Igitur – MallarmĂ©

Ce Conte s’adresse Ă  l’Intelligence du lecteur qui met les choses en scĂšne, elle-mĂȘme.

S. M.

  1. INTRODUCTION
  2. ARGUMENT
  3. I LE MINUIT
  4. II IL QUITTE LA CHAMBRE ET SE PERD DANS LES ESCALIERS
  5. III. Vie d’Igitur
  6. IV. LE COUP DE DÉS
  7. V. IL SE COUCHE AU TOMBEAU
    1. SCOLIES
  8. II. PLUSIEURS ÉBAUCHES DE LA SORTIE DE LA CHAMBRE
  9. IV. MALGRÉ LA DÉFFENSE DE SA MÈRE, ALLANT JOUER DANS LES TOMBEAUX
  10. Voir aussi
INTRODUCTION

Ancienne étude

Quand les souffles de ses ancĂȘtres veulent souffler la bougie, (grĂące Ă  laquelle peut-ĂȘtre subsistent les caractĂšres du grimoire) — il dit « Pas encore ! Â»

Lui-mĂȘme Ă  la fin, quand les bruits auront disparu, tirera une preuve de quelque chose de grand (pas d’astres ? le hasard annulĂ© ?) de ce simple fait qu’il peut causer l’ombre en soufflant sur la lumiĂšre —

Puis — comme il aura parlĂ© selon l’absolu — qui nie l’immortalitĂ©, l’absolu existera en dehors — lune, au-dessus du temps : et il soulĂšvera les rideaux, en face.

Igitur, tout enfant, lit son devoir Ă  ses ancĂȘtres.

ARGUMENT

4 morceaux :

1. Le Minuit

2. L’escalier

3. Le coup de dĂ©s

4. Le sommeil sur les cendres, aprĂšs la bougie soufflĂ©e.

À peu prĂšs ce qui suit :

Minuit sonne — le Minuit oĂč doivent ĂȘtre jetĂ©s les dĂ©s. Igitur descend les escaliers, de l’esprit humain, va au fond des choses : en « absolu Â» qu’il est. Tombeaux — cendres (pas sentiment, ni esprit), neutralitĂ©. Il rĂ©cite la prĂ©diction et fait le geste. IndiffĂ©rence. Sifflements dans l’escalier. « Vous avez tort Â» nulle Ă©motion. L’infini sort du hasard, que vous avez niĂ©. Vous, mathĂ©maticiens expirĂątes — moi projetĂ© absolu. Devais finir en Infini. Simplement parole et geste. Quant Ă  ce que je vous dis, pour expliquer ma vie. Rien ne restera de vous — L’infini enfin Ă©chappe Ă  la famille, qui en a souffert, — vieil espace — pas de hasard. Elle a eu raison de le nier, — sa vie — pour qu’il ait Ă©tĂ© l’absolu. Ceci devait avoir lieu dans les combinaisons de l’Infini vis-Ă -vis de l’Absolu. NĂ©cessaire — extrait l’IdĂ©e. Folie utile. Un des actes de l’univers vient d’ĂȘtre commis lĂ . Plus rien, restait le souffle, fin de parole et geste unis — souffle la bougie de l’ĂȘtre, par quoi tout a Ă©tĂ©. Preuve.

(Creuser tout cela)

I LE MINUIT

Certainement subsiste une prĂ©sence de Minuit. L’heure n’a pas disparu par un miroir, ne s’est pas enfouie en tentures, Ă©voquant un ameublement par sa vacante sonoritĂ©. Je me rappelle que son or allait feindre en l’absence un joyau nul de rĂȘverie, riche et inutile survivance, sinon que sur la complexitĂ© marine et stellaire d’une orfĂšvrerie se lisait le hasard infini des conjonctions.

RĂ©vĂ©lateur du minuit, il n’a jamais alors indiquĂ© pareille conjoncture, car voici l’unique heure qu’il ait créée ; et que de l’Infini se sĂ©parent et les constellations et la mer, demeurĂ©es, en l’extĂ©rioritĂ©, de rĂ©ciproques nĂ©ants, pour en laisser l’essence, Ă  l’heure unie, faire le prĂ©sent absolu des choses.

Et du Minuit demeure la prĂ©sence en la vision d’une chambre du temps oĂč le mystĂ©rieux ameublement arrĂȘte un vague frĂ©missement de pensĂ©e, lumineuse brisure du retour de ses ondes et de leur Ă©largissement premier, cependant que s’immobilise (dans une mouvante limite), la place antĂ©rieure de la chute de l’heure en un calme narcotique de moi pur longtemps rĂȘvĂ© ; mais dont le temps est rĂ©solu en des tentures sur lesquelles s’est arrĂȘtĂ©, les complĂ©tant de sa splendeur, le frĂ©missement amorti, dans de l’oubli, comme une chevelure languissante, autour du visage Ă©clairĂ© de mystĂšre, aux yeux nuls pareils au miroir de l’hĂŽte, dĂ©nuĂ© de toute signification que de prĂ©sence.

C’est le rĂȘve pur d’un Minuit, en soi disparu, et dont la ClartĂ© reconnue, qui seule demeure au sein de son accomplissement plongĂ© dans l’ombre, rĂ©sume sa stĂ©rilitĂ© sur la pĂąleur d’un livre ouvert que prĂ©sente la table ; page et dĂ©cor ordinaires de la Nuit, sinon que subsiste encore le silence d’une antique parole profĂ©rĂ©e par lui, en lequel, revenu, ce Minuit Ă©voque son ombre finie et nulle par ces mots : J’étais l’heure qui doit me rendre pur.

Depuis longtemps morte, une antique idĂ©e se mire telle Ă  la clartĂ© de la chimĂšre en laquelle a agonisĂ© son rĂȘve, et se reconnaĂźt Ă  l’immĂ©morial geste vacant avec lequel elle s’invite, pour terminer l’antagonisme de ce songe polaire, Ă  se rendre, avec et la clartĂ© chimĂ©rique et le texte refermĂ©, au Chaos de l’ombre avortĂ© et de la parole qui absolut Minuit.

Inutile, de l’ameublement accompli qui se tassera en tĂ©nĂšbres comme les tentures, dĂ©jĂ  alourdies en une forme permanente de toujours, tandis que, lueur virtuelle, produite par sa propre apparition en le miroitement de l’obscuritĂ©, scintille le feu pur du diamant de l’horloge, seule survivance et joyau de la Nuit Ă©ternelle, l’heure se formule en cet Ă©cho, au seuil de panneaux ouverts par son acte de la Nuit : « Adieu, nuit, que je fus, ton propre sĂ©pulcre, mais qui, l’ombre survivante, se mĂ©tamorphosera en ÉternitĂ©. Â»

II IL QUITTE LA CHAMBRE ET SE PERD DANS LES ESCALIERS

(au lieu de descendre Ă  cheval sur la rampe)

L’ombre disparue en l’obscuritĂ©, la Nuit resta avec une douteuse perception de pendule qui va s’éteindre et expirer en lui ; mais Ă  ce qui luit et va, expirant en soi, s’éteindre, elle se voit qui le porte encore ; donc, c’est d’elle que, nul doute, Ă©tait le battement ouĂŻ, dont le bruit total et dĂ©nuĂ© Ă  jamais tomba en son passĂ©.

D’un cĂŽtĂ© si l’équivoque cessa, une motion de l’autre, dure, marquĂ©e plus pressante par un double heurt, qui n’atteint plus ou pas encore sa notion, et dont un frĂŽlement actuel, tel qu’il doit avoir lieu, remplit confusĂ©ment l’équivoque, ou sa cessation : comme si la chute totale qui avait Ă©tĂ© le choc unique des portes du tombeau, n’en Ă©touffait pas l’hĂŽte sans retour ; et dans l’incertitude issue probablement de la tournure affirmative, prolongĂ©e par la rĂ©miniscence du vide sĂ©pulcral du heurt en laquelle se confond la clartĂ©, se prĂ©sente une vision de la chute interrompue de panneaux, comme si c’était soi-mĂȘme, qui, douĂ© du mouvement suspendu, le retournĂąt sur soi en la spirale vertigineuse consĂ©quente ; et elle devait ĂȘtre indĂ©finiment fuyante, si une oppression progressive, poids graduel de ce dont on ne se rendait pas compte, malgrĂ© que ce fĂ»t expliquĂ© en somme, n’en eĂ»t impliquĂ© l’évasion certaine en un intervalle, la cessation ; oĂč, lorsqu’expira le heurt, et qu’elles se confondirent, rien en effet ne fut plus ouĂŻ : que le battement d’ailes absurdes de quelque hĂŽte effrayĂ© de la nuit heurtĂ© dans son lourd somme par la clartĂ© et prolongeant sa fuite indĂ©finie.

Car, pour le halĂštement qui avait frĂŽlĂ© cet endroit, ce n’était pas quelque doute dernier de soi, qui remuait ses ailes par hasard en passant, mais le frottement familier et continu d’un Ăąge supĂ©rieur, dont maint et maint gĂ©nie fut soigneux de recueillir toute sa poussiĂšre sĂ©culaire en son sĂ©pulcre pour se mirer en un soi propre, et que nul soupçon n’en remontĂąt le fil arachnĂ©en — pour que l’ombre derniĂšre se mirĂąt en son propre soi, et se reconnĂ»t en la foule de ses apparitions comprises Ă  l’étoile nacrĂ©e de leur nĂ©buleuse science tenue d’une main, et Ă  l’étincelle d’or du fermoir hĂ©raldique de leur volume, dans l’autre ; du volume de leurs nuits ; telles, Ă  prĂ©sent, se voyant pour qu’elle se voie, elle, pure, l’Ombre, ayant sa derniĂšre forme qu’elle foule, derriĂšre elle, couchĂ©e et Ă©tendue, et puis, devant elle, en un puits, l’étendue de couches d’ombre, rendue Ă  la nuit pure, de toutes ses nuits pareilles apparues, des couches Ă  jamais sĂ©parĂ©es d’elles et que sans doute elles ne connurent pas — qui n’est, je le sais, que le prolongement absurde du bruit de la fermeture de la porte sĂ©pulcrale dont l’entrĂ©e de ce puits rappelle la porte.

Cette fois, plus nul doute ; la certitude se mire en l’évidence : en vain, rĂ©miniscence d’un mensonge, dont elle Ă©tait la consĂ©quence, la vision d’un lieu apparaissait-elle encore, telle que devait ĂȘtre, par exemple, l’intervalle attendu, ayant, en effet, pour parois latĂ©rales l’opposition double des panneaux, et pour vis-Ă -vis, devant et derriĂšre, l’ouverture de doute nul rĂ©percutĂ©e par le prolongement du bruit des panneaux, oĂč s’enfuit le plumage, et dĂ©doublĂ©e par l’équivoque explorĂ©, la symĂ©trie parfaite des dĂ©ductions prĂ©vues dĂ©mentait sa rĂ©alitĂ© ; il n’y avait pas Ă  s’y tromper c’était la conscience de soi (Ă  laquelle l’absurde mĂȘme devait servir de lieu) — sa rĂ©ussite.

Elle se prĂ©sente Ă©galement dans l’une et dans l’autre face des parois luisantes et sĂ©culaires ne gardant d’elle que d’une main la clartĂ© opaline de sa science et de l’autre son volume, le volume de ses nuits, maintenant fermĂ© : du passĂ© et de l’avenir que parvenue au pinacle de moi, l’ombre pure domine parfaitement et finis, hors d’eux. Tandis que devant et derriĂšre se prolonge le mensonge explorĂ© de l’infini, tĂ©nĂšbres de toutes mes apparitions rĂ©unies, Ă  prĂ©sent que le temps a cessĂ© et ne les divise plus, retombĂ©es en un lourd somme, massif (lors du bruit d’abord entendu), dans le vide duquel j’entends les pulsations de mon propre cƓur.

Je n’aime pas ce bruit : cette perfection de ma certitude me gĂȘne : tout est trop clair, la clartĂ© montre le dĂ©sir d’une Ă©vasion ; tout est trop luisant, j’aimerais rentrer en mon Ombre incréée et antĂ©rieure, et dĂ©pouiller par la pensĂ©e le travestissement que m’a imposĂ© la nĂ©cessitĂ©, d’habiter le cƓur de cette race (que j’entends battre ici) seul reste d’ambiguĂŻtĂ©.

À vrai dire, dans cette inquiĂ©tante et belle symĂ©trie de la construction de mon rĂȘve, laquelle des deux ouvertures prendre, puisqu’il n’y a plus de futur reprĂ©sentĂ© par l’une d’elles ? Ne sont-elles pas toutes deux, Ă  jamais Ă©quivalentes, ma rĂ©flexion ? Dois-je encore craindre le hasard, cet antique ennemi qui me divisa en tĂ©nĂšbres et en temps créés, pacifiĂ©s lĂ  tous deux en un mĂȘme somme ? et n’est-il pas par la fin du temps, qui amena celle des tĂ©nĂšbres, lui-mĂȘme annulĂ© ?

(chuchotement)

En effet, la premiĂšre venue ressemble Ă  la spirale prĂ©cĂ©dente : mĂȘme bruit scandĂ©, — et mĂȘme frĂŽlement : mais comme tout a abouti, rien ne peut plus m’effrayer : mon effroi qui avait pris les devants sous la forme d’un oiseau est bien loin : n’a-t-il pas Ă©tĂ© remplacĂ© par l’apparition de ce que j’avais Ă©tĂ© ? et que j’aime Ă  rĂ©flĂ©chir maintenant, afin de dĂ©gager mon rĂȘve de ce costume.

Ce scandement n’était-il pas le bruit du progrĂšs de mon personnage qui maintenant le continue dans la spirale, et ce frĂŽlement, le frĂŽlement incertain de sa dualitĂ© ? Enfin ce n’est pas le ventre velu d’un hĂŽte infĂ©rieur de moi, dont la lueur a heurtĂ© le doute, et qui s’est sauvĂ© avec un volĂštement, mais le buste de velours d’une race supĂ©rieure que la lumiĂšre froisse, et qui respire dans un air Ă©touffant, d’un personnage dont la pensĂ©e n’a pas conscience de lui-mĂȘme, de ma derniĂšre figure, sĂ©parĂ©e de son personnage par une fraise arachnĂ©enne et qui ne se connaĂźt pas : aussi, maintenant que sa dualitĂ© est Ă  jamais sĂ©parĂ©e, et que je n’ouĂŻs mĂȘme plus Ă  travers lui le bruit de son progrĂšs, je vais m’oublier Ă  travers lui, et me dissoudre en moi.

Son heurt redevient chancelant comme avant d’avoir la perception de soi : c’était le scandement de ma mesure dont la rĂ©miniscence me revint prolongĂ©e par le bruit dans le corridor du temps de la porte de mon sĂ©pulcre, et par l’hallucination : et, de mĂȘme qu’elle a Ă©tĂ© rĂ©ellement fermĂ©e, de mĂȘme elle doit s’ouvrir maintenant pour que mon rĂȘve se soit expliquĂ©.

Il quitte la chambre.

L’heure a sonnĂ© pour moi de partir, la puretĂ© de la glace s’établira, sans ce personnage, vision de moi — mais il emportera la lumiĂšre ! — la nuit ! Sur les meubles vacants, le RĂȘve a agonisĂ© en cette fiole de verre, puretĂ©, qui renferme la substance du NĂ©ant.

III. Vie d’Igitur

Écoutez, ma race, avant de souffler ma bougie — le compte que j’ai Ă  vous rendre de ma vie — Ici : nĂ©vrose, ennui, (ou Absolu !)

Heures vides, purement négatives.

