Octave Mirbeau

Le rĂ´le important jouĂ© par Mirbeau au sein de la presse de son temps a soulevĂ© l’admiration de MallarmĂ©, au moins autant que sa place dans le champ de l’art. « Vous ĂŞtes le brave Â», celui qui contribue Ă  « sauver l’honneur de la presse Â», reconnaĂ®t volontiers MallarmĂ©.



Octave Mirbeau (1848-1917), mis en relations avec Gauguin par MallarmĂ©, auteur d’articles enthousiastes sur Gauguin dans L’Echo de Paris et le Figaro. 

Octave Mirbeau : « Si je pouvais croire en Dieu, ce serait Mallarmé. »

Mirbeau et Mallarmé

Si nous nous rangeons Ă  l’hypothèse dĂ©fendue par Pierre Michel selon laquelle Mirbeau signa ses chroniques, un temps, Tout-Paris, force est de reconnaĂ®tre que les premières critiques ne furent pas tendres Ă  l’endroit de MallarmĂ© : le goĂ»t français de la clartĂ© achoppe Ă  l’incohĂ©rence du fond. En avril 1880, Mirbeau embouche donc la trompette de l’intransigeance française sur le terrain de la logique : MallarmĂ©, chantre de l’obscuritĂ©, se coupe de son public. Mieux inspirĂ© sera le Mirbeau de 1889, qui, dans Le Figaro, prĂŞte Ă  un Ă©crivain allemand des propos nettement francophiles en matière de littĂ©rature, qui reconnaĂ®t dans les vers dĂ©criĂ©s neuf ans plus tĂ´t, ceux de HĂ©rodiade, la trace d’un verbe qui se moule sur les contours de la chose invoquĂ©e autant que Ă©voquĂ©e.

C’est qu’en thĂ©orie, le genre mĂŞme de la poĂ©sie, a fortiori sibylline, ne semblait pas devoir rapprocher les deux hommes – mais n’oublions pas que le jeune MallarmĂ© destine Ă  l’origine au théâtre son dialogue HĂ©rodiade. Et c’est en connaisseur avisĂ© que le poète ne tarit pas d’éloges sur la qualitĂ© des pièces de Mirbeau ; on ne connaĂ®t guère d’apprĂ©ciations plus synthĂ©tiques que ses lignes sur L’ÉpidĂ©mie, par exemple. On sait en outre que MallarmĂ© – chez qui Sartre dĂ©celait une manière de terrorisme de la politesse – apprĂ©ciait l’œuvre et la personne de Zola, par exemple, non Ă  l’aune de sa propre esthĂ©tique quintessenciĂ©e, mais selon des critères qui englobaient personnalitĂ©, subjectivitĂ©, place de l’imaginaire. C’est bien ce qui suscite sa fascination devant l’œuvre de Mirbeau. Les romans donnent rĂ©solument lieu aux plus pĂ©nĂ©trantes analyses critiques du poète : en l’abbĂ© Jules, en 1888, il trouve « un douloureux camarade, que personne ne saura oublier. […] Avoir mis debout un pareil quelqu’un, voilĂ  assez pour un livre. Â» SĂ©bastien Roch ne suscite guère moins d’enthousiasme, en 1890 : « Le sujet n’était que risque, avec un autre ; et tourne tout Ă  l’humanitĂ© : ce pauvre enfant aura eu un père, que vraiment vous fĂ»tes : auctor. […] Tout dit votre pĂ©riode littĂ©raire par excellence, et dĂ©finitive, la maĂ®trise – un quelqu’un sĂ»r et mĂ»r. Â» MallarmĂ© a su dĂ©celer en Mirbeau un romancier capable d’insuffler Ă  ses crĂ©atures une humanitĂ© et une part de dignitĂ© qui en font nos frères.

Rarement admiration aussi profonde a en effet gĂ©nĂ©rĂ© des affinitĂ©s si durables. Comme Monet, comme Rodin, dans son panthĂ©on Ă  usage personnel, les dieux de Mirbeau intègrent MallarmĂ©, qui le lui rend bien. Le poète fait partie des convives des Bons Cosaques crĂ©es par Mirbeau, ou des familiers de Carrières-sous-Poissy ; il apparaĂ®t au sein de la correspondance comme un confident Ă©pistolier rĂ©gulier, intervient auprès de Mirbeau afin d’obtenir de lui une sĂ©rie de chroniques d’art sur les peintres anglais qu’il incite Mirbeau Ă  aller voir Ă  Londres, au printemps 1894.

Par surcroĂ®t, la sensibilitĂ© anarchiste du poète, bien rĂ©elle, n’est pas si Ă©loignĂ©e de celle du libertaire Mirbeau. Tous deux tĂ©moigneront avec succès en faveur du critique et journaliste FĂ©lix FĂ©nĂ©on, en avril 1894, accusĂ© d’acte de terrorisme. Aussi bien, il est Ă©tonnant de considĂ©rer comment les deux hommes font cause commune sur un terrain insolite lorsqu’il est question de MallarmĂ©, celui de l’action. Le rĂ´le important jouĂ© par Mirbeau au sein de la presse de son temps a soulevĂ© l’admiration du poète, au moins autant que sa place dans le champ de l’art. « Vous ĂŞtes le brave Â», celui qui contribue Ă  « sauver l’honneur de la presse Â», reconnaĂ®t volontiers MallarmĂ©. En 1895, Mirbeau ferraille violemment contre le principe mĂŞme des expositions, et obtient le soutien sans faille du poète.

Pour finir, il est permis de constater que Mirbeau n’a pas mis en scène un poète Ă  la manière de MallarmĂ© (Camille Mauclair n’a-t-il pas donnĂ© un Soleil des morts, en 1898), l’auteur de Dans le ciel donne corps en revanche Ă  un peintre assez proche de l’esthĂ©tique idĂ©aliste, en 1892-1893, que sa vocation de perfection formelle poussera Ă  la folie, puis Ă  la mort : la tentation du silence qui hanta le maĂ®tre de Valvins n’est-elle pas la mĂŞme que celle qui inhibe toute forme de crĂ©ation, chez le peintre Lucien ?

Source : http://mirbeau.asso.fr/dicomirbeau/index.php?option=com_glossary&id=488

Pierre MICHEL : « je parle d’un roman oĂą SM et OM se rencontrent Ă  plusieurs reprises, il s’agit d’un roman de Pierre Vinclair, « La Fosse commune » (2016). » (Voir la page : Paul Hervieu)

Les Affaires du Club de la Rue de Rome – Janvier-août 1891, d’Adorée Floupette

Pierre MICHEL : les deux amis (Stéphane Mallarmé et Octave Mirbeau) apparaissaient aussi dans un récit intitulé « Les Plaies du ciel », extrait de « Les Affaires du club de la rue de Rome », recueil de quatre récits feuilletonesques et passablement abracadabrantesques publiés en 2020 et signés d’un cocasse pseudonyme collectif en guise de clin d’œil à la gent cultivée, Adorée Floupette. (Voir la page : Paul Hervieu)

Tout-Paris

Paris déshabillé

Fleurs et jardins Ă  la Belle Epoque

Camille Pissarro, Jardin de Mirbeau aux Damps (1891).

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