Les jardins de Paradis du Pays de Fontainebleau

Chacun est invitĂ© Ă  crĂ©er un « jardin de paradis Â» dans sa localitĂ©, oĂą a en rejoindre un dĂ©jĂ  existant. Les artistes sont Ă©galement invitĂ©s Ă  se saisir de ce thème très riche qui a illustrĂ© parmi les plus belles pages de l’histoire de l’art.

  1. Tous les jardins de paradis
    1. Plaine de Sorques
    2. Jardin de Paradis Bacot aux Marchais
    3. Fontaine Belle-eau, jardin de paradis
  2. La genèse
  3. Le mot « paradis »
  4. Evocations venues des littératures grecque et romaine
  5. Une nature enchanteresse
    1. Le jardin d’amour
    2. Le Songe de Poliphile
    3. Lucas Cranach l’Ancien, l’Ă‚ge d’or 1530
    4. La fontaine de jouvence
    5. Le faux paradis du jardin des délices de Jérôme Bosch
  6. La clairière poétique de la Forêt de Fontainebleau
  7. Arbre de vie
  8. Sources
  9. Voir aussi
Tous les jardins de paradis
Plaine de Sorques

La plaine de Sorques est un vaste espace naturel reliant le Loing Ă  la forĂŞt de Fontainebleau.
L’exploitation de la gravière a modelĂ© le paysage qui se compose, actuellement, d’Ă©tangs, de marais, de prairie et de bois. Ces diffĂ©rents milieux ont favorisĂ© l’essor d’une faune et d’une flore remarquable.

En savoir plus : https://www.fontainebleau-tourisme.com/fr/fiche/5526463/espace-naturel-la-plaine-de-sorques/

Dans le zodiaque de Fontainebleau, cette plaine est située dans le signe du Lion qui est parcouru par le soleil du 23 juillet au 23 août.

Il est alors possible de se rĂ©unir et de crĂ©er symboliquement un « jardin de paradis » en partageant des textes sur le thème du paradis, jouant des petites scènes de « théâtre de paradis » ou des « danses de paradis »….

Jardin de Paradis Bacot aux Marchais

Fontaine Belle-eau, jardin de paradis

A la recherche du paradis : petite histoire d’un jardin

Extraits de A la recherche du paradis de Jean Delumeau

La genèse
Les jardins dans la Bible, lieux de salut

Le paradis, ce fut longtemps le paradis terrestre, souvent appelĂ© par les Pères de l’Eglise le « jardin des dĂ©lices ». Il faut d’entrĂ©e de jeu souligner l’importance du texte fondateur qui a formĂ© la base de cette croyance, la Genèse (II,4-III,24) :

08 Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, Ă  l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelĂ©.

09 Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres Ă  l’aspect dĂ©sirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

10 Un fleuve sortait d’Éden pour irriguer le jardin ; puis il se divisait en quatre bras :

11 le premier s’appelle le Pishone, il contourne tout le pays de Havila oĂą l’on trouve de l’or

12 â€“ et l’or de ce pays est bon – ainsi que de l’ambre jaune et de la cornaline ;

13 le deuxième fleuve s’appelle le Guihone, il contourne tout le pays de Koush ;

14 le troisième fleuve s’appelle le Tigre, il coule Ă  l’est d’Assour ; le quatrième fleuve est l’Euphrate.

15 Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde.

La suite du texte raconte l’ordre de Dieu Ă  Adam de na pas manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, la nomination des animaux par Adam, la crĂ©ation d’Eve, la dĂ©sobĂ©issance de l’homme et de la femme, la dĂ©couverte de leur nuditĂ©, leur condamnation Ă  la souffrance et Ă  la mort, leur expulsion du jardin d’Eden.

La Création du monde. Adam & Eve chassés du Paradis – Giovanni di Paolo.

