
Avertissement – de Bois-le-Roi à Athènes
Les Huit Fêtes du Vivant sont nées à Bois-le-Roi. Mais toute création a besoin d’un territoire capable de l’accueillir, de la mettre en mouvement et de lui permettre de rencontrer d’autres imaginaires.
Nous devons aujourd’hui constater que Bois-le-Roi, petite cité essentiellement résidentielle et dortoir, ne constitue pas cet environnement. Au fil des années, nous y avons éprouvé combien un territoire aux horizons culturels trop étroits peut devenir un mouroir pour les artistes, les créateurs et les initiatives qui cherchent à inventer d’autres manières de vivre et de créer ensemble.
Nous avons donc décidé de quitter ce territoire.
Ce départ est aussi un déplacement symbolique. À partir de cette équinoxe d’automne, les Huit Fêtes du Vivant se déportent vers Athènes, hub central de notre Archipel Poëtique et capitale symbolique de la Civilisation de l’Amour.
Ce déplacement n’est pas seulement géographique. Il affirme une conviction : la création culturelle a besoin d’ouverture, de circulation, de dialogue entre les cultures et les spiritualités.
Athènes devient ainsi le lieu symbolique depuis lequel les Huit Fêtes du Vivant poursuivent leur chemin : non plus comme les fêtes d’un village, mais comme une proposition ouverte à tous les territoires qui souhaitent réinventer leur relation au vivant, à la création et à l’amour.
Introduction
Deuxième des Huit Fêtes du Vivant
Le 21 septembre, l’automne atteint un moment singulier de son parcours.
Le jour et la nuit retrouvent approximativement la même durée. La lumière extérieure commence à céder davantage de place à l’obscurité. Les récoltes arrivent à maturité. Ce qui, au début du mois d’août, apparaissait comme les premiers fruits de l’année peut maintenant être regardé dans son ensemble.
Après la Gratitude vient ainsi le temps de la Transmission.
La Fête de l’Entrée en Automne nous invitait à reconnaître ce que nous avions reçu et à remercier. L’équinoxe nous pose une question nouvelle :
Que voulons-nous faire de ce que nous avons reçu ?
C’est le temps du bilan.
Non pas seulement pour mesurer ce qui a réussi ou échoué, mais pour discerner ce qui mérite d’être conservé, transformé, partagé et transmis.
Car transmettre ne consiste pas à reproduire à l’identique.
Entre ce que nous recevons et ce que nous transmettons existe un espace essentiel : celui de notre vie intérieure et de notre créativité.
C’est dans cet espace que les expériences deviennent des récits, que les émotions deviennent des chants, que les intuitions deviennent des œuvres, que les héritages trouvent des formes nouvelles et que les individus comme les communautés peuvent devenir créateurs de culture.
Cette Fête de l’Équinoxe d’Automne introduit ainsi explicitement une dimension devenue essentielle aux Huit Fêtes du Vivant : la relation entre spiritualité et créativité.
Nous faisons ici le choix de ne pas réduire la spiritualité à une vague intériorité débarrassée de toute tradition. Nous proposons au contraire de remettre en conversation les grandes traditions spirituelles de l’humanité, dans le respect de leurs différences, afin de découvrir ce qu’elles peuvent encore transmettre à nos sociétés contemporaines.
Pour cette première étape, le bouddhisme et le christianisme entreront en dialogue.
Non pour les confondre.
Non pour construire une nouvelle religion.
Mais pour mettre en relation deux traditions qui, par des chemins différents, interrogent notre rapport à l’intériorité, au détachement, au don, à la compassion, à l’amour et à la transformation de soi.
Cette rencontre est mise au service d’un horizon commun : la Civilisation de l’Amour.
Elle rejoint également une conviction qui devient centrale dans notre démarche de création culturelle : le rejet systématique de toute dimension spirituelle et le rejet de la créativité peuvent procéder d’une même fermeture à ce qui échappe à l’utilité immédiate, à la normalisation et au contrôle.
Mais cette fermeture peut aussi traduire une peur plus profonde : la peur de l’inconnu.
Car la spiritualité comme la créativité nous conduisent précisément là où nous ne savons pas encore. Elles nous confrontent à ce qui ne peut être entièrement prévu, expliqué ou maîtrisé : l’intuition, l’inspiration, l’émerveillement, la transformation et, plus profondément encore, le mystère de la vie et de la mort.
Créer suppose d’accepter de s’avancer vers ce que l’on ne connaît pas encore. Toute démarche spirituelle authentique rencontre, elle aussi, cet inconnu.
Refuser par principe l’une comme l’autre peut alors revenir à vouloir se protéger de cette part irréductible de mystère qui est pourtant au cœur même de la vie.
L’équinoxe nous offre une image particulièrement juste de ce passage.
La lumière extérieure décroît.
Nous entrons progressivement dans le temps de l’intériorité.
Mais cette obscurité nouvelle n’est pas une extinction.
Elle nous invite à découvrir, entretenir et partager une autre lumière.
Recevoir. Discerner. Transformer. Partager. Transmettre.
Tel est le chemin proposé par cette deuxième Fête du Vivant.
Le sens de la fête
La Fête de l’Équinoxe d’Automne est la fête du bilan, du partage et de la transmission.
À la différence du 1er août, où les premiers fruits nous invitaient à la gratitude, le 21 septembre nous place devant ce qui a réellement mûri.
Une saison de croissance s’achève.
Des projets ont abouti. D’autres ont échoué ou sont restés inachevés. Des relations se sont approfondies, d’autres se sont éloignées. Des expériences nous ont transformés. Certaines choses que nous pensions importantes quelques mois auparavant ne le sont peut-être plus.
L’équinoxe nous invite à regarder tout cela.
Faire un bilan ne consiste pas à dresser la comptabilité de nos réussites et de nos échecs. Il s’agit de prendre suffisamment de recul pour comprendre ce que nous avons vécu.
Qu’est-ce qui a porté fruit ?
Qu’avons-nous appris ?
Qu’est-ce qui mérite d’être poursuivi ?
Que pouvons-nous abandonner ?
Et surtout : qu’avons-nous reçu que nous pouvons maintenant transmettre ?
Cette dernière question donne son sens profond à la fête.
Car une société ne vit pas seulement de ce qu’elle produit. Elle vit aussi de ce qu’elle transmet.
Nous recevons une langue, des récits, des gestes, des connaissances, des œuvres, des paysages, des savoir-faire, des traditions, des expériences spirituelles, des manières d’aimer et d’habiter le monde.
Mais transmettre ne signifie pas conserver intact.
Chaque génération reçoit un héritage qu’elle doit à son tour interroger, transformer et enrichir avant de le confier à ceux qui viennent après elle.
C’est ici que la transmission rencontre la créativité.
Une culture qui ne transmet plus perd sa mémoire.
Mais une culture qui ne fait que répéter ce qu’elle a reçu finit par se figer.
Entre les deux se trouve la création culturelle : recevoir un héritage, entrer suffisamment profondément en relation avec lui pour en comprendre le sens, puis lui donner des formes capables de parler au présent.
L’équinoxe nous invite également au partage.
Les fruits arrivés à maturité ne sont pas destinés à rester enfermés dans un grenier. Les connaissances, les expériences et les créations non plus.
Ce que nous avons appris peut éclairer quelqu’un.
Ce que nous avons créé peut être offert.
Ce que nous avons traversé peut devenir une expérience transmissible.
Ce que nous possédons peut être partagé.
La Transmission devient ainsi un antidote à l’isolement.
Dans des sociétés où les générations, les milieux sociaux, les cultures et parfois même les voisins se rencontrent de moins en moins, transmettre suppose de recréer des espaces où l’on puisse raconter, écouter, apprendre, enseigner, créer et partager.
La fête devient l’un de ces espaces.
Enfin, l’équinoxe rappelle que tout bilan prépare un nouveau commencement.
La lumière extérieure diminue. Le vivant entre progressivement dans une période de dépouillement et d’intériorisation. Nous ne pouvons pas tout emporter avec nous.
