Porosité des arts

Dante Gabriel Rossetti , 
Le Bienheureux Damozel (1878) (La Damoiselle élue)

Le damozel béni s’est penché
De la barre d’or du Ciel;
Ses yeux étaient plus profonds que la profondeur
Des eaux apaisées même;
Elle avait trois lys dans sa main,
Et les étoiles dans ses cheveux étaient sept.Sa robe, dénouée du fermoir à l’ourlet,
Aucune fleur ouvragée ne l’ornait,
Mais une rose blanche du cadeau de Marie,
Pour le service soigneusement porté ;
Ses cheveux qui gisaient le long de son dos
Étaient jaunes comme du maïs mûr.
Elle semblait à peine avoir été un jour
l’une des choristes de Dieu ;
L’émerveillement n’était pas encore tout à fait parti
De ce regard immobile qu’elle avait ;
Quoique, pour eux, elle les ait quittés, sa journée
Avait compté comme dix ans.(Pour l’un, c’est dix ans d’années.
. . . Pourtant maintenant, et à cet endroit,
Sûrement elle s’est penchée sur moi—ses cheveux
Tombaient tout autour de mon visage. . . . Rien : la
chute des feuilles en automne.
toute l’année
Le Bienheureux Damozel

La fin du XIXe siècle est une période foisonnante pour les expérimentations autour de la porosité des arts. Pendant quelques décennies, et notamment sous l’impulsion de compositeurs et théoriciens comme Richard Wagner, les expériences se multiplient, et les arts s’inspirent mutuellement, abolissant les frontières.

« La Damoiselle élue » de Claude Debussy (1862-1918) en est un parfait exemple. Il s’agit d’une pièce inspirée par un poème du peintre préraphaélite anglais Dante Gabriel Rossetti, qui en avait lui-même tiré un tableau. Le compositeur réitèrera l’expérience, en créant « L’après-midi d’un faune » d’après un poème de Stéphane Mallarmé entre 1892 et 1894, poussé par son intérêt pour la poésie symboliste.

La version de « La Damoiselle élue » de Debussy est un poème lyrique accompagné d’un orchestre, dont le texte a été adapté de l’anglais en français par Gabriel Sarrazin. Elle est dédiée à Paul Dukas et a été composée en 1887-1888.Le poème original, quant à lui, avait été publié pour la première fois quelques décennies plus tôt, en 1850 (le tableau ne viendra qu’en 1875) : une jeune femme contemple son amant depuis le paradis, et espère leurs prochaines retrouvailles.

Ce manuscrit, sûrement destiné à l’impression, témoigne du souci esthétique du compositeur, par sa calligraphie et son élégance. Il est à l’image des nombreux manuscrits de Debussy conservés au département de la musique de la BnF. En partie léguées par son éditeur Durand et par des collectionneurs, les partitions manuscrites de Debussy font partie des plus remarquables trésors des collections musicales de la Bibliothèque nationale de France. Tracées d’un trait de crayon ou de plume par la main du compositeur, presque toutes ses œuvres majeures sont là : La Mer, le Prélude à l’Après-midi d’un faune, le Quatuor à cordes, une partie des Préludes et des Études pour piano…

Pour découvrir le manuscrit 👉https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550098984?rk=21459;2

Voir aussi :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :