
« Voici donc l’animal porteur d’une forĂŞt de symboles, tous apparentĂ©s au domaine obscur de la force vitale. Et d’abord ses bois, cette ramure dont le nom, la forme et la couleur semblent sortir des arbres et que chaque annĂ©e Ă©lague comme un bois sec, chaque annĂ©e les refait pour donner la preuve visible que tout renaĂ®t, que tout reprend vie ; par la chute et la repousse de ces os branchus qui croissent avec une rapiditĂ© vĂ©gĂ©tale, la nature affirme que sa force intense n’est qu’une perpĂ©tuelle rĂ©surrection, que tout doit mourir en elle et que pourtant rien ne peut cesser. Aussi a-t-elle liĂ© les bois du cerf Ă l’Ă©lan dont elle est tout entière la pĂ©rennitĂ©. La profusion de la sève qui les nourrit rejoint en lui la richesse de la semence, de sorte qu’il reprĂ©sente l’immĂ©moriale vigueur fĂ©condante, la puissance d’une inlassable sexualitĂ©. Son brame les met en scène d’une façon qui frappe l’imagination des hommes. Aussi a-t-on pris l’animal comme l’expression de la virilitĂ©, et par lĂ de la puissance, puis de la suprĂ©matie. Pendant des siècles, cerf et seigneur ont Ă©tĂ© vouĂ©s l’un Ă l’autre, il a Ă©tĂ© fait noble, un interdit frappait sa viande, son braconnage Ă©tait puni de mort. Seuls les rois des hommes pouvaient chasser le roi des forĂŞts ».
— Pierre Moinot, Anthologie du cerf

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