Il faut choisir.
Ce discernement n’est pas une fermeture.
Il prépare la suite.
Transmettre, c’est choisir ce qui mérite de continuer à vivre.
Le temps du vivant
Les Huit Fêtes du Vivant commencent toujours par une observation.
Avant de chercher ce que l’équinoxe peut signifier pour nous, regardons ce qui se passe autour de nous.
À la fin du mois de septembre, un seuil est franchi.
Le jour et la nuit atteignent approximativement la même durée. Pendant quelques heures, l’année semble trouver un point d’équilibre.
Mais cet équilibre ne dure pas.
Dès que le seuil est franchi, la nuit poursuit sa progression. Les journées raccourcissent. La lumière se fait moins abondante. Les températures commencent à baisser. Les arbres se préparent à laisser tomber leurs feuilles. Les dernières récoltes arrivent à maturité tandis que le vivant commence déjà son mouvement de retrait.
L’équinoxe nous enseigne ainsi une première chose essentielle :
l’équilibre n’est pas l’immobilité.
Il est un passage.
Dans la nature, rien ne demeure durablement à son point d’équilibre. Les forces se rencontrent, se répondent, puis le mouvement continue.
Cette observation peut transformer notre propre manière de rechercher l’équilibre.
Vivre en équilibre ne signifie peut-être pas parvenir à une situation idéale dans laquelle plus rien ne bouge. Il s’agit plutôt d’apprendre à ajuster continuellement notre manière de vivre à un monde qui change.
L’équinoxe nous place ainsi au croisement de plusieurs mouvements :
la lumière et l’obscurité ;
l’extérieur et l’intérieur ;
l’activité et le repos ;
l’abondance et le dépouillement ;
recevoir et donner.
Il ne nous demande pas de choisir définitivement l’un contre l’autre.
Il nous apprend à habiter leur relation.
À cette période de l’année, cette relation prend une forme particulièrement sensible.
Pendant l’été, la lumière venait largement de l’extérieur. Elle accompagnait les longues journées, les activités, les voyages, les rencontres et la maturation des fruits.
À l’automne, cette lumière extérieure diminue.
Alors apparaît progressivement une autre expérience du feu.
Le feu n’est plus seulement celui du soleil qui fait mûrir la Terre.
Il devient le feu que l’on entretient.
Le foyer.
La flamme autour de laquelle on se rassemble.
La lumière qui accompagne la nuit.
La chaleur que l’on partage.
L’automne est ainsi placé sous le dialogue du Feu et de la Terre.
Le Feu constitue son élément principal.
La Terre lui apporte son élément complémentaire.
Le Feu reçoit l’enracinement de la Terre.
La Terre lui donne une matière, un lieu et une durée : le bois qui nourrit la flamme, les fruits que l’on partage, la maison qui abrite, le sol sur lequel se rassemble la communauté.
Le Feu, en retour, transforme.
Il éclaire.
Il réchauffe.
Il rassemble.
Cette relation nous conduit au cœur symbolique de l’équinoxe.
À mesure que la lumière extérieure décroît, nous sommes invités à prendre soin de ce qui peut continuer à éclairer nos vies de l’intérieur.
Nos souvenirs.
Nos expériences.
Nos connaissances.
Nos créations.
Nos relations.
Nos traditions spirituelles.
Tout ce qui a été reçu au cours de l’existence peut devenir une lumière, à condition de ne pas être simplement conservé, mais entretenu, transformé et transmis.
Ainsi, le mouvement du vivant rejoint celui de la fête :
La lumière extérieure décroît ; nous apprenons à prendre soin de la lumière que nous pouvons porter et partager.
La qualité humaine à cultiver
La Transmission
Chaque Fête du Vivant invite à faire grandir une qualité humaine en résonance avec le moment de l’année qu’elle célèbre.
Pour la Fête de l’Équinoxe d’Automne, cette qualité est la transmission.
Transmettre, c’est d’abord reconnaître que nous ne commençons jamais avec nous-mêmes.
Nous recevons une langue que nous n’avons pas inventée, des connaissances que d’autres ont découvertes, des gestes que d’autres ont appris avant nous, des œuvres qui ont façonné notre sensibilité, des paysages transformés par des générations successives, des récits, des croyances, des traditions, des manières de créer, d’aimer et d’habiter le monde.
Nous sommes tous héritiers.
Mais être héritier ne signifie pas devenir gardien immobile de ce que nous avons reçu.
Une transmission vivante suppose un double mouvement : recevoir et transformer.
Chaque génération doit pouvoir entrer librement en relation avec son héritage, en éprouver la valeur, en questionner certaines formes, en abandonner d’autres et découvrir ce qui mérite d’être porté plus loin.
C’est pourquoi transmettre demande du discernement.
Tout ne mérite pas d’être conservé.
Certaines habitudes doivent disparaître. Certaines manières de penser doivent être dépassées. Certaines blessures ne doivent pas devenir des héritages.
Transmettre consiste aussi à savoir interrompre ce qui ne doit plus continuer.
Mais ce discernement serait incomplet sans la créativité.
Car ce que nous recevons appartient toujours, d’une certaine manière, au monde d’hier. Pour qu’un héritage demeure vivant, il doit pouvoir rencontrer le présent.
Un récit peut être raconté autrement.
Une tradition peut trouver une nouvelle forme.
Un savoir peut rencontrer une nouvelle technologie.
Un paysage peut susciter une œuvre nouvelle.
Une intuition spirituelle ancienne peut éclairer une question contemporaine.
Ainsi, la véritable transmission n’est ni répétition ni rupture.
Elle est transformation créatrice.
Cette responsabilité concerne les individus autant que les communautés.
Que transmettons-nous à nos enfants ?
Que transmettons-nous à ceux qui nous entourent ?
Que transmet un village à ses nouveaux habitants ?
Que transmet une civilisation à celles et ceux qui viennent après elle ?
Et que transmettons-nous du monde vivant dont nous avons nous-mêmes hérité ?
À l’équinoxe, ces questions prennent une résonance particulière.
La nature commence à se dépouiller. Les fruits sont récoltés. Les graines demeurent.
Tout ne subsiste pas sous la même forme.
Quelque chose disparaît.
Quelque chose est conservé.
Quelque chose attend déjà de pouvoir recommencer.
La transmission appartient à ce mouvement.
Elle accepte que nous ne puissions rien garder éternellement et que, pourtant, quelque chose de nous puisse continuer à vivre dans ce que nous avons donné, enseigné, créé ou aimé.
Elle nous confronte ainsi, discrètement, au mystère de la vie et de la mort.
Transmettre, c’est accepter que nous sommes de passage.
Mais c’est aussi découvrir que le passage n’est pas nécessairement une disparition.
Une parole peut continuer son chemin.
Une œuvre peut rencontrer quelqu’un que son créateur ne connaîtra jamais.
Un geste d’amour peut transformer une existence et, à travers elle, en toucher d’autres.
Une expérience spirituelle peut traverser les siècles.
La transmission devient alors beaucoup plus qu’un passage entre le passé et l’avenir.
Elle est l’un des mouvements fondamentaux du vivant et de la culture.
Transmettre, c’est choisir ce qui mérite de continuer à vivre.
Spiritualité et créativité
Pourquoi introduire aujourd’hui explicitement la spiritualité dans les Huit Fêtes du Vivant ?
Parce qu’au fil de notre travail sur la création culturelle, une conviction s’est progressivement imposée : spiritualité et créativité entretiennent une relation profonde.
Créer ne consiste pas seulement à produire.
Produire consiste généralement à réaliser quelque chose dont la finalité est déjà connue. Créer commence au contraire lorsque nous acceptons de ne pas savoir exactement ce qui va advenir.
L’artiste qui commence une œuvre ne connaît pas entièrement l’œuvre qu’il terminera.
Le poëte ne sait pas toujours où le conduira le premier vers.
Une communauté qui invente une fête nouvelle ne peut prévoir toutes les formes qu’elle prendra au fil des années.
