
- To ââ (Song) Traduction française : M. Slimane
- Les poĂšmes d’Edgar Poe traduits par StĂ©phane MallarmĂ©
- Mallarmé et Poe
- Album facebook
- Edgar Allan Poe â Eureka (1848)
- Voir aussi
To ââ (Song) Traduction française : M. Slimane
Edgar Allan Poe (1809-1849)
CHANSON : Ă ââ.
Traduction française : M. Slimane
~~~~
Je te vis Ă ton jour nuptial â
quand une ardente rougeur te surmonta,
quoique autour de toi le bonheur s’Ă©tale,
le monde tout amour devant toi :
Et dans tes yeux une brûlante lumiÚre
(quelle qu’elle put ĂȘtre)
fut tout ce que sur Terre ma vue douloureuse
put voir de Beauté.
Cette rougeur Ă©tait, peut-ĂȘtre, une honte de jeune fille â
comme telle, elle pourrait bien passer â
quoique son ardeur ait ressuscité une flamme cruelle
dans le sein de celui, hélas !
Qui te vit Ă ce jour nuptial,
quand cette rougeur profonde te surmontait,
quoique autour de toi le bonheur s’Ă©tale,
le monde tout amour devant toi.
~~~~~~~~~~~~
Edgar Allan Poe (1809-1849)
SONG : TO ââ
~~~~
I SAW thee on thy bridal day â
When a burning blush came oâer thee,
Though happiness around thee lay,
The world all love before thee:
And in thine eye a kindling light
(Whatever it might be)
Was all on Earth my aching sight
Of Loveliness could see.
That blush, perhaps, was maiden shame â
As such it well may pass â
Though its glow hath raised a fiercer flame
In the breast of him, alas!
Who saw thee on that bridal day,
When that deep blush would come oâer thee,
Though happiness around thee lay,
The world all love before thee.
Source : https://www.facebook.com/photo/?fbid=633954988532516&set=a.235755125019173
Les poĂšmes d’Edgar Poe traduits par StĂ©phane MallarmĂ©

Livre
Les poĂšmes d’Edgar Poe / traduction de StĂ©phane MallarmĂ©
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A DREAM WITHIN A DREAM

A DREAM WITHIN A DREAM.
Take this kiss upon the brow!
And, in parting from you now,
Thus much let me avowâ
You are not wrong, who deem
That my days have been a dream;
Yet if hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.
I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sandâ
How few! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weepâwhile I weep!
O God! can I not grasp
Them with a tighter clasp?
O God! can I not save
One from the pitiless wave?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream?
Edgar Allan Poe
UN RĂVE DANS UN RĂVE
Tiens ! ce baiser sur ton front ! Et, Ă lâheure oĂč je te quitte, oui, bien haut, que je te lâavoue : tu nâas pas tort, toi qui juges que mes jours ont Ă©tĂ© un rĂȘve ; et si lâespoir sâest enfui en une nuit ou en un jour, â dans une vision ou aucune, nâen est-il pour cela pas moins PASSĂ ? Tout ce que nous voyons ou paraissons nâest quâun rĂȘve dans un rĂȘve.
Je reste en la rumeur dâun rivage par le flot tourmentĂ© et tiens dans la main des grains du sable dâor â bien peu ! encore comme ils glissent Ă travers mes doigts Ă lâabĂźme, pendant que je pleure â pendant que je pleure ! Ă Dieu ! ne puis-je les serrer dâune Ă©treinte plus sĂ»re ? Ă Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, nâest-il quâun rĂȘve dans un rĂȘve ?
Stéphane Mallarmé
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TO HELEN

To Helen (Poe, 1831)
Helen, thy beauty is to me
Like those Nicean barks of yore,
That gently, o’er a perfumed sea,
The weary, wayworn wanderer bore
To his own native shore.
On desperate seas long wont to roam,
Thy hyacinth hair, thy classic face,
Thy Naiad airs have brought me home
to the glory that was Greece
And the grandeur that was Rome.
Lo! in yon brilliant window-niche
How statue-like I see thee stand,
The agate lamp within thy hand!
Ah, Psyche, from the regions which
Are Holy Land!
Edgar Poe
STANCES Ă HĂLĂNE
HĂ©lĂšne, ta beautĂ© est pour moi comme ces barques nicĂ©ennes dâautrefois qui, sur une mer parfumĂ©e, portaient doucement le dĂ©fait et las voyageur Ă son rivage natal.
Par des mers dĂ©sespĂ©rĂ©es longtemps coutumier dâerrer, ta chevelure hyacinthe, ton classique visage, tes airs de NaĂŻade mâont ramenĂ© ainsi que chez moi, Ă la gloire qui fut la GrĂšce, Ă la grandeur qui fut Rome.
LĂ , dans cette niche splendide dâune croisĂ©e, câest bien comme une statue que je te vois apparaĂźtre, la lampe dâagate en la main, ah ! PsychĂ© ! de ces rĂ©gions issue qui sont terre sainte.
Stéphane Mallarmé
EULALIE

https://byronsmuse.wordpress.com/2018/10/07/edgar-allan-poe-eulalie-and-the-ideal-beloved/?fbclid=IwAR1UNZkqjHQ8jPyQMcTiS1zyQfhfSa4pOR8T9wUHbIOWPBQyVh7Jo5wjtOc
EULALIE.
â I dwelt alone
â In a world of moan,
â And my soul was a stagnant tide,
Till the fair and gentle Eulalie became my blushing brideâ
Till the yellow-haired young Eulalie became my smiling bride.
â Ah, lessâless bright
â The stars of the night
â Than the eyes of the radiant girl!
â And never a flake
â That the vapour can make
â With the moon-tints of purple and pearl,
Can vie with the modest Eulalie’s most unregarded curlâ
Can compare with the bright-eyed Eulalie’s most humble and careless curl.
â Now Doubtânow Pain
â Come never again,
â For her soul gives me sigh for sigh,
â And all day long
â Shines, bright and strong,
â AstartĂ© within the sky,
While ever to her dear Eulalie upturns her matron eyeâ
While ever to her young Eulalie upturns her violet eye.
Edgar Allan Poe
EULALIE (en français)
Jâhabitais seul un monde de plaintes, et mon Ăąme Ă©tait une onde stagnante, avant que la claire et gentille Eulalie devĂźnt ma rougissante Ă©pousĂ©e, â avant quâavec les cheveux dorĂ©s la jeune Eulalie devĂźnt ma souriante Ă©pousĂ©e.
Ah ! non moins brillantes les Ă©toiles de la nuit que les yeux de la radieuse fille ! et jamais flocon que la vapeur peut faire avec les teintes pourpre et de nacre de la lune, ne peut valoir en la modeste Eulalie la plus nĂ©gligĂ©e de ses tresses ! â ne peut se comparer en Eulalie les yeux brillants Ă la plus humble et la plus insoucieuse de ses tresses.
Maintenant le Doute, â maintenant la Peine, ne reviennent pas, car mon Ăąme me donne soupir pour soupir ; et, tout le long du jour luit brillante et forte, AstartĂ© dans le ciel, pendant que toujours, sur elle, la chĂšre Eulalie lĂšve son Ćil de jeune femme â pendant que toujours sur elle la jeune Eulalie lĂšve les violettes de son Ćil.
Stéphane Mallarmé
TO ONE IN PARADISE

TO ONE IN PARADISE
Thou wast that all to me, love,
â For which my soul did pineâ
A green isle in the sea, love,
â A fountain and a shrine,
All wreathed with fairy fruits and flowers,
â And all the flowers were mine.
Ah, dream too bright to last!
â Ah, starry Hope! that didst arise
But to be overcast!
â A voice from out the Future cries,
« On! on! »âbut o’er the Past
â (Dim gulf!) my spirit hovering lies
Mute, motionless, aghast!
For, alas! alas! with me
â The light of Life is o’er!
â  »No moreâno moreâno moreâ »
(Such language holds the solemn sea
â To the sands upon the shore)
Shall bloom the thunder-blasted tree,
â Or the stricken eagle soar!
And all my days are trances,
â And all my nightly dreams
Are where thy dark eye glances,
â And where thy footstep gleamsâ
In what ethereal dances,
â By what eternal streams.
Edgar Allan Poe
A QUELQUâUN AU PARADIS
Tu Ă©tais pour moi, amour, tout ce vers quoi mon Ăąme languissait â une Ăźle verte en mer, amour, une fontaine et un autel, enguirlandĂ©s tout de fĂ©eriques fruits et de fleurs, et toutes les fleurs Ă moi.
Ah ! rĂȘve trop brillant pour durer : ah ! espoir comme une Ă©toile, qui ne te levas que pour te voiler. Une voix du fond du Futur crie : « Va ! â va ! » â mais sur le PassĂ© (obscur gouffre) mon esprit, planant, est muet, immobile, consternĂ© !
HĂ©las ! hĂ©las ! car pour moi la lumiĂšre de la vie est Ă©teinte : « non ! â plus ! â plus ! â plus ! » (ce langage que tient la solennelle mer aux sables sur le rivage) ne fleurira lâarbre dĂ©vastĂ© de la foudre, et lâaigle frappĂ© ne surgira.
Et tous mes jours sont des extases, et tous mes songes de la nuit sont oĂč ton Ćil dâombre sâallume et luit ton pas â dans quelles danses Ă©thĂ©rĂ©es â par quels ruissellements Ă©ternels ! uelles danses Ă©thĂ©rĂ©es – par quels ruissellements Ă©ternels !
Stéphane Mallarmé
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BRIDAL BALLAD

BRIDAL BALLAD
The ring is on my hand,
And the wreath is on my brow;
Satin and jewels grand
Are all at my command,
And I am happy now.
And my lord he loves me well;
But, when first he breathed his vow,
I felt my bosom swell â
For the words rang as a knell,
And the voice seemed his who fell
In the battle down the dell,
And who is happy now.
But he spoke to re-assure me,
And he kissed my pallid brow,
While a reverie came o’er me,
And to the church-yard bore me,
And I sighed to him before me,
Thinking him dead D’Elormie,
« Oh, I am happy now! »
And thus the words were spoken,
And this the plighted vow,
And, though my faith be broken,
And, though my heart be broken,
Here is a ring, as token
That I am happy now!
Would God I could awaken!
For I dream I know not how!
And my soul is sorely shaken
Lest an evil step be taken, â
Lest the dead who is forsaken
May not be happy now.
Edgar Allan Poe
BALLADE DE NOCES
Lâanneau est Ă mon doigt, et la couronne Ă mon front ; une profusion de satins et de joyaux est Ă mes ordres â et je suis heureuse maintenant.
Et, mon Seigneur, il mâaime bien ; mais quand il exhala son vĆu, je sentis mon cĆur se gonfler â car les mots sonnĂšrent comme un glas et la voix semblait la sienne, Ă celui qui tomba â dans la bataille au fond de la vallĂ©e â et qui est heureux maintenant.
Mais il parla de façon Ă me rassurer, et il baisa mon front pĂąle ; lorsquâune rĂȘverie survint et me porta au cimetiĂšre, et je soupirai, devant moi le voyant mort, dâĂlormie : « Oh ! je suis heureuse maintenant ! »
Comme cela, furent dites les paroles ; comme cela fut le vĆu profĂ©rĂ© ; et, quoique je manque Ă ma foi et quoique le cĆur me manque, regardez le gage dâor qui prouve que je suis heureuse maintenant.
Plaise Ă Dieu que je mâĂ©veille ! car je ne sais pas ce que je rĂȘve, et mon Ăąme est douloureusement Ă©branlĂ©e â de la crainte quâil y ait un mauvais pas de fait, de peur que le mort qui est dĂ©laissĂ© ne soit pas heureux maintenant.
Stéphane Mallarmé
Scolie
Lues par Poe, ces strophes laissaient dans l’esprit une empreinte ineffaçable, se souvient Mrs Whitman. J’ajoute qu’elles ont Ă©tĂ© trĂšs frĂ©quemment mises en musique, et qu’on les chanta dans des concerts en Angleterre.
LENORE

LENORE
Ah, broken is the golden bowl! the spirit flown forever!
Let the bell toll!âa saintly soul floats on the Stygian river;
And, Guy De Vere, hast thou no tear?âweep now or never more!
See! on yon drear and rigid bier low lies thy love, Lenore!
Come! let the burial rite be readâthe funeral song be sung!â
An anthem for the queenliest dead that ever died so youngâ
A dirge for her the doubly dead in that she died so young.
« Wretches! ye loved her for her wealth and hated her for her pride,
« And when she fell in feeble health, ye blessed herâthat she died!
« How shall the ritual, then, be read?âthe requiem how be sung
« By youâby yours, the evil eye,âby yours, the slanderous tongue
« That did to death the innocence that died, and died so young? »
Peccavimus; but rave not thus! and let a Sabbath song
Go up to God so solemnly the dead may feel no wrong!
The sweet Lenore hath « gone before, » with Hope, that flew beside,
Leaving thee wild for the dear child that should have been thy brideâ
For her, the fair and debonair, that now so lowly lies,
The life upon her yellow hair but not within her eyesâ
The life still there, upon her hairâthe death upon her eyes.
« Avaunt! to-night my heart is light. No dirge will I upraise,
« But waft the angel on her flight with a PÊan of old days!
« Let no bell toll!âlest her sweet soul, amid its hallowed mirth,
« Should catch the note, as it doth float up from the damnéd Earth.
« To friends above, from fiends below, the indignant ghost is rivenâ
« From Hell unto a high estate far up within the Heavenâ
« From grief and groan, to a golden throne, beside the King of Heaven. »
Edgar Allan Poe
LĂNORE (en français)
Ah ! brisĂ©e est la coupe dâor ! lâesprit Ă jamais envolĂ© ! Que sonne le glas ! â une Ăąme sanctifiĂ©e flotte sur le fleuve Stygien ; et toi, Guy de Vere, nâas-tu de larmes ? pleure maintenant ou jamais plus ! Vois ! sur cette morne et rigide biĂšre gĂźt ton amour, LĂ©nore ! Allons ! que lâoffice mortuaire se lise, le chant funĂšbre se chante ! Une antienne pour la morte la plus royale qui jamais soit morte si jeune, â une psalmodie pour elle, morte deux fois parce quâelle est morte si jeune !
« MisĂ©rables ! vous lâaimiez pour sa richesse et la haĂŻssiez pour son orgueil, et quand sa santĂ© chancela vous la bĂ©nissiez â parce quâelle mourait. Comment donc le rituel sera-t-il lu ? â le Requiem, chantĂ© â par vous, â par toi, lâĆil mauvais, par toi, la langue infamante, qui avez causĂ© la mort de lâinnocence qui est morte si jeune ? »
« â Peccavimus ; mais ne dĂ©lire pas de la sorte ! et quâun chant du sabbat monte Ă Dieu si solennellement qua la morte ne sente de mal ! La suave LĂ©nore a âpris les devantsâ avec lâespoir qui volait Ă cĂŽtĂ©, te laissant dans lâĂ©garement Ă cause de cette chĂšre enfant qui aurait Ă©tĂ© ton Ă©pousĂ©e, â elle la belle et de grand air qui maintenant gĂźt si profondĂ©ment, la vie sur la blonde chevelure, mais pas dans les yeux, â la vie lĂ encore, sur la chevelure, â la mort aux yeux. »
« ArriĂšre ! ce soir jâai le cĆur lĂ©ger. Je nâentonnerai de chant mortuaire, mais soutiendrai, dans son vol, lâange par un PĂ©an des vieux jours ! Que ne tinte de glas ! â de peur que son Ăąme suave, parmi sa religieuse allĂ©gresse, nâen saisisse la note, comme Elle plane sur la Terre maudite. Vers les amis dâen haut, aux dĂ©mons dâen bas le fantĂŽme indignĂ© sâarrache â Ă lâEnfer, vers une haute condition au loin dans les Cieux, â aux pleurs et aux plaintes, vers un trĂŽne dâor Ă cĂŽtĂ© du Roi des Cieux. »
Sthéphane Mallarmé
Scolie
A la morte des jeunes annĂ©es dont le dĂ©part consterna pour la premiĂšre fois l’imagination de l’enfant et lui communiqua peut-ĂȘtre la prescience de teintes funĂšbres irrĂ©mĂ©diables, on doit l’inspiration aussi de ce morceau tout d’Ă©garement et de pleurs. Les anciennes versions prĂ©sentent, en effet, le nom d’Helen, au lieu de LĂ©nore.  » Le poĂšme subit ensuite de grands changements et des amĂ©liorations dans sa structure et l’expression, et le nom de LĂ©nore y fut introduit, selon toute apparence, pour lui prĂȘter  » – comme au Corbeau plus tard –  » son effet de sonoritĂ©. Quelque peut ĂȘtre le sens cachĂ© dans
cette Ă©trange et funĂšbre antienne, on admirera toujours le chant triomphal de sa douleur et la sombre pompe des paroles.(1) «Â
(1) E. Poe et ses critiques, page 52.
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ANNABEL LEE

ANNABEL LEE
It was many and many a year ago,
â In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
â By the name of Annabel Lee;
And this maiden she lived with no other thought
â Than to love and be loved by me.
I was a child and she was a child,
â In this kingdom by the sea:
But we loved with a love that was more than loveâ
â I and my Annabel Lee;
With a love that the winged seraphs of heaven
â Coveted her and me.
And this was the reason that, long ago,
â In this kingdom by the sea,
A wind blew out of a cloud, chilling
â My beautiful Annabel Lee;
So that her highborn kinsman came
â And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
â In this kingdom by the sea.
The angels, not half so happy in heaven,
â Went envying her and meâ
Yes!âthat was the reason (as all men know,
â In this kingdom by the sea)
That the wind came out of the cloud by night,
â Chilling and killing my Annabel Lee.
But our love it was stronger by far than the love
â Of those who were older than weâ
â Of many far wiser than weâ
And neither the angels in heaven above,
â Nor the demons down under the sea,
Can ever dissever my soul from the soul
â Of the beautiful Annabel Lee:
For the moon never beams, without bringing me dreams
â Of the beautiful Annabel Lee;
And the stars never rise, but I feel the bright eyes
â Of the beautiful Annabel Lee;
And so, all the night-tide, I lie down by the side
Of my darlingâmy darlingâmy life and my bride,
â In the sepulchre there by the sea,
â In her tomb by the sounding sea.
Edgar Allan Poe
ANNABEL LEE (en français)
Il y a mainte et mainte annĂ©e, dans un royaume prĂšs de la mer, vivait une jeune fille, que vous pouvez connaĂźtre par son nom dâAnnabel Lee, et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensĂ©e que dâaimer et dâĂȘtre aimĂ©e de moi.
JâĂ©tais un enfant, et elle Ă©tait un enfant, dans ce royaume prĂšs de la mer ; mais nous nous aimions dâun amour qui Ă©tait plus que de lâamour, â moi et mon Annabel Lee ; dâun amour que les sĂ©raphins ailĂ©s des Cieux convoitaient Ă elle et Ă moi.
Et ce fut la raison quâil y a longtemps, â un vent souffla dâun nuage, glaçant ma belle Annabel Lee ; de sorte que ses proches de haute lignĂ©e vinrent et me lâenlevĂšrent, pour lâenfermer dans un sĂ©pulcre, en ce royaume prĂšs de la mer.
Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux, vinrent, nous enviant, elle et moi. Oui ! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent dans ce royaume prÚs de la mer) pourquoi le vent sortit du nuage la nuit, glaçant et tuant mon Annabel Lee.
Car la lune jamais ne rayonne sans mâapporter des songes de la belle Annabel Lee ; et les Ă©toiles jamais ne se lĂšvent que je ne sente les yeux brillants de la belle Annabel Lee ; et ainsi, toute lâheure de nuit, je repose Ă cĂŽtĂ© de ma chĂ©rie, â de ma chĂ©rie, â ma vie et mon Ă©pouse, dans ce sĂ©pulcre prĂšs de la mer, dans sa tombe prĂšs de la bruyante mer.
Mais, pour notre amour, il Ă©tait plus fort de tout un monde que lâamour de ceux plus ĂągĂ©s que nous ; â de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, â et ni les anges lĂ -haut dans les cieux, â ni les dĂ©mons sous la mer, ne peuvent jamais disjoindre mon Ăąme de lâĂąme de la trĂšs belle Annabel Lee.
Stéphane Mallarmé
Scolie
 » Le dernier poĂšme de Poe (m’a Ă©crit mon guide Mrs Whitman), et un poĂšme qui ne fut publiĂ© que deux mois aprĂšs sa mort.  » Par une coĂŻncidence, ce sont les vers rĂ©citĂ©s Ă haute voix Ă la cĂ©rĂ©monie de l’inauguration du tombeau : tout purs, brillants, aĂ©riens qu’ils soient.
Voyez dans cet Ă©tat dĂ©licieux d’enfance qui pare l’hĂ©roĂŻne au nom chantant, le caractĂšre distinctif de la femme de Poe, Ă©pousĂ©e Ă ses quinze ans, une jeune cousine, Virginie. Tout le monde s’accorde sur ce point : mais diffĂšre dans l’explication des mots her highborn Kinsmen, ses parents d’un haut rang. Est-il question des anges qui enviĂšrent Ă l’amant sa fiancĂ©e, hypothĂšse plausible ; ou bien des membres d’une vieille et hautaine famille imaginaire, comme celle dont l’auteur se plaĂźt, en plusieurs de ses contes et dans le poĂšme de la Dormeuse notamment, Ă Ă©voquer la poĂ©sie pompeuse nobiliaire ?
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THE SLEEPER

Tableau de Joseph Wright of Derby (English, 1734-1797). « Lake by Moonlight with Castle on Hill, » about 1787. Oil on canvas, 58.4 x 76.3 cm. Musée des Beaux-Arts de Montréal.
THE SLEEPER
At midnight, in the month of June,
I stand beneath the mystic moon.
An opiate vapour, dewy, dim,
Exhales from out her golden rim,
And, softly dripping, drop by drop,
Upon the quiet mountain top,
Steals drowsily and musically
Into the universal valley.
The rosemary nods upon the grave;
The lily lolls upon the wave;
Wrapping the fog about its breast,
The ruin moulders into rest;
Looking like Lethe, see! the lake
A conscious slumber seems to take,
And would not, for the world, awake.
All Beauty sleeps!âand lo! where lies
(Her casement open to the skies)
Irene, with her Destinies!
Oh, lady bright! can it be rightâ
This window open to the night?
The wanton airs, from the tree-top,
Laughingly through the lattice dropâ
The bodiless airs, a wizard rout,
Flit through thy chamber in and out,
And wave the curtain canopy
So fitfullyâso fearfullyâ
Above the closed and fringed lid
‘Neath which thy slumb’ring soul lies hid,
That, o’er the floor and down the wall,
Like ghosts the shadows rise and fall!
Oh, lady dear, hast thou no fear?
Why and what art thou dreaming here?
Sure thou art come o’er far-off seas,
A wonder to these garden trees!