Dieu posta alors « les chĂ©rubins Ă  l’orient du jardin avec la flamme de l’Ă©pĂ©e foudroyante pour garder le chemin de l’arbre de vie. Les Ă©lĂ©ments majeurs du mythe du paradis terrestre Ă©taient dès lors en place : un jardin qui aurait nourri l’humanitĂ© sans qu’elle peine Ă  le cultiver, de l’eau en abondance Ă  partir d’un fleuve se divisant en quatre bras, la prĂ©sence de pierres et de mĂ©taux prĂ©cieux -onyx et or -, de parfums – le bdelium, gomme odorante de palmiers -, et l’absence de souffrances et de mort pour Adam et Eve, s’ils avaient observĂ© le commandement du Seigneur. Était ainsi formulĂ© sur le mode hĂ©braĂŻque le mythe d’un âge d’or primordial, qu’on retrouve aussi bien dans les religions qui conçurent le temps comme un cycle que dans celles qui l’identifièrent comme un vecteur. Dans les premières, notamment celles de l’Inde, l’âge d’or doit revenir pĂ©riodiquement. Dans les religions du Livre, au contraire, la familiaritĂ© avec Dieu et l’absence de mort sont Ă  reconquĂ©rir par l’homme. S’il se soumet Ă  la loi divine, il recouvrera dĂ©finitivement dans le paradis eschatologique les biens qu’il ne possĂ©dait que de façon prĂ©caire dans le jardin d’Eden.

Les fleuves du paradis
Dans Voyages (Livre des merveilles)
Jean de Mandeville, auteur ; MaĂ®tre de Boucicaut, enlumineur, Paris, vers 1410-1412.
Parchemin
BnF, Manuscrits, Fr. 2810 f. 222
© Bibliothèque nationale de France

Les jardins mĂ©diĂ©vaux chrĂ©tiens s’inspirent des jardins d’Orient. Au VIIe siècle, le prophète Mahomet et ses disciples dĂ©finissent le plan du cosmos qui engendre l’image du paradis. Le monde apparaĂ®t comme un cercle divisĂ© en quatre quartiers. Au centre un bassin et une source de vie ; cette figure de l’oasis cosmique inspira le jardin islamique.
Ce dernier apparaît dans des relations de voyages comme ceux du chevalier anglais Jean de Mandeville qui se seraient déroulés en Orient entre 1322 et 1343.
Dans cette enluminure, le jardin est délimité par un mur hexagonal et toute l’importance a été donnée à la fontaine d’où jaillissent les quatre fleuves du paradis. Franchissant les portes du jardin en direction des points cardinaux, les ruisseaux se transforment en larges fleuves sur lesquels glissent les bateaux.
La première description du jardin islamique parvint en Europe grâce Ă  Marco Polo qui dĂ©crit le jardin du chef de la secte des Assassins d’Alamut : « Il fit construire, dans une vallĂ©e entre deux montagnes, le plus beau et le plus grand des jardins qui fĂ»t, garni des fruits les plus savoureux du monde… il y avait quatre conduits, de l’un coulait du vin, d’un autre du lait, le troisième donnait du miel et le dernier de l’eau. »

L’occident chrĂ©tien s’approprie cette image dĂ©crite par le cardinal Pierre d’Ailly dans son Imago Mundi : « Il est une fontaine dans le paradis terrestre qui arrose le jardin des dĂ©lices, d’oĂą s’écoule quatre fleuves. Elle est si Ă©levĂ©e qu’elle touche le globe de la lune et que les eaux du dĂ©luge ne sont pas parvenues Ă  sa hauteur… Les eaux qui descendent de cette montagne escarpĂ©e forment un grand lac. On dit que le fracas de ces eaux fait un tel bruit que ceux qui demeurent dans cette rĂ©gion naissent sourds… Ainsi l’ont attestĂ© les moines Basile et Amboise. De cette source principale, nous croyons que les quatre fleuves du paradis se dĂ©versent : le Pishon qui est le Gange, le Gibon qui n’est autre que le Nil, puis le Tigre et enfin l’Euphrate, mĂŞme si leurs sources paraissent avoir Ă©tĂ© dĂ©couvertes dans des endroits diffĂ©rents. » BnF essentiels


Le mot « paradis »

Le paradis terrestre se trouvait en orient et c’Ă©tait un jardin. Le mot « paradis » vient de l’ancien persan paridaiza qui signifiait un verger protĂ©gĂ© par un mur contre les vents brĂ»lants du dĂ©sert. L’ancien hĂ©breu l’adopta sous la forme de pardès. Puis les Septante qui, Ă  Alexandrie aux IIIe – IIe siècles, traduisirent la Bible en grec, exprimèrent par le terme paradesisos Ă  la fois pardès et le mot hĂ©breux plus classique, pour dĂ©signer un jardin, gan. On a rapprochĂ© le paradis de la Genèse du mythe sumĂ©rien d’Enki qui dĂ©bute par une description de la paix paradisiaque rĂ©gnant Ă  Dilmoun et des passages de l’Ă©popĂ©e mĂ©sopotamienne de Gilgamesh qui Ă©voque le jardin merveilleux des dieux. Ces rapprochements tĂ©moignent du lien structurel qui, dans toutes les civilisations, a uni bonheur et jardin. Notons toutefois une diffĂ©rence majeure entre le jardin d’Eden et ceux des autres cultures : il Ă©tait le seul Ă  contenir un arbre de la connaissance du bien et du mal.

Evocations venues des littératures grecque et romaine

Très tĂ´t, des Ă©crivains chrĂ©tiens fusionnèrent au sujet du paradis terrestre les Ă©lĂ©ments bibliques et des Ă©vocations venues des littĂ©ratures grecque et romaine. […] Le paradis terrestre du christianisme s’enrichit donc du mythe de l’âge d’or Ă©voquĂ© dans Les Travaux et les jours d’HĂ©siode, les MĂ©tamorphoses d’Ovide, la IVe Eglogue de Virgile et la XVIe Epode dans laquelle Horace fait surgir Ă  l’ouest de l’ocĂ©an les Ă®les fortunĂ©es.

Une nature enchanteresse

DĂ©couvrons une des grandes significations des jardins dans la civilisation d’autrefois : ils furent une tentative pour oublier – ou nier – le prĂ©sent et reconstituer artificiellement un dĂ©cor Ă  la fois d’âge d’or et de paradis terrestre. La tradition des « paradis persans » et l’influence musulmane se combinèrent chez nous, en ce domaine, avec l’hĂ©ritage grĂ©co-romain. De Bagdad et Damas Ă  Grenade, les souverains musulmans créèrent de magnifiques vergers qu’Ă©voquèrent les Mille et Une Nuits.

Le jardin d’amour
Page enluminĂ©e d’un manuscrit du Roman de la Rose.

DynamisĂ© par l’Orient, le thème littĂ©raire du jardin d’amour, difficile d’accès, se mit Ă  fleurir chez nous, le plus cĂ©lèbre exemple en Ă©tant peut-ĂŞtre celui dĂ©crit par Guillaume de Loris dans la première partie du Roman de la Rose ( vers 1225-1230) :

Jamais en effet les yeux d’un homme n’eurent,

Je le crois, une joie et plaisir pareils

A ceux qu’offraient ce verger.

Car pour héberger des oiseaux

Ce lieu n’Ă©tait ni dĂ©daigneux ni chiche :

Jamais un lieu ne fut en arbres aussi riche

Et aussi plein d’oisillons qui chantaient.

Le Songe de Poliphile

Ce voyage allĂ©gorique dans l’ĂŽle de Cythère est exemplaire des paradis Ă©rotiques que la Renaissance aima imaginer. C’est un paradis terrestre paganisĂ©, bien que son auteur soit dominicain. L’ĂŽle de Cythère est dĂ©crite comme un espace clos oĂą les nymphes « font honneur Ă  Cupidon ». Le lieu est « plaisant et dĂ©lectable… vraie retraite de dĂ©lices bienheureuses, faites en jardins, vergers et petits bocages, ordonnĂ©s pour le but et dernière main de tout plaisir ». Le climat est « toujours florissant et salutaire, dĂ©diĂ© Ă  l’Ă©ternitĂ© et produisant tous les biens que nature peut faire croĂ®tre ». L’itinĂ©raire du jeune amoureux passe par une sĂ©rie de jardins emboĂ®tĂ©s et s’achève dans celui de VĂ©nus oĂą Poliphile parvient a embrasser Polia, objet de ses dĂ©sirs.

Lucas Cranach l’Ancien, l’Ă‚ge d’or 1530

On peut rapprocher le songe Ă©rotique de Poliphile du tableau de Cranach l’Ancien, l’Ă‚ge d’or (1530), conservĂ© Ă  Oslo. L’artiste, bien que vivant Ă  Wittenberg et peintre attitrĂ© de Luther, a pris plaisir Ă  Ă©voquer des jeunes gens beaux et nus qui dansent, se baignent et s’adonnent aux plaisirs sensuels. Autour d’eux, les arbres ne perdent pas leurs feuilles et les animaux sont, eux aussi, heureux et paisibles.