Créer suppose donc une disponibilité.
Il faut pouvoir écouter, attendre, imaginer, accueillir une intuition, reconnaître une rencontre imprévue, abandonner parfois l’idée que l’on croyait bonne pour suivre une voie que l’on n’avait pas envisagée.
La spiritualité commence, elle aussi, par une forme d’ouverture.
Elle apparaît lorsque l’être humain accepte que le réel ne se réduise peut-être pas à ce qu’il peut immédiatement expliquer, mesurer, posséder ou contrôler.
Elle pose les grandes questions auxquelles aucune existence humaine n’échappe complètement :
Pourquoi sommes-nous là ?
Qu’est-ce qu’une vie accomplie ?
Comment aimer ?
Comment vivre avec la souffrance ?
Comment accueillir notre propre finitude ?
Que pouvons-nous comprendre du mystère de la vie et de la mort ?
Les traditions spirituelles de l’humanité ont proposé des réponses différentes à ces questions. Elles ne doivent ni être confondues ni artificiellement réduites à un dénominateur commun.
Mais elles témoignent toutes, chacune à sa manière, d’une expérience fondamentale : l’être humain ne se construit pas seulement par ce qu’il maîtrise. Il se construit aussi dans sa relation à ce qui le dépasse.
C’est ici que spiritualité et créativité se rencontrent.
Toutes deux demandent de faire une place à l’inconnu.
Toutes deux peuvent déplacer nos habitudes et nos certitudes.
Toutes deux ouvrent un espace dans lequel quelque chose qui n’existait pas encore peut apparaître.
Cette proximité permet aussi de comprendre pourquoi elles peuvent rencontrer des résistances de même nature.
Lorsque l’inconnu est d’abord vécu comme une menace, lorsque tout doit être prévu, réglementé, normalisé, évalué et immédiatement justifié par son utilité, l’espace laissé à la spiritualité se réduit.
Mais l’espace laissé à la créativité se réduit également.
Car on ne peut pas demander à la création d’être véritablement nouvelle tout en exigeant d’elle qu’elle reste entièrement dans les limites de ce que l’on connaît déjà.
Le refus du mystère peut alors devenir, sans même que nous en ayons conscience, un refus de la possibilité créatrice elle-même.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille renoncer à la raison.
La raison nous permet d’examiner, de comprendre, de distinguer, de vérifier et de ne pas confondre une intuition avec une vérité.
Mais elle n’a pas besoin, pour exercer pleinement son rôle, de fermer les portes qu’elle ne peut pas encore franchir.
La création culturelle naît précisément de cette circulation.
Elle reçoit des expériences, des traditions, des paysages, des récits, des connaissances et des intuitions.
Elle les confronte au présent.
Elle les transforme.
Puis elle leur donne une forme partageable : une fête, un poëme, une œuvre, un récit, un lieu, une musique, une manière nouvelle de se rencontrer ou d’habiter un territoire.
La spiritualité peut alors redevenir l’une des sources de la création culturelle, non parce qu’elle lui imposerait une doctrine, mais parce qu’elle lui restitue une profondeur : celle du mystère de la vie et de la mort.
Nous abandonnons ainsi volontairement l’idée d’une « spiritualité laïque » qui chercherait à atteindre l’universel en mettant entre parenthèses les traditions spirituelles.
Nous choisissons une autre voie.
Faire dialoguer les traditions sans les confondre.
Accueillir leurs différences sans chercher à les abolir.
Découvrir ce qu’elles peuvent mutuellement éclairer.
Et permettre à leurs enseignements de rencontrer à nouveau la création, la culture et les grandes questions de notre temps.
Pour cette Fête de l’Équinoxe d’Automne, cette conversation commence avec deux traditions qui ont profondément exploré le mystère de la vie et de la mort :
le bouddhisme et le christianisme.
Bouddhisme et christianisme : deux voies en dialogue
Pour cette première rencontre entre spiritualité et création culturelle, les Huit Fêtes du Vivant proposent de mettre en conversation deux grandes traditions : le bouddhisme et le christianisme.
Cette rencontre ne reste pas abstraite.
Du côté bouddhiste, notre chemin s’appuie notamment sur l’enseignement du Livre tibétain de la vie et de la mort, qui nous invite à regarder ensemble l’impermanence, la conscience, la compassion et le mystère de la vie et de la mort.
Du côté chrétien, il s’appuie notamment sur l’École de l’Amour trinitaire, dont la démarche se fonde essentiellement sur un travail de la relation humaine.
Ces deux enseignements deviennent ainsi les compagnons de route de cette étape des Huit Fêtes du Vivant.
Leur rencontre part d’une expérience fondamentale : l’Amour.
L’Amour comme lieu de rencontre
Dans le christianisme, l’Agapè désigne l’amour qui se donne, accueille et s’ouvre à l’autre.
Dans le bouddhisme, Maitrī, la bienveillance aimante, et Karuṇā, la compassion, conduisent également à dépasser le repli sur soi pour reconnaître profondément l’autre et sa souffrance.
La compassion peut ainsi être comprise comme l’une des grandes expressions de l’amour.
Les mots, les enseignements et les chemins peuvent différer, mais quelque chose se rejoint dans l’expérience : la transformation intérieure trouve son accomplissement dans une manière différente d’aimer et d’entrer en relation.
C’est précisément ce point de rencontre qui intéresse la Civilisation de l’Amour.
L’École de l’Amour trinitaire donne à cette relation une expression particulièrement concrète.
La référence trinitaire donne à cette démarche sa profondeur chrétienne : la relation n’est pas secondaire. Elle appartient au cœur même du mystère d’un Dieu compris comme relation d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit.
Cette dynamique trinitaire se déploie, sur le plan de la relation humaine, à travers trois verbes essentiels :
donner, recevoir et partager.
Aimer ne consiste donc pas seulement à donner.
Il faut aussi savoir recevoir : accueillir l’autre, accepter ce qu’il nous apporte, reconnaître que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes.
Et entre donner et recevoir apparaît le partage : cet espace commun où la relation ne se réduit plus à ce que chacun possède séparément, mais fait naître quelque chose qui appartient à la rencontre elle-même.
L’École de l’Amour trinitaire fait ainsi de la relation humaine un véritable lieu d’apprentissage de l’amour.
Cette dynamique rejoint directement la fête de la Transmission.
Car transmettre ne consiste pas seulement à donner quelque chose que nous possédons.
Pour qu’il y ait véritablement transmission, quelque chose doit être donné, quelqu’un doit pouvoir le recevoir, puis un espace doit exister où ce qui a été donné et reçu puisse être partagé, interprété et éventuellement transformé.
Donner. Recevoir. Partager.
Ces trois verbes deviennent ainsi l’un des fils conducteurs de cette Fête de l’Équinoxe.
Apprendre à regarder la vie et la mort
L’équinoxe constitue également un moment particulièrement juste pour interroger notre relation à la vie et à la mort.
La lumière et l’obscurité s’équilibrent avant que la nuit ne devienne progressivement plus longue. Les feuilles commencent à tomber. Les récoltes s’achèvent. Le vivant entre dans une période de retrait.
La nature nous replace devant une réalité que nos sociétés cherchent souvent à éloigner : tout ce qui vit est confronté à la transformation, à l’impermanence et à la mort.
La tradition bouddhiste fait de l’impermanence l’un de ses enseignements fondamentaux.
Prendre conscience que les êtres, les situations et nous-mêmes sommes impermanents ne conduit pas nécessairement au pessimisme. Cette conscience peut au contraire nous apprendre à être davantage présents à ce qui est là, précisément parce que rien ne nous est définitivement acquis.
C’est dans cet esprit que nous choisissons notamment de cheminer avec Le Livre tibétain de la vie et de la mort : comme un enseignement qui invite à ne plus séparer artificiellement notre manière de regarder la mort de notre manière de vivre.
Le christianisme place lui aussi le mystère de la vie et de la mort au cœur de son expérience spirituelle.