Strange is thy pallor! strange thy dress!
Strange, above all, thy length of tress,
And this all solemn silentness!
The lady sleeps! Oh, may her sleep,
Which is enduring, so be deep!
Heaven have her in its sacred keep!
This chamber changed for one more holy,
This bed for one more melancholy,
I pray to God that she may lie
Forever with unopened eye,
While the dim sheeted ghosts go by!
My love, she sleeps! Oh, may her sleep
As it is lasting, so be deep!
Soft may the worms about her creep!
Far in the forest, dim and old,
For her may some tall vault unfoldâ
Some vault that oft hath flung its black
And winged pannels fluttering back,
Triumphant, o’er the crested palls,
Of her grand family funeralsâ
Some sepulchre, remote, alone,
Against whose portal she hath thrown,
In childhood, many an idle stoneâ
Some tomb from out whose sounding door
She ne’er shall force an echo more,
Thrilling to think, poor child of sin!
It was the dead who groaned within.
Edgar Allan Poe
LA DORMEUSE
Ă minuit, au mois de juin, je suis sous la lune mystique : une vapeur opiacĂ©e, obscure, humide, sâexhale hors de son contour dâor et, doucement se distillant, goutte Ă goutte, sur le tranquille sommet de la montagne, glisse, avec assoupissement et musique, parmi lâuniverselle vallĂ©e. Le romarin salue la tombe, le lis flotte sur la vague ; enveloppant de brume son sein, la ruine se tasse dans le repos : comparable au LĂ©thĂ©, voyez ! le lac semble goĂ»ter un sommeil conscient et, pour le monde, ne lâĂ©veillerait. Toute BeautĂ© dort : et repose, sa croisĂ©e ouverte au ciel, IrĂšne avec ses DestinĂ©es !
Oh ! dame brillante, vraiment est-ce bien, cette fenĂȘtre ouverte Ă la nuit ? Les airs folĂątres se laissent choir du haut de lâarbre rieusement par la persienne ; les airs incorporels, troupe magique, voltigent au dedans et au-dehors de la chambre, et agitent les rideaux du baldaquin si brusquement â si terriblement â au-dessus des closes paupiĂšres frangĂ©es oĂč ton Ăąme en le somme gĂźt cachĂ©e, que le long du plancher et au bas du mur, comme des fantĂŽmes sâĂ©lĂšve et descend lâombre. Oh ! dame aimĂ©e, nâas-tu pas peur ? Pourquoi ou Ă quoi rĂȘves-tu maintenant ici ? SĂ»r, tu es venue de par les mers du loin, merveille pour les arbres de ces jardins ! Ătrange est ta pĂąleur ! Ă©trange est ta toilette ! Ă©trange par-dessus tout ta longueur de cheveux, et tout ce solennel silence !
La dame dort ! oh ! puisse son sommeil, qui se prolonge, de mĂȘme ĂȘtre profond. Le Ciel la tienne en sa garde sacrĂ©e. La salle changĂ©e en une plus sainte, ce lit, en un plus mĂ©lancolique, je prie Dieu quâelle gise Ă jamais sans que sâouvre son Ćil, pendant quâerrent les fantĂŽmes aux plis obscurs.
Mon amour, elle dort ! oh ! puisse son sommeil, comme il est continu, de mĂȘme ĂȘtre profond. Que doucement autour dâelle rampent les vers ! Loin dans la forĂȘt, obscure et vieille, que sâouvre pour elle quelque haut caveau â quelque caveau qui souvent a fermĂ© les ailes noires de ses oscillants panneaux, triomphal, sur les tentures armoriĂ©es des funĂ©railles de sa grande famille, â quelque sĂ©pulcre, Ă©cartĂ©, solitaire, contre le portail duquel elle a lancĂ©, dans sa jeunesse, mainte pierre oisive â quelque tombe hors de la porte retentissante de laquelle elle ne fera plus sortir jamais dâĂ©cho, frissonnante de penser, pauvre enfant de pĂ©chĂ© ! que câĂ©taient les morts qui gĂ©missaient Ă lâintĂ©rieur.
Stéphane Mallarmé
Scolie
Ces vers mystĂ©rieux font partie de l’oeuvre de jeunesse. La mortelle splendeur de la figure Ă©voquĂ©e, avec le dĂ©veloppement du crescendo final (si on veut en prolonger Ă haute voix la lecture), tout concourt Ă faire de la Dormeuse un des morceaux les plus extraordinaires, au charme le plus sĂ»r qui soient dans le livre.
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THE BELLS

https://mflibra.com/products/1881-rare-victorian-book-the-bells-by-edgar-allan-poe-illustrated-1?variant=31298406744200&fbclid=IwAR3PszCF857PxU7jePZKHEDfGP7s3nFSGx6I8ysBBhL-ghdkQ1T9bUVK2yM
THE BELLS
I.
â Hear the sledges with the bellsâ
â Silver bells!
What a world of merriment their melody foretells!
â How they tinkle, tinkle, tinkle,
â In the icy air of night!
â While the stars that oversprinkle
â All the heavens, seem to twinkle
â With a crystalline delight;
â Keeping time, time, time,
â In a sort of Runic rhyme,
To the tintinabulation that so musically wells
â From the bells, bells, bells, bells,
â Bells, bells, bellsâ
â From the jingling and the tinkling of the bells.
II.
â Hear the mellow wedding bells,
â Golden bells!
What a world of happiness their harmony foretells?
â Through the balmy air of night
â How they ring out their delight!
â From the molten-golden notes,
â And all in tune,
â What a liquid ditty floats
â To the turtle-dove that listens, while she gloats
â On the moon!
â Oh, from out the sounding cells,
What a gush of euphony voluminously wells!
â How it swells!
â How it dwells
â On the Future! how it tells
â Of the rapture that impels
â To the swinging and the ringing
â Of the bells, bells, bells,
â Of the bells, bells, bells, bells,
â Bells, bells, bellsâ
â To the rhyming and the chiming of the bells!
