L’image et sa représentation

L’image

Pierre Reverdy 1918 Introduction et compilation par
Gerard-Jan Claes

« Le propre de l’image forte est d’être issue du rapprochement spontané de deux vérités très distantes dont l’esprit seul (et non les sens ) a saisi les rapports. »

Pierre Reverdy

Éduquer à la poésie. Renée Solange Dayres

Séquence 3 : L’image et sa représentation

Objectif

L’élève, le participant doit être capable de faire la différence entre la fonction iconique de l’image _ sa référence à la réalité _ et sa fonction imaginaire et symbolique.

Commentaire

L’image répond à une volonté d’exprimer une réalité ou une idée.

La description d’une scène réelle ou de la représentation d’un tableau nous appelle à exprimer ce que nous voyons.

Mais, par prolongement et dérivation, nous nous laissons porter à imaginer une suite de la scène ou du tableau, qui nous incite à exprimer ce que nous imaginons.

Réel et imaginaire sont les deux énergies vitales que parcourt le langage. Répondre à leur appel, c’est accroître l’aptitude de chacun à faire face à la réalité et à s’épanouir en tant qu’être humain.

Progression pédagogique

Nous proposons trois exercices pour illustrer ce chapitre : un jeu de déblocage du langage avec « comme » et « pourquoi » qui stimulera l’attention, puis un exercice à double face, la description orale libre d’un tableau et son prolongement imaginaire, au cours duquel nous expérimenterons les facultés d’observation, d’imagination et d’intuition de chacun.

Jeux de déblocage avec « comme » puis avec « pourquoi »

  • avec « comme »

Nous proposons à la classe la première partie d’une comparaison et chaque participant en formule le second terme.

Donnons auparavant la définition de la comparaison : « la comparaison rapproche deux termes au moyen d’un comparatif (comme) pour insister sur les rapports de ressemblance qui les unissent. »

Exemples :

Il est têtu comme… un âne

Le soleil est comme…. une grosse orange dans le ciel

Le vaisseau est comme… une voûte infinie

La mer est comme…. une frontière à l’horizon

Le cygne est blanc comme…. neige

Poursuivons l’exercice de la comparaison par la recherche de formules cocasses qui sont devenues des lieux communs :

Exemples :

Arriver comme… un cheveu sur la soupe

Rire comme… une poulie mal graissée

… ou par la recherche de formules littéraires très imagées :

Exemple : Mon rêve s’est brisé comme…. un éclat de verre.

  • avec « pourquoi »

Nous poursuivons le jeu avec l’interrogation directe « pourquoi »?

Chacun est appelé à répondre à la question individuellement puis, devenant à son tour l’interrogateur, pose une question à son voisin le plus proche qui sera tenu d’y répondre avec sérieux.

Exemples :

Pourquoi les paons font-ils la roue?

Parce qu’il veulent montrer tout l’éclat de leur plumage qui ressemble aux couleurs du ciel et de la terre.

Pourquoi dit-on que le maitre fait l’école en pantoufles?

Parce qu’il fait la classe à son aise.

Un proverbe dit du papier qu’il est un « souffre-tout » : pourquoi?

Parce qu’on écrit tout sur du papier, la vérité comme le mensonge.

Nous approfondissons l’exercice et provoquons une intervention plus fine du participant en lui demandant de formuler deux ou trois couples de comparaisons où les deux propositions forment une comparaison plus complexe qui mettra en évidence une structure grammaticale.

Exemples :

Le sage s’ennuie (prop. principale) … comme un sanglot de violon dans la nuit (prop. comparative elliptique du verbe « s’ennuie »)

Les chats de la voisine miaulent (prop. principale)… comme un coffre-fort qui grince (prop. comparative elliptique du verbe « miaulent »)

Description d’un tableau réel

Décrivons le château féodal reproduit ci-après.

Dans cet exercice de langage, il s’agit de tester la capacité d’observation de chaque participant puis d’évaluer ses possibilités lexicales.

Un volontaire est choisi parmi la classe pour décrire oralement le château féodal. Sa description retravaillée avec l’aide de tous est ensuite transcrite au tableau puis recopiée dans le cahier de poésie sous cette forme.

Le château féodal

« Dressé sur le roc, le château domine les alentours. On aperçoit sa tour crénelée et ses meurtrières. Une épaisse muraille semble entourer l’édifice. Des gardes veillent sur le chemin de ronde. On distingue on loin du château dans un écrin de verdure, un village cerné de collines ou de basses montagnes. »

Cet exercice d’observation et de description de l’image trouve son prolongement dans l’exploration de l’imaginaire.

Récit imaginé d’une scène

Dépeindre un tableau peut également conduire à extrapoler en inventant une suite imaginée de la scène décrite.