La mort et la résurrection du Christ ouvrent une autre perspective : celle du passage et de l’espérance, dans laquelle la mort n’a pas nécessairement le dernier mot.
L’équinoxe permet ainsi de poser une question qui traverse les deux traditions et qui concerne chacun de nous :
Comment la conscience de la mort peut-elle nous apprendre à mieux vivre et à mieux aimer ?
La question n’est pas morbide.
Elle est profondément tournée vers la vie.
Savoir que notre temps est limité peut nous aider à discerner ce qui mérite réellement notre attention, ce que nous voulons créer, les êtres que nous voulons aimer et ce que nous souhaitons transmettre.
Deux traditions au seuil de l’automne
La rencontre entre bouddhisme et christianisme ne se joue pas seulement dans les textes et les enseignements.
Autour de l’équinoxe d’automne, chacune de ces traditions nous offre également une manière particulière d’habiter ce passage de l’année.
Higan — Passer sur l’autre rive
Dans le bouddhisme japonais, les équinoxes de printemps et d’automne sont entourés d’une période appelée Higan.
Le mot signifie littéralement « l’autre rive ».
Cette image désigne le passage de cette rive, celle de nos attachements et de nos illusions, vers l’autre rive, celle de l’Éveil.
L’équinoxe devient ainsi un temps de passage et de transformation.
Cette tradition entre profondément en résonance avec ce que le vivant nous enseigne à cette période de l’année.
Le jour et la nuit atteignent leur équilibre, mais cet équilibre ne constitue pas un point d’arrêt.
Il est un passage.
L’équilibre n’est pas l’immobilité.
Higan invite également à pratiquer les qualités permettant d’accomplir cette traversée, parmi lesquelles la générosité, la patience, la méditation et la sagesse.
La première d’entre elles, Dāna — le don, rejoint directement notre Fête de la Transmission.
Donner, c’est déjà accepter que quelque chose quitte nos mains pour poursuivre son chemin ailleurs.
Higan est également au Japon un temps de mémoire des ancêtres et des défunts.
Cette dimension éclaire le mouvement qui conduit notre calendrier de l’équinoxe vers la fête suivante :
21 septembre — Transmettre.
1er novembre — Se souvenir.
Ce que nous transmettons continue son chemin.
Ceux qui nous ont précédés continuent eux aussi à vivre d’une certaine manière dans ce qu’ils nous ont transmis.
L’« autre rive » devient ainsi une très belle image pour accompagner notre entrée dans la partie sombre de l’année : non pas s’arrêter devant l’obscurité, mais apprendre à traverser.
La Saint-Michel — Porter la lumière dans l’obscurité
Quelques jours après l’équinoxe, le 29 septembre, la tradition chrétienne célèbre aujourd’hui les archanges Michel, Gabriel et Raphaël, dans la continuité de l’ancienne fête de la Saint-Michel.
Michel possède une résonance particulière avec le temps de l’automne.
Dans la tradition chrétienne, il représente le combat contre les forces du mal.
Mais, dans le langage des Huit Fêtes du Vivant, nous pouvons recevoir cette image sans faire de l’obscurité elle-même un adversaire.
Car la nuit n’est pas le mal.
L’automne et l’hiver ne sont pas des saisons négatives.
L’obscurité appartient elle aussi au rythme du vivant.
La question devient donc différente :
quelle lumière sommes-nous capables de porter lorsque la lumière extérieure diminue ?
Michel peut alors devenir une figure du courage, du discernement et de la lumière intérieure.
À l’équinoxe, le grand feu solaire de l’été s’éloigne.
Le Feu demeure pourtant l’élément principal de l’automne.
Mais il change de forme.
Il devient la flamme que l’on protège.
Le foyer que l’on entretient.
La lumière que l’on porte.
La chaleur que l’on partage.
La Saint-Michel prolonge ainsi naturellement le symbole du Feu partagé.
Il ne s’agit plus de vaincre la nuit.
Il s’agit d’apprendre à y entrer sans laisser s’éteindre la lumière.
Traverser et transmettre
Higan et la Saint-Michel nous offrent ainsi deux images différentes du même seuil automnal.
Higan nous invite à traverser.
Michel nous invite à porter la lumière pendant la traversée.
L’une nous parle de l’autre rive.
L’autre de la lumière qui demeure lorsque l’obscurité augmente.
Et toutes deux rejoignent le mouvement de notre fête :
recevoir ce qui nous a été transmis, discerner ce qui mérite de continuer à vivre, le transformer, puis le transmettre à notre tour.
Le passage vers l’automne devient alors une expérience intérieure autant que saisonnière.
Traverser.
Porter la lumière.
Transmettre.
Le silence comme communication
Il existe un autre terrain de rencontre essentiel entre bouddhisme et christianisme : la pratique du silence.
La méditation occupe une place fondamentale dans les traditions bouddhistes.
Le christianisme possède lui aussi une longue tradition de prière silencieuse, de méditation et de contemplation.
Dans les deux cas, quelque chose d’essentiel devient possible lorsque les mots cessent momentanément d’occuper tout l’espace.
Nous découvrons que communiquer ne signifie pas seulement parler.
Il existe une communication par la présence.
Par l’attention.
Par le regard.
Par le corps.
Par l’écoute.
Par le silence partagé.
Cette expérience prend une importance particulière dans nos sociétés contemporaines.
Nous disposons de moyens de communication sans précédent et pourtant la multiplication des messages ne garantit nullement la qualité de la relation.
Nous pouvons parler continuellement sans nous rencontrer.
Nous pouvons échanger des milliers de mots sans véritablement écouter.
Le silence peut alors devenir non pas une interruption de la communication, mais une autre manière de communiquer, au-delà des mots.
Deux personnes peuvent demeurer quelques instants ensemble sans chercher immédiatement à remplir l’espace.
Un groupe peut partager un même silence.
Une communauté peut contempler un paysage.
Chacun peut écouter ce qui se passe en lui avant de répondre.
La communication commence alors peut-être plus profondément : non plus seulement par ce que nous voulons dire, mais par notre capacité à être présents.
Du silence à la création
C’est ici que la rencontre entre spiritualité et créativité devient particulièrement féconde.
La création elle aussi a besoin de silence.
Avant le poëme, il y a souvent une écoute.
Avant la musique, un silence.
Avant l’œuvre, une intuition encore sans forme.
Avant une véritable idée nouvelle, il faut parfois accepter de ne pas avoir immédiatement de réponse.
Le silence crée un espace disponible.
Quelque chose peut alors apparaître qui n’était pas programmé.
La méditation et la contemplation ne deviennent donc pas des techniques destinées à « produire » de la créativité. Ce serait précisément retomber dans la logique utilitaire que nous cherchons à dépasser.
Elles nous apprennent plutôt à créer les conditions d’une disponibilité.
Être là.
Écouter.
Accueillir.
Puis, éventuellement, créer.
De l’intériorité à l’Amour
Mais l’intériorité n’est pas une fin en soi.
Si méditer, prier ou contempler ne conduisait qu’à nous enfermer davantage dans notre monde intérieur, quelque chose manquerait.
Le mouvement doit pouvoir revenir vers l’autre.
C’est ici que Karuṇā et Agapè, compassion et amour, retrouvent toute leur importance.
Le silence nous apprend à écouter.
L’écoute permet la rencontre.
La rencontre ouvre à la compassion.
Et l’amour transforme cette ouverture intérieure en relation, en présence, en attention, en don, en accueil et en partage.
Nous retrouvons alors le mouvement même de cette Fête de la Transmission :
Recevoir. Discerner. Transformer. Partager. Transmettre.
Transmettre une expérience vivante
Les traditions spirituelles ne sont pas seulement des ensembles de textes, de doctrines ou de croyances hérités du passé.
Elles transmettent aussi des expériences et des pratiques.
Méditer.
Prier.
Contempler.
Faire silence.
Écouter.
Prendre soin.
Donner.
Recevoir.
Partager.
Aimer.
