La forêt et son imaginaire social

Retrouver la forêt

Épisode 1 – Bretagne : l’imagination qui vient

Retrouver la forêt pour retrouver le pouvoir de l’imaginaire

Construire des relations saines et durables entre les humains et le reste du vivant : voilà au fond la motivation première à l’origine de mon projet de voyage à travers les forêts d’Europe.

Le départ de cette recherche aventureuse me fait tourner le dos à l’Océan pour me lancer vers l’Est. En traversant la Bretagne, je cherche à explorer la dimension spirituelle de la forêt. Avant d’aller vers les lointains pour chercher des éléments de réponse, j’ai eu envie de faire un détour par l’histoire : Quel était le rapport des Celtes à la forêt ? Est-ce que les anciens peuples d’Europe étaient plus proches de la nature ? A quel moment est-ce qu’on a pris une mauvaise direction ?

« Non, les gaulois n’étaient pas des adorateurs de la Nature ». Sous une cape de laine qui le protège du vent froid, Taliesin avance à bon pas dans le bois du Duc. Il s’arrête, se retourne vers moi, évoque sa pratique sacerdotale puis reprend la marche dans une ambiance résolument mystérieuse. Ce druide basé en pays de Locronan tient à distinguer sa pratique de celle de beaucoup d’autres groupes druidiques de Bretagne : « vous rencontrerez des personnes qui mélangent des éléments du renouveau celtique avec des pratiques inspirées du chamanisme d’autres régions du monde. Ils ont tendance à diviniser les arbres, à accorder un statut de sacré à la nature. Nous ne nous inscrivons pas du tout dans cette tendance. Mais cela n’empêche pas d’entrer en relation avec les arbres, en tant qu’être vivant ! »

A l’Ordre Druidique de Dahut, l’organisation dont il est fait parti, on se revendique Polythéiste et on honore les Dieux. Pour Taliesin, il s’agit d’être en cohérence historique avec les peuples païens de l’époque pré-chrétienne. « Les gaulois ne vivaient pas en forêt, et ne chassaient pas le sanglier ! Ils étaient éleveurs, cultivateurs et vivaient dans des hameaux agricoles. Ils pouvaient vénérer des arbres sacrés, mais il s’agissait d’individus ou de petits bosquets. Leur relation au monde passaient par l’intermédiaire des Dieux ».

Tout en s’inscrivant dans l’époque moderne, la pratique de l’ODD respecte cette tradition. C’est dans ce bois dans lequel nous échangeons qu’il a fait la rencontre de Cernunnos, le Dieu du renouveau et des cycles de la nature. Au sujet des cérémonies proposées en Bretagne, il conseille humblement « d’essayer, de ressentir et de faire son propre avis. Mais il faut toujours faire attention au folklore. »

Cet aspect folklorique, on y est rapidement confronté en abordant les forêts de Huelgoat puis de Brocéliande. Les amateurs de voyage en autonomie n’apprécieront que moyennement les itinéraires ultra-fléchés avec les lieux qu’il « faut voir », les sites patrimoniaux « incontournables » et les monuments « à visiter ». Les espaces naturels à parcourir sont tellement bien délimités qu’on a parfois l’impression d’être face à un décor de parc d’attraction, et certains habitants du secteur n’hésitent pas à parler de « Merlin-land » ou de « Disneyland Huelgoat ».

On peut aussi rester perplexe sur la relation globale au vivant dans cette région. Pendant que nous regardons les quelques derniers îlots de forêts préservées, nous oublions peut-être un peu trop vite que l’impact de l’humain sur la nature en Bretagne est d’abord celui de l’industrie du lait, du porc et de la volaille, et qu’il se nomme pesticides, algues vertes, destruction de zones humides, de talus et arrachage de haies.

Dans le cadre de ma recherche sur la dimension spirituelle de la forêt, ce qui m’intéresse en fait c’est de distinguer ce qui relève du folklore local, de la reconstruction touristique ou de la vérité historique. Or, les allusions aux druides et à la culture celte de l’antiquité croisent ici les légendes arthuriennes écrites au Moyen-Age ainsi que des menhirs et des mégalithes présents depuis le néolithique.

C’est peut-être DamEnora qui m’offrira la clé pour appréhender ces forêts entre histoires et légendes. Je la rencontre au milieu des ajoncs en fleurs, en remontant, songeur, de l’Arbre d’Or et du Val sans Retour.

« Vous êtes une fée ? » Je n’aurai pas pu lui faire une pire insulte : c’est une sorcière. Nous discutons de la vie, du noir et de l’âme. En me parlant du « Jardin aux Moines » , cet ensemble de blocs de pierre, elle indique : « on ne connaît pas la fonction exacte, et c’est très bien comme ça. Ne cherchons pas à trouver réponse à tout, gardons une place pour les mystères ».

Le mystère : et si c’était l’un des biens les plus précieux que pouvaient nous offrir les forêts ? Les bois de Huelgoat et de Brocéliande nous aident à renouer avec l’un de nos pouvoirs : celui de l’imagination. Ici, les fées et les mages, et là, les chevaliers errants en quête du Graal. Plus loin, des histoires de dragons et de fontaines magiques. Les univers se croisent et se mélangent tellement qu’à Tréhorenteuc, l’église abbatiale parvient à réunir en ces vitraux spiritualité païenne et chrétienne.

La réponse ne se situe alors pas dans le recherche des liens que les populations celtes entretenaient avec le vivant. Ils étaient déjà ambivalents et paradoxaux. La relation de vénération/détestation est peut-être présente depuis l’émergence de l’agriculture, et les sacrifices d ‘animaux pratiqués par les gaulois empêchent de fantasmer un rapport harmonieux qui aurait cessé du jour au lendemain.

Notre époque n’accorde plus beaucoup de place au rêve et mystère. Il reste le noël aux enfants, et les compétitions sportives aux adultes pour s’autoriser à sortir d’un univers par trop rationnel. Alors, nous pouvons voir dans le sens du merveilleux des leviers pour sortir de l’emprise mortifère de l’Homme sur son environnement. Et la constitution de nouveaux fonctionnements relationnels avec le vivant ne saurait faire l’impasse de ce pouvoir de l’imaginaire.

La modernité qui accouche d’un rapport dualiste nature/culture et qui place l’homme au dessus du reste de vivant (comme maître et possesseur de la nature) et également l’époque de la disparition du spirituel au nom de l’avènement du sacro-saint Rationalisme. Pour sortir de cette séquence, les forêts, celle des mythes comme celle d’aujourd’hui, nous ouvrent en fait des lignes de fuites face au règne de l’individu, de la technique, de l’argent et du consumérisme.

S’autoriser à ne pas tout expliquer.

Redire enfin : sacré.

Ecouter les conteurs pour faire taire les ingénieurs.

Regarder vers les bois pour feindre d’y voir des fées.

Se tourner vers le Ciel.

S’intéresser aux êtres non humains.

S’inspirer de Perceval.

Rechercher le Graal.

Renouer avec le mystère et le merveilleux.

Reprendre sa place dans le Cosmos.

Réconcilier l’Histoire et la légende.

Rallumer les imaginaires.

Retrouver la forêt.

Source : Retrouver la forêt sur facebook

Voir aussi la page Retrouver la forêt sur ce site

Photo : « La mare aux cerfs » en forêt de Fontainebleau

La poésie comme une île…

http://dominiqueladoux.com/la-poesie-comme-une-ile/

De Thoreau à Miyazaki : un imaginaire forestier réinventé

Promenons-nous dans les bois (4 épisodes) Épisode 4 :

Les mythes, le cinéma, la littérature… la forêt est une source de récits et d’imaginaire pour les peuples qui la côtoient. Comment les hommes à différents endroits dans le monde perçoivent-ils et représentent-ils l’univers forestier ?

https://www.franceculture.fr/emissions/culturesmonde/promenons-nous-dans-les-bois-44-de-thoreau-miyazaki-un-imaginaire-forestier

Mémoire des forêts –

épisode 3 : Aux sources de notre imaginaire

La forêt et son imaginaire social : quels enjeux pour l’avenir ?

La forêt a toujours nourri, de manière féconde, l’imaginaire des rapports de l’homme à la nature. Selon les sociétés, la forêt occupe une place plus ou moins importante dans les représentations sociales des paysages selon que ces derniers sont considérés comme bucolique, pittoresque, sublime ou romantique. L’article se propose de développer en premier lieu le sens que la forêt a occupé dans l’histoire des rapports sociaux à la nature dans plusieurs pays européens, comme par exemple la France et l’Allemagne qui entretiennent des relations très différentes à leur espace forestier. Après avoir retracé les principaux caractères de cette histoire symbolique de la forêt dans plusieurs pays européens, l’article se propose d’approfondir les relations entre paysage, forêt et économie en prenant pour critère principal le bien-être ou le mal-être ressentis par les habitants proches des espaces forestiers.

Dossier thématique

ENTRÉES D’INDEX
Mots-clés : 

paysageforêtbien-êtreéconomieparticipation citoyenne

Keywords: 

landscapeforestwell-beingeconomycitizen participation

PLAN

La forêt dans le monde : situation et évolution

L’imaginaire social de la forêt

Les enjeux du développement forestier dans l’avenir et la question du bien-être

Conclusion

Voir aussi :

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