III.
â Hear the loud alarum bellsâ
â Brazen bells!
What a tale of terror, now, their turbulency tells!
â In the startled ear of night
â How they scream out their affright!
â Too much horrified to speak,
â They can only shriek, shriek,
â Out of tune,
In a clamorous appealing to the mercy of the fire,
In a mad expostulation with the deaf and frantic fire,
â Leaping higher, higher, higher,
â With a desperate desire,
â And a resolute endeavor
â Nowânow to sit or never,
â By the side of the pale-faced moon.
â Oh, the bells, bells, bells!
â What a tale their terror tells
â Of Despair!
â How they clang, and clash, and roar!
â What a horror they outpour
â On the bosom of the palpitating air!
â Yet the ear it fully knows,
â By the twanging,
â And the clanging,
â How the danger ebbs and flows;
â Yet the ear distinctly tells,
â In the jangling,
â And the wrangling,
â How the danger sinks and swells,
By the sinking or the swelling in the anger of the bellsâ
â Of the bellsâ
â Of the bells, bells, bells, bells,
â Bells, bells, bellsâ
â In the clamor and the clangor of the bells!
IV.
â Hear the tolling of the bellsâ
â Iron bells!
What a world of solemn thought their monody compels!
â In the silence of the night,
â How we shiver with affright
â At the melancholy menace of their tone!
â For every sound that floats
â From the rust within their throats
â Is a groan.
â And the peopleâah, the peopleâ
â They that dwell up in the steeple,
â All alone,
â And who tolling, tolling, tolling,
â In that muffled monotone,
â Feel a glory in so rolling
â On the human heart a stoneâ
â They are neither man nor womanâ
â They are neither brute nor humanâ
â They are Ghouls:
â And their king it is who tolls;
â And he rolls, rolls, rolls,
â Rolls
â A pĂŠan from the bells!
â And his merry bosom swells
â With the pĂŠan of the bells!
â And he dances, and he yells;
â Keeping time, time, time,
â In a sort of Runic rhyme,
â To the pĂŠan of the bellsâ
â Of the bells:
â Keeping time, time, time,
â In a sort of Runic rhyme,
â To the throbbing of the bellsâ
â Of the bells, bells, bellsâ
â To the sobbing of the bells;
â Keeping time, time, time,
â As he knells, knells, knells,
â In a happy Runic rhyme,
â To the rolling of the bellsâ
â Of the bells, bells, bellsâ
â To the tolling of the bells,
â Of the bells, bells, bells, bellsâ
â Bells, bells, bellsâ
â To the moaning and the groaning of the bells.
Edgar Allan Poe
LES CLOCHES
Entendez les traĂźneaux Ă cloches â cloches dâargent ! Quel monde dâamusement annonce leur mĂ©lodie ! Comme elle tinte, tinte, tinte, dans le glacial air de nuit ! tandis que les astres qui Ă©tincellent sur tout le ciel semblent cligner, avec cristalline dĂ©lice, de lâĆil : allant, elle, dâaccord (dâaccord, dâaccord) en une sorte de rythme runique, avec la « tintinnabulisation » qui surgit si musicalement des cloches (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches), du cliquetis et du tintement des cloches.
Entendez les mĂ»res cloches nuptiales, cloches dâor ! Quel monde de bonheur annonce leur harmonie ! Ă travers lâair de nuit embaumĂ©, comme elles sonnent partout leur dĂ©lice ! Hors des notes dâor fondues, toutes ensemble, quelle liquide chanson flotte pour la tourterelle, qui Ă©coute tandis quâelle couve de son amour la lune ! Oh ! des sonores cellules quel jaillissement dâeuphonie sourd volumineusement ! quâil sâenfle, quâil demeure parmi le Futur ! quâil dit le ravissement qui porte au branle et Ă la sonnerie des cloches (cloches, cloches â des cloches, cloches, cloches, cloches), au rythme et au carillon des cloches !
Entendez les bruyantes cloches dâalarme â cloches de bronze ! Quelle histoire de terreur dit maintenant leur turbulence ! Dans lâoreille saisie de la nuit comme elles crient leur effroi ! Trop terrifiĂ©es pour parler, elles peuvent seulement sâĂ©crier hors de ton, dans une clameur dâappel Ă la merci du feu, dans une remontrance au feu sourd et frĂ©nĂ©tique bondissant plus haut (plus haut, plus haut), avec un dĂ©sespĂ©rĂ© dĂ©sir ou une recherche rĂ©solue, maintenant, de maintenant siĂ©ger, ou jamais, aux cĂŽtĂ©s de la lune Ă la face pĂąle. Oh ! les cloches (cloches, cloches), quelle histoire dit leur terreur â de DĂ©sespoir ! Quâelles frappent et choquent, et rugissent ! Quelle horreur elles versent sur le sein de lâair palpitant ! encore lâouĂŻe sait-elle, pleinement par le tintouin et le vacarme, comment tourbillonne et sâĂ©panche le danger ; encore lâouĂŻe dit-elle, distinctement, dans le vacarme et la querelle, comment sâabat ou sâenfle le danger, Ă lâabattement ou Ă lâenflure dans la colĂšre des cloches, dans la clameur et lâĂ©clat des cloches !