Ces expériences peuvent être vécues avant même d’être longuement expliquées.
C’est probablement ainsi que les Huit Fêtes du Vivant peuvent faire entrer pleinement la spiritualité dans la création culturelle : non en demandant à chacun d’adhérer préalablement à une doctrine, mais en créant des situations où une expérience devient possible.
Pour cette Fête de l’Équinoxe, l’une de ces expériences sera donc essentielle :
faire silence ensemble.
Quelques minutes pendant lesquelles il n’y aura rien à expliquer, rien à défendre, rien à produire.
Simplement être présents.
À soi.
Aux autres.
Au vivant.
Et au mystère de la vie et de la mort.
Peut-être est-ce précisément dans cet espace situé au-delà des mots que des traditions différentes peuvent se rencontrer.
Et que l’Amour peut cesser d’être seulement une idée pour devenir une expérience de la relation.
C’est à partir de cette expérience que peut commencer à se construire, très concrètement, une Civilisation de l’Amour.
Le symbole
Le Feu partagé
Chaque Fête du Vivant possède un symbole simple qui permet d’en rendre immédiatement visible le sens.
Pour la Fête de l’Équinoxe d’Automne, ce symbole est le Feu partagé.
Une flamme est allumée au centre.
Autour d’elle, plusieurs lumières attendent encore dans l’obscurité.
Puis la flamme se transmet.
Une première personne reçoit la lumière et la transmet à une autre.
Puis une autre.
Peu à peu, sans que la première flamme ait rien perdu de sa propre lumière, l’espace s’éclaire.
Cette image exprime directement le sens de la Transmission.
Ce qui est véritablement transmis ne diminue pas nécessairement celui qui le donne.
Une connaissance partagée ne disparaît pas de celui qui l’enseigne.
Une histoire racontée peut désormais vivre dans plusieurs mémoires.
Une œuvre offerte au regard des autres commence une existence que son créateur ne maîtrise plus entièrement.
Un geste d’amour peut susciter un autre geste d’amour.
Une lumière peut en allumer une autre.
Le Feu partagé exprime également la dynamique de l’Amour trinitaire :
donner, recevoir, partager.
Pour que la lumière circule, quelqu’un doit la donner.
Quelqu’un doit accepter de la recevoir.
Et lorsqu’elle circule entre plusieurs personnes, elle devient une lumière partagée.
Mais cette flamme appartient aussi au temps particulier de l’équinoxe.
La lumière solaire diminue.
Les jours deviennent plus courts.
Nous entrons progressivement dans la saison où les êtres humains se rapprochent du foyer, de la maison et des espaces intérieurs.
Le feu change alors de fonction symbolique.
Il n’est plus seulement puissance solaire et expansion.
Il devient présence entretenue.
Il faut en prendre soin.
Le nourrir.
Le protéger du vent.
Se rassembler autour de lui.
Le Feu rencontre ici la Terre, élément complémentaire de l’automne.
La flamme n’existe pas seule.
Elle a besoin d’une matière qui la nourrisse, d’un lieu où brûler, d’un foyer qui l’accueille.
Le Feu reçoit l’enracinement de la Terre.
Cette relation entre Feu et Terre donne également à la Transmission sa dimension concrète.
Une idée qui ne trouve jamais de forme disparaît facilement.
Une mémoire qui n’est jamais racontée s’efface.
Une intuition spirituelle qui ne transforme aucune relation risque de demeurer abstraite.
Une création qui n’est jamais partagée reste enfermée dans celui qui l’a conçue.
Transmettre consiste donc à donner une forme terrestre à ce que nous portons intérieurement : une parole, un objet, un texte, une œuvre, un repas, un enseignement, un geste, une fête.
Le Feu partagé possède enfin une autre signification.
Lorsque plusieurs personnes portent chacune une lumière, aucune ne devient à elle seule le centre.
La lumière devient collective.
C’est une image de la culture elle-même.
Une culture vivante n’appartient jamais à une seule personne. Elle existe parce que des générations et des individus innombrables reçoivent, transforment et transmettent à leur tour ce qu’ils ont reçu.
À l’équinoxe, le Feu partagé nous rappelle ainsi une responsabilité très simple :
la lumière que nous avons reçue n’est pas faite pour rester entre nos mains.
Le geste
Le Geste de la Transmission
Le geste de cette fête prolonge le symbole du Feu partagé.
Il réunit trois expériences :
faire silence, recevoir la lumière, la transmettre.
Les participants se disposent en cercle autour d’une flamme placée au centre.
Cette flamme peut être posée sur une pierre, sur la terre ou au milieu des fruits et des récoltes de la saison.
Elle représente la lumière déjà là : celle que nous recevons du vivant, des générations qui nous ont précédés, de nos rencontres, de nos traditions, de nos expériences et de tout ce qui a contribué à faire de nous ce que nous sommes.
Faire silence
Le geste commence par quelques minutes de silence partagé.
Personne ne parle.
Il n’y a rien à expliquer.
Chacun est simplement invité à être présent.
À son souffle.
À son corps.
Aux personnes qui l’entourent.
Aux bruits du lieu.
À la lumière.
À ce qui apparaît intérieurement lorsque les mots se retirent.
Ce silence n’est pas un vide.
Il constitue déjà une forme de communication.
Pendant quelques instants, le groupe cesse de communiquer principalement par la parole et fait l’expérience d’une présence commune.
Ce moment peut être vécu par chacun selon sa propre sensibilité.
Pour certains, il sera méditation.
Pour d’autres, prière ou contemplation.
Pour d’autres encore, simple présence silencieuse.
L’essentiel est l’expérience partagée :
être ensemble sans avoir immédiatement besoin de parler.
Recevoir
Après ce temps de silence, une première personne prend sa lumière à la flamme centrale.
Elle ne l’allume pas elle-même.
Elle la reçoit.
Ce détail est essentiel.
Il rappelle que nous ne sommes pas à l’origine de tout ce que nous portons.
Nous avons reçu la vie.
Nous avons reçu une langue.
Nous avons reçu des connaissances, des histoires, des gestes, des paysages, des relations, des œuvres et des formes d’amour.
Même notre créativité se nourrit de ce qui nous précède et de ce que nous rencontrons.
Pendant quelques instants, la personne regarde simplement la lumière qu’elle vient de recevoir.
Elle peut intérieurement se poser une question :
Qu’ai-je reçu que je souhaite aujourd’hui faire vivre ?
Aucune réponse publique n’est obligatoire.
Le silence demeure possible.
Donner
La personne se tourne ensuite vers quelqu’un d’autre.
Avec sa propre flamme, elle allume la lumière que celui-ci tient entre ses mains.
Elle donne ce qu’elle vient elle-même de recevoir.
Puis le geste continue.
De personne en personne, la lumière circule.
Celui qui reçoit devient à son tour celui qui donne.
La distinction entre donateur et bénéficiaire disparaît progressivement.
Chacun occupe successivement les deux places.
Recevoir permet de donner.
Donner permet à un autre de transmettre.
Partager
Lorsque toutes les lumières sont allumées, le geste s’arrête.
Personne ne parle encore.
Le cercle demeure quelques instants dans le silence.
Mais quelque chose a changé.
Au début, une seule flamme éclairait le centre.
Maintenant, chacun porte une lumière et toutes participent à un même espace lumineux.
C’est le troisième mouvement :
partager.
La lumière n’appartient plus à celui qui l’a donnée ni à celui qui l’a reçue.
Elle est devenue commune.
Le groupe peut alors regarder silencieusement ce qui vient de se produire.
Une lumière a circulé.
Elle n’a pas été divisée.
Elle s’est multipliée.
Transmettre
Le geste peut se terminer par une parole très simple, prononcée ensemble :
« Ce que nous recevons, nous pouvons le transformer.
Ce que nous transformons, nous pouvons le partager.
Ce que nous partageons peut continuer à vivre. »
Puis chacun conserve quelques instants sa lumière.
Il peut alors se demander :
Qu’est-ce que je veux transmettre ?
Une connaissance ?
Une histoire ?
Un savoir-faire ?
Une œuvre ?
Une manière d’aimer ?
Une expérience ?
Une attention au vivant ?
Une espérance ?
La réponse pourra ensuite prendre une forme concrète au cours de la fête.
Car le Geste de la Transmission ne doit pas rester seulement symbolique.
La lumière reçue appelle quelque chose à accomplir.
Un récit à raconter.
Un savoir à enseigner.
Une création à offrir.
Une personne à écouter.
Un geste à transmettre.
Une relation à faire vivre.
Le geste relie ainsi les trois verbes de l’Amour trinitaire :
donner, recevoir, partager.
Et il les inscrit dans le mouvement plus vaste de la fête :
Recevoir. Discerner. Transformer. Partager. Transmettre.
Le silence ouvre l’espace.
La lumière circule.
La relation se crée.
La transmission commence.
Les créations de la fête
Les Huit Fêtes du Vivant ne proposent pas seulement de célébrer les rythmes de la nature.
Elles invitent à créer à partir d’eux.
À l’équinoxe d’automne, cette dimension prend une importance particulière puisque la fête elle-même est consacrée à la Transmission.
Mais que transmettons-nous ?
Nous pouvons transmettre ce que nous avons reçu tel que nous l’avons reçu.
Nous pouvons aussi le laisser traverser notre expérience, notre sensibilité et notre imagination pour lui donner une forme nouvelle.
C’est alors que la transmission devient création culturelle.
Créer à partir du silence
Les créations de cette fête peuvent commencer par le silence partagé.
Après quelques minutes de silence, chacun laisse apparaître ce qui demande à prendre forme.
Il ne s’agit pas nécessairement de chercher une « bonne idée ».
Un mot peut venir.
Une image.
Un souvenir.
Un visage.
Une phrase.
Un rythme.
Un geste.
Une question.
Une émotion.
Quelque chose que l’on croyait oublié.
Ce premier matériau peut ensuite être accueilli sans chercher immédiatement à l’expliquer.
La création commence peut-être précisément là : dans cet intervalle où quelque chose apparaît avant que nous sachions encore ce que nous allons en faire.
Transformer ce que nous avons reçu
Chacun peut ensuite choisir quelque chose qu’il a reçu au cours de sa vie et qu’il souhaite transmettre.
Une histoire familiale.
Une chanson.
Une recette.
Un savoir-faire.
Une photographie.
Un objet.
Un texte.
Un souvenir lié à un lieu.
Une parole reçue d’une personne importante.
Une tradition culturelle ou spirituelle.
Mais la proposition n’est pas seulement de montrer cet héritage.
Elle est de lui demander :
Que peux-tu devenir aujourd’hui ?
Une vieille photographie peut susciter un récit.
Une recette familiale devenir l’occasion d’un repas partagé.
Une histoire locale inspirer un poëme.
Un chant ancien rencontrer une musique nouvelle.
Un objet transmis devenir le point de départ d’une création plastique.
Une parole spirituelle être mise en relation avec une expérience contemporaine.
Un souvenir personnel devenir une histoire offerte à d’autres.
Le passé n’est alors ni rejeté ni reproduit.
Il devient matière à création.
Créer avec l’autre
La Transmission n’est pas seulement un passage entre les générations.
Elle est aussi une circulation entre les personnes.
Les créations de l’équinoxe peuvent donc naître de la rencontre.
Deux personnes peuvent créer ensemble à partir de ce qu’elles ont chacune reçu.
Un enfant et une personne âgée peuvent confronter leurs manières de voir un même lieu.
Des habitants anciens et nouveaux peuvent raconter le même territoire.
Des personnes appartenant à des cultures ou à des traditions spirituelles différentes peuvent partager un récit, une image, un chant ou un silence, puis créer quelque chose à partir de cette rencontre.
Nous retrouvons alors :
donner, recevoir, partager.
Je donne quelque chose de mon expérience.
Je reçois quelque chose de la tienne.
Et de cette rencontre peut naître quelque chose qui n’appartenait auparavant ni entièrement à l’un ni entièrement à l’autre.
La création devient elle-même relation.
Faire dialoguer spiritualité et création
Cette fête ouvre également un espace particulier pour des créations issues de l’expérience spirituelle.
Après un temps de méditation, de prière, de contemplation ou de silence, chacun peut laisser une trace de ce qu’il a vécu.
Non pour expliquer ou démontrer une croyance.
Mais pour donner forme à une expérience.
Un poëme.
Un dessin.
Une musique.
Une photographie.
Une danse.
Une calligraphie.
Une composition végétale.
Un récit.
Un geste.
Ou simplement quelques mots.
La spiritualité redevient ainsi une source possible de création culturelle.
Et la création permet, en retour, de partager quelque chose d’une expérience intérieure qui ne pourrait peut-être pas être communiqué autrement.
L’art rejoint ici le silence : il peut communiquer au-delà du discours.
Une œuvre commune
La fête peut enfin donner naissance à une création collective.
Elle ne doit pas nécessairement être prévue entièrement à l’avance.
Elle peut se construire progressivement à partir de ce que chacun apporte.
Un texte collectif.
Une installation.
Un livre de transmission.
Une composition musicale.
Une table des héritages.
Une carte sensible du territoire.
Une œuvre faite d’objets, de paroles, d’images ou de fragments de mémoire.
Chaque contribution demeure singulière, mais entre en relation avec les autres.
L’œuvre commune devient alors la trace visible de ce qui s’est passé pendant la fête.
Elle témoigne d’une idée essentielle :
une culture vivante ne se reçoit jamais achevée.
Chaque génération en hérite.
Chaque personne peut y apporter quelque chose.
Et ce que nous créons aujourd’hui deviendra peut-être, demain, ce que d’autres recevront à leur tour.
Ainsi se poursuit le mouvement du vivant :
recevoir un héritage, le transformer par la création, le partager par la relation et le transmettre pour qu’il puisse continuer son chemin.
Une fête ouverte sur le monde
Les Huit Fêtes du Vivant sont liées aux rythmes de la nature, mais elles ne sont pas destinées à appartenir à un seul territoire.
Chaque lieu peut les accueillir à partir de ses paysages, de son histoire, de ses cultures, de ses habitants et de ses propres manières de vivre les saisons.
Avec cette Fête de l’Équinoxe d’Automne, cette ouverture prend une dimension nouvelle.
Le déplacement symbolique de Bois-le-Roi vers Athènes marque le passage d’une expérience locale à une proposition appelée à circuler entre les territoires et les cultures.
Athènes, lieu de la conversation
Athènes devient le hub central de notre Archipel Poëtique et la capitale symbolique de la Civilisation de l’Amour.
Ce choix ne signifie pas que les Huit Fêtes du Vivant deviennent des fêtes athéniennes.
Athènes constitue plutôt un lieu de mise en relation.
Une ville depuis laquelle peuvent se rencontrer des territoires, des cultures, des créations et des traditions spirituelles différentes.
Son rôle n’est donc pas de centraliser.
Il est de mettre en conversation.
Cette fonction prend tout son sens pour l’équinoxe.
La Transmission ne peut plus être pensée seulement comme le passage d’un héritage à l’intérieur d’une même communauté.
Nos sociétés sont désormais traversées par des cultures, des histoires et des spiritualités multiples.
Nous devons apprendre à transmettre entre les cultures.
Recevoir ce que l’autre porte.
Partager ce que nous portons.
Et permettre à la rencontre de devenir créatrice.
Nous retrouvons à une autre échelle les trois verbes qui accompagnent cette fête :
donner, recevoir, partager.
Vers la Fête des Huit Amours
Cette ouverture conduit naturellement vers un autre projet : la Fête des Huit Amours.
Si la Civilisation de l’Amour doit pouvoir s’adresser à des femmes et des hommes appartenant à des cultures et à des traditions spirituelles différentes, elle ne peut réduire l’amour à une seule de ses formes.
L’amour possède plusieurs visages.
