La forĂȘt de Fontainebleau des Ă©crivains et des artistes
Le sentiment de la nature avait Ă©tĂ© longtemps ignorĂ© en France. Ce que l’on aimait, c’Ă©taient les parterres exacts, les charmilles taillĂ©es, les allĂ©es rectilignes. Le dĂ©sordre apparent de la forĂȘt semblait sauvage et de mauvais goĂ»t. Puis vint le romantisme.
Les Romantiques
Chateaubriand en parla le premier, mais de telle sorte qu’il est bien visible qu’il ne la connaissait pas. SĂ©nancour la connut vĂ©ritablement et s’y plut. Son hĂ©ros, Obermann, « parcourt avidement ces solitudes, s’Ă©garant Ă dessein, content lorsqu’il a perdu toute trace de route, et qu’il n’aperçoit aucun chemin frĂ©quentĂ© ». Il aime les fondriĂšres, les vallons obscurs, les bois Ă©pais, les grĂšs renversĂ©s et les blocs ruiniformes. Il y cherche surtout l’image de son Ăąme et un remĂšde aux inquiĂ©tudes de son esprit. Dans la forĂȘt, «-un sentiment de bonheur l’agite avec force, le pousse, l’oppresse ». Il monte, descend, court, et, « lorsqu’il a longtemps marchĂ© dans les bruyĂšres, entre les genĂ©vriers, il se surprend parfois il imaginer les hommes heureux ».
AprĂšs SĂ©nancour, Musset vint Ă Fontainebleau et il y vint avec George Sand. Il y revint seul ensuite. Il y composa le Souvenir. MĂŒrger habita Marlotte. Flaubert promena Ă travers la forĂȘt le hĂ©ros de son Education sentimentale. Michelet y trouva le repos, s’Ă©mut « au combat du grĂšs, de l’arbre tordu, Ă l’effort vertueux du chĂȘne ». Taine fut ravi de la sĂ©rĂ©nitĂ© et des rayonnements qui naissent de « cet inextricable rĂ©seau de clartĂ©s entre-croisĂ©es qui habitent le dĂŽme des chĂȘnes ».
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Un matin dans la forĂȘt de Fontainebleau,
tableau de Lazlo Paal (1875).
L’Ă©cole de Barbizon
Les artistes avaient suivi les Ă©crivains. Pendant longtemps ils avaient Ă©tĂ© insensibles au charme de la forĂȘt. Au XVIIIe siĂšcle, Oudry avait donnĂ© comme cadre Ă ses « chasses royales » des sites de Fontainebleau. Mais Corot fut le premier qui vint l’Ă©tudier avec soin. Il y fut attirĂ©, Ă son retour de Rome, par Aligny. Il travailla dans la forĂȘt; mais il se souvient trop dans ses tableaux de l’Italie ou de Ruysdael. Il est un peu effarĂ© par la forĂȘt. Il aime mieux des pays plus agrĂ©ables; moins tourmentĂ©s.
C’est Ă l’Ecole de Barbizon qu’il appartint d’exprimer le charme et la beautĂ© de la forĂȘt. ThĂ©odore Rousseau s’Ă©tait installĂ© dans ce petit village. « Il Ă©tait pris, engluĂ© par la diversitĂ© infinie des visages de la fĂ©e ». il voulait « donner l’idĂ©e de toutes les richesses de la nature, et il avait besoin de l’Ă©tudier elle-mĂȘme, sans relĂąche, sous tous ses aspects. On se souvient de ses magnifiques toiles : AprĂšs la pluie, l’AprĂšs-midi d’octobre, les ChĂȘnes du Bas-BrĂ©au, la Hutte aux charbonniers, etc. AuprĂšs de lui, Millet observe aussi la nature « pour en rĂ©sumer les traits essentiels ». Tous deux visent Ă la force. « Je crois qu’il vaudrait presque mieux que les choses faiblement dites ne fussent pas dites, parce qu’elles en sont comme dĂ©florĂ©es et gĂątĂ©es ».
