Emmanuel des Essarts

EMMANUEL DES ESSARTS

MALLARME

Mais voici que la solitude de ma vie

Se vît, au détour d’une journée, abolie,

Et qu’ainsi le destin allait faire mentir

Ce fatal isolement qui ne peut qu’abrutir.

La rentrée suivante fût pour moi l’expérience

De cette dimension vitale de l’alliance

De deux âmes poètes, véritable amitié

Qui seule peut fleurir lorsque deux moitiés

Assemblent en unité tout ce qui leur ressemble,

Même si de leur apparence tout dissemble :

Un jeune homme petit et le ventre replet,

En tout sens désarticulé quand il parlait

Un peu trop longuement, _ le rendant si cocasse,_

Myope au point d’adopter un regard de limace!

VALERY

Et quel était son nom?

MALLARME

… c’était Emmanuel

Des Essarts, se voulant le plus fin ménestrel,

Qui attirait, en dépit de ses ridicules,

Comme une sorte de sympathie majuscule!

Fut ainsi pardonnée sa faconde souvent

Fort bredouillante et ses gestes incohérents.

A cet ami inattendu, docteur es lettres,

J’osa m’aventurer à lui faire connaître

Quels étaient mes desseins, en notre art partagé,

Lui qui dans son enfance avait tant côtoyé

De très grands écrivains: Hugo et Sainte-Beuve,

George Sand et Gautier _ et sans qu’il ne s’émeuve.

C’est alors qu’ il m’assura s’être entretenu

Avec l’artiste ultime à jamais pourfendu,

Le poète absolu, _ mon maître Baudelaire.

Je touchais de mon rêve la pierre angulaire

Et pour ce vrai lecteur dont j’espérais l’appui,

J’écrivis deux poèmes afin de faire mes preuves

Et soumettre ma jeune ambition à l’épreuve.

***

Extrait de « l’absolu au jour le jour« 

(Texte complet en pdf sur simple demande. Michaël Vinson )

Partie de campagne en forêt de Fontainebleau

LE CARREFOUR DES DEMOISELLES
ou
L’Absence du Lancier
ou
Le Triomphe de la Prévoyance

Fait en collaboration avec les
Oiseaux, les Pâtés, les Fraises et les Arbres

Par :

Stéphane Mallarmé
Emmanuel des Essarts

Air
« Il était un petit navire
Qui n’avait jamais navigué. »

POESIE ET MALLLARME
récitent en alternance les strophes de la scie :

C’était une illustre partie
De gens bien vêtus et bien nés

Neuf Parisiens sans apathie
Intelligents et vaccinés.

Quoique l’on fut mélancolique
_ Il y eu manKate et le lancier
_
On mit sur un granit celtique
Un anathème à l’épicier.

Tous gambadaient comme des chèvres
De bloc en bloc, de roc en roc.

Les mots mazurkaient sur les lèvres
Tantôt tic-tac, tantôt toc-toc

Pour l’aspic et pour la vipère
On ménageait de l’alcali,

On ne rencontra qu’un notaire
Qui, tout jeune, était bien joli.

Là Denecourt, le Siècle en poche,
Dispensateur du vert laurier,

A peint en noir sur une roche :
« Repos du Poète ouvrier. »

Voici l’émerveillante liste
Léguée à la postérité

De cette bande fantaisiste
Bien peu dans sa majorité :

Un jeune baby d’espérance
Que parmi les sombres halliers,

D’un œil d’amour couvait la France
Comme l’enfant des chevaliers;

D’aimables mères de famille
Qui se réjouissaient de voir

Du soleil aux yeux de leurs filles
Et des messieurs Sens habit noir;

Fort mal noté par les gendarmes
Le garibaldien Mallarmé

Ayant encore plus d’arts que d’armes
Semblait un Jud très-alarmé;

Ettie, en patois Henriette,
Plus agile que feu Guignol,

Voltigeait comme une ariette
Dans le gosier d’un rossignol;

Dans le sein de cette algarade
S’ydilisait le Cazalis,

Qui, comme un chaste camarade,
Tutoyait l’azur et le lis;

Puis une Anglaise aux airs de reine
A qui Diane porte un toast,

Qu’Albion envoie à Suresne
Sous la bande du Morning-Post;

Piccolino, le coloriste
Qui pour parfumer nos vingt ans

Pille comme un vil herboriste
L’opulent écrin du printemps

Nina qui d’un geste extatique
Sur le dolmen et le men-hir

Semblait poser pour la Musique,
La musique de l’avenir;

Puis des Essarts Emmanuelle,
Le plus beau-det jeunes rimeurs

Offrait le fantasque modèle
D’un poète ayant gants et moeurs.

Mais Ponsard qui veut qu’on s’ennuie
Vint lui-même installer aux Cieux

Le Théramène de la pluie,
Personnage silencieux.

Puis l’heure leur coupa les ailes
Et, tout boitant et s’accrochant

Du « Carrefour des Demoiselles »
On fit un lac en pleurnichant.

***

Baptême de Geneviève

Le baptême de Geneviève aura lieu le 30 avril 1865, à l’église Saint-Julien de Tournon; son arrière grand-mère sera sa marraine, représentée par Madame Cécile Brunet, épouse d’un félibre d’Avignon; le parrain sera Emmanuel des Essarts, jeune professeur principal de seconde au lycée de Sens. Mallarmé a dit de lui :  » Mon ami, ma vivante antithèse, qu’une prodigieuse activité écarte de la tristesse, loin de lui permettre de s’affaisser sans remède, fortifie ».

Marie-Thérèse Stanislas

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