Amour de soi.
Amour du couple et désir.
Amitié.
Amour familial.
Amour du prochain.
Compassion.
Amour du vivant.
Amour spirituel.
Les cultures et les traditions leur ont donné des noms, des récits et des expressions différentes.
La Fête des Huit Amours cherchera précisément à faire entrer ces différentes expériences en conversation.
La rencontre entre bouddhisme et christianisme ouverte à l’équinoxe en constitue une première expérimentation.
Agapè, Maitrī et Karuṇā nous montrent déjà que des traditions différentes peuvent éclairer l’amour selon des perspectives distinctes et cependant se rencontrer dans une expérience commune : sortir de l’enfermement sur soi pour entrer plus profondément en relation.
La Civilisation de l’Amour ne demande donc pas que tous pensent de la même manière.
Elle propose de rechercher ce qui permet à des êtres différents de vivre, créer et aimer ensemble.
L’Archipel Poëtique
Cette circulation entre les différences est également le principe de l’Archipel Poëtique.
Un archipel n’est pas un continent uniforme.
Chaque île conserve sa forme, son histoire et son paysage.
Mais aucune n’est entièrement isolée.
Entre elles existe la mer : un espace de circulation, de déplacement et de rencontre.
Notre Archipel Poëtique repose sur cette même image.
Des territoires différents peuvent devenir des lieux d’expérimentation culturelle tout en restant profondément eux-mêmes.
Athènes peut dialoguer avec les Cyclades.
Les Cyclades avec Fontainebleau.
Fontainebleau avec le Carladez.
Et demain, d’autres territoires pourront rejoindre cette circulation.
Ce qui les relie n’est pas la volonté de reproduire partout un modèle identique.
C’est une même question :
Comment un territoire peut-il devenir un lieu de relation au vivant, de création culturelle et d’apprentissage de l’amour ?
Transmettre entre les territoires
La Fête de l’Équinoxe peut ainsi devenir un moment privilégié de transmission entre les territoires.
Une ville peut envoyer à une autre un poëme.
Une école partager une création avec une école située ailleurs.
Des habitants transmettre une recette, un chant, un récit ou une pratique liée à leur territoire.
Deux communautés peuvent observer simultanément le coucher du soleil et partager quelques minutes de silence.
Des artistes peuvent créer à partir d’un même thème depuis des lieux différents.
Une tradition spirituelle peut offrir une pratique ou un enseignement à la conversation commune.
Il ne s’agit plus seulement de transmettre dans le temps, entre ceux qui nous précèdent et ceux qui nous suivront.
Il s’agit aussi de transmettre dans l’espace, entre des personnes et des territoires qui vivent simultanément mais ne se rencontreraient peut-être jamais autrement.
La fête devient alors un réseau de relations.
Chaque territoire apporte quelque chose.
Chaque territoire reçoit quelque chose.
Et quelque chose de nouveau peut naître de cette circulation.
Une fête qui appartient à ceux qui la font vivre
Les Huit Fêtes du Vivant n’ont donc pas vocation à devenir un modèle culturel figé qu’il faudrait reproduire à l’identique.
Leur unité vient de leur trame : les grands passages de l’année, le vivant, les éléments, les qualités humaines, les gestes, la création, la spiritualité et l’amour.
Mais leurs formes doivent pouvoir changer.
Une fête célébrée à Athènes ne ressemblera pas exactement à une fête célébrée dans les Cyclades, à Fontainebleau ou dans le Carladez.
Et c’est souhaitable.
Car transmettre une fête vivante, ce n’est pas transmettre un programme.
C’est transmettre une grammaire de création permettant à chacun d’inventer à son tour.
L’Archipel Poëtique peut ainsi s’étendre sans perdre son principe.
Non par la multiplication de lieux identiques.
Mais par la mise en relation de lieux singuliers.
Un archipel de territoires.
Un archipel de cultures.
Un archipel de spiritualités.
Un archipel de créations.
Et entre eux, comme une mer commune :
l’Amour comme relation.
Vers la fête suivante
Avec l’équinoxe, un seuil est franchi.
La lumière extérieure poursuit son déclin. Les récoltes s’achèvent. Les arbres commencent à se dépouiller. Peu à peu, le vivant quitte les formes de l’abondance visible pour entrer dans un temps de retrait.
La Transmission nous a invités à regarder ce que nous avons reçu, à discerner ce que nous voulons transformer, partager et faire vivre au-delà de nous.
Mais tout ne peut pas être transmis de la même manière.
Certaines choses deviennent des œuvres, des paroles, des gestes ou des enseignements.
D’autres demeurent en nous sous la forme d’une mémoire.
Et certaines personnes, certains lieux, certains moments ne sont plus présents autrement que par le souvenir.
C’est vers cette autre dimension de la transmission que nous conduit maintenant l’automne.
Le 1er novembre, nous entrerons dans l’hiver avec la Fête du Recueillement.
Après Transmettre, viendra Se souvenir.
Le mouvement est naturel.
Nous avons partagé les fruits.
Nous avons transmis la lumière.
Il nous faut maintenant apprendre à habiter davantage l’obscurité.
Non comme quelque chose de négatif.
Mais comme un espace où ce qui n’est plus immédiatement visible peut continuer à être présent autrement.
Le Recueillement nous conduira ainsi vers la mémoire.
La mémoire des êtres.
La mémoire des générations.
La mémoire des lieux.
La mémoire de ce que nous avons vécu.
Et, à travers elle, de nouveau vers le mystère de la vie et de la mort.
Le dialogue spirituel commencé à l’équinoxe pourra alors s’approfondir.
Car bouddhisme et christianisme nous invitent, chacun selon son chemin, à ne pas détourner notre regard de la mort.
Non pour assombrir la vie.
Mais pour apprendre à la regarder avec davantage de profondeur.
Entre l’équinoxe et le 1er novembre, une question peut donc nous accompagner :
Lorsque les formes disparaissent, qu’est-ce qui demeure ?
Après le temps de la Transmission commence ainsi le chemin du Recueillement.
21 septembre — Transmettre.
1er novembre — Se souvenir.
Organiser la fête
La Fête de l’Équinoxe d’Automne peut être célébrée partout.
Elle ne demande ni lieu particulier, ni organisation complexe, ni adhésion à une tradition spirituelle.
Elle demande surtout de créer un temps différent du temps ordinaire : un moment où l’on s’arrête pour observer le vivant, faire silence, regarder ce que l’on a reçu et choisir ce que l’on souhaite transmettre.
Chaque personne, famille, école, association ou territoire peut ensuite inventer sa propre fête.
Une trame simple
La fête peut s’organiser autour de quelques mouvements essentiels.
Observer le vivant.
Commencer dehors lorsque cela est possible.
Regarder la lumière de septembre, les arbres, les fruits, les couleurs, la transformation des paysages.
Prendre conscience du passage de l’équinoxe : la lumière extérieure décroît et le vivant commence son mouvement vers l’intériorité.
Faire silence.
Partager quelques minutes sans parole.
Méditer, prier, contempler ou simplement être présent.
Écouter ce qui nous entoure et ce qui se passe en nous.
Faire l’expérience d’une communication qui ne passe pas nécessairement par les mots.
Recevoir et transmettre la lumière.
Allumer le Feu partagé et accomplir le Geste de la Transmission.
Une lumière est reçue.
Elle est donnée à une autre personne.
Puis elle circule jusqu’à devenir lumière commune.
Donner. Recevoir. Partager.
Se demander ce que nous voulons transmettre.
Chacun peut choisir quelque chose qu’il a reçu et qu’il considère suffisamment important pour vouloir le faire vivre.
Une histoire.
Une connaissance.
Un savoir-faire.
Une œuvre.
Une expérience.
Une valeur.
Une pratique.
Une manière d’aimer.
Un souvenir.
Une espérance.
Créer.
Ce qui a été reçu peut ensuite être transformé.
Écrire.
Dessiner.
Chanter.
Cuisiner.
Photographier.
Danser.
Raconter.
