
Ce Conte sâadresse Ă lâIntelligence du lecteur qui met les choses en scĂšne, elle-mĂȘme.
S. M.
- INTRODUCTION
- ARGUMENT
- I LE MINUIT
- II IL QUITTE LA CHAMBRE ET SE PERD DANS LES ESCALIERS
- III. Vie dâIgitur
- IV. LE COUP DE DĂS
- V. IL SE COUCHE AU TOMBEAU
- II. PLUSIEURS ĂBAUCHES DE LA SORTIE DE LA CHAMBRE
- IV. MALGRĂ LA DĂFFENSE DE SA MĂRE, ALLANT JOUER DANS LES TOMBEAUX
- Voir aussi
INTRODUCTION
Ancienne étude
Quand les souffles de ses ancĂȘtres veulent souffler la bougie, (grĂące Ă laquelle peut-ĂȘtre subsistent les caractĂšres du grimoire) â il dit « Pas encore ! »
Lui-mĂȘme Ă la fin, quand les bruits auront disparu, tirera une preuve de quelque chose de grand (pas dâastres ? le hasard annulĂ© ?) de ce simple fait quâil peut causer lâombre en soufflant sur la lumiĂšre â
Puis â comme il aura parlĂ© selon lâabsolu â qui nie lâimmortalitĂ©, lâabsolu existera en dehors â lune, au-dessus du temps : et il soulĂšvera les rideaux, en face.
Igitur, tout enfant, lit son devoir Ă ses ancĂȘtres.
ARGUMENT
4 morceaux :
1. Le Minuit
2. Lâescalier
3. Le coup de dés
4. Le sommeil sur les cendres, aprÚs la bougie soufflée.
Ă peu prĂšs ce qui suit :
Minuit sonne â le Minuit oĂč doivent ĂȘtre jetĂ©s les dĂ©s. Igitur descend les escaliers, de lâesprit humain, va au fond des choses : en « absolu » quâil est. Tombeaux â cendres (pas sentiment, ni esprit), neutralitĂ©. Il rĂ©cite la prĂ©diction et fait le geste. IndiffĂ©rence. Sifflements dans lâescalier. « Vous avez tort » nulle Ă©motion. Lâinfini sort du hasard, que vous avez niĂ©. Vous, mathĂ©maticiens expirĂątes â moi projetĂ© absolu. Devais finir en Infini. Simplement parole et geste. Quant Ă ce que je vous dis, pour expliquer ma vie. Rien ne restera de vous â Lâinfini enfin Ă©chappe Ă la famille, qui en a souffert, â vieil espace â pas de hasard. Elle a eu raison de le nier, â sa vie â pour quâil ait Ă©tĂ© lâabsolu. Ceci devait avoir lieu dans les combinaisons de lâInfini vis-Ă -vis de lâAbsolu. NĂ©cessaire â extrait lâIdĂ©e. Folie utile. Un des actes de lâunivers vient dâĂȘtre commis lĂ . Plus rien, restait le souffle, fin de parole et geste unis â souffle la bougie de lâĂȘtre, par quoi tout a Ă©tĂ©. Preuve.
(Creuser tout cela)
I LE MINUIT
Certainement subsiste une prĂ©sence de Minuit. Lâheure nâa pas disparu par un miroir, ne sâest pas enfouie en tentures, Ă©voquant un ameublement par sa vacante sonoritĂ©. Je me rappelle que son or allait feindre en lâabsence un joyau nul de rĂȘverie, riche et inutile survivance, sinon que sur la complexitĂ© marine et stellaire dâune orfĂšvrerie se lisait le hasard infini des conjonctions.
RĂ©vĂ©lateur du minuit, il nâa jamais alors indiquĂ© pareille conjoncture, car voici lâunique heure quâil ait créée ; et que de lâInfini se sĂ©parent et les constellations et la mer, demeurĂ©es, en lâextĂ©rioritĂ©, de rĂ©ciproques nĂ©ants, pour en laisser lâessence, Ă lâheure unie, faire le prĂ©sent absolu des choses.
Et du Minuit demeure la prĂ©sence en la vision dâune chambre du temps oĂč le mystĂ©rieux ameublement arrĂȘte un vague frĂ©missement de pensĂ©e, lumineuse brisure du retour de ses ondes et de leur Ă©largissement premier, cependant que sâimmobilise (dans une mouvante limite), la place antĂ©rieure de la chute de lâheure en un calme narcotique de moi pur longtemps rĂȘvĂ© ; mais dont le temps est rĂ©solu en des tentures sur lesquelles sâest arrĂȘtĂ©, les complĂ©tant de sa splendeur, le frĂ©missement amorti, dans de lâoubli, comme une chevelure languissante, autour du visage Ă©clairĂ© de mystĂšre, aux yeux nuls pareils au miroir de lâhĂŽte, dĂ©nuĂ© de toute signification que de prĂ©sence.
Câest le rĂȘve pur dâun Minuit, en soi disparu, et dont la ClartĂ© reconnue, qui seule demeure au sein de son accomplissement plongĂ© dans lâombre, rĂ©sume sa stĂ©rilitĂ© sur la pĂąleur dâun livre ouvert que prĂ©sente la table ; page et dĂ©cor ordinaires de la Nuit, sinon que subsiste encore le silence dâune antique parole profĂ©rĂ©e par lui, en lequel, revenu, ce Minuit Ă©voque son ombre finie et nulle par ces mots : JâĂ©tais lâheure qui doit me rendre pur.
