Mauclair et Mallarmé

« Ce poète mystérieux est sans doute l’un des hommes dont le nom défraya le plus la presse littéraire ou pseudo-littéraire de l’Europe. Peu de chercheurs ont suscité autant de railleries et de polémiques. Mallarmé, qui ne s’en souciait point, s’attira les jugements les plus singuliers. Tout, de son œuvre, donnait à prévoir que le public et les journaux l’ignoreraient éternellement : et cependant une sorte d’exaspération mêlée d’une déférence involontaire faisait que, par crises, les gazetiers et les personnes habituellement incurieuses de littérature insolite se pensaient tenues à s’indigner ou à demander, avec une ironie mêlée de crainte, qu’on « leur expliquât M. Mallarmé ». Et rien ne les satisfaisait. Stéphane Mallarmé n’était point classable ; de plus, il ne demandait pas à l’être, mais à rester seul. Il ne souhaitait même pas être compris : il désirait se tenir à l’écart et user du style selon les idées qui lui agréaient. Cette attitude, simple en apparence, suffit presque toujours à attirer autour d’un homme plus de bruit qu’il ne l’eût souhaité. »

Mallarmé chez lui

Pour avoir fréquenté les « mardis de la rue de Rome » dans sa prime jeunesse, Mauclair garde un souvenir filial de Mallarmé, et plus de trente ans après sa mort, lui dédie ce témoignage d’admiration et de reconnaissance.

Il lève un coin du voile sur ces mythiques mardis, où, notamment, Gide, Valéry, Louÿs, Whistler, Debussy – excusez du peu- communiaient à la parole mallarméenne. Tel Socrate, le maître ne laissera pas de traces écrites, mais sous l’apparence d’un « petit bourgeois vieillissant », aimante littéralement les plus beaux esprits de son temps, et charme par sa bienveillance et son humilité constante. « On eût dit que cet homme, pourtant né dans la petite bourgeoisie, incarnait des siècles de vieille civilité française et avait accoutumé de converser avec des rois. »

Les conversations tournaient autour de la peinture, et Mauclair de regretter qu’un grand peintre, Carrière, Fantin-Latour, ou Rodin, en sculpture, n’ait pas réalisé le grand portrait définitif de Mallarmé.

Les tourments poétiques de Mallarmé apparaissent au fil de conversations privées, quant à sa hantise du vide et de l’impuissance créatrice, et son sentiment de « raté », qui frappera Mauclair au moment de la dernière œuvre éditée par le maître.

Quelques lettres personnelles nous permettent de pénétrer dans l’intimité de Mallarmé, et de découvrir, outre une parfaite attention à l’autre, une syntaxe tout à fait étonnante, qui montre que le prosateur est aussi soucieux de renouveler l’expression française que le poète.

L’ouvrage s’enrichit d’un coup d’œil sur la biographie de Mallarmé, plus agitée que l’image du petit professeur d’anglais de province ne le laisse supposer. Les affres de l’administration, des périodes de doutes profonds, la perte d’un enfant, une toquade pour la demi-mondaine Méry Laurent, en sont autant de preuves.

Devant sa tombe fraîchement refermée, Rodin se serait écrié : « Combien de temps faudra-t-il à la nature pour refaire un cerveau pareil ? » Il ne semble pas qu’elle y soit encore parvenue…

Par sa brièveté et sa vivacité de ton, cet ouvrage constitue une excellente introduction à l’univers mallarméen.

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