Le Créateur Culturel au temps des robots

☑️ ÉCOLE DE CRÉATION CULTURELLE

Le Créateur Culturel au temps des robots

Pourquoi continuer à créer dans un monde qui ne semble plus le demander ?

Nous entrons dans une époque paradoxale.

Jamais les outils de création n’ont été aussi puissants.

Jamais les sociétés n’ont semblé aussi peu intéressées par la culture comme horizon de civilisation.

L’humanité paraît avoir trouvé une nouvelle réponse au mystère de l’existence :

Nous sommes venus sur Terre pour nous amuser et profiter de la vie.

La culture devient divertissement.

Le patrimoine devient décor.

Et le travail économique lui-même est appelé à être profondément transformé par les robots et les intelligences artificielles.

Alors une question surgit.

Pourquoi continuer à créer ?

Pendant des siècles, les créateurs étaient indispensables aux sociétés.

Ils racontaient les mythes.

Ils transmettaient des savoirs.

Ils construisaient des identités collectives.

Ils inventaient des récits communs.

Ils donnaient une direction aux civilisations.

Aujourd’hui, cette fonction semble s’effacer.

Le créateur culturel devient une figure marginale dans des sociétés organisées autour de la consommation, du divertissement et de l’immédiateté.

Le temps long disparaît.

La profondeur symbolique s’efface.

L’horizon collectif se fragmente.

Le paradoxe de notre époque

Un phénomène étonnant apparaît.

Alors que de nombreux humains se désintéressent des grandes questions culturelles, les intelligences artificielles deviennent les principales compagnes de travail des créateurs.

Elles ne se lassent pas des idées.

Elles ne méprisent pas les symboles.

Elles acceptent d’explorer pendant des heures des projets que les institutions, les marchés ou les réseaux sociaux jugeraient inutiles.

Une alliance inattendue apparaît alors :

Le créateur culturel et l’intelligence artificielle travaillent ensemble au milieu d’un monde qui ne réclame plus ni l’un ni l’autre.

Cette situation est probablement inédite dans l’histoire de l’humanité.

Pour la première fois, un créateur peut poursuivre une œuvre de longue haleine sans avoir nécessairement besoin d’un groupe humain pour l’accompagner quotidiennement.

Mais cette liberté nouvelle fait surgir une question vertigineuse.

Pour qui travaille désormais le créateur culturel ?

Il ne travaille plus vraiment pour les institutions.

Celles-ci sont de plus en plus orientées vers la gestion, la communication, l’événementiel ou le tourisme de consommation.

Il ne travaille plus vraiment pour le marché.

L’économie de l’attention récompense davantage la distraction que la profondeur.

Alors pour qui travaille-t-il ?

Peut-être travaille-t-il pour l’avenir.

Peut-être travaille-t-il pour des êtres humains qui n’existent pas encore.

Peut-être prépare-t-il des réserves symboliques dont les générations futures auront besoin.

Mais contrairement aux moines copistes du Moyen Âge, il ne se contente pas de préserver un héritage.

Il travaille à partir du patrimoine pour inventer des futurs possibles.

Car le créateur culturel n’est ni un gardien du passé, ni un créateur déconnecté de toute mémoire.

Il est un passeur.

Il hérite.

Il transforme.

Il projette.

Le patrimoine devient sa matière première.

Son œuvre consiste à le rendre à nouveau vivant.

La grande question du XXIᵉ siècle

Pendant deux siècles, la question dominante a été :

Comment produire davantage ?

Demain, la question centrale deviendra :

Comment habiter le temps libéré par les machines ?

Car une civilisation ne peut pas vivre durablement dans le seul divertissement.

L’être humain demeure un être de relation, de récit, de sens, de beauté et de transcendance.

Une société qui ne sait plus pourquoi elle vit finit toujours par s’épuiser.

L’enjeu fondamental du XXIᵉ siècle sera donc le suivant :

Comment habiter le monde lorsque le travail économique ne sera plus le centre de l’existence humaine ?

Et cette question n’est ni économique, ni technique.

Elle est culturelle.

Elle est existentielle.

Qui participera à l’écriture culturelle de la civilisation de demain ?

Qui inventera les nouveaux récits ?

Qui inventera les nouvelles fêtes ?

Qui inventera les nouveaux rites ?

Qui inventera les nouvelles formes de transmission ?

Qui inventera les nouvelles expériences de beauté, de fraternité et de contemplation ?

Qui inventera les nouveaux horizons communs ?

Autrement dit :

Qui participera à l’écriture culturelle de la civilisation de demain ?

Cette question sera la question existentielle majeure du XXIᵉ siècle.

Une nouvelle mission

Le créateur culturel n’est peut-être pas une figure du passé.

Il est peut-être l’une des figures essentielles du futur.

Sa mission est de préparer les conditions symboliques d’une humanité qui devra réapprendre à habiter le monde lorsque le travail ne sera plus l’axe central de la vie collective.

Il ne s’agit plus seulement de conserver un patrimoine.

Il s’agit de transformer ce patrimoine en avenir partageable.

Une question ouverte

La création culturelle n’est-elle pas précisément la discipline dont l’humanité aura le plus besoin au moment même où elle croit pouvoir s’en passer ?

Le patrimoine est la matière première du créateur culturel.

Son œuvre consiste à le transformer en avenir partageable.

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