Depuis longtemps morte, une antique idĂ©e se mire telle Ă la clartĂ© de la chimĂšre en laquelle a agonisĂ© son rĂȘve, et se reconnaĂźt Ă lâimmĂ©morial geste vacant avec lequel elle sâinvite, pour terminer lâantagonisme de ce songe polaire, Ă se rendre, avec et la clartĂ© chimĂ©rique et le texte refermĂ©, au Chaos de lâombre avortĂ© et de la parole qui absolut Minuit.
Inutile, de lâameublement accompli qui se tassera en tĂ©nĂšbres comme les tentures, dĂ©jĂ alourdies en une forme permanente de toujours, tandis que, lueur virtuelle, produite par sa propre apparition en le miroitement de lâobscuritĂ©, scintille le feu pur du diamant de lâhorloge, seule survivance et joyau de la Nuit Ă©ternelle, lâheure se formule en cet Ă©cho, au seuil de panneaux ouverts par son acte de la Nuit : « Adieu, nuit, que je fus, ton propre sĂ©pulcre, mais qui, lâombre survivante, se mĂ©tamorphosera en ĂternitĂ©. »
II IL QUITTE LA CHAMBRE ET SE PERD DANS LES ESCALIERS
(au lieu de descendre Ă cheval sur la rampe)
Lâombre disparue en lâobscuritĂ©, la Nuit resta avec une douteuse perception de pendule qui va sâĂ©teindre et expirer en lui ; mais Ă ce qui luit et va, expirant en soi, sâĂ©teindre, elle se voit qui le porte encore ; donc, câest dâelle que, nul doute, Ă©tait le battement ouĂŻ, dont le bruit total et dĂ©nuĂ© Ă jamais tomba en son passĂ©.
Dâun cĂŽtĂ© si lâĂ©quivoque cessa, une motion de lâautre, dure, marquĂ©e plus pressante par un double heurt, qui nâatteint plus ou pas encore sa notion, et dont un frĂŽlement actuel, tel quâil doit avoir lieu, remplit confusĂ©ment lâĂ©quivoque, ou sa cessation : comme si la chute totale qui avait Ă©tĂ© le choc unique des portes du tombeau, nâen Ă©touffait pas lâhĂŽte sans retour ; et dans lâincertitude issue probablement de la tournure affirmative, prolongĂ©e par la rĂ©miniscence du vide sĂ©pulcral du heurt en laquelle se confond la clartĂ©, se prĂ©sente une vision de la chute interrompue de panneaux, comme si câĂ©tait soi-mĂȘme, qui, douĂ© du mouvement suspendu, le retournĂąt sur soi en la spirale vertigineuse consĂ©quente ; et elle devait ĂȘtre indĂ©finiment fuyante, si une oppression progressive, poids graduel de ce dont on ne se rendait pas compte, malgrĂ© que ce fĂ»t expliquĂ© en somme, nâen eĂ»t impliquĂ© lâĂ©vasion certaine en un intervalle, la cessation ; oĂč, lorsquâexpira le heurt, et quâelles se confondirent, rien en effet ne fut plus ouĂŻ : que le battement dâailes absurdes de quelque hĂŽte effrayĂ© de la nuit heurtĂ© dans son lourd somme par la clartĂ© et prolongeant sa fuite indĂ©finie.
Car, pour le halĂštement qui avait frĂŽlĂ© cet endroit, ce nâĂ©tait pas quelque doute dernier de soi, qui remuait ses ailes par hasard en passant, mais le frottement familier et continu dâun Ăąge supĂ©rieur, dont maint et maint gĂ©nie fut soigneux de recueillir toute sa poussiĂšre sĂ©culaire en son sĂ©pulcre pour se mirer en un soi propre, et que nul soupçon nâen remontĂąt le fil arachnĂ©en â pour que lâombre derniĂšre se mirĂąt en son propre soi, et se reconnĂ»t en la foule de ses apparitions comprises Ă lâĂ©toile nacrĂ©e de leur nĂ©buleuse science tenue dâune main, et Ă lâĂ©tincelle dâor du fermoir hĂ©raldique de leur volume, dans lâautre ; du volume de leurs nuits ; telles, Ă prĂ©sent, se voyant pour quâelle se voie, elle, pure, lâOmbre, ayant sa derniĂšre forme quâelle foule, derriĂšre elle, couchĂ©e et Ă©tendue, et puis, devant elle, en un puits, lâĂ©tendue de couches dâombre, rendue Ă la nuit pure, de toutes ses nuits pareilles apparues, des couches Ă jamais sĂ©parĂ©es dâelles et que sans doute elles ne connurent pas â qui nâest, je le sais, que le prolongement absurde du bruit de la fermeture de la porte sĂ©pulcrale dont lâentrĂ©e de ce puits rappelle la porte.
