Les mois et les saisons du paradis

  1. Août
    1. Sorques, la Plaine de la Fécondité, dans le signe du Lion (du 23 juillet au 23 août) : la moisson du blé
  2. Septembre
    1. Moret-sur-Loing, le Village du Service Désintéressé, dans le signe de la Vierge, du 23 août au 23 septembre: la battue du blé au fléau sur son aire
  3. Liens externes
  4. Voir aussi

Août
Le mois d’aoĂ»t dans les Très Riches Heures du duc de Berry

Le mois d’aoĂ»t, extrait des Très Riches Heures du duc de Berry

La miniature prĂ©sente plusieurs plans. Au premier figure une scène de fauconnerie : le cortège Ă  cheval part pour la chasse, prĂ©cĂ©dĂ© d’un fauconnier. Celui-ci tient dans la main droite le long bâton qui lui permettra de battre arbres et buissons pour faire s’envoler le gibier. Il porte deux oiseaux au poing et, Ă  la ceinture, un leurre en forme d’oiseau que l’on garnissait de viande pour inciter les faucons Ă  revenir. Le cortège est accompagnĂ© de chiens destinĂ©s Ă  lever le gibier ou Ă  rapporter celui qui aura Ă©tĂ© abattu. Sur leur cheval, trois personnages portent un oiseau, sans doute un Ă©pervier ou un faucon Ă©merillonc.

Au second plan sont reprĂ©sentĂ©s les travaux agricoles du mois d’aoĂ»t. Un paysan fauche le champ, un deuxième rĂ©unit les Ă©pis en gerbes alors qu’un troisième les charge sur une charrette tirĂ©e par deux chevaux. Ă€ proximitĂ©, d’autres personnages se baignent dans une rivière — peut-ĂŞtre la Juine — ou se sèchent au soleil. Ă€ l’arrière-plan se dresse le château d’Étampes, que le duc de Berry avait acquis en 1400, Ă  la mort de Louis d’Évreux, comte d’Étampes. Derrière les remparts, on distingue le donjon quadrangulaire et la tour Guinette, qui existe toujours. Le duc de Berry offrit le château Ă  Charles d’OrlĂ©ans, mari de sa petite-fille Bonne d’Armagnac, peut-ĂŞtre reprĂ©sentĂ©e ici sur un cheval blanc. Selon Saint-Jean Bourdin, cette scène reprĂ©sente la prise de possession du château par cette dernière, avant 1411, hypothèse confirmĂ©e par Patricia Stirnemann36. Mais pour lui, le couple est reprĂ©sentĂ© Ă  gauche : le duc de Berry est sur le cheval blanc (bien qu’assis en amazone) et le duc et la duchesse d’Alençon se trouvent Ă  droite. Pour Meiss, la miniature est de Jean de Limbourg alors que pour Cazelles, elle est de « Limbourg B », avec peut-ĂŞtre un ajout de la scène centrale vers 1440.

Sorques, la Plaine de la FĂ©conditĂ©, dans le signe du Lion (du 23 juillet au 23 aoĂ»t) : la moisson du blĂ©

Septembre

Septembre, extrait des Très Riches Heures du duc de Berry

Septembre est illustrĂ© par les vendanges. Au premier plan, cinq personnages cueillent du raisin tandis qu’un homme et une femme, apparemment enceinte, se reposent. Les grappes sont dĂ©posĂ©es dans des paniers qui sont ensuite vidĂ©s dans des hottes fixĂ©es sur des mulets. Ces hottes sont elles-mĂŞmes dĂ©versĂ©es dans des cuves chargĂ©es dans des charrettes tirĂ©es par des bĹ“ufs.

L’arrière plan est entièrement occupĂ© par le château de Saumur en Anjou, rĂ©gion dĂ©jĂ  viticole Ă  l’Ă©poque. Les tours sont coiffĂ©es de girouettes Ă  fleurs de lys. Au second plan, une lice est reprĂ©sentĂ©e avec sa barre centrale et son mur de treillage. C’Ă©tait le lieu habituel des tournois.

Tout le monde s’accorde Ă  distinguer deux mains dans cette enluminure : l’une dans la scène de vendange, l’autre dans le château et ses abords. Longtemps, le château a Ă©tĂ© attribuĂ© aux frères de Limbourg, et plus particulièrement Ă  Paul par Meiss. Cependant, entre 1410 et 1416, le propriĂ©taire du château Ă©tait Louis II d’Anjou, alliĂ© du duc de Bourgogne Jean sans Peur puisqu’il fiança en 1410 son fils aĂ®nĂ© Louis III d’Anjou Ă  l’une des filles de celui-ci. Cela en faisait donc un opposant au parti du roi de France, donc au duc de Berry.

Le style de la partie supĂ©rieure de la miniature fait plutĂ´t penser au peintre des annĂ©es 1440, BarthĂ©lemy d’Eyck selon Inès Villela-Petit. Cette hypothèse est confirmĂ©e par le fait que le château appartenait alors Ă  RenĂ© d’Anjou, fils de Louis II et mĂ©cène de ce peintre. Ă€ l’extrĂ©mitĂ© droite de la lice se trouve un Ă©dicule quadrangulaire ornĂ© de colonnes engagĂ©es appelĂ© « perron ». Il s’agit d’un Ă©difice qui fut utilisĂ© lors d’un tournoi de chevalerie, le « Pas de Saumur », organisĂ© sur place par RenĂ© d’Anjou en 1446 en l’honneur du roi de France Charles VII, qui a pour Ă©pouse Marie d’Anjou, sĹ“ur de RenĂ©. Le compte-rendu de ce tournoi, aujourd’hui disparu, a Ă©tĂ© illustrĂ© par BarthĂ©lemy d’Eyck, reprĂ©sentant sans doute ces lices et ce perron. La reprĂ©sentation du château pourrait ĂŞtre un souvenir d’enfance de Marie d’Anjou en mĂŞme temps qu’un rappel du pas d’arme rĂ©cent. Quant Ă  la partie infĂ©rieure, elle pourrait avoir Ă©tĂ© achevĂ©e par Jean Colombe ou son atelier.

Moret-sur-Loing, le Village du Service DĂ©sintĂ©ressĂ©, dans le signe de la Vierge, du 23 aoĂ»t au 23 septembre: la battue du blĂ© au flĂ©au sur son aire

Liens externes
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