Nous en appelons à l’imagination de chacun pour « imaginer » un prolongement de la scène observée, à la manière de celui-ci :

« Des jeunes écuyers qui s’animent dans la cour du château en manipulant la lance et l’épée, surveillent d’un œil distrait les palefreniers qui soignent les chevaux. C’est l’attente du signal du départ au combat. Pendant ce temps, le baron, dans la salle des seigneurs, dispense ses dernières recommandations à ses compagnons et remercie les messagers venus de loin pour lui transmettre les nouvelles. La cloche du beffroi sonne; les écuyers ceignent l’écu. On baisse le pont-levis et l’escorte s’ébranle.

Puis nous proposons à chacun de dessiner le château fort de son rêve et de construire un récit à partir de son dessin.

L’image et les figures de mots

Qu’appelle-t-on figure?

La figure est une manière de s’exprimer qui donne au discours et au style plus de relief. On distingue trois sortes de figures : les figures de mots, les figures de construction et les figures de pensée.

1 – Les figures de mots consistent à détourner les mots de leur sens propre. Ouvrons ici une parenthèse pour rappeler qu’un mot est employé au sens propre lorsqu’il désigne la chose pour laquelle il a été créé.

Exemple : le pain nourrit le corps.

Parmi les figures de mot, citons notamment la métaphore et l’allégorie qui sont des procédés très prisés par les poètes.

La métaphore, qui crée une image poétique forte, rapproche d’une manière inattendue deux réalités ou deux domaines que l’on aurait pas eu l’idée de confronter ordinairement.

Exemple 1 : les ailes du temps.

Les ailes, organes moteurs qui permettent à l’oiseau de se déplacer et de voler, suggèrent ici, par comparaison, la fuite du temps.

Exemple 2 : « La bouteille d’encre » de Maurice Carême

L’allégorie : développement de la métaphore, l’allégorie fait agir et parler, comme des personnes vivantes, des idées, des sentiments ou des abstractions.

Exemple : le Roman de la Rose de G. Lorris et J. de Meung

On la rencontre dans la personnification ou la prosopopée.

L’allégorie peut étalement devenir un genre littéraire; citons la fable et la parabole.

La personnification : consiste à donner une forme humaine à une abstraction, un animal ou un objet.

Exemple : « Tu marches sur des mots, Beauté, dont tu te moques. »

La prosopopée : consiste à faire parler un être absent ou mort, un animal ou une réalité personnifiée ou même les êtres inanimés.

Exemple : « vous avez bien servi la France, vous vous êtes courageusement battu? Si votre père revenait en ce monde, il vous dirait : Mon fils, je suis content de vous! »

2 – Les figures de construction consistent dans le déplacement des mots d’une phrase, dans leur omission ou dans l’addition de mots superflus. Telles sont les figures suivantes :

L’inversion qui renverse l’ordre habituel des mots.

Exemple : Où la défiance commence, l’amitié finit, au lieu de : l’amitié finit là ou commence la défiance.

L’ellipse qui supprime des mots pour rendre l’expression plus rapide, sans pour cela en modifier le sens :

Exemple : le crime fait la honte et non pas l’échafaud, au lieu de : l’échafaud ne fait pas la honte mais le crime fait la honte.

Le pléonasme emploie des mots superflus pour le sens mais qui donnent en revanche plus de force à la phrase.

Exemple : je l’ai vu de mes yeux.

3 – Les figures de pensée ne modifient ni le sens des mots ni la construction de la phrase : ce sont la comparaison, l’apostrophe, l’interrogation, l’imprécation, l’exclamation, etc. et le sens figuré qui, détourné de sa signification primitive, en prend une nouvelle.

Donnons un exemple de figure de pensée avec l’apostrophe.

Extrait du poème « Danse » de Marie Noël :

Mars entre! Je l’attrape.

Espiègle! Vert cabri

Qui de l’hiver t’échappes

Trop las d’être à l’abri.

De même qu’un exemple de figure de pensée avec l’interrogation.

Extrait du poème « La Pomme et l’escargot » de Charles de Vildrac

Pomme, pomme

t’es-tu fait mal?

J’ai le menton en marmelade

le nef fendu et l’œil poché!

En conclusion de cette séquence, nos inciterons les participants à trouver des exemples de chacune des figures de mots que nous venons de rencontrer.

Point de vigilance

Si le participant a besoin de se représenter la réalité de son contenu, il lui est nécessaire de la transposer dans son imaginaire pour développer son « autonomie du voir ». C’est grâce à l’imagination en effet qu’il élargit son champ de vision, et découvre une autre réalité, génératrice de créativité.

La Seine au couchant, peinture de Dominique Ladoux

Peinture et Poésie

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