Cette fois, plus nul doute ; la certitude se mire en lâĂ©vidence : en vain, rĂ©miniscence dâun mensonge, dont elle Ă©tait la consĂ©quence, la vision dâun lieu apparaissait-elle encore, telle que devait ĂȘtre, par exemple, lâintervalle attendu, ayant, en effet, pour parois latĂ©rales lâopposition double des panneaux, et pour vis-Ă -vis, devant et derriĂšre, lâouverture de doute nul rĂ©percutĂ©e par le prolongement du bruit des panneaux, oĂč sâenfuit le plumage, et dĂ©doublĂ©e par lâĂ©quivoque explorĂ©, la symĂ©trie parfaite des dĂ©ductions prĂ©vues dĂ©mentait sa rĂ©alitĂ© ; il nây avait pas Ă sây tromper câĂ©tait la conscience de soi (Ă laquelle lâabsurde mĂȘme devait servir de lieu) â sa rĂ©ussite.
Elle se prĂ©sente Ă©galement dans lâune et dans lâautre face des parois luisantes et sĂ©culaires ne gardant dâelle que dâune main la clartĂ© opaline de sa science et de lâautre son volume, le volume de ses nuits, maintenant fermĂ© : du passĂ© et de lâavenir que parvenue au pinacle de moi, lâombre pure domine parfaitement et finis, hors dâeux. Tandis que devant et derriĂšre se prolonge le mensonge explorĂ© de lâinfini, tĂ©nĂšbres de toutes mes apparitions rĂ©unies, Ă prĂ©sent que le temps a cessĂ© et ne les divise plus, retombĂ©es en un lourd somme, massif (lors du bruit dâabord entendu), dans le vide duquel jâentends les pulsations de mon propre cĆur.
Je nâaime pas ce bruit : cette perfection de ma certitude me gĂȘne : tout est trop clair, la clartĂ© montre le dĂ©sir dâune Ă©vasion ; tout est trop luisant, jâaimerais rentrer en mon Ombre incréée et antĂ©rieure, et dĂ©pouiller par la pensĂ©e le travestissement que mâa imposĂ© la nĂ©cessitĂ©, dâhabiter le cĆur de cette race (que jâentends battre ici) seul reste dâambiguĂŻtĂ©.
Ă vrai dire, dans cette inquiĂ©tante et belle symĂ©trie de la construction de mon rĂȘve, laquelle des deux ouvertures prendre, puisquâil nây a plus de futur reprĂ©sentĂ© par lâune dâelles ? Ne sont-elles pas toutes deux, Ă jamais Ă©quivalentes, ma rĂ©flexion ? Dois-je encore craindre le hasard, cet antique ennemi qui me divisa en tĂ©nĂšbres et en temps créés, pacifiĂ©s lĂ tous deux en un mĂȘme somme ? et nâest-il pas par la fin du temps, qui amena celle des tĂ©nĂšbres, lui-mĂȘme annulĂ© ?
(chuchotement)
En effet, la premiĂšre venue ressemble Ă la spirale prĂ©cĂ©dente : mĂȘme bruit scandĂ©, â et mĂȘme frĂŽlement : mais comme tout a abouti, rien ne peut plus mâeffrayer : mon effroi qui avait pris les devants sous la forme dâun oiseau est bien loin : nâa-t-il pas Ă©tĂ© remplacĂ© par lâapparition de ce que jâavais Ă©tĂ© ? et que jâaime Ă rĂ©flĂ©chir maintenant, afin de dĂ©gager mon rĂȘve de ce costume.
Ce scandement nâĂ©tait-il pas le bruit du progrĂšs de mon personnage qui maintenant le continue dans la spirale, et ce frĂŽlement, le frĂŽlement incertain de sa dualitĂ© ? Enfin ce nâest pas le ventre velu dâun hĂŽte infĂ©rieur de moi, dont la lueur a heurtĂ© le doute, et qui sâest sauvĂ© avec un volĂštement, mais le buste de velours dâune race supĂ©rieure que la lumiĂšre froisse, et qui respire dans un air Ă©touffant, dâun personnage dont la pensĂ©e nâa pas conscience de lui-mĂȘme, de ma derniĂšre figure, sĂ©parĂ©e de son personnage par une fraise arachnĂ©enne et qui ne se connaĂźt pas : aussi, maintenant que sa dualitĂ© est Ă jamais sĂ©parĂ©e, et que je nâouĂŻs mĂȘme plus Ă travers lui le bruit de son progrĂšs, je vais mâoublier Ă travers lui, et me dissoudre en moi.
Son heurt redevient chancelant comme avant dâavoir la perception de soi : câĂ©tait le scandement de ma mesure dont la rĂ©miniscence me revint prolongĂ©e par le bruit dans le corridor du temps de la porte de mon sĂ©pulcre, et par lâhallucination : et, de mĂȘme quâelle a Ă©tĂ© rĂ©ellement fermĂ©e, de mĂȘme elle doit sâouvrir maintenant pour que mon rĂȘve se soit expliquĂ©.
Il quitte la chambre.
Lâheure a sonnĂ© pour moi de partir, la puretĂ© de la glace sâĂ©tablira, sans ce personnage, vision de moi â mais il emportera la lumiĂšre ! â la nuit ! Sur les meubles vacants, le RĂȘve a agonisĂ© en cette fiole de verre, puretĂ©, qui renferme la substance du NĂ©ant.
III. Vie dâIgitur
Ăcoutez, ma race, avant de souffler ma bougie â le compte que jâai Ă vous rendre de ma vie â Ici : nĂ©vrose, ennui, (ou Absolu !)
Heures vides, purement négatives.