Autour d’eux, Ă Barbizon, Charles-Jacques peint les moutons, les volailles, Diaz les sous-bois; Barye, Karl Bodmer, Français,Troyon, LĂ©on Belly aiment et Ă©tudient la forĂȘt et ses animaux, A Marlotte habitent CicĂ©ri, Olivier de Penne, AllongĂ©, Henri Zuber. Rosa Bonheur est Ă Thomery, Cazin Ă Recluses, Ă Moret Sisley et Guillemet. D’autres enfin installent leurs chevalets sur les bords charmants du Loing. Ainsi la forĂȘt est dĂšs cette Ă©poque connue et aimĂ©e.
Les Ă©trangers s’y rendent chaque annĂ©e, l’Ă©tudient, y trouvent le repos et y reviennent. Lorsqu’on la connaĂźt, on l’aime, avec ses beaux sentiers de randonnĂ©e et ses nombreux sites d’escalade. Les heures y sont diverses et charmantes. Chaque saison, chaque jour a sa couleur, sa beautĂ©, son parfum. Les bois y sont pleins de secrets : il est dĂ©licieux d’en chercher le mot. Le coeur s’Ă©pure au milieu de ces futaies profondes. (Jacques Bompard).
Source : http://www.cosmovisions.com/histForet-Fontainebleau.htm
Le Sentier des Artistes en forĂȘt de Fontainebleau

La forĂȘt des poĂštes

CLAUDE-FRANCOIS DENECOURT, LE SYLVAIN DE LA FORĂT DE FONTAINEBLEAU
Quand les beaux jours d’Ă©tĂ© nous invitent Ă quitter
Le déchant prosaïque des absences poétiques,
S’Ă©bauchent les sentiers sous d’antiques portiques
Qui accueillent l’exilĂ© fuyant la sociĂ©tĂ©.
Il cherche l’ombre Ă©paisse adombrant la rĂȘverie,
Aux chaleurs trop lourdes de l’aprĂšs-midi boisĂ©,
Et attend le détour subtilement imposé
Par celle qui dispense la douce féérie.
Tout Ă coup, le grand arbre lui dit en secret :
« C’est moi, je t’attendais, toi le rĂȘveur unique
Dont la voix solitaire Ă la haute harmonique
peut seule parvenir au cĆur de la forĂȘt. »
L’arbre, l’homme, la forĂȘt _ parfaite mĂ©taphore_
BlasonnÚrent alors leur esprit fleuronné
Au creux de l’Ă©corce de l’arbre couronnĂ©
Qui donne au Grand RĂȘve la puissance d’Ă©clore.
Et vinrent les mirages, les songes effrayants
Qui jaillissent, grimaçants, de la demeure des spectres,
La trouble mĂ©moire des promeneurs champĂȘtres
Que seul apaise le chant des elfes bienveillants.
Le paletot couleur bois, le pantalon noisette,
ApparĂ»t le vieil homme, le visage hĂąlĂ© par l’air,
L’Ćil riant des clairiĂšres oĂč s’Ă©bat le grand cerf
Et s’Ă©lĂšve le cri flĂ»tĂ© de la fauvette.
De la sublime forĂȘt le plus ardent amant,
Ne serait-ce pas Sylvain, l’inspirateur sylvestre
Du concours poétique en un si bel orchestre
Des plus grands écrivains portés au firmament?
à ! les deux crépuscules du grand Charles Baudelaire,
Et le soleil couchant qu’a rĂȘvĂ© Moncelet….
Et les souvenirs de la plume de Musset…
Le grand art du poÚme, du chant épistolaire !
Claude-François Denecourt, reconnu au plus haut,
Fut enfin honoré pour son si bel ouvrage
Et reçut le surnom, en plus parfait hommage,
De Sylvain de la forĂȘt de Fontainebleau !
Une brise délicieuse caressa ses paupiÚres
Qui, d’une si longue absence, s’ouvrirent d’Ă©tonnement
A la subtile quintessence exhalée puissamment
Des ùmes habitées de présences forestiÚres.
Oui, il aime tellement cette exquise forĂȘt
Que s’il y renonçait il n’en pourrait survivre.
Aussi l’homme, qui le sait, retourne son sourire
Au Sylvain Denecourt, MaĂźtre du Grand Secret.
Michaël Vinson