J’ai toujours vĂ©cu mon Ăąme fixĂ©e sur l’horloge. Certes, j’ai tout fait pour que le temps qu’elle sonna restĂąt prĂ©sent dans la chambre, et devĂźnt pour moi la pĂąture et la vie — j’ai Ă©paissi les rideaux, et comme j’étais obligĂ© pour ne pas douter de moi de m’asseoir en face de cette glace, j’ai recueilli prĂ©cieusement les moindres atomes du temps dans des Ă©toffes sans cesse Ă©paissies. — L’horloge m’a fait souvent grand bien.

(Cela avant que son IdĂ©e n’ait Ă©tĂ© complĂ©tĂ©e ? En effet, Igitur a Ă©tĂ© projetĂ© hors du temps par sa race.)

Voici en somme Igitur, depuis que son IdĂ©e a Ă©tĂ© complĂ©tĂ©e : — Le passĂ© compris de sa race qui pĂšse sur lui en la sensation de fini, l’heure de la pendule prĂ©cipitant cet ennui en temps lourd, Ă©touffant, et son attente de l’accomplissement du futur, forment du temps pur, ou de l’ennui, rendu instable par la maladie d’idĂ©alitĂ© : cet ennui, ne pouvant ĂȘtre, redevient ses Ă©lĂ©ments, tantĂŽt, tous les meubles fermĂ©s, et pleins de leur secret ; et Igitur comme menacĂ© par le supplice d’ĂȘtre Ă©ternel qu’il pressent vaguement, se cherchant dans la glace devenue ennui et se voyant vague et prĂšs de disparaĂźtre comme s’il allait s’évanouir en le temps, puis s’évoquant ; puis lorsque de tout cet ennui, temps, il s’est refait, voyant la glace horriblement nulle, s’y voyant entourĂ© d’une rarĂ©faction, absence d’atmosphĂšre, et les meubles tordre leurs chimĂšres dans le vide, et les rideaux frissonner invisiblement, inquiets ; alors, il ouvre les meubles, pour qu’ils versent leur mystĂšre, l’inconnu, leur mĂ©moire, leur silence, facultĂ©s et impressions humaines, — et quand il croit ĂȘtre redevenu lui, il fixe de son Ăąme l’horloge, dont l’heure disparaĂźt par la glace, ou va s’enfouir dans les rideaux, en trop plein, ne le laissant mĂȘme pas Ă  l’ennui qu’il implore et rĂȘve. Impuissant de l’ennui.

Il se sĂ©pare du temps indĂ©fini et il est ! Et ce temps ne va pas comme jadis s’arrĂȘter en un frĂ©missement gris sur les Ă©bĂšnes massifs dont les chimĂšres fermaient les lĂšvres avec une accablante sensation de fini, et, ne trouvant plus Ă  se mĂȘler aux tentures saturĂ©es et alourdies, remplir une glace d’ennui oĂč, suffoquant et Ă©touffĂ©, je suppliais de rester une vague figure qui disparaissait complĂštement dans la glace confondue ; jusqu’à ce qu’enfin, mes mains ĂŽtĂ©es un moment de mes yeux oĂč je les avais mises pour ne pas la voir disparaĂźtre, dans une Ă©pouvantable sensation d’éternitĂ©, en laquelle semblait expirer la chambre, elle m’apparĂ»t comme l’horreur de cette Ă©ternitĂ©. Et quand je rouvrais les yeux au fond du miroir, je voyais le personnage d’horreur, le fantĂŽme de l’horreur absorber peu Ă  peu ce qui restait de sentiment et de douleur dans la glace, nourrir son horreur des suprĂȘmes frissons des chimĂšres et de l’instabilitĂ© des tentures, et se former en rarĂ©fiant la glace jusqu’à une puretĂ© inouĂŻe, — jusqu’à ce qu’il se dĂ©tachĂąt, permanent, de la glace absolument pure, comme pris dans son froid, — jusqu’à ce qu’enfin les meubles, leurs monstres ayant succombĂ© avec leurs anneaux convulsifs, fussent morts dans une attitude isolĂ©e et sĂ©vĂšre, projetant leurs lignes dures dans l’absence d’atmosphĂšre, les monstres figĂ©s dans leur effort dernier, et que les rideaux cessant d’ĂȘtre inquiets tombassent, avec une attitude qu’ils devaient conserver Ă  jamais.

IV. LE COUP DE DÉS

(AU TOMBEAU)

schĂšme

Bref dans un acte oĂč le hasard est en jeu, c’est toujours le hasard qui accomplit sa propre IdĂ©e en s’affirmant ou se niant. Devant son existence la nĂ©gation et l’affirmation viennent Ă©chouer. Il contient l’Absurde — l’implique, mais Ă  l’état latent et l’empĂȘche d’exister : ce qui permet Ă  l’Infini d’ĂȘtre.

Le Cornet est la Corne de licorne — d’unicorne.

Mais l’Acte s’accomplit.

Alors son moi se manifeste par ceci qu’il reprend la Folie : admet l’acte, et, volontairement, reprend l’IdĂ©e, en tant qu’IdĂ©e : et l’Acte (quelle que soit la puissance qui l’ait guidĂ©) ayant niĂ© le hasard, il en conclut que l’IdĂ©e a Ă©tĂ© nĂ©cessaire. â€” Alors il conçoit qu’il y a, certes, folie Ă  l’admettre absolument : mais en mĂȘme temps il peut dire que, par le fait de cette folie, le hasard Ă©tant niĂ©, cette folie Ă©tait nĂ©cessaire. À quoi ? (Nul ne le sait, il est isolĂ© de l’humanitĂ©.)

