne Â».

Jacqueline de Romilly insiste sur le fait que le concept de dĂ©mocratie n’est pas nĂ© en premier, mais qu’il procĂšde d’une demande prĂ©alable, celle du droit Ă  la parole, l’isĂšgoria.

Avant l’égalitĂ© dans le pouvoir, les AthĂ©niens ont demandĂ© l’égalitĂ© dans l’accĂšs Ă  la parole. Ce n’était pas pour prĂ©senter des revendications particuliĂšres, mais pour rechercher la meilleure voie Ă  suivre pour sauver la patrie.

C’est ce qu’exprime la superbe dĂ©claration qu’Euripide fait prononcer par ThĂ©sĂ©e dans la piĂšce des Suppliantes, sur l’Agora oĂč nous nous trouvons :

Quant Ă  la libertĂ©, elle est dans ces paroles « Qui veut, qui peut donner un avis sage Ă  sa patrie ? Â».

C’est le message que nous fait entendre Jacqueline de Romilly du Parnasse oĂč elle se trouve dĂ©sormais, Ă  un moment tourmentĂ© de l’histoire du peuple hellĂšne, dont les amis de la GrĂšce, dont je suis, commencent Ă  apercevoir la fin.

Elle nous recommande :

« Que s’expriment ceux qui veulent, ceux qui peuvent, donner un avis sage Ă  leur patrie Â».

Je vous remercie.

ValĂ©ry Giscard d’Estaing


- TĂ©lĂ©charger le discours de M. ValĂ©ry Giscard d’Estaing (fr, pdf, 67ko) https://gr.ambafrance.org/Discours-de-Valery-Giscard-d-Estaing-a-l-occasion-de-l-inauguration-de-la-place

Place Jacqueline Romilly Ă  AthĂšnes

Apprendre le grec ancien

Agenda

FĂȘte du grec ancien Ă  Bois-le-Roi / ᜁ ΎρυΌός Ï„ÎżáżŠ ÎČασÎčλέως

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Voir aussi

Publié par Michaël VINSON

Poëte et Créateur Culturel Pays de Fontainebleau & Carladez : Art, Culture et Territoires Pour une Poëtique de la Vie

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