En savoir plus sur cette oeuvre : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_d%27or

La fontaine de jouvence

La fontaine de jouvence pouvait recevoir une interprĂ©tation chrĂ©tienne, son eau signifiant alors rĂ©gĂ©nĂ©ration spirituelle. Mais, la Renaissance aidant, l’Ă©rotisme devint la composante majeur des reprĂ©sentations de cette source de bonheur et de jeunesse.

Dans ce tableau de Lucas Cranach l’Ancien en 1546, des vieillards, malades et estropiĂ©s sont amenĂ©s Ă  l’eau miraculeuse dans des brouettes. LĂ , on leur enlève leurs vĂŞtements. Puis ils plongent dans le bassin d’oĂą ils ressortent guĂ©ris, jeunes et heureux, prĂŞts pour les danses, les banquets et l’amour. A gauche, cĂ´tĂ© vieillesse, le paysage est monstrueux et inquiĂ©tant, Ă  droite, cĂ´tĂ© jeunesse, la nature est douce et accueillante.

Le faux paradis du jardin des délices de Jérôme Bosch

A la Renaissance, des mises en garde furent lancées contre les faux paradis terrestres et le danger des « impossibles restitutions édéniques ». Regardons sous cet éclairage le célèbre triptyque de Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (voir en détail sur ce site ).

Le volet gauche Ă©voque celui-ci au sens biblique : le CrĂ©ateur appelle Adam et Eve Ă  la vie. Derrière eux la fontaine de vie, rose et d’une architecture Ă©trange, s’Ă©lève au-dessus des eaux calmes et bleues d’un Ă©tang. MĂŞme si cette partie de l’Ĺ“uvre comporte, comme toujours chez Bosch, des trouvailles cocasses et insolites, l’impression dominante est celle de la paix dans une campagne sereine. Une girafe et un Ă©lĂ©phant, blancs l’un et l’autre, encadrent une fontaine. D’autres animaux s’abreuvent sans crainte dans une mare.

Mais mĂ©fions-nous des dĂ©lices d’ici-bas, car le jardin d’Eden s’est Ă©vanoui depuis le pĂ©chĂ© originel. Le centre du triptyque, consacrĂ© aux faux plaisirs terrestres, prĂ©sente Ă  nouveau une fontaine de jouvence. De jolies femmes, blanches et noires, s’y Ă©battent. Des fruits dĂ©licieux, des fleurs, des couleurs prĂ©cieuses et dĂ©licates qui font penser Ă  des miniatures persanes crĂ©ent une atmosphère d’enchantement. Mais l’intrusion de l’inquiĂ©tant, voire de l’obscène indique qu’il s’agit d’un faux paradis. A travers un tube de verre, un rat sous la sphère de cristal oĂą deux amoureux se caressent. A gauche, la chouette gĂ©ante est l’oiseau de Satan; Ă  droite, un homme renversĂ© plonge dĂ©jĂ  dans l’abĂ®me.

Le volet de droite, par lequel s’achève la lecture de l’Ĺ“uvre, est logiquement celui du triomphe du mal dans un enfer inĂ©puisable de supplices.

La clairière poétique de la Forêt de Fontainebleau
ForĂŞt de Fontainebleau
Jean-Baptiste-Camille Corot (1796 – 1875)
Huile sur toile peinte en 1834
Dimensions : 175,6 x 242,6 cm
National Gallery of Art, Washington D.C.

« Mais l’on est si heureux au milieu de ces paisibles dĂ©serts, parmi ces arbres gĂ©ants et ces rochers aussi vieux que le monde ! On y trouve la paix, le bonheur, la santĂ©. Le coeur et l’âme y savourent mille jouissances dĂ©licieuses. On y revient toujours content et meilleur, car l’aspect grandiose et suave de ce jardin, comme Dieu seul sait en crĂ©er, vous charme et vous inspire Ă  la bonté »

Claude-François Denecourt, le sylvain de la forêt

Arbre de vie

Sources

Extraits de A la recherche du paradis de Jean Delumeau

Voir aussi

Publié par Charles - Michaël VINSON

Poëte et Créateur Culturel Pays de Fontainebleau & Carladez : Art, Culture et Territoires Pour une Poëtique de la Vie

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