

Comme la peinture animalière, La Poésie Animalière existe bel et bien et constitue un genre littéraire extrêmement riche à travers les siècles. Elle ne se contente pas de décrire les animaux, mais les utilise souvent pour refléter la condition humaine, critiquer la société ou célébrer la beauté du monde naturel.
Voici les principales formes que prend cette poésie :
1. La poésie didactique et morale (La Fable)
C’est sans doute la forme la plus célèbre. L’animal y est une allégorie des comportements humains.
- Ésope (Antiquité) et Jean de La Fontaine (XVIIe siècle) en sont les maîtres.
- Le Lion, le Loup, le Renard ou la Fourmi deviennent des archétypes : le pouvoir, la cruauté, la ruse ou le travail.
2. La poésie contemplative et descriptive
Ici, l’animal est observé pour sa beauté propre, sa sauvagerie ou sa grâce, sans forcément chercher à en tirer une leçon.
- Les Parnassiens (XIXe siècle), comme Leconte de Lisle dans ses Poèmes barbares, excellent dans la description précise et sculpturale de la faune exotique (panthères, éléphants, condors).
- Théodore de Banville a également dédié des vers à la faune avec une grande virtuosité technique.
3. Le symbolisme et le spleen
Les poètes utilisent l’animal pour exprimer leur propre état d’âme ou leur vision du poète dans la société.
- Charles Baudelaire : L’albatros est l’image du poète exilé au sol, maladroit parmi les hommes. Le chat, quant à lui, représente le mystère et la sensualité.
- Guillaume Apollinaire : Son recueil Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée associe chaque animal à une image poétique courte et frappante.
4. La poésie moderne et ludique
Au XXe siècle, le rapport à l’animal devient plus libre, parfois surréaliste ou destiné à la jeunesse (tout en restant profond).
- Robert Desnos : Ses Chantefables sont des classiques où l’humour et le jeu de mots redonnent vie à des animaux ordinaires ou imaginaires.
- Francis Ponge : Dans Le Parti pris des choses, il s’attache à décrire « l’être » d’animaux comme l’escargot ou la crevette avec une précision quasi phénoménologique.
Quelques exemples célèbres :
| Poète | Animal emblématique | Œuvre / Recueil |
| Charles Baudelaire | L’Albatros / Le Chat | Les Fleurs du Mal |
| Victor Hugo | L’araignée / Le crapaud | Les Contemplations |
| Arthur Rimbaud | Les poux | Les Chercheuses de poux |
| Rainer Maria Rilke | La panthère | Nouveaux Poèmes |
| Paul Eluard | Le poisson | Répétitions |
| Guillaume Apollinaire | Le dromadaire / La carpe | Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée |
| Jean de La Fontaine | Le loup / L’agneau | Fables |
| Jules Renard | Le paon / Le papillon | Histoires naturelles |
| Francis Ponge | L’huître / L’escargot | Le Parti pris des choses |
| Robert Desnos | La fourmi (de 18 mètres) | Chantefables |
| Leconte de Lisle | Le condor / Le jaguar | Poèmes barbares |
| Jacques Prévert | L’oiseau | Paroles (Pour faire le portrait d’un oiseau) |
La poésie animalière est donc un miroir : on y cherche l’animal, mais on y trouve souvent l’homme, ses rêves et ses peurs.