
LâAmour est descendu par amour dans ce monde sous forme de beautĂ©.
Platon
Dans Le Banquet de Platon, celui-ci fait dire Ă Socrate que lâamour nâest pas la beautĂ©, puisquâil est essentiellement amour de la beautĂ©. Mais sâil en ressent tellement la privation, câest quâil est, par nature, fait pour elle, quâil en participe, en quelque maniĂšre, car on nâaime pas ce qui est totalement Ă©tranger Ă soi, on aime ce qui fait partie de soi, dont on est actuellement privĂ© ou sĂ©parĂ©. « Ăros ne rechercherait pas le bien, sâil nâavait aucune part au bien ».
Si Amour est amour de la beautĂ©, il ne pourra alors ĂȘtre un dieu tel que lâont cĂ©lĂ©brĂ© PhĂšdre, Pausanias, Euryximaque, Aristophane et Agathon : « Comment pourrait-il ĂȘtre dieu, lâĂȘtre qui, en vĂ©ritĂ©, nâa point part aux choses belles et bonnes, car, en ce qui concerne Amour, tu as accordĂ© que câest le manque des choses belles et bonnes qui lui fait dĂ©sirer ces choses mĂȘmes desquelles il manque » dĂ©clare Diotime Ă Socrate (202 d.). Cette Diotime dont Simone Weil pense quâil sâagit dâune prĂȘtresse de la religion dâEleusis (IPC, p.63), va rĂ©vĂ©ler Ă Socrate les choses de lâamour. Câest elle qui va lui enseigner la vraie nature de lâamour, lui dĂ©voilant quâil nâest pas un dieu, mais un grand âdĂ©mon », câest-Ă -dire un ĂȘtre intermĂ©diaire entre les humains mortels et les dieux immortels.
Pour expliquer son origine, Diotime a recours Ă un mythe. Il est remarquable que, pour dĂ©voiler la vĂ©ritable nature de lâAmour, Platon ait recours au mythe, indiquant ainsi que cette tĂąche dĂ©passe les seules possibilitĂ©s humaines. Ne pourrait-on cependant penser, et cela Simone Weil ne lâa pas dit expressĂ©ment, mais câest dans le prolongement exact de sa pensĂ©e, que le mythe est une des formes que prenaient les Ă©crits inspirĂ©s antĂ©rieurs Ă la RĂ©vĂ©lation chrĂ©tienne ? Ne dira-t-elle pas, dâailleurs, que le fondement de la mythologie est que lâunivers est une mĂ©taphore des vĂ©ritĂ©s divines ? (CS, p.145).
« LâidĂ©e de Platon », Ă©crit Simone Weil, « câest que la beautĂ© agit doublement, dâabord par un choc qui provoque le souvenir de lâautre monde, puis comme source dâĂ©nergie directement utilisable pour le progrĂšs spirituel » (SG, p.110). La beautĂ© suscite en nous de lâĂ©nergie, elle Ă©veille le dĂ©sir, Ă©tant la seule de toutes les IdĂ©es qui soit accessible Ă nos sens. Comme le fait remarquer Marie-Madeleine Davy, cette notion dâĂ©nergie revient souvent chez Simone Weil, et elle est fondamentale, puisque Simone Weil elle-mĂȘme estime quâelle est au centre de tout (E., p. 80). Il faut remarquer quâelle entend par lĂ un concept extrĂȘmement vaste qui, par exemple, se distingue tout Ă fait de la virtus des Anciens qui conservait une signification seulement morale et dĂ©signait la force dâĂąme, le courage ; chez Simone Weil, ce mot a un sens beaucoup plus Ă©tendu. Elle remarque que les StoĂŻciens avaient une conception du monde fondĂ©e sur lâĂ©nergie, le pneuma, et quâil sâagit de lâĂ©nergie au sens oĂč nous employons le mot dans la science physique, ou psychologique, dont lâimage, dans leur pensĂ©e, Ă©tait le feu.
Dans le vocabulaire des Anciens, note-t-elle aussi, pneuma est encore lâĂ©nergie vitale des vivants, et donc la mĂȘme chose quâanima (C. II, p. 340). Lâignorance des diverses espĂšces dâĂ©nergie est source dâerreur et dâinexactitude en science ; elle est, en lâhomme, la source du mal. Il y a deux sortes dâĂ©nergie en nous, en effet : lâĂ©nergie proprement vitale, lâĂ©nergie vĂ©gĂ©tative, et lâĂ©nergie supplĂ©mentaire, la puissance de notre vouloir, en quelque façon, qui est un dĂ©pĂŽt de Dieu en notre Ăąme. Cette Ă©nergie supplĂ©mentaire peut se fortifier en sâattachant Ă de faux biens, câest-Ă -dire Ă tout ce qui nâest pas Dieu et elle peut se transsubstantier, se subtiliser par le dĂ©tachement : « LâĂ©nergie qui est comparable Ă un potentiel de forces, sâaccumule, provoque une tension de lâĂȘtre et â telle une catapulte â le projette sur un nouveau plan de conscience ».
Câest en regardant la beautĂ© que nous dĂ©couvrons quel est lâobjet de notre amour. Ce dĂ©sir Ă©veillĂ© par elle peut ĂȘtre condition dâun progrĂšs spirituel, parce quâelle consent Ă nâĂȘtre pas satisfait, parce que la beautĂ© est elle-mĂȘme la seule finalitĂ© et que, cette finalitĂ©, comme lâa vu Kant, est une finalitĂ© sans fin, alors que tout le reste de ce que nous considĂ©rons ici-bas comme des biens, nâest fait que de moyens, tels que le pouvoir, lâargent, etc. Simone Weil a exprimĂ© cela en termes admirables : « Une chose belle ne contient aucun bien, sinon elle-mĂȘme dans sa totalitĂ©, telle quâelle nous apparaĂźt. Elle nous offre sa propre existence. Nous ne dĂ©sirons pas autre chose, nous possĂ©dons cela, et pourtant nous dĂ©sirons encore. Nous ignorons tout Ă fait quoi, nous voudrions aller derriĂšre la beautĂ©, mais elle nâest quâune surface. Elle est comme un sphinx, une Ă©nigme, un mystĂšre douloureusement irritant. Nous voudrions nous en nourrir, mais elle nâest quâun objet de regard, elle nâapparaĂźt quâĂ une certaine distance. » (A.D., p. 168).
Câest parce quâelle Ă©lĂšve en nous une Ă©nergie qui ne sâĂ©puise pas, un dĂ©sir qui ne peut ĂȘtre rassasiĂ© que la beautĂ© est prĂ©cieuse infiniment ; elle sert pour une « requalification de lâĂ©nergie » (C., II, p. 273), elle nous conduit ainsi au bord de lâĂ©ternitĂ©. « Dans Le Banquet », Ă©crit Simone Weil, « on trouve aussi un tableau des Ă©tapes de lâĂąme vers le salut. Il sâagit lĂ du salut par la beautĂ© » (IPC., p.85).
Lâamour est lâĂ©lan de lâĂąme vers le beau
Lâamour est lâĂ©lan de lâĂąme vers le beau, mais, prĂ©cise Diotime, « lâobjet de lâamour, ce nâest pas comme tu lâimagines Socrate, le Beau (âŠ) câest la procrĂ©ation et lâenfantement dans la beautĂ©. Sâil est vrai que lâobjet de lâamour est la possession perpĂ©tuelle de ce qui est bon, ainsi donc, lâobjet de lâamour, câest aussi forcĂ©ment lâimmortalitĂ© » (Banquet, 206 e-207 a).
Câest ainsi que, dans lâamour pour ce qui est beau, le dĂ©sir qui naĂźt en chaque homme est le dĂ©sir de lâimmortalitĂ©. Lâhomme se met en quĂȘte du bel objet, dans laquelle il pourra procrĂ©er. Mais sâil y a fĂ©conditĂ© selon le corps, il y a aussi fĂ©conditĂ© selon lâĂąme, et ceux qui sont fĂ©conds selon lâĂąme engendrent des enfants spirituels, câest-Ă -dire des vertus, des connaissances, des Ćuvres de lâesprit, qui leur confĂšrent une gloire immortelle. Le dĂ©sir profond de lâamour est de sâassurer lâimmortalitĂ©, câest un Ă©lan vers lâĂ©ternitĂ© et qui peut rĂ©ellement conduire lâhomme Ă sâunir dĂšs ici-bas, avec les RĂ©alitĂ©s Ă©ternelles.
Simone Weil dĂ©veloppe longuement pourquoi la beautĂ© est lâinstrument de choix pour amener Ă la perfection spirituelle. Elle contient en effet, en elle-mĂȘme, des conditions excellentes pour conduire lâamour Ă son suprĂȘme degrĂ©. DĂ©jĂ au niveau le plus ordinaire, elle implique, pour ĂȘtre regardĂ©e, une certaine distance, une sorte de recul, de renoncement. LâĂąme apprend dâelle Ă sâarrĂȘter, Ă contempler, et la beautĂ©, en nous maintenant dans le prĂ©sent, nous dĂ©tache du passĂ© et de lâavenir. « Il y a un seul cas oĂč la nature humaine supporte que le dĂ©sir de lâĂąme porte non pas vers ce qui pourrait ĂȘtre ou ce qui sera, mais vers ce qui existe. Ce cas, câest la beautĂ©. Tout ce qui est beau est objet de dĂ©sir, mais on ne dĂ©sire pas que cela soit autre, on ne dĂ©sire rien y changer, on dĂ©sire cela mĂȘme qui est » (C.O., p. 265). Et Simone Weil fera remarquer, au tome III des ses Cahiers, que câest lĂ une des conditions de lâĂ©tat dâenfance qui est requis dans lâĂvangile pour possĂ©der lâimmortalitĂ©.
DĂ©jĂ Platon, avait fait de lâamour pour la beautĂ© le moyen privilĂ©giĂ© qui nous amĂšne Ă la contemplation derniĂšre et, dans Le Banquet, il nous dĂ©crit les degrĂ©s Ă gravir. Câest alors lâinitiation aux mystĂšres dâamour rĂ©vĂ©lĂ©s par Diotime. La rĂ©vĂ©lation et la possession Ă©ternelle du Bon ne peuvent ĂȘtre donnĂ©es quâĂ celui qui franchit successivement les Ă©tapes requises, qui sâĂ©lĂšve peu Ă peu « de la considĂ©ration de la beautĂ© physique chez un ĂȘtre Ă la considĂ©ration de la beautĂ© physique partout oĂč elle se trouve. De lĂ , Ă la beautĂ© des Ăąmes ; de lĂ , Ă la beautĂ© dans les lois et les institutions ; de lĂ , Ă la beautĂ© dans les sciences ; de lĂ , on parvient Ă lâaccomplissement de lâamour, Ă la contemplation de la beautĂ© elle-mĂȘme » (I.P.C., p. 86)
Le philosophe est celui qui peut voir Ă la fois le Beau et les choses belles sans les confondre (RĂ©p., 476, c.d.e.). Le Beau en soi est lâIdĂ©e totalement dĂ©sincarnĂ©e, qui ne garde plus rien de sensible, attribut de la DivinitĂ© elle-mĂȘme. La contemplation de la beautĂ© implique par elle-mĂȘme un dĂ©tachement, car la beautĂ© demande Ă ĂȘtre regardĂ©e seulement, et ce dĂ©sir sensible quâelle Ă©veille ne peut que nous mener ailleurs : « La grande douleur de la vie humaine, câest que regarder et manger sont deux opĂ©rations diffĂ©rentes » (A. D. p.169). Les crimes, les vices, sont presque toujours des tentatives pour manger ce quâil faut seulement regarder.
La beautĂ© peut ĂȘtre le chemin qui mĂšne Ă la perfection : Ă travers elle, on peut parvenir Ă Dieu lui-mĂȘme, au Bien absolu.
Câest parce que la beautĂ© a cet immense privilĂšge de donner, Ă tout ce qui est pour lâhomme objet de recherche, une apparence de finalitĂ© sans laquelle il nây aurait « ni dĂ©sir, ni par consĂ©quent Ă©nergie dans la poursuite » (A.D., p. 170), et câest parce que cette finalitĂ© ne mĂšne Ă rien, car « la beautĂ© seule nâest pas un moyen pour autre chose, elle ne nous donne jamais autre chose quâelle-mĂȘme » (Ibid., p. 170), quâelle peut ĂȘtre le chemin qui mĂšne Ă la perfection : Ă travers elle, on peut parvenir Ă Dieu lui-mĂȘme, au Bien absolu. Non seulement en effet, nous parvenons Ă la contemplation du Beau en lui-mĂȘme, mais cette derniĂšre est indispensable pour parvenir Ă Dieu lui-mĂȘme : « Car le Beau, câest le contact du Bien avec la facultĂ© sensible » (Ibid., p.169). On ne peut aller au Bien, sans passer par elle : « On ne peut concevoir le Bien sans passer par le Beau » (C.S., p.44), et Simone Weil semble commenter cette idĂ©e quand elle explique : « Il nây a rien au-delĂ du Beau. Le Bien seul est plus que le Beau, mais il nâest pas au-delĂ , il est au bout du Beau comme le point qui termine un segment de droite. »
Dâautre part, on parvient Ă la contemplation du Beau suprĂȘme en dĂ©couvrant peu Ă peu ce qui fait la beautĂ©, ce ne sont pas les attraits charnels, mais lâharmonie, et en cherchant avec amour cette harmonie en toutes choses. Ce passage du Banquet nous indique ce qui suit la gĂ©omĂ©trie et lâastronomie dans la voie indiquĂ©e par La RĂ©publique. Câest la considĂ©ration de la beautĂ© des sciences, et, de cette beautĂ©, on passe au Bien. Le Beau est donc un aspect du Bien suprĂȘme. « Câest la splendeur du Bien » (PhĂšdre, 250 a-c).
Dans la thĂ©orie platonicienne de lâamour (Alcan, 1908), LĂ©on Robin a prĂ©sentĂ© les rapports des deux IdĂ©es du Beau et du Bien, dâune maniĂšre qui annonce celle de Simone Weil, en insistant sur leur Ă©troite liaison et leur intime parentĂ©. Au contraire, Victor Brochard mettait lâaccent sue leur indĂ©pendance rĂ©ciproque, Ă©levant « lâIdĂ©e du Bien fort- au-dessus de lâIdĂ©e du Beau, comme le principe ineffable de toute connaissance comme de toute rĂ©alitĂ© »
Si le Bien suprĂȘme est Dieu, le Beau est, en quelque sorte, lâimage de Dieu visible. Simone Weil dit que « la BeautĂ© elle-mĂȘme, câest le Fils de Dieu. Car il est lâImage du PĂšre et le Beau est lâimage du Bien » (I.P.C., p. 37). Cette union du Beau et du Bien est analogue au mystĂšre de la TrinitĂ©. Simone Weil pense, en effet, que Platon pensait dĂ©jĂ la TrinitĂ©, dans sa relation PĂšre, Fils, Esprit, comme Ă©tant un seul Dieu en trois personnes. Elle trouve, dans le TimĂ©e, une Ă©laboration de ce mystĂšre dont les personnes sont appelĂ©es lâOuvrier, le ModĂšle de la CrĂ©ation et lâĂme du Monde : « Il faut dâabord, Ă mon avis, faire cette distinction. Quâest-ce que lâĂȘtre rĂ©ellement rĂ©el sans gĂ©nĂ©ration, et quâest-ce que le devenir perpĂ©tuel, qui nâa jamais la rĂ©alitĂ© ? Lâun est saisi par la pensĂ©e Ă lâaide du rapport (Logos), rĂ©alitĂ© Ă©ternellement conforme Ă elle-mĂȘme ; lâautre, opinĂ© par lâopinion Ă lâaide de la sensation sans rapport, devenant et pĂ©rissant, sans jamais avoir lâĂȘtre rĂ©el. De plus, tout ce qui se produit a nĂ©cessairement un auteur, car il est tout Ă fait impossible que, sans auteur, il y ait production. Ainsi lorsque lâOuvrier, le regard toujours tournĂ© vers ce qui est conforme Ă soi-mĂȘme, et se servant de cela comme modĂšle, en reproduit lâessence et la vertu, par nĂ©cessitĂ© quelque chose de parfaitement beau est accompli. Si câest vers le devenir, usant dâun modĂšle qui devient, le rĂ©sultat nâest pas beau » (TimĂ©e, 27 d-28 b). Le ModĂšle, ici, est la source de lâinspiration transcendante et, par suite, lâOuvrier correspond bien au PĂšre, lâĂme du Monde au Fils, et le ModĂšle Ă lâEsprit. ModĂšle ultra-transcendant, non reprĂ©sentable, comme lâEsprit (Cf. S.G., p. 121).
Dans le TimĂ©e Ă©crit encore Simone Weil, « lâĂme du Monde est le Fils unique de Dieu ; Platon dit monogenĂšs comme saint Jean. Le monde visible est son corps » (I.P.C., p. 25). Et, de mĂȘme que le Christ est Dieu et Fils de Dieu, Ă la fois Tout et partie, un et multiple, de mĂȘme « le Beau ne rĂ©side pas en autre chose. Il nâest pas un attribut. Câest un sujet. Câest Dieu » (Ibid., p. 87). Et le sentiment religieux des Grecs pour les astres, quâils divinisaient pour leur harmonie parfaite, nâĂ©tait pas le pĂ©chĂ© de polythĂ©isme, mais, bien au contraire, Ă©tait inspirĂ© par leur certitude de lâunicitĂ© du Bien.
Simone Weil, sâattachant Ă lire attentivement dans La RĂ©publique le mythe de la Caverne si lourd de symboles, y dĂ©chiffre tout Ă coup une signification Ă©tonnante et lumineuse, qui vient confirmer son intuition : « Dans le mythe de la caverne, le dernier objet de contemplation, immĂ©diatement avant le soleil est la lune. La lune est le reflet, lâimage du soleil. Le soleil Ă©tant le bien, il est naturel de supposer que la lune est le beau. En disant que celui qui a atteint le beau est Ă peu prĂšs arrivĂ©, Platon suggĂšre que le beau suprĂȘme est Fils de Dieu » (Ibid., p. 88). La lune est le symbole du Fils, comme le soleil est celui du PĂšre : « Le soleil Ă©tant le Bien, la vue est la facultĂ© dâaimer dans lâĂąme, et la lumiĂšre ne peut ĂȘtre que lâAmour (âŠ). Les objets Ă©clairĂ©s sont la beautĂ©. Le dernier est la lune, qui est la beautĂ© pure en Dieu, le Verbe » (C. S., p. 204).
Le monde créé est le corps du Verbe, lui seul est visible Ă nos yeux. Simone Weil Ă©carte aussitĂŽt lâobjection du panthĂ©isme, car « Dieu nâest pas dans le monde visible de mĂȘme que notre Ăąme nâest pas dans notre corps » (I.P.C., p. 25). Platon a explicitement indiquĂ© que lâĂme du monde Ă©tait infiniment plus vaste que la matiĂšre, engendrĂ© de toute Ă©ternitĂ© et lui commandant comme Ă un serviteur. Si lâĂme du monde est le Fils, le ModĂšle est lâEsprit, et dans le TimĂ©e, il y a bien le symbole implicite de la TrinitĂ©.
La beautĂ© du monde est la beautĂ© mĂȘme de Dieu accessible Ă notre regard : « GrĂące Ă la sagesse de Dieu qui a mis sur ce monde la marque du bien sous forme de beautĂ©, on peut aimer le Bien Ă travers les choses dâici-bas » (C.S.,p. 89). Dans le PhĂšdre, Platon nous indique que la beautĂ© qui est de lâautre cĂŽtĂ© du ciel est visible Ă nos yeux de chair, ici-bas. Simone Weil estime quâil y a comme une espĂšce dâincarnation de Dieu dans le monde, et que celle-ci nous est rĂ©vĂ©lĂ©e par le TimĂ©e.
La BeautĂ© est vraiment la valeur universelle, reconnue par tous les hommes, « mĂȘme par les plus vils ». Tous les actes, toutes les pensĂ©es de lâhomme sont des expressions de cet Ă©lan vers le Beau. Aucune beautĂ© particuliĂšre ne peut le satisfaire et ce quâil aime en chaque chose belle, câest la participation Ă la BeautĂ© totale, inexprimable.
Câest ainsi que lâĆuvre dâart vraiment belle est celle qui vient dâune inspiration transcendante. Lâartiste vĂ©ritable est celui qui ne se propose absolument aucune fin particuliĂšre, son esprit est seulement dirigĂ© vers lâinexprimable, et câest de lĂ quâil reçoit inspiration : « Rembrandt pense Tobie et lâange, et sa main bouge⊠» ; « Si un artiste essaie dâimiter soit une chose sensible, soit un phĂ©nomĂšne psychologique, un sentiment, etc., il fait Ćuvre mĂ©diocre. Dans la crĂ©ation dâune Ćuvre dâart de tout premier ordre, lâattention de lâartiste est orientĂ©e vers le silence et le vide ; de ce silence et de ce vide descend une inspiration qui se dĂ©veloppe en paroles ou en formes » (S.G., pp. 120-121).
Dans le roman dâErnst Wiechert, Missa sine nomine (trad. Calmann-LĂ©vy), cette transcendance de lâinspiration est admirablement exprimĂ©e en ce qui concerne la poĂ©sie : « Quand vous venaient les vers que vous notiez et qui semblaient toujours tomber de la cime des grands arbres, qui les avaient reçus des Ă©toiles, on ne les modelait pas comme lâargile quâon ramasse. Peut-ĂȘtre les modelait-on, mais le miracle nâĂ©tait pas ce modĂšle, câĂ©tait lâinspiration et on ne savait pas qui nous en faisait don » (p. 347).
Câest lĂ seulement quâest la vĂ©ritable beautĂ©, celle qui est Ă©ternelle. Simone Weil imagine un prisonnier dans son cachot, enfermĂ© lĂ pendant des annĂ©es, et condamnĂ© Ă regarder le mĂȘme tableau. Seules, les Ćuvres qui pourraient supporter dâĂȘtre regardĂ©es ainsi indĂ©finiment, sont dâauthentiques chefs dâĆuvre. Quel que soit leur sujet, elles mĂšnent lâĂąme Ă la contemplation du Beau universel. Sinon, elles forment Ă©cran et sont, au contraire, un voile. « Lâart le plus beau est aussi le plus pur, câest celui qui surpasse et abolit tous les prestiges ; il rend visible la VĂ©ritĂ© invisible », dit Louis Lavelle dans Lâerreur de Narcisse (Grasset, 1939, p. 238).
Car la seule beautĂ© qui soit digne dâamour, câest la beautĂ© mĂȘme de Dieu, que nous pouvons saisir ici bas sous la forme de la beautĂ© du monde. Mais, pour dĂ©couvrir la pure beautĂ© qui est Dieu mĂȘme, il faut sâĂȘtre beaucoup avancĂ© en perfection : « Rien ici-bas nâest parfaitement pur, sinon la beautĂ© totale de lâunivers » (A .D.,. p. 186) ; « Les accomplissements mĂȘmes les plus Ă©levĂ©s de la recherche de la beautĂ©, par exemple dans lâart ou la science, ne sont pas rĂ©ellement beaux . La seule beautĂ© rĂ©elle, la seule beautĂ© qui soit prĂ©sence rĂ©elle de Dieu, câest la beautĂ© de lâunivers. Rien de ce qui est plus petit que lâunivers nâest beau » (Ibid., p.177). Les choses belles ne sont que des marches pour monter plus haut.
Mais comment saisir ce que peut ĂȘtre la BeautĂ© inexprimable, dont on a seulement lâidĂ©e, en dehors de toute incarnation dans une Ćuvre belle ? On peut se le reprĂ©senter peut-ĂȘtre par analogie en mĂ©ditant sur ces Ćuvres qui sans doute nous auraient paru admirables et que de trĂšs grands artistes ont dĂ©truites, en proie Ă lâintolĂ©rable souffrance de ne rĂ©ussir Ă exprimer dans sa vĂ©ritĂ© le modĂšle quâils portaient en eux, inaccessible et sans forme, et cependant infiniment vivant ; incapables quâils Ă©taient de communiquer, de traduire fidĂšlement ce que, peut-ĂȘtre, ils recevaient dâune rĂ©gion ignorĂ©e. Comme lâĂ©crivait LĂ©on Robin, « la rĂ©alitĂ© que lâAmour, par essence, aspire Ă possĂ©der Ă©ternellement, le Beau, se rĂ©pand en des termes, qui sont des expressions graduellement affaiblies, et chaque expression reprĂ©sente un des moments par lesquels nous devrons au contraire passer si, partant dâen bas, nous voulons retourner vers la RĂ©alitĂ© absolue, câest-Ă -dire le Beau .»
SâĂ©tablit ainsi un jeu de miroirs entre les Ćuvres et la BeautĂ© pure, dĂ©sincarnĂ©e : nous accĂ©dons Ă celle-ci par les Ćuvres et nous connaissons la beautĂ© des Ćuvres par lâIdĂ©e de Beau qui est en nous. Ainsi « toutes les beautĂ©s secondaires sont dâun prix infini comme ouvertures sur la BeautĂ© universelle » (I.P.C., p. 37). VoilĂ pourquoi elles sont tellement prĂ©cieuses. Simone Weil sera impitoyable pour tout ce qui a causĂ© la destruction dâĆuvres belles, pour les peuples qui ont anĂ©anti des civilisations excellentes, pour Rome qui a dĂ©truit Carthage. Mais la tentation peut ĂȘtre grande de sâarrĂȘter Ă ces beautĂ©s secondaires, de les considĂ©rer seulement en elles-mĂȘmes, câest alors quâelles deviennent corruptrices, elles ne laissent pas transparaĂźtre, elles absorbent.
En effet, si la contemplation du Beau est un sacrement, une communion rĂ©elle avec la prĂ©sence divine, on peut nĂ©anmoins parvenir Ă comprendre la perversion de certains esthĂštes comme NĂ©ron, si on pense quâil existe aussi un art dĂ©moniaque, une beautĂ© du diable, ou bien une perversion de lâamour du Beau : ce sont les parties infĂ©rieures de notre Ăąme qui se mettent Ă aimer lâart comme elles se mĂȘlent parfois dâaimer Dieu.
Simone Weil dit, que câest la mĂȘme facultĂ© de notre Ăąme qui a contact avec le beau et avec Dieu, et cette facultĂ© est lâAmour surnaturel. Au contraire, on peut penser que, dans un amour perverti du Beau, ce nâest pas cet Amour surnaturel qui est alors Ă©veillĂ©, mais seulement la sensibilitĂ©, lâaffectivitĂ© infĂ©rieure, lâamour-propre.
« Lâunivers a Ă©tĂ© créé par amour et sa beautĂ© est le reflet et le signe irrĂ©futable de cet Amour divin » (I.P.C., p. 37). Dans « tout ce qui est beau, il y a prĂ©sence rĂ©elle de Dieu ».
Platon dit, dans le PhĂšdre, quâici bas, nous pouvons voir la BeautĂ© elle-mĂȘme, cette beautĂ© marque de lâAmour de Dieu rendu visible Ă nos sens, sensible Ă notre chair : câest celle du monde. « Lâunivers a Ă©tĂ© créé par amour et sa beautĂ© est le reflet et le signe irrĂ©futable de cet Amour divin » (I.P.C., p. 37). Dans « tout ce qui est beau, il y a prĂ©sence rĂ©elle de Dieu ». La BeautĂ© est Dieu lui-mĂȘme, incarnĂ©, devenu visible, image de lâAmour divin, qui sâest fait chair dans le Christ : « Dieu a créé lâunivers et son fils, notre frĂšre premier-nĂ©, en a créé la BeautĂ© pour nous. La beautĂ© du monde, câest le sourire de tendresse du Christ pour nous Ă travers la matiĂšre » (A.D., p. 167). Câest le piĂšge que Dieu nous tend pour sâemparer de notre Ăąme, « lâouvrir au souffle dâen haut » (Ibid., p. 166). Câest la grĂące divine qui fait tomber les chaĂźnes du prisonnier de la Caverne.
« La BeautĂ©, ce nâest pas autre chose que Dieu qui vient chercher lâhomme »
« La BeautĂ© nâest pas un attribut de la matiĂšre en elle-mĂȘme, câest un rapport du monde Ă notre sensibilitĂ© » (Ibid., p. 167). Câest ainsi que la BeautĂ© est la preuve de lâamour de Dieu et quâil nâen est point dâautre. Par le Beau, Dieu descend chercher lâhomme : « La BeautĂ©, ce nâest pas autre chose que Dieu qui vient chercher lâhomme » (S.G., p. 129), car lâhomme ne peut aller directement Ă Dieu.
Mais lâassimilation de la BeautĂ© Ă la GrĂące se prĂ©cise bien davantage encore, si lâon pense que lâhomme peut refuser de se laisser prendre Ă la BeautĂ©, comme il peut refuser que la GrĂące divine sâĂ©panouisse en lui. Seulement « ceux qui nâont pas Ă©prouvĂ© ce sentiment du Beau, et qui sont sans doute trĂšs rares, ne peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă Dieu par aucune voie » (I.P.C., p. 23). Lâhomme est fait de matiĂšre charnelle, et le « Bien doit sĂ©duire la chair pour pouvoir se montrer Ă lâĂąme. La BeautĂ© est cette sĂ©duction » (C., II, p.343). Par la BeautĂ©, la joie pĂ©nĂštre lâĂąme, â la joie qui est « le sentiment du rĂ©el » â et le Beau est « la prĂ©sence manifeste du rĂ©el » (Ibid., p. 329).
Cependant, en maint endroit, Simone Weil a exprimĂ© que, seul, le malheur pourra donner Ă lâhomme la pleine rĂ©vĂ©lation de la BeautĂ©. Le malheur dĂ©pouille lâĂąme de tout artifice, de tout mensonge, il est le dur contact avec la nĂ©cessitĂ© froide, il met lâĂąme Ă nu, Ă vif ; il ne donne aucunement de la joie, mais bien plutĂŽt lâamĂšre souffrance. Mais, seule, la nuditĂ© de lâĂąme peut permettre Ă Dieu de donner la rĂ©vĂ©lation suprĂȘme, totale, de la BeautĂ©, comme lâont reçue Job, saint François dâAssise âŠ
Il y a donc une beautĂ© qui sĂ©duit lâĂąme et la mĂšne Ă Dieu. Par elle, Dieu sâempare de note Ăąme Ă jamais. Mais il lâabandonne ensuite Ă elle âmĂȘme, et câest ce que les mystiques nomment lâĂ©preuve de la nuit obscure. Il faut passer par elle pour avoir la pleine rĂ©vĂ©lation de ce quâest le Beau en soi, câest-Ă -dire Dieu La BeautĂ© mĂšne Ă la contemplation, elle fait que lâĂąme se dĂ©tache de tout ce qui la retient, elle lâempĂȘche dâapprocher de ce qui lâattire, elle la fait sâarrĂȘter.
La matiĂšre est parfaitement belle, comme la mer, parce que, comme elle, elle est entiĂšre obĂ©issance au flux et au reflux de lâAmour.
Dans le malheur, la contrainte subie montre Ă lâĂąme une autre dimension de la BeautĂ© du monde, elle lui rĂ©vĂšle la beautĂ© de lâordre du monde et que lâessence du Beau est la proportion, lâharmonie, la mesure ; « la beautĂ© est fille du nombre » et « la nĂ©cessitĂ© est seulement une des faces du Beau, lâautre face, Ă©tant le Bien » (C., II, p. 162). Il faut dĂ©couvrir que le nĂ©cessaire est aussi une partie du Beau. La matiĂšre est parfaitement belle, comme la mer, parce que, comme elle, elle est entiĂšre obĂ©issance au flux et au reflux de lâAmour.
Câest parce que les Grecs avaient compris cette relation du Beau et de la proportion, que leurs statues sont dâune insurpassable beautĂ©. Le Beau en soi nâest saisi que « par lâĆil de lâĂąme ». Simone Weil pense que cet organe appropriĂ© par lequel lâĂąme peut apprĂ©hender les IdĂ©es vraies, les RĂ©alitĂ©s Ă©ternelles que Platon nâa dĂ©finies nulle part, câest proprement lâamour surnaturel.
La dialectique de lâamour suit la dialectique de lâobjet aimĂ© : lâamour, Ă©veillĂ© par les seules beautĂ©s sensibles, est encore amour charnel ; le Beau en soi ne peut ĂȘtre contemplĂ© que par lâamour surnaturel capable de saisir, dâaimer lâinvisible. Câest parce que la nature du malheur nâempĂȘche pas de saisir la beautĂ© que lâĂąme comprend que la nĂ©cessitĂ© elle-mĂȘme doit ĂȘtre aimĂ©e.
Ainsi le hĂ©ros du roman dâ Ernst Wiechert retourne en son village, aprĂšs avoir passĂ© quatre annĂ©es atroces dans un camp de la mort, « mais il leva ses yeux fatiguĂ©s vers le firmament tout scintillant dâĂ©toiles. Il sentit la grandeur, la puretĂ© et lâindicible Ă©trangetĂ© de cet espace. Lâespace nâavait pris garde ni part Ă ce qui sâĂ©tait passĂ© ». « Le Beau est lâimage de cette persuasion par laquelle lâintelligence domine la nĂ©cessitĂ© » (C., II, p. 165), ainsi que nous lâapprend Platon dans le TimĂ©e.
La force brute de la matiĂšre est obĂ©issance, et ce qui est insupportable Ă notre chair et mĂȘme incomprĂ©hensible Ă lâentendement naturel, lâamour surnaturel le peut comprendre. Lâordre du monde, qui est nĂ©cessitĂ©, peut ĂȘtre aimĂ©, car le nĂ©cessaire et le beau sont indissolublement liĂ©s.
Câest cela mĂȘme quâexprimait AndrĂ© Rousseaux disant de certaines pages de Simone Weil quâelles ont « la beautĂ© active dâun texte musical de Bach ». « Je veux dire », ajoutait-il, que « cette prose, de mĂȘme que la musique de Bach, ne fait pas des dĂ©veloppements : elle avance dâun point Ă un autre et chaque point nouveau qui est amenĂ© nous semble Ă la fois donnĂ© comme une nĂ©cessitĂ© et offert comme une merveille »
Certes, lâamour surnaturel nâexplique pas le mal, il ne console pas du malheur, mais il dĂ©couvre que la nĂ©cessitĂ© peut ĂȘtre aussi objet dâamour, parce quâelle est la marque de lâAmour que Dieu nous porte. En crĂ©ant, Dieu sâest liĂ© lui-mĂȘme, il a abdiquĂ© par amour une parcelle de sa divinitĂ© ; lui-mĂȘme « ne peut faire que ce qui a Ă©tĂ©, nâa pas Ă©tĂ© ». Il sâest soumis au temps.
Lâobjet de lâAmour est la BeautĂ©, câest elle qui Ă©veille lâAmour en nous.
Ainsi lâobjet de lâAmour est la BeautĂ©, câest elle qui Ă©veille lâAmour en nous ; lâAmour et la BeautĂ©, suivant une dialectique parallĂšle qui les Ă©lĂšve des objets sensibles aux pures IdĂ©es, mĂšnent lâĂąme progressivement Ă la contemplation du Beau en soi. Ce Beau est la splendeur du Bien, son image, rendue visible Ă notre Ăąme sous la forme de la BeautĂ© du monde, laquelle nâest pas autre chose que lâincarnation mĂȘme de Dieu, le corps du Verbe. Et lâĂme du monde sâidentifie avec le Christ lui-mĂȘme, « image visible du Dieu invisible » (Paul, ĂpĂźtre aux Colossiens). « LâAmour et la BeautĂ© ; enfants du ciel et de la terre » (C., II, p. 273), et qui nous font passer de cette terre au ciel.
« Partout oĂč il y a amour, il y a beautĂ© sensible »
La BeautĂ© apparaĂźt donc comme le langage mĂȘme de Dieu, lâexpression sensible de son Amour pour nous : elle se confond avec le Christ lui-mĂȘme et est comme une Ă©manation de son ĂȘtre. Par suite, « on a raison dâaimer la beautĂ© du monde, puisquâelle est la marque dâu Ă©change dâamour entre le CrĂ©ateur et sa crĂ©ation » (C.S., p. 44). Sans la beautĂ©, nous ne pourrions pas aimer : « Partout oĂč il y a amour, il y a beautĂ© sensible » (S.G., p. 110) mais le Beau, en nous conduisant jusquâĂ Dieu, nous fait passer par lâamour de lâordre du monde, de la nĂ©cessitĂ© comme par la purification derniĂšre oĂč il ne subsiste rien de charnel, ni de sensible, câest alors quâĂ notre vue surnaturelle se dĂ©couvre la BeautĂ© suprĂȘme, la rĂ©vĂ©lation mĂȘme de Dieu.
« Lâamour de cette beautĂ© procĂšde de Dieu descendu dans notre Ăąme et va vers Dieu prĂ©sent dans lâunivers » (A.D., p.167). Dieu se sert de notre inclination naturelle Ă aimer le beau, pour sâemparer de notre Ăąme, lâenvahir tout Ă fait et ne plus laisser aucun vide en elle. Il lui faudra passer par lâĂ©preuve de la souffrance, du malheur, et demeurer fidĂšle, dĂ©couvrir le visage de Dieu non seulement dans la beautĂ© du ciel, lorsque le soleil couchant embrase dâĂ©norme nuages et quand lâĂąme, ravie par cette contemplation et tirĂ©e hors dâelle-mĂȘme, se sent appelĂ©e vers ces rĂ©gions cĂ©lestes oĂč elle attend de vivre, mais lorsque pĂšse la dure nĂ©cessitĂ©, y reconnaĂźtre lâexpression actuelle de lâAmour mĂȘme de Dieu, lire, dans la nature indiffĂ©rente ou hostile, la pure obĂ©issance au CrĂ©ateur.
Simone Weil a ainsi longuement et patiemment dĂ©couvert avec toute lâĂąme que « câest une mĂȘme et seule chose qui, relativement Ă Dieu, est sagesse Ă©ternelle ; relativement Ă lâunivers, parfaite obĂ©issance ; relativement Ă notre amour, beautĂ© ; relativement Ă notre intelligence, Ă©quilibre de relations nĂ©cessaires ; relativement Ă notre chair, force brutale » (LâEnracinement, p. 249).
Monique Broc â Lapeyre
Maßtre de conférences honoraire de philosophie
Université Pierre MendÚs France Grenoble
monique.broc@wanadoo.fr https://cheminstraverse-philo.fr/philosophes/simone-weil-et-platon-amour-et-beaute-2/#:~:text=Platon%20dit%2C%20dans%20le%20Ph%C3%A8dre,37).