Août

Le mois d’aoĂ»t, extrait des Très Riches Heures du duc de Berry
La miniature prĂ©sente plusieurs plans. Au premier figure une scène de fauconnerie : le cortège Ă cheval part pour la chasse, prĂ©cĂ©dĂ© d’un fauconnier. Celui-ci tient dans la main droite le long bâton qui lui permettra de battre arbres et buissons pour faire s’envoler le gibier. Il porte deux oiseaux au poing et, Ă la ceinture, un leurre en forme d’oiseau que l’on garnissait de viande pour inciter les faucons Ă revenir. Le cortège est accompagnĂ© de chiens destinĂ©s Ă lever le gibier ou Ă rapporter celui qui aura Ă©tĂ© abattu. Sur leur cheval, trois personnages portent un oiseau, sans doute un Ă©pervier ou un faucon Ă©merillonc.
Au second plan sont reprĂ©sentĂ©s les travaux agricoles du mois d’aoĂ»t. Un paysan fauche le champ, un deuxième rĂ©unit les Ă©pis en gerbes alors qu’un troisième les charge sur une charrette tirĂ©e par deux chevaux. Ă€ proximitĂ©, d’autres personnages se baignent dans une rivière — peut-ĂŞtre la Juine — ou se sèchent au soleil. Ă€ l’arrière-plan se dresse le château d’Étampes, que le duc de Berry avait acquis en 1400, Ă la mort de Louis d’Évreux, comte d’Étampes. Derrière les remparts, on distingue le donjon quadrangulaire et la tour Guinette, qui existe toujours. Le duc de Berry offrit le château Ă Charles d’OrlĂ©ans, mari de sa petite-fille Bonne d’Armagnac, peut-ĂŞtre reprĂ©sentĂ©e ici sur un cheval blanc. Selon Saint-Jean Bourdin, cette scène reprĂ©sente la prise de possession du château par cette dernière, avant 1411, hypothèse confirmĂ©e par Patricia Stirnemann36. Mais pour lui, le couple est reprĂ©sentĂ© Ă gauche : le duc de Berry est sur le cheval blanc (bien qu’assis en amazone) et le duc et la duchesse d’Alençon se trouvent Ă droite. Pour Meiss, la miniature est de Jean de Limbourg alors que pour Cazelles, elle est de « Limbourg B », avec peut-ĂŞtre un ajout de la scène centrale vers 1440.
Sorques, la Plaine de la Fécondité, dans le signe du Lion (du 23 juillet au 23 août) : la moisson du blé

Septembre
Septembre, extrait des Très Riches Heures du duc de Berry
Septembre est illustrĂ© par les vendanges. Au premier plan, cinq personnages cueillent du raisin tandis qu’un homme et une femme, apparemment enceinte, se reposent. Les grappes sont dĂ©posĂ©es dans des paniers qui sont ensuite vidĂ©s dans des hottes fixĂ©es sur des mulets. Ces hottes sont elles-mĂŞmes dĂ©versĂ©es dans des cuves chargĂ©es dans des charrettes tirĂ©es par des bĹ“ufs.
L’arrière plan est entièrement occupĂ© par le château de Saumur en Anjou, rĂ©gion dĂ©jĂ viticole Ă l’Ă©poque. Les tours sont coiffĂ©es de girouettes Ă fleurs de lys. Au second plan, une lice est reprĂ©sentĂ©e avec sa barre centrale et son mur de treillage. C’Ă©tait le lieu habituel des tournois.
Tout le monde s’accorde Ă distinguer deux mains dans cette enluminure : l’une dans la scène de vendange, l’autre dans le château et ses abords. Longtemps, le château a Ă©tĂ© attribuĂ© aux frères de Limbourg, et plus particulièrement Ă Paul par Meiss. Cependant, entre 1410 et 1416, le propriĂ©taire du château Ă©tait Louis II d’Anjou, alliĂ© du duc de Bourgogne Jean sans Peur puisqu’il fiança en 1410 son fils aĂ®nĂ© Louis III d’Anjou Ă l’une des filles de celui-ci. Cela en faisait donc un opposant au parti du roi de France, donc au duc de Berry.
Le style de la partie supĂ©rieure de la miniature fait plutĂ´t penser au peintre des annĂ©es 1440, BarthĂ©lemy d’Eyck selon Inès Villela-Petit. Cette hypothèse est confirmĂ©e par le fait que le château appartenait alors Ă RenĂ© d’Anjou, fils de Louis II et mĂ©cène de ce peintre. Ă€ l’extrĂ©mitĂ© droite de la lice se trouve un Ă©dicule quadrangulaire ornĂ© de colonnes engagĂ©es appelĂ© « perron ». Il s’agit d’un Ă©difice qui fut utilisĂ© lors d’un tournoi de chevalerie, le « Pas de Saumur », organisĂ© sur place par RenĂ© d’Anjou en 1446 en l’honneur du roi de France Charles VII, qui a pour Ă©pouse Marie d’Anjou, sĹ“ur de RenĂ©. Le compte-rendu de ce tournoi, aujourd’hui disparu, a Ă©tĂ© illustrĂ© par BarthĂ©lemy d’Eyck, reprĂ©sentant sans doute ces lices et ce perron. La reprĂ©sentation du château pourrait ĂŞtre un souvenir d’enfance de Marie d’Anjou en mĂŞme temps qu’un rappel du pas d’arme rĂ©cent. Quant Ă la partie infĂ©rieure, elle pourrait avoir Ă©tĂ© achevĂ©e par Jean Colombe ou son atelier.
Moret-sur-Loing, le Village du Service Désintéressé, dans le signe de la Vierge, du 23 août au 23 septembre: la battue du blé au fléau sur son aire