Tout ce qu’il en est, c’est que sa race a Ă©tĂ© pure : qu’elle a enlevĂ© Ă  l’Absolu sa puretĂ©, pour l’ĂȘtre, et n’en laisser qu’une IdĂ©e elle-mĂȘme aboutissant Ă  la NĂ©cessitĂ© : et que quant Ă  l’Acte, il est parfaitement absurde sauf que mouvement (personnel) rendu Ă  l’Infini : mais que l’Infini est enfin fixĂ©.

ScÚne de Théùtre, ancien Igitur

Un coup de dĂ©s qui accomplit une prĂ©diction, d’oĂč a dĂ©pendu la vie d’une race. « Ne sifflez pas Â» aux vents, aux ombres — si je compte, comĂ©dien, jouer le tour — les 12 — pas de hasard dans aucun sens.

—Il profĂšre la prĂ©diction, dont il se moque au fond. Il y a eu folie.

Igitur secoue simplement les dĂ©s — mouvement, avant d’aller rejoindre les cendres, atomes de ses ancĂȘtres : le mouvement, qui est en lui est absous. On comprend ce que signifie son ambiguĂŻtĂ©.

Il ferme le livre — souffle la bougie, — de son souffle qui contenait le hasard : et, croisant les bras, se couche sur les cendres de ses ancĂȘtres.

Croisant les bras — l’Absolu a disparu, en puretĂ© de sa race (car il le faut bien puisque le bruit cesse).Race immĂ©moriale, dont le temps qui pesait est tombĂ©, excessif, dans le passĂ©, et qui pleine de hasard n’a vĂ©cu, alors, que de son futur. — Ce hasard niĂ© Ă  l’aide d’un anachronisme, un personnage, suprĂȘme incarnation de cette race, — qui sent en lui, grĂące Ă  l’absurde, l’existence de l’Absolu, a, solitaire, oubliĂ© la parole humaine en le grimoire, et la pensĂ©e en un luminaire, l’un annonçant cette nĂ©gation du hasard, l’autre Ă©clairant le rĂȘve oĂč il en est. Le personnage qui, croyant Ă  l’existence du seul Absolu, s’imagine ĂȘtre partout dans un rĂȘve (il agit au point de vue Absolu) trouve l’acte inutile, car il y a et n’y a pas de hasard — il rĂ©duit le hasard Ă  l’Infini â€” qui, dit-il, doit exister quelque part.

V. IL SE COUCHE AU TOMBEAU

ou les dĂ©s — hasard absorbĂ©

Sur les cendres des astres, celles indivises de la famille, Ă©tait le pauvre personnage, couchĂ©, aprĂšs avoir bu la goutte de nĂ©ant qui manque Ă  la mer. (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du chĂąteau ?) Le NĂ©ant parti, reste le chĂąteau de la puretĂ©.

SCOLIES

TOUCHES

L’heure a sonnĂ© — certainement prĂ©dite par le livre — ou, la vision importune du personnage qui nuisait Ă  la puretĂ© de la glace chimĂ©rique dans laquelle je m’apparaissais, Ă  la faveur de la lumiĂšre, va disparaĂźtre, ce flambeau emportĂ© par moi : disparaĂźtre comme tous les autres personnages partis en temps des tapisseries, qui n’étaient conservĂ©es que parce que le hasard Ă©tait niĂ© par le grimoire, avec lequel je vais Ă©galement partir. O sort ! la puretĂ© ne peut s’établir — voici que l’obscuritĂ© la remplacera — et que les lourds rideaux tombant en temps, en feront les tĂ©nĂšbres, — tandis que le livre aux pages fermĂ©es toutes les nuits, et la lumiĂšre le jour qu’elles sĂ©parent. Cependant, les meubles garderont leur vacance, et agonie de rĂȘve chimĂ©rique et pur, une fiole contient la substance du NĂ©ant.

Et maintenant il n’y a plus qu’ombre et silence.

Que le personnage, qui a nui Ă  cette puretĂ© prenne cette fiole qui le prĂ©disait et se l’amalgame, plus tard : mais qu’il la mette simplement dans son sein, en allant se faire absoudre du mouvement.

II. PLUSIEURS ÉBAUCHES DE LA SORTIE DE LA CHAMBRE

Γ

Les panneaux de la nuit Ă©bĂ©nĂ©enne ne se refermĂšrent pas encore sur l’ombre qui ne perçut plus rien que l’oscillation hĂ©sitante et prĂȘte Ă  s’arrĂȘter d’un balancier cachĂ© qui commence Ă  avoir la perception de lui-mĂȘme. Mais elle s’aperçut bientĂŽt que c’était en elle, en qui la lueur de sa perception s’enfonçait comme Ă©touffĂ©e, — et elle rentrait en elle-mĂȘme. Le bruit, bientĂŽt, se scanda d’une façon plus dĂ©finitive. Mais, Ă  mesure qu’il devenait plus certain d’un cĂŽtĂ©, et plus pressĂ©, son hĂ©sitation augmentait d’une sorte de frĂŽlement, qui remplaçait l’intervalle disparu ; et, prise de doute, l’ombre se sentait opprimĂ©e par une nettetĂ© fuyante, comme par la continuation de l’idĂ©e apparue des panneaux qui bien que fermĂ©s, ouverts encore cependant, auraient, pour arriver Ă  cela, dans une vertigineuse immobilitĂ© tournĂ© longuement sur eux-mĂȘmes. Enfin un bruit qui semblait l’échappement de la condensation absurde des prĂ©cĂ©dents s’exhala, mais douĂ© d’une certaine animation reconnue, et l’ombre n’entendit plus rien qu’un rĂ©gulier battement qui semblait fuir Ă  jamais comme le volĂštement prolongĂ© de quelqu’hĂŽte de la nuit rĂ©veillĂ© de son lourd sommeil : mais ce n’était pas cela, il n’y avait sur les parois luisantes aucune trame, Ă  laquelle pussent s’attacher mĂȘme les pattes arachnĂ©ennes du soupçon : tout Ă©tait luisant et propre ; et si quelque plumage avait jamais frottĂ© ces parois, ce ne pouvait ĂȘtre que les plumes de gĂ©nies d’une espĂšce intermĂ©diaire soucieuse de rĂ©unir toute poussiĂšre dans un lieu spĂ©cial, afin que ces ombres, des deux cĂŽtĂ©s multipliĂ©es Ă  l’infini apparussent comme de pures ombres portant chacune le volume de leurs destinĂ©es, et la pure clartĂ© de leur conscience. Ce qu’il y avait de clair c’est que ce sĂ©jour concordait parfaitement avec lui-mĂȘme : des deux cĂŽtĂ©s les myriades d’ombres pareilles, et de leurs deux cĂŽtĂ©s, dans les parois opposĂ©es, qui se rĂ©flĂ©chissaient, deux trouĂ©es d’ombre massive qui devait ĂȘtre nĂ©cessairement l’inverse de ces ombres, non leur apparition, mais leur disparition, ombre nĂ©gative d’eux-mĂȘmes : c’était le lieu de la certitude parfaite.

L’ombre n’entendit dans ce lieu d’autre bruit qu’un battement rĂ©gulier qu’elle reconnut ĂȘtre celui de son propre cƓur : elle le reconnut, et, gĂȘnĂ©e de la certitude parfaite de soi, elle tenta d’y Ă©chapper, et de rentrer en elle, en son opacitĂ© : mais par laquelle des deux trouĂ©es passer ? dans les deux s’enfonçaient des divisions correspondantes Ă  l’infini des apparitions, bien que diffĂ©rentes : elle jeta encore une fois les yeux sur la salle qui, elle, lui paraissait identique Ă  soi, sauf que de la clartĂ© la lueur se mirait dans la surface polie infĂ©rieure, dĂ©pourvue de poussiĂšre, tandis que dans l’autre apparue plus vaguement il y avait une Ă©vasion de lumiĂšre. L’ombre se dĂ©cida pour celle-lĂ  et fut satisfaite. Car le bruit qu’elle entendait Ă©tait de nouveau distinct et le mĂȘme exactement que prĂ©cĂ©demment, indiquant la mĂȘme progression.

Toutes les choses Ă©taient rentrĂ©es dans leur ordre premier : il n’y avait plus de doute Ă  avoir : cette halte n’avait-elle pas Ă©tĂ© l’intervalle disparu et remplacĂ© par le froissement : elle y avait entendu le bruit de son propre cƓur, explication du bruit devenu distinct ; c’était elle-mĂȘme qui scandait sa mesure, et qui s’était apparue en ombres innombrables de nuits, entre les ombres des nuits passĂ©es et des nuits futures, devenues pareilles et extĂ©rieures, Ă©voquĂ©es pour montrer qu’elles Ă©taient Ă©galement finies : cela avec une forme qui Ă©tait le strict rĂ©sumĂ© d’elles : et ce froissement quel Ă©tait-il ? non celui de quelqu’oiseau Ă©chappĂ© sous le ventre velu duquel avait donnĂ© la lumiĂšre, mais le buste d’un gĂ©nie supĂ©rieur, vĂȘtu de velours, et dont l’unique frisson Ă©tait le travail arachnĂ©en d’une dentelle qui retombait sur le velours : le personnage parfait de la nuit telle qu’elle s’était apparue. En effet, maintenant qu’il avait la notion de lui-mĂȘme, le bruit de mesure cessa, et redevint ce qu’il Ă©tait, chancelant, la nuit divisĂ©e de ses ombres accomplies, la lueur qui s’était apparue dans son mirage dĂ©nuĂ© de cendres Ă©tait la pure lumiĂšre et elle allait cette fois disparaĂźtre en le sein de l’ombre qui, accomplie, revenue du corridor du temps, Ă©tait enfin parfaite et Ă©ternelle, — elle-mĂȘme, devenue son propre sĂ©pulcre, dont les panneaux se retrouvaient ouverts sans bruit.

Δ

L’ombre disparut dans les tĂ©nĂšbres futures, y demeura avec une perception de balancier expirant alors qu’il commence Ă  avoir la sensation de lui : mais elle s’aperçut Ă  l’étouffement expirant de ce qui luit encore dĂšs qu’il s’enfonce en elle — qu’elle rentre en soi, d’oĂč provenait par consĂ©quent l’idĂ©e de ce bruit, retombant maintenant en une seule fois inutilement sur lui-mĂȘme dans le passĂ©.