Construire.
Inventer.
La forme importe moins que le mouvement : faire de ce que nous avons reçu la matière d’une création nouvelle.
Partager.
La fête peut s’achever autour d’une table.
Les fruits et les aliments de saison y trouvent naturellement leur place.
Mais chacun peut également apporter quelque chose qui ne se mange pas : un récit, une musique, un objet, une création, une parole ou simplement une présence.
Le repas devient alors lui aussi un geste de transmission.
Chez soi
La fête peut prendre une forme très simple.
Observer le coucher du soleil.
Allumer une bougie.
Faire quelques minutes de silence.
Relire un texte important.
Regarder un objet reçu d’une personne ou d’une génération précédente.
Écrire ce que l’on souhaite conserver, transformer ou transmettre.
Puis accomplir un geste concret dans les jours suivants.
Téléphoner à quelqu’un.
Envoyer un texte.
Transmettre une recette.
Offrir un livre.
Partager une connaissance.
Achever une création.
La fête continue alors au-delà du 21 septembre.
En famille
L’équinoxe peut devenir un moment privilégié de transmission entre les générations.
Chacun apporte un objet, une photographie, une recette, une chanson ou une histoire qu’il souhaite transmettre.
Les plus âgés racontent.
Les plus jeunes questionnent.
Mais la transmission ne doit pas fonctionner dans un seul sens.
Les enfants et les jeunes ont eux aussi des connaissances, des pratiques, des créations et des manières de regarder le monde qu’ils peuvent transmettre aux générations précédentes.
Chacun peut donner.
Chacun peut recevoir.
La famille devient ainsi un espace de circulation plutôt qu’une simple chaîne descendante entre les générations.
À l’école
La fête peut devenir une pédagogie vivante de la transmission.
Les élèves peuvent enquêter sur ce qu’ils ont reçu de leur famille, de leur territoire ou de leur culture.
Ils peuvent rencontrer des personnes âgées, recueillir des récits, apprendre un savoir-faire, découvrir des traditions, observer les transformations saisonnières ou travailler sur la mémoire d’un lieu.
Puis vient l’étape essentielle :
transformer ce qui a été recueilli.
Un témoignage devient un texte.
Une mémoire devient une exposition.
Un paysage devient une création plastique.
Un récit ancien rencontre une forme numérique.
Une chanson est réinterprétée.
La transmission devient alors un acte de création.
Un temps de silence partagé peut également ouvrir ou conclure la fête, dans une forme accessible à chacun et respectueuse des convictions de tous.
Dans une association ou une commune
La fête peut prendre la forme d’une rencontre entre habitants.
On peut y partager les mémoires du territoire, les créations contemporaines, les savoir-faire, les histoires familiales, les pratiques culturelles et les expériences apportées par les nouveaux habitants.
Le patrimoine cesse alors d’être seulement ce que l’on protège.
Il devient ce que l’on remet en circulation.
La commune peut également inviter artistes, artisans, associations, écoles et habitants à créer ensemble à partir d’un même thème de transmission.
La fête devient un laboratoire de création culturelle locale.
Entre traditions spirituelles
L’équinoxe peut aussi ouvrir un espace de rencontre entre traditions spirituelles.
Il ne s’agit pas nécessairement d’organiser de longs débats théologiques.
L’expérience peut commencer beaucoup plus simplement.
Faire silence ensemble.
Écouter un court enseignement ou un texte provenant de différentes traditions.
Partager une expérience.
Puis se demander :
Qu’est-ce que cette tradition peut nous apprendre aujourd’hui sur l’amour, la relation, la vie et la mort ?
Pour cette première fête, le dialogue commence entre bouddhisme et christianisme, notamment à partir du Livre tibétain de la vie et de la mort et de l’École de l’Amour trinitaire.
L’Amour constitue leur lieu de rencontre.
Et le silence peut créer l’espace dans lequel la rencontre devient possible au-delà des seuls mots.
Entre territoires
Enfin, deux ou plusieurs territoires peuvent célébrer l’équinoxe en relation.
Ils peuvent échanger des créations.
Partager leurs récits.
S’envoyer des images de leurs paysages.
Faire circuler des poëmes.
Organiser simultanément un temps de silence.
Créer une œuvre commune à distance.
Chaque territoire donne quelque chose.
Chaque territoire reçoit quelque chose.
Et quelque chose peut naître entre eux.
C’est ainsi que peut se construire progressivement l’Archipel Poëtique : non comme une organisation centralisée, mais comme un réseau de territoires capables de donner, recevoir, partager et créer ensemble.
Il n’existe donc pas une seule manière de célébrer la Fête de l’Équinoxe d’Automne.
Il existe une trame.
Observer.
Faire silence.
Recevoir.
Donner.
Partager.
Créer.
Transmettre.
À chacun ensuite d’en faire une fête vivante.
De la Transmission à la Civilisation de l’Amour
La Fête de l’Équinoxe d’Automne marque une étape nouvelle dans le chemin des Huit Fêtes du Vivant.
Avec elle, la Civilisation de l’Amour cesse d’être seulement un horizon général du projet : elle commence à prendre forme à travers des expériences concrètes.
Faire silence ensemble.
Écouter.
Donner.
Recevoir.
Partager.
Créer.
Transmettre.
La rencontre entre bouddhisme et christianisme ouvre une première voie. Elle montre comment des traditions spirituelles différentes peuvent entrer en conversation à partir d’une expérience fondamentale qui les traverse : l’Amour, notamment à travers l’Agapè, la bienveillance et la compassion.
La Fête des Huit Amours élargit cette recherche.
Elle part de l’idée que l’amour ne possède pas une seule forme et que nos vies se construisent à travers plusieurs manières d’aimer : soi-même, l’autre, les proches, les amis, le vivant, le monde et ce qui nous dépasse.
Les Huit Fêtes du Vivant apportent à cette démarche une autre dimension : celle du temps.
Elles inscrivent l’amour, la création et la spiritualité dans les grands rythmes de l’année.
La Civilisation de l’Amour peut ainsi commencer à se construire à la rencontre de plusieurs chemins :
les saisons nous apprennent à habiter le temps ;
les traditions spirituelles nous ouvrent au mystère ;
la créativité nous permet de transformer ce que nous recevons ;
les différentes formes de l’amour nous apprennent à entrer en relation.
Ce ne sont encore que des chemins.
Mais lorsqu’ils commencent à se rencontrer, une culture nouvelle peut apparaître.
Une culture dans laquelle l’être humain ne cherche plus seulement à produire et à consommer, mais aussi à créer, contempler, aimer et transmettre.
Voir aussi
Cette fête s’inscrit dans un ensemble de projets complémentaires qui contribuent, chacun à leur manière, à la construction d’une Civilisation de l’Amour.
Vous pouvez également découvrir :
- Les Huit Fêtes du Vivant — présentation générale du calendrier annuel.
- La Civilisation de l’Amour.— l’horizon commun qui inspire l’ensemble de la démarche.
- La Fête des Huit Amours — célébration qui se déroule du 1er au 8 août et s’ouvre avec la Fête de l’Entrée en Automne.
- L’École de Création Culturelle — une méthode pour faire naître des projets culturels à partir du vivant et des territoires.
- Le Tourisme Poëtique — une invitation à découvrir les territoires à travers leur patrimoine et leur dimension symbolique.
- Les Jumelages Poëtiques — un réseau de territoires qui choisissent de créer ensemble.
- L’Archipel Poëtique — le réseau reliant progressivement le Pays de Fontainebleau, le Carladez, les Cyclades et, demain, d’autres territoires.
- Créer une véritable politique culturelle avec l’intelligence artificielle — une méthode ouverte pour accompagner les communes et les territoires dans leurs projets de création culturelle.
Ces différentes pages peuvent être lues indépendamment les unes des autres. Ensemble, elles dessinent progressivement une même vision : remettre la création culturelle, les territoires et les grands rythmes du vivant au service d’une société plus créative, plus fraternelle et plus attentive au monde vivant.