Henri de Régnier

Les Pins


Les pins chantent, arbre par arbre, et tous ensemble ;
C’est toute une forêt qui sanglote et qui tremble,
Tragique, car le vent, ici, vient de la mer ;
Sa douceur est terrible et garde un goût amer
Et d’endormir nos soirs il se souvient encore
D’être né du sursaut d’une farouche aurore
Dans l’écume qui bave et la houle et l’embrun ;
Et, sous les hauts pins roux qui chantent, un à un,
Ou qui grondent en unissant de cime à cime
Le refrain éternel de leur flot unanime,
Le bonheur qui s’endort et qui ferme les yeux
Croit entendre, en un rêve encore soucieux,
La rancune ancienne et la rauque colère,
Couple hargneux qui hurle et se guette et se flaire,
Passer dans sa mémoire et mordre son sommeil ;
Et la joie, au sommet des grands arbres vermeils
Que le soir fait de pourpre et que l’heure ensanglante,
Ressemble à la colombe harmonieuse et lente
Et dont le chant roucoule et se perd et s’éteint
Dans la rouge rumeur que murmurent les pins.

Henri de Régnier, Les Jeux rustiques et divins, 1897

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Jeux_rustiques_et_divins

Henri de Régnier, né le 28 décembre 1864 à Honfleur et mort le 23 mai 1936 à Paris, est un écrivain et poète français, proche du symbolisme.

Admirateur de Stéphane Mallarmé, aux « mardis » duquel il assiste régulièrement dans sa jeunesse, il est d’abord influencé par Leconte de Lisle et surtout par José-Maria de Heredia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_de_R%C3%A9gnier

Henri de Régnier : de Mallarmé à l’Art déco

L’image d’Henri de Régnier est souvent réduite à quelques traits schématiques : académicien, poète à monocle, mondain, mari trompé, connaisseur de Venise.
Mais la vérité est plus complexe, d’où sans doute la formulation mystérieuse de Picabia : « Henri de Régnier a toujours marché sur la tête. » Proche de Stéphane Mallarmé, ami d’André Gide, de Pierre Louÿs et Debussy, il est un témoin essentiel de la vie intellectuelle entre 1890 et 1914. Après 1918, ses échanges avec Proust, son amitié avec Paul Morand qui voyait en lui « le plus grand gentleman des lettres françaises », sa collaboration avec les meilleurs illustrateurs de l’époque lui donnent une place dans l’après-guerre.
Au-delà de l’auteur brillant de La Canne de jaspe et de La Double maîtresse, sa biographie fondée sur de nombreux documents inédits révèle un homme curieux, sensible et ironique.

Professeur émérite à l’université du Maine, Patrick Besnier a publié des travaux sur Alfred Jarry, Edmond Rostand et Raymond Roussel.

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