Si d’un cĂŽtĂ© le doute disparaissait, scandĂ© nettement par le mouvement qui restait seul du bruit, de l’autre la rĂ©miniscence du bruit se manifestait par un vague frĂŽlement inaccoutumĂ©, et cet Ă©tat d’angoisse consciente Ă©tait comprimĂ©e vers le mirage par la permanence constatĂ©e des panneaux encore ouverts parallĂšlement et Ă  la fois se fermant sur eux, comme dans une spirale vertigineuse, et Ă  jamais fuyante si la compression prolongĂ©e n’eĂ»t dĂ» impliquer la halte d’une expansion retenue, qui eut lieu en effet, et ne fut troublĂ©e que par le semblant de volĂštement Ă©vasif d’un hĂŽte de la nuit effrayĂ© dans son lourd sommeil, lequel disparut dans ce lointain indĂ©fini.

La Nuit Ă©tait bien en soi cette fois et sĂ»re que tout ce qui Ă©tait Ă©tranger Ă  elle n’était que chimĂšre. Elle se mira dans les panne,aux luisants de sa certitude, oĂč nul soupçon n’eĂ»t pu s’attacher de ses pattes arachnĂ©ennes, et si jamais quelqu’hĂŽte Ă©tranger Ă  elle les avait frĂŽlĂ©s de ses plumes, c’étaient des gĂ©nies d’une espĂšce supĂ©rieure aux hĂŽtes qu’elle avait imaginĂ©s, pareille peut-ĂȘtre Ă  celle de ses ombres apparues dans les panneaux, soucieux de recueillir toute poussiĂšre d’elle pour que, parvenue au point de jonction de son futur et de son passĂ© devenus identiques, elle se mirĂąt en toutes ces ombres apparues pures avec le volume de leur destinĂ©e et la lueur Ă©purĂ©e de leur conscience. Tout Ă©tait parfait, en face et derriĂšre ces deux Ă©paisseurs obscures identiques Ă©taient bien les tĂ©nĂšbres vĂ©cues par ces ombres revenues Ă  leur Ă©tat de tĂ©nĂšbres, et divisĂ©es seulement Ă  l’infini par les marches faites des pierres funĂ©raires de toutes ces ombres. Toutes deux semblaient identiquement pareilles, sauf que, de mĂȘme qu’elles Ă©taient l’opposĂ© des ombres, de mĂȘme elles devaient s’opposer l’une Ă  l’autre, et, les divisions tournant Ă©galement sur elles-mĂȘmes, elles allaient diffĂ©remment. Tout Ă©tait parfait ; elle Ă©tait la Nuit pure, et elle entendit son propre cƓur qui battit. Toutefois il lui donna une inquiĂ©tude, celle de trop de certitude, celle d’une constatation trop sĂ»re d’elle-mĂȘme : elle voulut se replonger Ă  son tour dans les tĂ©nĂšbres vers son sĂ©pulcre unique et abjurer l’idĂ©e de sa forme telle qu’elle s’était apparue par son souvenir des gĂ©nies supĂ©rieurs chargĂ©s de rĂ©unir ces cendres passĂ©es. Elle fut troublĂ©e un moment par sa propre symĂ©trie ; mais, comprenant Ă  l’évasion trop grande de la clartĂ©, attĂ©nuĂ©e jadis, que cette Ă©vasion avait Ă©tĂ© le bruit de l’oiseau dont le vol propagĂ© lui avait semblĂ© continu, elle songea qu’en suivant cette lumiĂšre, lorsqu’elle recrĂ©erait un vertige pareil au premier, elle retournerait Ă  son Ă©vanouissement. Elle reconnut en appliquant la lueur devant les tĂ©nĂšbres laquelle des deux portes il fallait prendre, Ă  l’effet identique de la lueur et, instruite maintenant de l’architecture des tĂ©nĂšbres, elle fut heureuse de percevoir le mĂȘme mouvement, et le mĂȘme froissement. Ce froissement Ă©tait dans ce corridor oĂč s’était enfui le bruit, pour disparaĂźtre Ă  jamais, non celui d’un hĂŽte ailĂ© de la nuit, dont la lumiĂšre avait froissĂ© le ventre velu, mais le propre miroitement du velours sur le buste d’un gĂ©nie supĂ©rieur, et il n’y avait d’autre toile arachnĂ©enne que la dentelle sur ce buste, et quant au mouvement qui avait produit ce frĂŽlement, c’était non la marche circulaire d’une telle bĂȘte, mais la marche rĂ©guliĂšre debout sur les deux pieds de la race qui Ă©tait apparue tenant dans deux mains un volume et une lueur. Elle reconnaissait son personnage ancien qui lui apparaissait chaque nuit, mais enfin, maintenant qu’elle l’avait rĂ©duit Ă  l’état de tĂ©nĂšbres, aprĂšs qu’il lui fut apparu comme des ombres, elle Ă©tait libre enfin, sĂ»re d’elle-mĂȘme et dĂ©barrassĂ©e de tout ce qui Ă©tait Ă©tranger Ă  elle. En effet, le bruit cessa, en la lumiĂšre qui demeura seule et pure.

Ε

L’ombre redevenue obscuritĂ©, la Nuit demeura avec une perception douteuse de pendule qui va expirer en la perception de lui ; mais Ă  ce qui luit et va probablement s’éteindre en soi, elle se voit encore qui le porte ; c’est donc d’elle que venait le battement ouĂŻ, dont le bruit total tomba Ă  jamais dans le passĂ© (sur l’oubli).

D’un cĂŽtĂ©, si toute ambiguĂŻtĂ© cessa, l’idĂ©e de motion dure de l’autre, rĂ©guliĂšrement marquĂ©e par le double heurt impossible du pendule qui n’atteint plus que sa notion, mais dont le frĂŽlement actuel revient dans le possible, tel qu’il doit avoir lieu, pour combler l’intervalle, comme si tout le choc n’avait pas Ă©tĂ© la chute unique des portes du tombeau sur lui-mĂȘme et sans retour ; mais dans le doute nĂ© de la certitude mĂȘme de leur perception, se prĂ©sente une vision de panneaux Ă  la fois ouverts et fermĂ©s, dans leur chute en suspens, comme si c’était soi qui, douĂ© de leur mouvement, retournĂąt sur soi-mĂȘme en la spirale vertigineuse consĂ©quente ; qui devait ĂȘtre indĂ©finiment fuyante si une oppression progressive, poids de ce dont on ne se rendait pas compte, malgrĂ© que l’on se l’expliquait en somme, n’eĂ»t impliquĂ© l’expansion certaine d’un intervalle futur, sa cessation, dans laquelle, lorsqu’elles se retrouvĂšrent, rien en effet ne s’entendit plus que le bruit d’un battement d’ailes effarĂ© de quelqu’un de ses hĂŽtes absurdes heurtĂ© dans son lourd somme par la clartĂ© et prolongeant sa fuite indĂ©finie.

IV. MALGRÉ LA DÉFFENSE DE SA MÈRE, ALLANT JOUER DANS LES TOMBEAUX

(Interdiction de sa mĂšre de descendre ainsi, — sa mĂšre qui lui a dit ce qu’il avait Ă  accomplir. Pour lui il va aussi dans un souvenir d’enfance, cette nuit recommandĂ©e s’il se tuait, il ne pourrait pas, grand, accomplir l’acte).

Il peut avancer, parce qu’il va dans le mystĂšre. (Ne descend-il pas Ă  cheval sur la rampe toute l’obscuritĂ©, — tout ce qu’il ignore des siens, corridors oubliĂ©s depuis l’enfance.) Telle est la marche inverse de la notion dont il n’a pas connu l’ascension, Ă©tant, adolescent, arrivĂ© Ă  l’Absolu : spirale, au haut de laquelle il demeurait en Absolu, incapable de bouger, on Ă©claire et l’on plonge dans la nuit Ă  mesure. Il croit traverser les destins de cette nuit fameuse : enfin il arrive oĂč il doit arriver, et voit l’acte qui le sĂ©pare de la mort.

Autre gaminerie.

il boira exprĂšs pour se retrouver

Il dit : je ne peux faire ceci sĂ©rieusement : mais le mal que je souffre est affreux, de vivre : au fond de cette confusion perverse et inconsciente des choses qui isole son absolu — il sent l’absence du moi, reprĂ©sentĂ©e par l’existence du NĂ©ant en substance, il faut que je meure, et comme cette fiole contient le nĂ©ant par ma race diffĂ©rĂ© jusqu’à moi (ce vieux calmant qu’elle n’a pas pris, les ancĂȘtres immĂ©moriaux l’ayant gardĂ© seul du naufrage), je ne veux pas connaĂźtre le NĂ©ant, avant d’avoir rendu aux miens ce pourquoi ils m’ont engendrĂ© — l’acte absurde qui atteste l’inanitĂ© de leur folie. (L’inaccomplissement me suivrait et entache seul momentanĂ©ment mon Absolu.)

Cela depuis qu’ils ont abordĂ© ce chĂąteau dans un naufrrage sans doute — second naufrage de quelque haute visĂ©e.

Ne sifflez pas parce que j’ai dit l’inanitĂ© de votre folie ! silence, pas de cette dĂ©mence que vous voulez montrer exprĂšs. Eh ! bien il vous est si facile de retourner lĂ -haut chercher le temps — et de devenir — est-ce que les portes sont fermĂ©es ?

Moi seul — moi seul — je vais connaĂźtre le nĂ©ant. Vous, vous revenez Ă  votre amalgame.

Je profÚre la parole, pour la replonger dans son inanité.

Il jette les dĂ©s, le coup s’accomplit, douze, le temps (minuit) — qui crĂ©a se retrouve la matiĂšre, les blocs, les dĂ©s —

Alors (de l’Absolu, son esprit se formant par le hasard absolu de ce fait) il dit Ă  tout ce vacarme : certainement, il y a lĂ  un acte — c’est mon devoir de le proclamer : cette folie existe. Vous avez eu raison (bruit de folie) de la manifester : ne croyez pas que je vais vous replonger dans le nĂ©ant.

Stéphane Mallarmé

Igitur

ƒuvres complĂštes, Gallimard, 1951 (p.455-473).

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EnquĂȘte sur le Roman illustrĂ© par la Photographie (StĂ©phane MallarmĂ©)  â–ș

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