Jâai toujours vĂ©cu mon Ăąme fixĂ©e sur lâhorloge. Certes, jâai tout fait pour que le temps quâelle sonna restĂąt prĂ©sent dans la chambre, et devĂźnt pour moi la pĂąture et la vie â jâai Ă©paissi les rideaux, et comme jâĂ©tais obligĂ© pour ne pas douter de moi de mâasseoir en face de cette glace, jâai recueilli prĂ©cieusement les moindres atomes du temps dans des Ă©toffes sans cesse Ă©paissies. â Lâhorloge mâa fait souvent grand bien.
(Cela avant que son IdĂ©e nâait Ă©tĂ© complĂ©tĂ©e ? En effet, Igitur a Ă©tĂ© projetĂ© hors du temps par sa race.)
Voici en somme Igitur, depuis que son IdĂ©e a Ă©tĂ© complĂ©tĂ©e : â Le passĂ© compris de sa race qui pĂšse sur lui en la sensation de fini, lâheure de la pendule prĂ©cipitant cet ennui en temps lourd, Ă©touffant, et son attente de lâaccomplissement du futur, forment du temps pur, ou de lâennui, rendu instable par la maladie dâidĂ©alitĂ© : cet ennui, ne pouvant ĂȘtre, redevient ses Ă©lĂ©ments, tantĂŽt, tous les meubles fermĂ©s, et pleins de leur secret ; et Igitur comme menacĂ© par le supplice dâĂȘtre Ă©ternel quâil pressent vaguement, se cherchant dans la glace devenue ennui et se voyant vague et prĂšs de disparaĂźtre comme sâil allait sâĂ©vanouir en le temps, puis sâĂ©voquant ; puis lorsque de tout cet ennui, temps, il sâest refait, voyant la glace horriblement nulle, sây voyant entourĂ© dâune rarĂ©faction, absence dâatmosphĂšre, et les meubles tordre leurs chimĂšres dans le vide, et les rideaux frissonner invisiblement, inquiets ; alors, il ouvre les meubles, pour quâils versent leur mystĂšre, lâinconnu, leur mĂ©moire, leur silence, facultĂ©s et impressions humaines, â et quand il croit ĂȘtre redevenu lui, il fixe de son Ăąme lâhorloge, dont lâheure disparaĂźt par la glace, ou va sâenfouir dans les rideaux, en trop plein, ne le laissant mĂȘme pas Ă lâennui quâil implore et rĂȘve. Impuissant de lâennui.
Il se sĂ©pare du temps indĂ©fini et il est ! Et ce temps ne va pas comme jadis sâarrĂȘter en un frĂ©missement gris sur les Ă©bĂšnes massifs dont les chimĂšres fermaient les lĂšvres avec une accablante sensation de fini, et, ne trouvant plus Ă se mĂȘler aux tentures saturĂ©es et alourdies, remplir une glace dâennui oĂč, suffoquant et Ă©touffĂ©, je suppliais de rester une vague figure qui disparaissait complĂštement dans la glace confondue ; jusquâĂ ce quâenfin, mes mains ĂŽtĂ©es un moment de mes yeux oĂč je les avais mises pour ne pas la voir disparaĂźtre, dans une Ă©pouvantable sensation dâĂ©ternitĂ©, en laquelle semblait expirer la chambre, elle mâapparĂ»t comme lâhorreur de cette Ă©ternitĂ©. Et quand je rouvrais les yeux au fond du miroir, je voyais le personnage dâhorreur, le fantĂŽme de lâhorreur absorber peu Ă peu ce qui restait de sentiment et de douleur dans la glace, nourrir son horreur des suprĂȘmes frissons des chimĂšres et de lâinstabilitĂ© des tentures, et se former en rarĂ©fiant la glace jusquâĂ une puretĂ© inouĂŻe, â jusquâĂ ce quâil se dĂ©tachĂąt, permanent, de la glace absolument pure, comme pris dans son froid, â jusquâĂ ce quâenfin les meubles, leurs monstres ayant succombĂ© avec leurs anneaux convulsifs, fussent morts dans une attitude isolĂ©e et sĂ©vĂšre, projetant leurs lignes dures dans lâabsence dâatmosphĂšre, les monstres figĂ©s dans leur effort dernier, et que les rideaux cessant dâĂȘtre inquiets tombassent, avec une attitude quâils devaient conserver Ă jamais.
IV. LE COUP DE DĂS
(AU TOMBEAU)
schĂšme
Bref dans un acte oĂč le hasard est en jeu, câest toujours le hasard qui accomplit sa propre IdĂ©e en sâaffirmant ou se niant. Devant son existence la nĂ©gation et lâaffirmation viennent Ă©chouer. Il contient lâAbsurde â lâimplique, mais Ă lâĂ©tat latent et lâempĂȘche dâexister : ce qui permet Ă lâInfini dâĂȘtre.
Le Cornet est la Corne de licorne â dâunicorne.
Mais lâActe sâaccomplit.
Alors son moi se manifeste par ceci quâil reprend la Folie : admet lâacte, et, volontairement, reprend lâIdĂ©e, en tant quâIdĂ©e : et lâActe (quelle que soit la puissance qui lâait guidĂ©) ayant niĂ© le hasard, il en conclut que lâIdĂ©e a Ă©tĂ© nĂ©cessaire. â Alors il conçoit quâil y a, certes, folie Ă lâadmettre absolument : mais en mĂȘme temps il peut dire que, par le fait de cette folie, le hasard Ă©tant niĂ©, cette folie Ă©tait nĂ©cessaire. Ă quoi ? (Nul ne le sait, il est isolĂ© de lâhumanitĂ©.)