Entendez le glas des cloches â cloches de fer ! Quel monde de pensĂ©e solennelle comporte leur monodie ! Dans le silence de la nuit que nous frĂ©missons de lâeffroi ! Ă la mĂ©lancolique menace de leur ton. Car chaque son qui flotte, hors la rouille en leur gorge â est un gĂ©missement. Et le peuple â le peuple â ceux qui demeurent haut dans le clocher, tous seuls, qui sonnant (sonnant, sonnant) dans cette mĂ©lancolie voilĂ©e, sentent une gloire Ă ainsi rouler sur le cĆur humain une pierre â ils ne sont ni homme ni femme â ils ne sont ni brute ni humain â ils sont des Goules : et leur roi, ce lâest, qui sonne ; et il roule (roule â roule), roule un PĂ©an hors des cloches ! Et son sein content se gonfle de ce PĂ©an des cloches ! et il danse, et il danse, et il hurle : allant dâaccord (dâaccord, dâaccord) en une sorte de rythme runique, avec le tressaut des cloches â (des cloches, cloches, cloches) avec le sanglot des cloches ; allant dâaccord (dâaccord, dâaccord) dans le glas (le glas, le glas) en un heureux rythme runique, avec le roulis des cloches â (des cloches, cloches, cloches) avec la sonnerie des cloches â (des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches â cloches, cloches, cloches) â le geignement et le gĂ©missement des cloches.
Stéphane Mallarmé
Scolie
CHANSON
De ces poĂšmes, le seul effectivement intraduisible ! non pas (comme d’autres) en raison de l’atmosphĂšre spĂ©ciale de passion ou de rĂȘverie qu’il Ă©mane : je crois que cette impalpable richesse ne se perd pas tout entiĂšre au passage d’une langue Ă l’autre, bref qu’il est un dĂ©mon pour les traducteurs. La difficultĂ©, quant Ă une oeuvre si nette et si sonnante d’effets purement imitatifs mais toujours dotĂ©s de poĂ©sie premiĂšre, gĂźt en l’emploi de certains procĂ©dĂ©s de rĂ©pĂ©tition qui, contenus par le rythme originel, se dĂ©font et comme s’Ă©grĂšnent dans une version en prose. Force m’a Ă©tĂ© de transcrire ces sĂ©ries de rĂ©pĂ©titions seulement parmi des parenthĂšses ; et comme des indications que le
lecteur ne lira qu’avec les yeux, plutĂŽt que des mots rĂ©els ajoutant leur vertu au texte français. Qui voudrait se faire une idĂ©e de l’enchantement produit par la phrase anglaise, doit se procurer le trĂšs singulier et trĂšs heureux essai d’imitation des Cloches, d’un de nos trĂšs rares poĂ«tes, connaissant bien l’anglais, M. Emile BlĂ©mont. Le vers, chez lui, a pu, s’Ă©loignant du calque strict habituel Ă notre version, transposer d’une langue Ă l’autre, tels timbres jumeaux, et tĂ©moigner d’une ingĂ©niositĂ© bien faite pour rĂ©jouir Poe lui-mĂȘme.
Ce morceau des Cloches n’obtint son ampleur, qu’aprĂšs avoir subi deux refontes dans le laboratoire du poĂšte : j ai sous la main et crois pouvoir donner l’esquisse ou premier jet.
Les cloches ! entendez les cloches ! les cloches joyeuses de noces ! les petites cloches d’argent ! Comme fĂ©erique une mĂ©lodie s’enfle lĂ hors de prisons tintant l’argent, des cloches, cloches, cloches ! des cloches. Les cloches ! ah ! les cloches ! les lourdes cloches de fer ! Entendez le heurt des cloches ! Entendez le glas ! Quelle horrible monodie flotte hors de leur gosier – de leur gosier Ă la voix profonde ! Comme je tressaille aux notes qui partent du gosier mĂ©lancolique des cloches, cloches, cloches ! des cloches !
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THE HAPPIEST DAY

THE happiest dayâthe happiest hour
â My sear’d and blighted heart hath known,
The highest hope of pride and power,
â I feel hath flown.
Of power! said I? yes! such I ween;
â But they have vanished long, alas!
The visions of my youth have beenâ
â But let them pass.
And, pride, what have I now with thee?
â Another brow may even inherit
The venom thou hast pour’d on meâ
â Be still, my spirit.
The happiest dayâthe happiest hour
â Mine eyes shall seeâhave ever seen,
The brightest glance of pride and power,
â I feelâhave been:
But were that hope of pride and power
â Now offer’d, with the pain
Even then I feltâthat brightest hour
â I would not live again:
For on its wing was dark alloy.
â And as it flutter’dâfell
An essenceâpowerful to destroy
â A soul that knew it well.
Edgar Allan Poe
STANCES
La journĂ©e la plus heureuse, lâheure la plus heureuse, mon cĆur atteint et fanĂ© lâa connue. â Le plus haut espoir dâorgueil et de puissance, je sens quâil est passĂ©.
De puissance ! dis-je ? oui ! je me le figure, mais il y a longtemps que câest Ă©vanoui ; hĂ©las ! les visions de la jeunesse ont Ă©tĂ©, quâelles fuient.
Orgueil, quâai-je maintenant Ă faire avec toi ? Un autre front peut bien hĂ©riter du poison que tu mâas versĂ© : sois tranquille, mon esprit.
Le jour le plus heureux, lâheure la plus heureuse que verront mes yeux, sont vus dĂ©jĂ . Le regard le plus brillant vers lâorgueil et la puissance, je le sens, il a eu lieu :
Mais que cet espoir dâorgueil et de forces sâoffrĂźt maintenant avec la peine alors sentie ; cette heure trĂšs brillante, je ne voudrais la revivre. â
Ă son aile sâalliait de lâombre et, quand elle a volĂ©, tomba une essence, puissante â pour dĂ©truire une Ăąme qui la savait.
Stéphane Mallarmé
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DREAM-LAND

DREAM-LAND
â By a route obscure and lonely,
â Haunted by ill angels only,
â Where an Eidolon, named Night,
â On a black throne reigns upright,
â I have reached these lands but newly
â From an ultimate dim Thuleâ
From a wild weird clime that lieth, sublime,
â Out of Spaceâout of Time.
â Bottomless vales and boundless floods,
â And chasms, and caves, and Titan woods,
â With forms that no man can discover
â For the dews that drip all over;
â Mountains toppling evermore
â Into seas without a shore;
â Seas that restlessly aspire,
â Surging, unto skies of fire;
â Lakes that endlessly outspread
â Their lone watersâlone and dead,â
â Their still watersâstill and chilly
â With the snows of the lolling lily.
â By the lakes that thus outspread
â Their lone waters, lone and dead,â
â Their sad waters, sad and chilly
â With the snows of the lolling lily,â
â By the mountainsânear the river
â Murmuring lowly, murmuring ever,â
â By the grey woods,âby the swamp
â Where the toad and the newt encamp,â
â By the dismal tarns and pools
â Where dwell the Ghouls,â
â By each spot the most unholyâ
â In each nook most melancholy,â
â There the traveller meets aghast
â Sheeted Memories of the Pastâ
â Shrouded forms that start and sigh
â As they pass the wanderer byâ
â White-robed forms of friends long given,
â In agony, to the Earthâand Heaven.
â For the heart whose woes are legion
â ’Tis a peaceful, soothing regionâ
â For the spirit that walks in shadow
â ’Tisâoh ’tis an Eldorado!
â But the traveller, travelling through it,
â May notâdare not openly view it;
â Never its mysteries are exposed
â To the weak human eye unclosed;
â So wills its King, who hath forbid
â The uplifting of the fringed lid;
â And thus the sad Soul that here passes
â Beholds it but through darkened glasses.
â By a route obscure and lonely,
â Haunted by ill angels only,
â Where an Eidolon, named Night,
â On a black throne reigns upright,
â I have wandered home but newly
â From this ultimate dim Thule.
Edgar Allan Poe
TERRE DE SONGE
Par une sombre route dĂ©serte, hantĂ©e de mauvais anges seuls, oĂč une Idole, nommĂ©e Nuit, sur un trĂŽne noir rĂšgne debout, je ne suis arrivĂ© en ces terres-ci que nouvellement dâune extrĂȘme et vague ThulĂ©, â dâun Ă©trange et fatidique climat qui gĂźt, sublime, hors de lâEspace, hors du Temps.
Insondables vallĂ©es et flots interminables, vides et souterrains, et bois de Titans avec des formes quâaucun homme ne peut dĂ©couvrir Ă cause des rosĂ©es qui perlent au-dessus ; montagnes tombant Ă jamais dans des mers sans nul rivage ; mers qui inquiĂštement aspirent, y surgissant, aux cieux en feu ; lacs qui dĂ©bordent incessamment de leurs eaux calmes, â calmes et glacĂ©es de la neige des lis inclinĂ©s.
Dans les lacs qui ainsi dĂ©bordent de leurs eaux solitaires, solitaires et mortes â leurs eaux tristes, tristes et glacĂ©es de la neige des lis inclinĂ©s â par les montagnes â par les bois gris â par le marĂ©cage oĂč sâinstallent le crapaud et le lĂ©zard â par les flaques et les Ă©tangs lugubres â oĂč habitent les Goules â en chaque lieu le plus dĂ©criĂ© â dans chaque coin le plus mĂ©lancolique : partout le voyageur rencontre effarĂ©es, les RĂ©miniscences drapĂ©es du PassĂ© â formes ensevelies qui reculent et soupirent quand elles passent prĂšs du promeneur, formes aux plis blancs dâamis rendus il y a longtemps, par lâagonie, Ă la Terre â et au Ciel.
Pour le cĆur dont les maux sont lĂ©gion, câest une pacifique et calmante rĂ©gion. â Pour lâesprit qui marche parmi lâombre, câest â oh ! câest un Eldorado ! Mais le voyageur, lui, qui voyage au travers, ne peut â nâose pas la considĂ©rer ouvertement. Jamais tel mystĂšre ne sâexpose aux faibles yeux humains qui ne sont point fermĂ©s ; ainsi le veut son roi, qui a dĂ©fendu dây lever la paupiĂšre frangĂ©e ; et aussi lâĂme en peine qui y passe, ne le contemple quâĂ travers des glaces obscurcies.
Par une sombre route nue, hantĂ©e de mauvais anges seuls, oĂč une Idole, nommĂ©e Nuit, sur un trĂŽne noir rĂšgne debout, jâai errĂ© avant de ne revenir que rĂ©cemment de cette extrĂȘme et vague ThulĂ©.
Stéphane Mallarmé
Scolie
MĂȘme remarque pour Terre de Songe que pour la VallĂ©e de l’InquiĂ©tude et la CitĂ© en la Mer. Cette imagination, l’une de celles qui expriment le mieux, par la prĂ©sence de certaines teintes morbides ou funestes, les ultima thule, rĂ©gions extrĂȘmes, de l’esprit (comme si la gloire d’y ĂȘtre parvenu ne s’affirmait chez l’homme que par la maladie et la destruction de sa nature !) est aux PoĂ«mes Ă©crits dans la jeunesse.
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Mallarmé et Poe

Mallarmé et Poe : « la personne analogue »
http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?mallarme-et-poe-la-personne.html
LE TOMBEAU DâEDGAR POE
Tel quâen Lui-mĂȘme enfin lâĂ©ternitĂ© le change,
Le Poëte suscite avec un glaive nu
Son siĂšcle Ă©pouvantĂ© de nâavoir pas connu
Que la mort triomphait dans cette voix étrange !
Eux, comme un vil sursaut dâhydre oyant jadis lâange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
ProclamĂšrent trĂšs haut le sortilĂšge bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
Du sol et de la nue hostiles, ĂŽ grief !
Si notre idée avec ne sculpte un bas-relief
Dont la tombe de Poe Ă©blouissante sâorne
Calme bloc ici-bas chu dâun dĂ©sastre obscur
Que ce granit du moins montre Ă jamais sa borne
Aux noirs vols du BlasphÚme épars dans le futur.
Stéphane Mallarmé
Album facebook

Edgar Allan Poe â Eureka (1848)
