Louis IX, dit saint Louis

Communion de Louis IX, Vie et miracles de Saint Louis, G. de St. Pathus, XIVe siĂšcle.

  1. Louis IX
  2. Saint Louis et le chĂąteau de Fontainebleau
  3. Bois-le-Roi ou « les bois du roi saint Louis »
  4. Saint Louis et le Liban
    1. Saint Louis au Liban, un roi qui parvint Ă  rĂ©tablir la paix parmi les chrĂ©tiens d’Orient
    2. De Saint-Louis Ă  la guerre du Liban : la France, protectrice des chrĂ©tiens d’Orient
    3. Voyage en Orient (Lamartine)/De saint Louis
  5. Voir aussi

Louis IX

Saint Louis rendant la justice sous le chĂȘne de VincennesPierre-Narcisse GuĂ©rin, 1816, musĂ©e des beaux-arts d’Angers.

Louis IXdit Â« le Prudhomme Â» et plus communĂ©ment appelĂ© Saint Louis, est un roi de France capĂ©tien nĂ© le 25 avril 1214 Ă  Poissy et mort le 25 aoĂ»t 1270 Ă  Carthage, prĂšs de Tunis. Il rĂ©gna pendant plus de 43 ans, de 1226 jusqu’Ă  sa mort. ConsidĂ©rĂ© comme un saint de son vivant, il est canonisĂ© par l’Église catholique en 1297.

En savoir plus https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_IX

Saint Louis et le chĂąteau de Fontainebleau

Salle Saint Louis – © FMR

Les salles Saint-Louis

Ces deux salles entretiennent, par leur nom mĂȘme, le souvenir du plus cĂ©lĂšbre souverain du Moyen-Âge : Louis IX, dit Saint Louis. C’est en effet dans la deuxiĂšme salle logĂ©e dans l’épaisseur de la vieille muraille du donjon qu’était installĂ©e, depuis le Moyen-Âge, la chambre du Roi. Lorsque la chambre changea d’emplacement au XVIIĂšme s, cette salle fut rĂ©trogradĂ©e au rang d’antichambre, c’est-Ă -dire de piĂšce dĂ©gagĂ©e et spacieuse, garnie de banquettes, oĂč l’on attend d’ĂȘtre introduit auprĂšs du souverain. De l’autre cĂŽtĂ© de l’arcade, la figure Ă©questre en marbre du roi Henri IV par Mathieu Jacquet, vestige d’une monumentale cheminĂ©e de la fin du XVIĂšme s, fut installĂ©e Ă  l’entrĂ©e de l’appartement du roi sur la demande de Louis-Philippe, qui rendait ainsi hommage Ă  son ancĂȘtre, « le plus aimĂ© des rois Â»

En savoir plus https://www.chateaudefontainebleau.fr/les-grands-appartements-des-souverains/les-appartements-royaux/

Bois-le-Roi ou « les bois du roi saint Louis »

C’est Louis IX qui fit bĂątir, au sommet de la Butte, une Chapelle dĂ©diĂ©e Ă  Saint-Vincent,
devenu lieu de pĂšlerinage, le jour de la Saint-Louis.
,https://lesrandonneursovillois.over-blog.com/2015/04/bois-le-roi-sur-les-traces-de-saint-louis.html

Cette chapelle, dont il ne reste que des ruines, est particuliĂšrement intĂ©ressante sur un plan historique car nous ramenant aux temps ou le roi Louis IX de France Ă©tait propriĂ©taire des terres de Bois-le-Roi. Ce lieu fait ainsi un lien entre l’histoire locale et l’histoire de France. C’est en 1297, soit 27 ans aprĂšs la mort de Louis IX, que l’Ă©glise le canonisĂąt et qu’il devint ainsi saint Louis, le faisant du mĂȘme coup Patron de la France. Saint Louis Ă©mit le voeu d’Ă©difier cette chapelle, suite Ă  une aventure que nous nous ferons le plaisir de vous conter. Elle fut dĂ©diĂ©e au saint du jour, saint Vincent , et la butte fut dĂ©nommĂ©e la « Butte Saint Louis ». Ce lieu devint rapidement cĂ©lĂšbre, trop mĂȘme. A la fĂȘte de saint Louis, le 25 aoĂ»t, un pĂšlerinage important s’y dĂ©roulait. De la veille au lendemain, on y venait de dix Ă  douze lieues Ă  la ronde et il s’y trouvait quelques fois trois Ă  quatre mille personnes. Les troncs Ă©taient bien garnis. Les pĂšlerins se montraient gĂ©nĂ©reux. Les prieurs Ă©taient peut-ĂȘtre trop riches, et deux d’entre eux furent assassinĂ©s; l’un, le sieur de Marigny, vers 1637, et l’autre en juin 1699. Ces assassinats vont avoir de graves consĂ©quences qui aboutiront Ă  la dĂ©cision de Louis XIV de raser la chapelle. Il n’en reste plus Ă  l’heure actuelle que des ruines. Des fouilles furent entreprises au cours du siĂšcle dernier sur cette butte, et l’on y trouva les corps des deux prieurs assassinĂ©s et quelques piĂšces de monnaie. Mais autour de la Butte Saint Louis demeure une vieille lĂ©gende, bien oubliĂ©e Ă  l’heure actuelle, qui prĂ©tend que lorsque un Ă©vĂšnement important de l’histoire nationale doit arriver, une biche blanche – certains disent une dame blanche – apparaĂźt dans les environs…

(d’aprĂšs le livre « Bois-le-Roi, mon village » de Robert Lesourd, ancien maire de Bois-le-Roi (1910 – 1991).Texte Ă©crit pour la journĂ©e du patrimoine en 2012 (de mĂ©moire)

Saint Louis et le Liban

Saint Louis au Liban, un roi qui parvint Ă  rĂ©tablir la paix parmi les chrĂ©tiens d’Orient
Qala’at Sanjil et Qala’at Tarablus en arabe, est une citadelle et un fort sur une colline Ă  Tripoli, au Liban. Autrefois connue sous le nom de Citadelle de Raymond de Saint-Gilles et aussi comme Mont PĂšlerin (en latin Mons Peregrinus) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_Saint-Gilles

De 1250 Ă  1254, Louis IX, roi et saint, passa quatre annĂ©es au Liban. Retour sur son parcours, d’autant que 2014 marque, entre autres, le 800e anniversaire de sa naissance.

OLJ / Par Michel ROUVIÈRE, le 14 novembre 2014

En cette annĂ©e 2014, plusieurs anniversaires se prĂ©sentent Ă  notre mĂ©moire. Le premier rappelle la terrible annĂ©e 1914. Le second veut se souvenir de l’assassinat de Jean JaurĂšs. Nous pouvons nous attarder sur le fameux « Dimanche de Bouvines Â» du 27 juillet 1214. Aujourd’hui, aprĂšs l’anniversaire de sa mort le 25 aoĂ»t, je voudrais marquer les 800 ans, aussi, de la naissance du futur roi Saint Louis, le 25 avril 1214.


Est-il possible d’ĂȘtre roi et saint ? De plus, les vertus chrĂ©tiennes sollicitent une sorte de sacrifices et de mortifications permanents qui pourraient paraĂźtre contradictoires avec l’autoritĂ© que demande le titre de roi. Par extraordinaire, Louis IX, en quarante-quatre ans de rĂšgne (1226-1270), porta la force de l’autoritĂ© royale Ă  une hauteur Ă  nulle autre pareille, avec une Ă©vidente atmosphĂšre de saintetĂ©. ParticularitĂ© supplĂ©mentaire de cette remĂ©moration : ce roi de France passa quatre ans au Liban et dans ses environs, de 1250 Ă  1254. Il serait intĂ©ressant de savoir comment ce roi s’y prit dans cet « Orient compliquĂ© Â» pour ne pas perdre son aura de perfection qu’il avait su dĂ©jĂ  acquĂ©rir. En effet, nous savons que tel qu’en lui-mĂȘme, il demeura roi dans sa voie sanctifiante, mĂȘme au Levant. Il me semble que de sa maniĂšre si particuliĂšre de gouverner, nous pourrions tirer des fruits, mĂȘme Ă  notre Ă©poque. Depuis 800 ans, le cƓur des hommes est toujours animĂ© des mĂȘmes passions. Les diriger reste une science demandant beaucoup d’art.
Faut-il rappeler la fameuse lettre de Saint Louis Ă©crite Ă  Chypre au sujet des maronites et dont certains contestent l’authenticitĂ© ? C’est un autre sujet.
Quand le roi vint en Terre sainte il y avait toujours des principautĂ©s latines mais JĂ©rusalem avec la majoritĂ© de la Palestine obĂ©issait aux Ă©mirs ayyoubides en lutte avec les Mamelouks. Dans le camp adverse, il y avait aussi des conflits internes. Le roi de France n’Ă©tait pas triomphant, loin de lĂ  ; aprĂšs la dĂ©faite de Mansourah, il venait de se libĂ©rer de son Ă©tat de prisonnier en ayant payĂ© une forte rançon au sultan d’Égypte. Ce n’Ă©tait pas une arrivĂ©e sous les meilleurs auspices. Il aurait pu repartir vers les rivages mĂ©diterranĂ©ens de son royaume ; il avait suffisamment payĂ© dans tous les sens du terme. Toutefois, il est Ă  noter que mĂȘme dans sa position de prisonnier, Ă  laquelle il faut ajouter une crise de dysenterie, le sultan mamelouk d’Égypte ne douta jamais de sa royautĂ© et de son autoritĂ©. Souvenons-nous des fameux chevaliers s’en revenant vers la prison, n’ayant pas pu rĂ©unir la somme pour ĂȘtre libĂ©rĂ©s tandis que lui pouvait aller. Enfin libre ! AprĂšs une courte rĂ©flexion, derechef, en contrepartie de la libĂ©ration des chevaliers, il s’en retourna vers son lieu de rĂ©tention, qu’il venait de quitter. AprĂšs avoir repayĂ© et une fois totalement libre, il prĂ©fĂ©ra aller vers le Levant, malgrĂ© le pressant appel au retour de sa mĂšre. Il laisserait encore son royaume sous la rĂ©gence de sa mĂšre, l’excellente reine douairiĂšre, Blanche de Castille.

Favoriser l’entente
Allait-il tenter encore une fois une bataille dĂ©cisive ? Rentrer Ă  JĂ©rusalem la lance Ă  la main aprĂšs une victoire ! Peut-on imaginer Ă©vĂ©nement plus naturel pour un roi du Moyen Âge ? Eh bien non ! La chronique retient : « Qu’il mit les principautĂ©s en meilleures dĂ©fenses en terminant les constructions inachevĂ©es. Il rĂ©tablit la paix et la concorde parmi les chrĂ©tiens. Â» Ayant eu la triste nouvelle de la mort de sa mĂšre, dont il fut trĂšs affectĂ©, il repartit vers le royaume de France le 24 avril 1254. Quatre ans Ă©taient passĂ©s. Dans l’ardeur de ma jeunesse, je trouvais cette pĂ©riode bien dĂ©cevante; l’ambition naturelle aspire Ă  plus de gloire. J’imaginais moult chevauchĂ©es. Maintenant, je vois les Ă©vĂ©nements autrement. Ayant vĂ©cu quelques dĂ©cennies au Liban, le fait de pouvoir « Ă©tablir la paix et la concorde parmi les chrĂ©tiens Â», je me dis qu’il faut rien moins qu’un roi de France, saint de surcroĂźt, pour y arriver.
En lisant plusieurs ouvrages, nous pouvons voir comment il procĂ©dait. Il ne partait pas d’un projet de transformations fondamentales ; une Constitution nouvelle, une lĂ©gislation Ă©crite bien Ă©quilibrĂ©e. Il demandait simplement d’abord que les personnes et les choses soient ce qu’elles doivent ĂȘtre. Le seigneur se plaignant d’un voisin turbulent Ă©tait-il lui-mĂȘme un bon vassal vis-Ă -vis de son roi ? Comment traitait-il ses propres vassaux ? VoilĂ  comment le roi parvenait Ă  modĂ©rer sa noblesse tout en augmentant son autoritĂ©. Le sommet de cette attitude fut quand le pape Innocent IV vint se mettre sous sa protection Ă  Lyon, chassĂ© de Rome par l’empereur FrĂ©dĂ©ric II, « stupor mundi Â», en 1245, trois ans donc avant la croisade. Ayant un caractĂšre bien affirmĂ©, Sa SaintetĂ© demandait mĂȘme au roi d’attaquer l’empereur excommuniĂ© ! Une ambition normale aurait profitĂ© d’une occasion si belle pour Ă©tendre son pouvoir en Italie. Tout le parti guelfe papal l’aurait soutenu contre les gibelins impĂ©riaux. Le roi prĂ©fĂ©ra annoncer solennellement que l’empereur et le pape devaient s’entendre. FrĂ©dĂ©ric II de Hohenstaufen, en appelant de son autoritĂ© impĂ©riale, supĂ©rieure Ă  celle des rois, voulait qu’il le lui livre. Cet Ă©vĂȘque de Rome Ă©tait un de ses sujets. Non ? Cependant, le roi sut lui dire de ne pas s’attendre Ă  cela. Ensuite, l’empereur du Saint-Empire ne devait pas espĂ©rer le poursuivre jusque sur les terres relevant du royaume de France car il y rencontrerait son ost. Ainsi gouvernait Saint Louis Ă  l’extĂ©rieur comme Ă  l’intĂ©rieur. Entre le bourgeois commerçant et l’artisan fabricant quel est le juste prix ? 10 % de marge, 30 %, certains vont jusqu’Ă  300 % ! Cela paraĂźt impossible Ă  Ă©tablir dans l’absolu. Le roi se penche sur un cas bien particulier, sans a priori. Est-ce de l’or, du diamant ou mĂȘme une rare relique comme la couronne d’Ă©pine ou un clou de la Passion ? Alors l’Ă©vidence s’y rĂ©vĂšle.

Fixer des limites
Lors de son arrivĂ©e Ă  Saint-Jean-d’Acre le 13 mai 1250, le royaume de JĂ©rusalem n’avait pas de roi effectif depuis vingt ans ! Ce n’Ă©tait qu’un titre. Il revenait Ă  Conrad IV fils du fameux empereur FrĂ©dĂ©ric II. Mais ce roi-lĂ  prĂ©fĂ©rait d’abord s’assurer de la rĂ©alitĂ© de ses autres titres ; empereur du Saint-Empire, roi de Sicile et de Naples. Ainsi nous comprenons aisĂ©ment les raisons de l’anarchie ambiante. Les ordres religieux militaires ; Templiers, Hospitaliers et Teutoniques prenaient leurs aises. Ils avaient tendance Ă  confondre leurs fonctions clĂ©ricales de secours et de protections avec les nĂ©cessitĂ©s de la gestion de leurs activitĂ©s financiĂšres. MalgrĂ© leur discipline, leurs organisations, ils ne purent se substituer Ă  la sociĂ©tĂ© civile fĂ©odale. Avec fermetĂ© mais sans esprit vindicatif, le roi fixa leurs limites dans chaque cas litigieux.
Nous terminerons avec un autre cas profondĂ©ment psychologique. C’est une intervention particuliĂšrement dĂ©licate du roi vis-Ă -vis d’une mĂšre abusive maintenant son fils sous tutelle. Nous pourrions y voir un effet de miroir entre lui et le cas Ă  trancher, tant il y a de similitudes. Cependant nous savons les diffĂ©rences avec les vrais liens existant entre Blanche de Castille et son fils !