Tout ce quâil en est, câest que sa race a Ă©tĂ© pure : quâelle a enlevĂ© Ă lâAbsolu sa puretĂ©, pour lâĂȘtre, et nâen laisser quâune IdĂ©e elle-mĂȘme aboutissant Ă la NĂ©cessitĂ© : et que quant Ă lâActe, il est parfaitement absurde sauf que mouvement (personnel) rendu Ă lâInfini : mais que lâInfini est enfin fixĂ©.
ScÚne de Théùtre, ancien Igitur
Un coup de dĂ©s qui accomplit une prĂ©diction, dâoĂč a dĂ©pendu la vie dâune race. « Ne sifflez pas » aux vents, aux ombres â si je compte, comĂ©dien, jouer le tour â les 12 â pas de hasard dans aucun sens.
âIl profĂšre la prĂ©diction, dont il se moque au fond. Il y a eu folie.
Igitur secoue simplement les dĂ©s â mouvement, avant dâaller rejoindre les cendres, atomes de ses ancĂȘtres : le mouvement, qui est en lui est absous. On comprend ce que signifie son ambiguĂŻtĂ©.
Il ferme le livre â souffle la bougie, â de son souffle qui contenait le hasard : et, croisant les bras, se couche sur les cendres de ses ancĂȘtres.
Croisant les bras â lâAbsolu a disparu, en puretĂ© de sa race (car il le faut bien puisque le bruit cesse).Race immĂ©moriale, dont le temps qui pesait est tombĂ©, excessif, dans le passĂ©, et qui pleine de hasard nâa vĂ©cu, alors, que de son futur. â Ce hasard niĂ© Ă lâaide dâun anachronisme, un personnage, suprĂȘme incarnation de cette race, â qui sent en lui, grĂące Ă lâabsurde, lâexistence de lâAbsolu, a, solitaire, oubliĂ© la parole humaine en le grimoire, et la pensĂ©e en un luminaire, lâun annonçant cette nĂ©gation du hasard, lâautre Ă©clairant le rĂȘve oĂč il en est. Le personnage qui, croyant Ă lâexistence du seul Absolu, sâimagine ĂȘtre partout dans un rĂȘve (il agit au point de vue Absolu) trouve lâacte inutile, car il y a et nây a pas de hasard â il rĂ©duit le hasard Ă lâInfini â qui, dit-il, doit exister quelque part.
V. IL SE COUCHE AU TOMBEAU
ou les dĂ©s â hasard absorbĂ©
Sur les cendres des astres, celles indivises de la famille, était le pauvre personnage, couché, aprÚs avoir bu la goutte de néant qui manque à la mer. (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du chùteau ?) Le Néant parti, reste le chùteau de la pureté.
SCOLIES
TOUCHES
Lâheure a sonnĂ© â certainement prĂ©dite par le livre â ou, la vision importune du personnage qui nuisait Ă la puretĂ© de la glace chimĂ©rique dans laquelle je mâapparaissais, Ă la faveur de la lumiĂšre, va disparaĂźtre, ce flambeau emportĂ© par moi : disparaĂźtre comme tous les autres personnages partis en temps des tapisseries, qui nâĂ©taient conservĂ©es que parce que le hasard Ă©tait niĂ© par le grimoire, avec lequel je vais Ă©galement partir. O sort ! la puretĂ© ne peut sâĂ©tablir â voici que lâobscuritĂ© la remplacera â et que les lourds rideaux tombant en temps, en feront les tĂ©nĂšbres, â tandis que le livre aux pages fermĂ©es toutes les nuits, et la lumiĂšre le jour quâelles sĂ©parent. Cependant, les meubles garderont leur vacance, et agonie de rĂȘve chimĂ©rique et pur, une fiole contient la substance du NĂ©ant.
Et maintenant il nây a plus quâombre et silence.
Que le personnage, qui a nui Ă cette puretĂ© prenne cette fiole qui le prĂ©disait et se lâamalgame, plus tard : mais quâil la mette simplement dans son sein, en allant se faire absoudre du mouvement.
