Chanteclair ou le coq gaulois – Gustave Mathieu

« Quand ce coq chantera, Mathieu ressuscitera ». Epitaphe inscrit sur la tombe de Gustave Mathieu à Bois-le-Roi

« Chanteclair ou le coq gaulois » est un poème patriotique et républicain de Gustave Mathieu (1808-1877), chansonnier, poète et goguettier français originaire de Nevers, qui vécut une partie de sa vie à Bois-le-Roi (Seine-et-Marne).

  1. Le poème
    1. Analyse par l’IA Grok
    2. Analyse détaillée
  2. Voir aussi


Le poème


Mathieu, ancien marin aux aventures lointaines, proche de Pierre Dupont et d’autres chansonniers populaires, se distinguait par un style accessible, engagé, démocrate et satirique. Il chanta le vin, la vie simple (avec son personnage Jean Raisin), mais aussi la République et la liberté. Son recueil principal, Parfums, chants et couleurs (publié en 1873 par Richard Wallace), rassemble ses œuvres.


Voici le texte complet tel qu’il est souvent cité :


​Chanteclair, c’est la vigilance,

Le courage, l’activité,

L’amour, la vie et la semence,

L’éternelle fécondité,

L’éperon haut, portant sa crête,

Comme un bonnet de liberté

Chanteclair va dressant la tête,

Marquant le pas, ferme planté !

.

​Dans un petit cercle écarlate

Le voilà, clignant au soleil,

Sablé d’or fin, tout l’œil éclate,

Des feux de l’orient vermeil,

Lors sur ses argots, il se hisse,

Le col gonflé vient en avant

Tout le plumage se hérisse

Son chant cuivré perce le vent.

Analyse par l’IA Grok


Le poème célèbre le coq comme symbole de vigilance, de courage, de vitalité et surtout de liberté (la crête comparée au bonnet phrygien). Il s’oppose implicitement à l’aigle impérial (napoléonien), dans un contexte républicain et anti-autoritaire. Le coq gaulois, emblème traditionnel français (issu du jeu de mots latin gallus = coq / Gaulois), y incarne l’esprit populaire et républicain.


Contexte et postérité


Le poème apparaît dans des publications comme l’Almanach de Jean Raisin vers 1855 et s’inscrit dans la tradition des chansons engagées du XIXe siècle.
Mathieu l’associa personnellement à son image : il demanda que sa tombe au cimetière de Bois-le-Roi soit surmontée d’un coq en bronze avec l’inscription humoristique et fière : « Quand ce coq chantera, Mathieu ressuscitera ». Cette épitaphe est encore évoquée aujourd’hui lors de promenades poétiques sur ses traces.
Le texte reste apprécié dans des cercles littéraires locaux (notamment à Fontainebleau et Bois-le-Roi), où il est lu collectivement lors de salons poétiques. Il s’inscrit dans une « poésie gallinophile » plus large, mais avec une forte charge symbolique républicaine.


Ce court poème, vif et imagé, capture bien l’esprit de Mathieu : populaire, coloré, attaché à la terre et à la liberté. Il précède de plusieurs décennies le Chantecler d’Edmond Rostand (1910), avec lequel on le compare parfois, mais Mathieu reste ancré dans la chanson républicaine du milieu du XIXe siècle.


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Analyse détaillée

  1. Structure et forme poétique
    Le poème se compose de deux strophes de huit vers (octosyllabes approximatifs, avec quelques variations rythmiques typiques de la chanson populaire du XIXe siècle).
    Mètre : Vers courts (7-9 syllabes), vifs et martelés, qui imitent le pas cadencé du coq (« Marquant le pas, ferme planté ! ») et son chant perçant.
    Rimes : Riches mais irrégulières, souvent en rimes plates ou croisées avec assonances populaires (vigilance/activité ; fécondité/liberté ; écarlate/éclate/vermeil ; hisse/avant/hérisse/vent). Le style est volontairement accessible, proche de la goguette et de la chanson de cabaret, sans la rigueur académique du Parnasse.
    Progression : La première strophe est définitoire et allégorique (le coq = série de vertus abstraites). La seconde est descriptive et dynamique : elle passe de l’abstraction à la scène vivante, du symbole à l’animal en action. Le passage du « c’est » (définition) au « le voilà » (vision) crée un effet de zoom cinématographique.
  2. Symbolisme et thèmes centraux
    Le coq (« Chanteclair », nom traditionnel du coq dans la littérature française depuis le Moyen Âge) devient un emblème polysémique :
    Vigilance et courage : « Chanteclair, c’est la vigilance… » – rappel du coq qui annonce l’aube et réveille le village, mais aussi du Gaulois combattant (jeu de mots latin gallus = coq / Gaulois).
    Fécondité et vitalité populaire : « L’amour, la vie et la semence, L’éternelle fécondité » – image terrienne, presque païenne, qui ancre le républicanisme dans le peuple et la nature (Mathieu, ancien marin devenu poète des champs, chante souvent le vin, la terre et la vie simple via son personnage Jean Raisin).
    Liberté républicaine : Le vers clé est « portant sa crête, Comme un bonnet de liberté ». La crête rouge du coq est explicitement assimilée au bonnet phrygien, symbole révolutionnaire par excellence. C’est une charge politique directe contre l’aigle impérial de Napoléon III (Second Empire, 1852-1870). Le coq gaulois s’oppose à l’aigle romain/napoléonien : l’un est populaire, vigilant, fécond ; l’autre est conquérant, autoritaire.
    Mouvement et combat : « Marquant le pas, ferme planté ! », « il se hisse », « col gonflé », « plumage se hérisse » – le coq est en posture de défi, presque militaire. Le chant final (« cuivré perce le vent ») évoque la trompette de guerre ou le clairon républicain.
    Le poème est donc à la fois pastoral (description colorée du coq au soleil) et politique : une allégorie républicaine discrète mais puissante sous le Second Empire.
  3. Langage et procédés stylistiques
    Images sensorielles : Couleurs vives (« cercle écarlate », « sablé d’or fin », « feux de l’orient vermeil ») qui transforment le coq en joyau vivant, presque héraldique.
    Anthropomorphisme : Le coq « dresse la tête », « se hisse », « vient en avant » – il marche comme un soldat ou un orateur populaire.
    Sonorités : Allitérations en [k] et [p] (« Chanteclair… courage… crête… »), [s] et [v] dans la seconde strophe qui miment le bruissement du plumage et la percée du chant. Le verbe « perce » est particulièrement sonore et martial.
    Ton : Populaire, joyeux, fier, sans prétention. Mathieu reste fidèle à son public de goguettiers et de cabarets : le poème se chante autant qu’il se lit.
  4. Contexte historique et biographique
    Époque : Le poème paraît vers 1854-1855 dans l’Almanach de Jean Raisin, en pleine période impériale. Il s’inscrit dans la veine des chansonniers républicains (Pierre Dupont, Béranger).
    Mathieu lui-même : Ancien marin, républicain de 1848, installé à Bois-le-Roi près de la forêt de Fontainebleau. Il incarne le poète du peuple : engagé, satirique, attaché à la nature. Son recueil Parfums, chants et couleurs (1873) regroupe ces œuvres.
    Postérité personnelle : Mathieu demande que sa tombe au cimetière de Bois-le-Roi soit surmontée d’un coq en bronze avec l’épitaphe ironique : « Quand ce coq chantera, Mathieu ressuscitera ». Le poème devient ainsi son autoportrait symbolique : le coq survivra à l’auteur comme la République survivra à l’Empire.
  5. Place dans la poésie gallinophile et postérité
    Mathieu s’inscrit dans une longue tradition (La Fontaine, mais surtout le XIXe siècle républicain). Son « Chanteclair » précède de plus de cinquante ans Chantecler d’Edmond Rostand (1910), qui en reprendra le nom mais dans un registre plus théâtral et moins politique.
    Aujourd’hui, le poème est régulièrement lu lors des Salons Poétiques Gustave Mathieu à Bois-le-Roi : lecture collective, mise en musique, ateliers d’écriture « gallinophiles ». Il incarne une poésie vivante, populaire et engagée, loin des salons parisiens.

En résumé, « Chanteclair ou le coq gaulois » est un petit chef-d’œuvre de poésie engagée : court, visuel, rythmé, il condense en seize vers tout l’esprit de Mathieu – républicain, terrien, joyeux et combatif. Le coq n’est pas seulement un animal ; il est la France populaire qui se dresse, chante et défie l’ordre établi. Un hymne discret mais tenace à la liberté.


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Voir aussi