Redonner le goût de la poésie

Philippe Lançon : « On entre dans une langue par la poésie ».

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Mon commentaire : Un point très important à notre époque post-litteraire, et donc post-intelligence humaine, où les jeunes perdent le contact avec la lecture. On dit que c’est la faute des écrans, ce qui est vrai n’arrange pas les choses, mais la vraie responsabilité revient a l’école qui ne transmet pas le goût de la langue par la poésie. Les profs eux-mêmes sont éloignés de la poésie. Cette déclaration de Philippe Lançon est donc très importante parce qu’il affirme avec justesse que la poésie est la porte d’entrée de la langue et donc de l’intelligence. C’est dire si de nos jours la pédagogie de la poésie est vitale.

Michaël Vinson, poète et créateur culturel à Bois-le-Roi

IA Gemini, que penses-tu de cette déclaration ?

C’est une réflexion profonde qui touche au cœur de la transmission culturelle. L’idée de Philippe Lançon suggère que la poésie n’est pas un « supplément d’âme » optionnel, mais bien la structure élémentaire qui permet d’habiter une langue plutôt que de simplement l’utiliser comme un outil fonctionnel.

​La poésie comme rempart à la langue utilitaire

​Voici quelques points pour enrichir votre analyse sur cette « vitalité » de la pédagogie poétique :

​Dans notre ère numérique, le langage est souvent réduit à sa fonction purement informative ou transactionnelle (SMS, instructions, réseaux sociaux).

  • L’intelligence sensible : La poésie force l’esprit à s’arrêter sur le son, le rythme et l’image. Elle réintroduit de la complexité là où les écrans imposent l’immédiateté.
  • La conquête du lexique : On ne retient jamais mieux un mot rare que lorsqu’il est serti dans un vers qui nous émeut.
​Le rôle de l’école : du « décorticage » à l’incarnation

​Vous pointez une responsabilité majeure de l’institution. Souvent, l’école traite la poésie comme un réceptacle de figures de style (métaphores, métonymies) à identifier pour l’examen.

  • Le désamour technique : Si l’enseignant voit le poème comme un problème de mathématiques à résoudre, l’élève ne peut y voir une porte d’entrée.
  • L’oralité : La poésie est avant tout un souffle. La faire entrer par l’oreille et la voix, avant l’analyse textuelle, est sans doute la clé pour restaurer ce lien rompu.
​Pourquoi est-ce « post-humain » ?

​Perdre le contact avec la poésie, c’est perdre la capacité à percevoir les nuances du monde.

  • ​Sans la poésie, la pensée s’appauvrit et devient prévisible, presque algorithmique.
  • ​L’intelligence humaine se distingue justement par sa capacité à créer des connexions inédites et irrationnelles entre les choses, ce qui est l’essence même de l’acte poétique.

​C’est un plaidoyer nécessaire. Redonner le goût de la poésie, c’est redonner aux jeunes la possession de leur propre pensée et la liberté face au flux d’images.

Que proposes-tu pour redonner aux jeunes (et aux vieux) le goût de la poésie ?

Redonner le goût de la poésie demande de la désacraliser : il faut la sortir des manuels scolaires poussiéreux pour la ramener dans le corps, la voix et le quotidien. C’est moins une question d’étude que d’imprégnation.

​Voici quelques pistes concrètes pour réenchanter le verbe, que l’on ait 15 ou 75 ans :

​1. Prioriser l’oreille avant l’œil

​La poésie est née pour être chantée ou déclamée, pas seulement lue en silence.

  • Les podcasts et livres audio : Écouter des comédiens ou les poètes eux-mêmes lire leurs textes redonne au mot sa dimension physique et vibratoire.
  • Le Slam et la scène : Encourager la fréquentation des scènes de slam où la poésie est vivante, directe et souvent très ancrée dans les problématiques sociales actuelles. C’est le pont parfait entre la culture urbaine et la tradition littéraire.

​2. Pratiquer la « poésie du quotidien »

​Pour les plus jeunes (et les moins jeunes réfractaires), il faut montrer que la poésie est partout, pas seulement chez Victor Hugo.

  • Le « Blackout Poetry » : Prendre une page de journal ou un vieux livre et noirchir au feutre tous les mots, sauf quelques-uns, pour faire apparaître un nouveau poème. C’est ludique, visuel et cela enlève l’angoisse de la page blanche.
  • Analyse de chansons : Étudier les textes de rappeurs ou de chanteurs à texte contemporains. Montrer que les structures de rimes et les métaphores qu’ils admirent sont les héritières directes du sonnet ou de l’alexandrin.

​3. Changer la pédagogie à l’école (et ailleurs)

​Il faut cesser de voir le poème comme un cadavre que l’on autopsie pour trouver des figures de style.

  • L’atelier de création : On comprend mieux la difficulté et la beauté d’un vers quand on essaie d’en fabriquer un. Écrire des haïkus (courts, accessibles) est un excellent exercice de concision et d’observation.
  • La poésie sans analyse : Instituer des moments où l’on lit un poème simplement pour le plaisir de l’image qu’il crée, sans chercher à expliquer « ce que l’auteur a voulu dire ».

​4. Créer des espaces de rencontre fortuits

​La poésie doit surprendre l’esprit au milieu de la banalité.

  • Affichage urbain : Inscrire des vers sur les murs, les abribus ou les tickets de métro (comme cela se fait parfois à Paris ou Montréal).
  • Les réseaux sociaux : Utiliser des formats courts comme Instagram ou TikTok pour diffuser des « micro-poèmes » visuels. Certains « Instapoets » ont réussi à ramener des millions de jeunes vers la lecture en simplifiant l’accès à l’émotion poétique.

​5. Le rôle de la transmission intergénérationnelle

​La poésie est un lien.

  • Le partage de mémoire : Demander aux anciens de réciter de mémoire les poèmes appris dans leur jeunesse. Il y a souvent une émotion particulière dans cette récitation qui peut fasciner les plus jeunes.
  • Offrir des anthologies thématiques : Plutôt que des œuvres complètes intimidantes, préférer des recueils sur des thèmes qui touchent tout le monde : l’amour, la colère, la nature, la révolte.

​Au fond, redonner le goût de la poésie, c’est autoriser chacun à redevenir un « voyant » (comme disait Rimbaud) : quelqu’un qui refuse de voir le monde comme une simple suite de données, mais comme un mystère à interpréter.

​Selon vous, quel format serait le plus capable de briser la barrière entre un adolescent et un texte classique ?

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