Lucienne Conti de Segni
Lucienne Conti de Segni est une princesse d’Antioche par mariage. Elle Ă©tait fille de Paolo Conti, comte de Segni. C’est la petite-niĂšce du pape Innocent III. Elle porte le mĂȘme nom de famille, elle en a le mĂȘme caractĂšre autoritaire. Cette famille offrit trois papes Ă  l’Église. Le mariage avec BohĂ©mond V, prince d’Antioche et comte de Tripoli, avait Ă©tĂ© voulu par le pape dans le but d’augmenter son influence en Orient, mais aussi de favoriser une rĂ©conciliation entre les Églises de Rome et d’Orient. À la mort de son mari en 1252, elle devint naturellement rĂ©gente pendant la minoritĂ© de son fils de quinze ans. Elle sĂ©journe le plus souvent Ă  Tripoli, au chĂąteau de Saint-Gilles. Contrairement au but visĂ© par le pape, son oncle, elle dĂ©laisse Antioche. Le siĂšge de divers patriarcats devient alors le lieu de luttes religieuses et ethniques entre les populations latines, grecques et armĂ©niennes. Cependant la rĂ©gente trĂšs autoritaire, bon sang ne saurait mentir, gardait son fils BohĂ©mond VI (1237 -1261) sous une Ă©troite tutelle. Celui-ci profite d’une visite que sa mĂšre et lui faisaient au roi de France. Il se trouvait alors Ă  Jaffa dans les restes du royaume de JĂ©rusalem en Terre sainte. Le jeune BohĂ©mond demande l’aide du roi. ImpressionnĂ© par la valeur du prince, le roi l’arme lui-mĂȘme chevalier. Il oblige Lucienne de Segni Ă  mettre fin Ă  sa rĂ©gence, afin que BohĂ©mond puisse redresser la situation Ă  Antioche et gouverner les deux principautĂ©s. SĂ»rement que le roi patronna, ensuite, le mariage du jeune prince avec la jeune Sibylle, fille du roi d’ArmĂ©nie HĂ©thom Ier. VoilĂ , une maniĂšre d’amĂ©liorer une entente entre l’Orient et l’Occident. Aucune sombre intrigue, nul exil dans un couvent ne viennent entacher une nĂ©cessaire Ă©volution entre un fils adolescent et une mĂšre encore jeune.
Quand quelques siĂšcles plus tard la France tomba dans la RĂ©volution sanglante, elle eut un juge terrible : Fouquier-Tinville. Devant un aristocrate ancien ministre du roi, que son avocat prĂ©sentait comme innocent, il rĂ©pondit cyniquement ; « On ne gouverne pas innocemment ! Â» Ensuite il l’envoya Ă  la guillotine. En observant le dur spectacle passĂ© et actuel de la vie politique de l’Orient, je me dis parfois qu’ici, on ne peut gouverner que criminellement. Il est heureux que dans des temps que l’on se plaĂźt Ă  dire plus rudes, le Moyen Âge, un roi de France put redresser et gouverner cette rĂ©gion avec saintetĂ©. Bien qu’apparemment il n’y eut que le bon sens et le raisonnable pour prĂ©sider ses actes. Nous pouvons presque ĂȘtre déçus par le manque de merveilleux. On n’y trouve pas les historiettes, « fioretti Â», qui accompagnent l’hagiographie avec enluminures d’un saint d’autrefois. Rien ne nous empĂȘche, cependant, de payer l’ouvrier de la onziĂšme heure avec le mĂȘme salaire que celui de la premiĂšre ; en Orient cette fameuse parabole prend une force solaire trĂšs particuliĂšre. Une fois de retour dans son royaume de France, le roi s’imposa de telles mortifications qu’elles dĂ©rangĂšrent parfois son entourage. Notons les plus notoires ; noyer dans son assiette la saveur des mets avec de l’eau, flagellations dans l’intimitĂ© de sa chambre, et enfin le fameux baiser sur les plaies d’un moine lĂ©preux. Toutefois, il n’obligea personne Ă  le suivre dans cette voie ardue. NĂ©anmoins, il n’oublia jamais d’exercer la plĂ©nitude de son office royal. L’ascĂšse chrĂ©tienne n’Ă©tait qu’un plus dans l’art de vivre et de rĂ©gner.

Source https://www.lorientlejour.com/article/895985/saint-louis-au-liban-un-roi-qui-parvint-a-retablir-la-paix-parmi-les-chretiens-dorient.html

De Saint-Louis Ă  la guerre du Liban : la France, protectrice des chrĂ©tiens d’Orient

Par Jean-Louis ThiĂ©rot

PubliĂ© le 6 aoĂ»t 2014

FIGAROVOX/ANALYSE – L’historien Jean-Louis ThiĂ©riot rappelle les liens qui unissent les chrĂ©tiens d’Orient et la France depuis Saint-Louis. Une constante de la diplomatie française, qui a traversĂ© les rĂ©volutions et les changements de rĂ©gime.


Jean-Louis ThiĂ©riot est un avocat, historien (spĂ©cialiste de l’histoire contemporaine) et homme politique français. Son dernier ouvrage, François-Ferdinand d’Autriche: de Mayerling Ă  Sarajevo, est paru aux Ă©ditions Tempus.


Pour la communautĂ© internationale, le martyre des chrĂ©tiens d’Irak est un drame de plus. Pour la France, c’est un dĂ©fi majeur car «la protection des chrĂ©tiens d’Orient» est un marqueur essentiel de notre diplomatie. Son histoire vaut d’ĂȘtre rappelĂ©e, car on oublie trop souvent qu’elle remonte au Moyen Âge.

Saint Louis a Ă©tĂ© le premier Ă  lui donner une formulation officielle. En 1248, il entreprend la septiĂšme croisade pour sauver le royaume latin de JĂ©rusalem. En route vers la Terre sainte, il fait escale Ă  Chypre. Les chrĂ©tiens maronites en exil lui font triomphe. Convaincu que ces populations, dont le principal foyer de peuplement se situe autour du Mont-Liban, peuvent ĂȘtre l’avant-garde de la reconquĂȘte Ă  venir, Saint Louis s’en proclame le protecteur: «Pour nous, dĂ©clare-t-il dans la charte du 24 mai 1250, et nos successeurs sur le trĂŽne de France, nous promettons de vous donner Ă  vous et Ă  tout votre peuple notre protection spĂ©ciale comme nous la donnons aux Français eux-mĂȘmes.» C’est un texte fondateur car, pour la premiĂšre fois, il accorde des garanties Ă  des populations Ă©trangĂšres vivant sous la domination de princes musulmans.« La protection des chrĂ©tiens d’Orient Â» est un marqueur essentiel de notre diplomatie. Son histoire vaut d’ĂȘtre rappelĂ©e, car on oublie trop souvent qu’elle remonte au Moyen Âge.

L’échec des croisades ultĂ©rieures et l’irrĂ©sistible progression de l’Empire ottoman vide cette protection de l’essentiel de sa substance. Mais elle ne cesse de hanter l’esprit de nos rois. DĂ©sireux d’affaiblir la maison d’Autriche, François Ier fait alliance avec Soliman le Magnifique en signant les fameuses «capitulations». Paris y gagne d’abord des avantages commerciaux qui lui confĂšrent un quasi-monopole sur le commerce avec le Levant. Mais la dĂ©fense des chrĂ©tiens n’est pas oubliĂ©e. De jure, les «capitulations» n’accordent de garantie qu’aux Français. Cependant la France se fait aussi attribuer la garde des Lieux saints, ce qui lui donne un poids particulier.

Constamment renouvelĂ©es jusqu’à la RĂ©volution française, les «capitulations» apparaissent de plus en plus comme un recours pour les chrĂ©tiens de l’Empire ottoman. En 1604, la France devient protectrice de l’ensemble des pĂšlerins europĂ©ens. En 1625, le pĂšre Joseph, l’éminence grise de Richelieu, obtient l’autorisation d’envoyer des missionnaires Ă  Alep. En contact Ă©troit avec les consuls français, ils tissent un rĂ©seau trĂšs dense de soutien aux chrĂ©tiens locaux. De facto, la France devient la protectrice de tous les chrĂ©tiens d’Orient. Dans le Théùtre de la Turquie, publiĂ© en 1682 par Michel Febvre, pseudonyme d’un ecclĂ©siastique, on peut lire: «Les chrĂ©tiens d’Orient opprimĂ©s sous le joug des infidĂšles fondent leur espĂ©rance dans la croyance qu’ils vont ĂȘtre un jour dĂ©livrĂ©s par un roi de France.»

Les rĂ©gimes passent. La tradition demeure. La lente agonie de l’Empire ottoman aiguise les convoitises. Tout Ă  son obsession de s’assurer le contrĂŽle des dĂ©troits et d’obtenir un dĂ©bouchĂ© en MĂ©diterranĂ©e, la Russie cherche Ă  accroĂźtre son influence dans les principautĂ©s de la Sublime-Porte. En 1846, le jour du vendredi saint, les communautĂ©s catholiques françaises et orthodoxes russes en viennent aux mains Ă  JĂ©rusalem. On relĂšve quarante morts dans la basilique du Saint-SĂ©pulcre. La situation s’enlise jusqu’en 1854. PoussĂ© par les Anglais qui apprĂ©cient peu de voir les Russes leur contester la suprĂ©matie navale en MĂ©diterranĂ©e, NapolĂ©on III engage les troupes françaises en CrimĂ©e. La primautĂ© sur les Lieux saints n’a pas Ă©tĂ© la seule cause de l’intervention française. Mais elle joue un rĂŽle suffisamment important pour que le traitĂ© de Paris, qui met un terme au conflit en 1856, pose explicitement le principe de la prééminence de la France Ă  JĂ©rusalem et de sa primautĂ© en matiĂšre de protection des minoritĂ©s religieuses.

Ne respectant pas ses promesses Ă  l’égard des chrĂ©tiens, en 1860, le sultan exerce sur les maronites libanais une sanglante rĂ©pression. Pour NapolĂ©on III, c’est une provocation. Un corps expĂ©ditionnaire s’embarque pour le pays du CĂšdre. Il le quitte un an plus tard en 1861 aprĂšs avoir obtenu d’Istanbul un statut spĂ©cial, avec notamment la dĂ©signation d’un gouverneur chrĂ©tien pour la «province autonome du Mont-Liban».Face Ă  la tragĂ©die des chrĂ©tiens d’Irak, le passĂ© impose que la France se montre Ă  la hauteur de sa vocation singuliĂšre.

LaĂŻque, la IIIe RĂ©publique garde le cap. Le Quai d’Orsay nĂ©gocie pied Ă  pied pour obtenir de la Sublime-Porte un statut officiel des Ă©tablissements latins. Dans une lettre du 20 juillet 1898, LĂ©on XIII rend hommage Ă  la «mission Ă  part confiĂ©e par la providence Ă  la France, noble mission qui a Ă©tĂ© consacrĂ©e non seulement par une pratique sĂ©culaire, mais aussi par les traitĂ©s internationaux». Les accords de MytilĂšne en 1901 et de Constantinople en 1913 couronnent ces efforts. Une institution aussi prestigieuse que l’École biblique française de JĂ©rusalem y gagne la reconnaissance officielle qui aujourd’hui encore lui sert de base lĂ©gale.

La guerre de 1914 ne met pas un terme Ă  ce tropisme oriental. Lorsqu’elle accepte le mandat au Levant qui lui est confiĂ© par la SDN au traitĂ© de SĂšvres en 1921, l’une des principales prĂ©occupations de la France est d’assurer l’autonomie du Liban, fief des chrĂ©tiens maronites. Le dĂ©part des Français en 1946, distend naturellement les liens nouĂ©s. Mais ils ne disparaissent pas. BombardĂ© dans le palais prĂ©sidentiel de Baabda en 1989, c’est encore vers la France que se tourne le gĂ©nĂ©ral Aoun pour rĂ©clamer une intervention militaire. Et c’est en France qu’il trouve refuge pour son exil.

C’est dire combien dans l’Orient compliquĂ©, le passĂ© commande Ă  la France une vigilance particuliĂšre. Face Ă  la tragĂ©die des chrĂ©tiens d’Irak, il impose qu’elle se montre Ă  la hauteur de sa vocation singuliĂšre.

https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2014/08/06/31005-20140806ARTFIG00009-de-saint-louis-a-la-guerre-du-liban-la-france-protectrice-des-chretiens-d-orient.php


Voyage en Orient (Lamartine)/De saint Louis

Alphonse de Lamartine

Voyage en Orient

Chez l’auteur (p.406-407).

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De Louis XIV  â–ș

LETTRE DE SAINT LOUIS À L’ÉMIR DES MARONITES DU MONT LIBAN, AINSI QU’AU PATRIARCHE ET AUX ÉVÊQUES DE CETTE NATION.

Les rois de France avaient, depuis les croisades, toujours accordĂ© leur protection plus ou moins efficace, suivant les circonstances, aux chrĂ©tiens du mont Liban. Les Maronites avaient fait une alliance avec les croisