Poésie Animalière

« L’Albatros » illustré par Emile Bernard © D.R. https://www.en-attendant-nadeau.fr/2021/09/11/archives-manuscrits-9-albatros/
« Placard du Bourg de Rozas », issu de L’Atelier de Baudelaire : Les Fleurs du Mal © Bibliothèque municipale de Rouen

Comme la peinture animalière, La Poésie Animalière existe bel et bien et constitue un genre littéraire extrêmement riche à travers les siècles. Elle ne se contente pas de décrire les animaux, mais les utilise souvent pour refléter la condition humaine, critiquer la société ou célébrer la beauté du monde naturel.

Voici les principales formes que prend cette poésie :

1. La poésie didactique et morale (La Fable)

C’est sans doute la forme la plus célèbre. L’animal y est une allégorie des comportements humains.

  • Ésope (Antiquité) et Jean de La Fontaine (XVIIe siècle) en sont les maîtres.
  • Le Lion, le Loup, le Renard ou la Fourmi deviennent des archétypes : le pouvoir, la cruauté, la ruse ou le travail.

2. La poésie contemplative et descriptive

Ici, l’animal est observé pour sa beauté propre, sa sauvagerie ou sa grâce, sans forcément chercher à en tirer une leçon.

  • Les Parnassiens (XIXe siècle), comme Leconte de Lisle dans ses Poèmes barbares, excellent dans la description précise et sculpturale de la faune exotique (panthères, éléphants, condors).
  • Théodore de Banville a également dédié des vers à la faune avec une grande virtuosité technique.

3. Le symbolisme et le spleen

Les poètes utilisent l’animal pour exprimer leur propre état d’âme ou leur vision du poète dans la société.

  • Charles Baudelaire : L’albatros est l’image du poète exilé au sol, maladroit parmi les hommes. Le chat, quant à lui, représente le mystère et la sensualité.
  • Guillaume Apollinaire : Son recueil Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée associe chaque animal à une image poétique courte et frappante.

4. La poésie moderne et ludique

Au XXe siècle, le rapport à l’animal devient plus libre, parfois surréaliste ou destiné à la jeunesse (tout en restant profond).

  • Robert Desnos : Ses Chantefables sont des classiques où l’humour et le jeu de mots redonnent vie à des animaux ordinaires ou imaginaires.
  • Francis Ponge : Dans Le Parti pris des choses, il s’attache à décrire « l’être » d’animaux comme l’escargot ou la crevette avec une précision quasi phénoménologique.

Quelques exemples célèbres :

PoèteAnimal emblématiqueŒuvre / Recueil
Charles BaudelaireL’Albatros / Le ChatLes Fleurs du Mal
Victor HugoL’araignée / Le crapaudLes Contemplations
Arthur RimbaudLes pouxLes Chercheuses de poux
Rainer Maria RilkeLa panthèreNouveaux Poèmes
Paul EluardLe poissonRépétitions
Guillaume ApollinaireLe dromadaire / La carpeLe Bestiaire ou Cortège d’Orphée
Jean de La FontaineLe loup / L’agneauFables
Jules RenardLe paon / Le papillonHistoires naturelles
Francis PongeL’huître / L’escargotLe Parti pris des choses
Robert DesnosLa fourmi (de 18 mètres)Chantefables
Leconte de LisleLe condor / Le jaguarPoèmes barbares
Jacques PrévertL’oiseauParoles (Pour faire le portrait d’un oiseau)

La poésie animalière est donc un miroir : on y cherche l’animal, mais on y trouve souvent l’homme, ses rêves et ses peurs.

Voir aussi

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