II. PLUSIEURS ĂBAUCHES DE LA SORTIE DE LA CHAMBRE
Î
Les panneaux de la nuit Ă©bĂ©nĂ©enne ne se refermĂšrent pas encore sur lâombre qui ne perçut plus rien que lâoscillation hĂ©sitante et prĂȘte Ă sâarrĂȘter dâun balancier cachĂ© qui commence Ă avoir la perception de lui-mĂȘme. Mais elle sâaperçut bientĂŽt que câĂ©tait en elle, en qui la lueur de sa perception sâenfonçait comme Ă©touffĂ©e, â et elle rentrait en elle-mĂȘme. Le bruit, bientĂŽt, se scanda dâune façon plus dĂ©finitive. Mais, Ă mesure quâil devenait plus certain dâun cĂŽtĂ©, et plus pressĂ©, son hĂ©sitation augmentait dâune sorte de frĂŽlement, qui remplaçait lâintervalle disparu ; et, prise de doute, lâombre se sentait opprimĂ©e par une nettetĂ© fuyante, comme par la continuation de lâidĂ©e apparue des panneaux qui bien que fermĂ©s, ouverts encore cependant, auraient, pour arriver Ă cela, dans une vertigineuse immobilitĂ© tournĂ© longuement sur eux-mĂȘmes. Enfin un bruit qui semblait lâĂ©chappement de la condensation absurde des prĂ©cĂ©dents sâexhala, mais douĂ© dâune certaine animation reconnue, et lâombre nâentendit plus rien quâun rĂ©gulier battement qui semblait fuir Ă jamais comme le volĂštement prolongĂ© de quelquâhĂŽte de la nuit rĂ©veillĂ© de son lourd sommeil : mais ce nâĂ©tait pas cela, il nây avait sur les parois luisantes aucune trame, Ă laquelle pussent sâattacher mĂȘme les pattes arachnĂ©ennes du soupçon : tout Ă©tait luisant et propre ; et si quelque plumage avait jamais frottĂ© ces parois, ce ne pouvait ĂȘtre que les plumes de gĂ©nies dâune espĂšce intermĂ©diaire soucieuse de rĂ©unir toute poussiĂšre dans un lieu spĂ©cial, afin que ces ombres, des deux cĂŽtĂ©s multipliĂ©es Ă lâinfini apparussent comme de pures ombres portant chacune le volume de leurs destinĂ©es, et la pure clartĂ© de leur conscience. Ce quâil y avait de clair câest que ce sĂ©jour concordait parfaitement avec lui-mĂȘme : des deux cĂŽtĂ©s les myriades dâombres pareilles, et de leurs deux cĂŽtĂ©s, dans les parois opposĂ©es, qui se rĂ©flĂ©chissaient, deux trouĂ©es dâombre massive qui devait ĂȘtre nĂ©cessairement lâinverse de ces ombres, non leur apparition, mais leur disparition, ombre nĂ©gative dâeux-mĂȘmes : câĂ©tait le lieu de la certitude parfaite.
Lâombre nâentendit dans ce lieu dâautre bruit quâun battement rĂ©gulier quâelle reconnut ĂȘtre celui de son propre cĆur : elle le reconnut, et, gĂȘnĂ©e de la certitude parfaite de soi, elle tenta dây Ă©chapper, et de rentrer en elle, en son opacitĂ© : mais par laquelle des deux trouĂ©es passer ? dans les deux sâenfonçaient des divisions correspondantes Ă lâinfini des apparitions, bien que diffĂ©rentes : elle jeta encore une fois les yeux sur la salle qui, elle, lui paraissait identique Ă soi, sauf que de la clartĂ© la lueur se mirait dans la surface polie infĂ©rieure, dĂ©pourvue de poussiĂšre, tandis que dans lâautre apparue plus vaguement il y avait une Ă©vasion de lumiĂšre. Lâombre se dĂ©cida pour celle-lĂ et fut satisfaite. Car le bruit quâelle entendait Ă©tait de nouveau distinct et le mĂȘme exactement que prĂ©cĂ©demment, indiquant la mĂȘme progression.
Toutes les choses Ă©taient rentrĂ©es dans leur ordre premier : il nây avait plus de doute Ă avoir : cette halte nâavait-elle pas Ă©tĂ© lâintervalle disparu et remplacĂ© par le froissement : elle y avait entendu le bruit de son propre cĆur, explication du bruit devenu distinct ; câĂ©tait elle-mĂȘme qui scandait sa mesure, et qui sâĂ©tait apparue en ombres innombrables de nuits, entre les ombres des nuits passĂ©es et des nuits futures, devenues pareilles et extĂ©rieures, Ă©voquĂ©es pour montrer quâelles Ă©taient Ă©galement finies : cela avec une forme qui Ă©tait le strict rĂ©sumĂ© dâelles : et ce froissement quel Ă©tait-il ? non celui de quelquâoiseau Ă©chappĂ© sous le ventre velu duquel avait donnĂ© la lumiĂšre, mais le buste dâun gĂ©nie supĂ©rieur, vĂȘtu de velours, et dont lâunique frisson Ă©tait le travail arachnĂ©en dâune dentelle qui retombait sur le velours : le personnage parfait de la nuit telle quâelle sâĂ©tait apparue. En effet, maintenant quâil avait la notion de lui-mĂȘme, le bruit de mesure cessa, et redevint ce quâil Ă©tait, chancelant, la nuit divisĂ©e de ses ombres accomplies, la lueur qui sâĂ©tait apparue dans son mirage dĂ©nuĂ© de cendres Ă©tait la pure lumiĂšre et elle allait cette fois disparaĂźtre en le sein de lâombre qui, accomplie, revenue du corridor du temps, Ă©tait enfin parfaite et Ă©ternelle, â elle-mĂȘme, devenue son propre sĂ©pulcre, dont les panneaux se retrouvaient ouverts sans bruit.
Î
Lâombre disparut dans les tĂ©nĂšbres futures, y demeura avec une perception de balancier expirant alors quâil commence Ă avoir la sensation de lui : mais elle sâaperçut Ă lâĂ©touffement expirant de ce qui luit encore dĂšs quâil sâenfonce en elle â quâelle rentre en soi, dâoĂč provenait par consĂ©quent lâidĂ©e de ce bruit, retombant maintenant en une seule fois inutilement sur lui-mĂȘme dans le passĂ©.
Si dâun cĂŽtĂ© le doute disparaissait, scandĂ© nettement par le mouvement qui restait seul du bruit, de lâautre la rĂ©miniscence du bruit se manifestait par un vague frĂŽlement inaccoutumĂ©, et cet Ă©tat dâangoisse consciente Ă©tait comprimĂ©e vers le mirage par la permanence constatĂ©e des panneaux encore ouverts parallĂšlement et Ă la fois se fermant sur eux, comme dans une spirale vertigineuse, et Ă jamais fuyante si la compression prolongĂ©e nâeĂ»t dĂ» impliquer la halte dâune expansion retenue, qui eut lieu en effet, et ne fut troublĂ©e que par le semblant de volĂštement Ă©vasif dâun hĂŽte de la nuit effrayĂ© dans son lourd sommeil, lequel disparut dans ce lointain indĂ©fini.
La Nuit Ă©tait bien en soi cette fois et sĂ»re que tout ce qui Ă©tait Ă©tranger Ă elle nâĂ©tait que chimĂšre. Elle se mira dans les panne,aux luisants de sa certitude, oĂč nul soupçon nâeĂ»t pu sâattacher de ses pattes arachnĂ©ennes, et si jamais quelquâhĂŽte Ă©tranger Ă elle les avait frĂŽlĂ©s de ses plumes, câĂ©taient des gĂ©nies dâune espĂšce supĂ©rieure aux hĂŽtes quâelle avait imaginĂ©s, pareille peut-ĂȘtre Ă celle de ses ombres apparues dans les panneaux, soucieux de recueillir toute poussiĂšre dâelle pour que, parvenue au point de jonction de son futur et de son passĂ© devenus identiques, elle se mirĂąt en toutes ces ombres apparues pures avec le volume de leur destinĂ©e et la lueur Ă©purĂ©e de leur conscience. Tout Ă©tait parfait, en face et derriĂšre ces deux Ă©paisseurs obscures identiques Ă©taient bien les tĂ©nĂšbres vĂ©cues par ces ombres revenues Ă leur Ă©tat de tĂ©nĂšbres, et divisĂ©es seulement Ă lâinfini par les marches faites des pierres funĂ©raires de toutes ces ombres. Toutes deux semblaient identiquement pareilles, sauf que, de mĂȘme quâelles Ă©taient lâopposĂ© des ombres, de mĂȘme elles devaient sâopposer lâune Ă lâautre, et, les divisions tournant Ă©galement sur elles-mĂȘmes, elles allaient diffĂ©remment. Tout Ă©tait parfait ; elle Ă©tait la Nuit pure, et elle entendit son propre cĆur qui battit. Toutefois il lui donna une inquiĂ©tude, celle de trop de certitude, celle dâune constatation trop sĂ»re dâelle-mĂȘme : elle voulut se replonger Ă son tour dans les tĂ©nĂšbres vers son sĂ©pulcre unique et abjurer lâidĂ©e de sa forme telle quâelle sâĂ©tait apparue par son souvenir des gĂ©nies supĂ©rieurs chargĂ©s de rĂ©unir ces cendres passĂ©es. Elle fut troublĂ©e un moment par sa propre symĂ©trie ; mais, comprenant Ă lâĂ©vasion trop grande de la clartĂ©, attĂ©nuĂ©e jadis, que cette Ă©vasion avait Ă©tĂ© le bruit de lâoiseau dont le vol propagĂ© lui avait semblĂ© continu, elle songea quâen suivant cette lumiĂšre, lorsquâelle recrĂ©erait un vertige pareil au premier, elle retournerait Ă son Ă©vanouissement. Elle reconnut en appliquant la lueur devant les tĂ©nĂšbres laquelle des deux portes il fallait prendre, Ă lâeffet identique de la lueur et, instruite maintenant de lâarchitecture des tĂ©nĂšbres, elle fut heureuse de percevoir le mĂȘme mouvement, et le mĂȘme froissement. Ce froissement Ă©tait dans ce corridor oĂč sâĂ©tait enfui le bruit, pour disparaĂźtre Ă jamais, non celui dâun hĂŽte ailĂ© de la nuit, dont la lumiĂšre avait froissĂ© le ventre velu, mais le propre miroitement du velours sur le buste dâun gĂ©nie supĂ©rieur, et il nây avait dâautre toile arachnĂ©enne que la dentelle sur ce buste, et quant au mouvement qui avait produit ce frĂŽlement, câĂ©tait non la marche circulaire dâune telle bĂȘte, mais la marche rĂ©guliĂšre debout sur les deux pieds de la race qui Ă©tait apparue tenant dans deux mains un volume et une lueur. Elle reconnaissait son personnage ancien qui lui apparaissait chaque nuit, mais enfin, maintenant quâelle lâavait rĂ©duit Ă lâĂ©tat de tĂ©nĂšbres, aprĂšs quâil lui fut apparu comme des ombres, elle Ă©tait libre enfin, sĂ»re dâelle-mĂȘme et dĂ©barrassĂ©e de tout ce qui Ă©tait Ă©tranger Ă elle. En effet, le bruit cessa, en la lumiĂšre qui demeura seule et pure.
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Lâombre redevenue obscuritĂ©, la Nuit demeura avec une perception douteuse de pendule qui va expirer en la perception de lui ; mais Ă ce qui luit et va probablement sâĂ©teindre en soi, elle se voit encore qui le porte ; câest donc dâelle que venait le battement ouĂŻ, dont le bruit total tomba Ă jamais dans le passĂ© (sur lâoubli).
Dâun cĂŽtĂ©, si toute ambiguĂŻtĂ© cessa, lâidĂ©e de motion dure de lâautre, rĂ©guliĂšrement marquĂ©e par le double heurt impossible du pendule qui nâatteint plus que sa notion, mais dont le frĂŽlement actuel revient dans le possible, tel quâil doit avoir lieu, pour combler lâintervalle, comme si tout le choc nâavait pas Ă©tĂ© la chute unique des portes du tombeau sur lui-mĂȘme et sans retour ; mais dans le doute nĂ© de la certitude mĂȘme de leur perception, se prĂ©sente une vision de panneaux Ă la fois ouverts et fermĂ©s, dans leur chute en suspens, comme si câĂ©tait soi qui, douĂ© de leur mouvement, retournĂąt sur soi-mĂȘme en la spirale vertigineuse consĂ©quente ; qui devait ĂȘtre indĂ©finiment fuyante si une oppression progressive, poids de ce dont on ne se rendait pas compte, malgrĂ© que lâon se lâexpliquait en somme, nâeĂ»t impliquĂ© lâexpansion certaine dâun intervalle futur, sa cessation, dans laquelle, lorsquâelles se retrouvĂšrent, rien en effet ne sâentendit plus que le bruit dâun battement dâailes effarĂ© de quelquâun de ses hĂŽtes absurdes heurtĂ© dans son lourd somme par la clartĂ© et prolongeant sa fuite indĂ©finie.
IV. MALGRĂ LA DĂFFENSE DE SA MĂRE, ALLANT JOUER DANS LES TOMBEAUX
(Interdiction de sa mĂšre de descendre ainsi, â sa mĂšre qui lui a dit ce quâil avait Ă accomplir. Pour lui il va aussi dans un souvenir dâenfance, cette nuit recommandĂ©e sâil se tuait, il ne pourrait pas, grand, accomplir lâacte).
Il peut avancer, parce quâil va dans le mystĂšre. (Ne descend-il pas Ă cheval sur la rampe toute lâobscuritĂ©, â tout ce quâil ignore des siens, corridors oubliĂ©s depuis lâenfance.) Telle est la marche inverse de la notion dont il nâa pas connu lâascension, Ă©tant, adolescent, arrivĂ© Ă lâAbsolu : spirale, au haut de laquelle il demeurait en Absolu, incapable de bouger, on Ă©claire et lâon plonge dans la nuit Ă mesure. Il croit traverser les destins de cette nuit fameuse : enfin il arrive oĂč il doit arriver, et voit lâacte qui le sĂ©pare de la mort.
Autre gaminerie.
il boira exprĂšs pour se retrouver
Il dit : je ne peux faire ceci sĂ©rieusement : mais le mal que je souffre est affreux, de vivre : au fond de cette confusion perverse et inconsciente des choses qui isole son absolu â il sent lâabsence du moi, reprĂ©sentĂ©e par lâexistence du NĂ©ant en substance, il faut que je meure, et comme cette fiole contient le nĂ©ant par ma race diffĂ©rĂ© jusquâĂ moi (ce vieux calmant quâelle nâa pas pris, les ancĂȘtres immĂ©moriaux lâayant gardĂ© seul du naufrage), je ne veux pas connaĂźtre le NĂ©ant, avant dâavoir rendu aux miens ce pourquoi ils mâont engendrĂ© â lâacte absurde qui atteste lâinanitĂ© de leur folie. (Lâinaccomplissement me suivrait et entache seul momentanĂ©ment mon Absolu.)
Cela depuis quâils ont abordĂ© ce chĂąteau dans un naufrrage sans doute â second naufrage de quelque haute visĂ©e.
Ne sifflez pas parce que jâai dit lâinanitĂ© de votre folie ! silence, pas de cette dĂ©mence que vous voulez montrer exprĂšs. Eh ! bien il vous est si facile de retourner lĂ -haut chercher le temps â et de devenir â est-ce que les portes sont fermĂ©es ?
Moi seul â moi seul â je vais connaĂźtre le nĂ©ant. Vous, vous revenez Ă votre amalgame.
Je profÚre la parole, pour la replonger dans son inanité.
Il jette les dĂ©s, le coup sâaccomplit, douze, le temps (minuit) â qui crĂ©a se retrouve la matiĂšre, les blocs, les dĂ©s â
Alors (de lâAbsolu, son esprit se formant par le hasard absolu de ce fait) il dit Ă tout ce vacarme : certainement, il y a lĂ un acte â câest mon devoir de le proclamer : cette folie existe. Vous avez eu raison (bruit de folie) de la manifester : ne croyez pas que je vais vous replonger dans le nĂ©ant.
Ćuvres complĂštes, Gallimard, 1951 (p.455-473).
â Ăventail de MĂ©ry Laurent
EnquĂȘte sur le Roman illustrĂ© par la Photographie (StĂ©phane MallarmĂ©)  âș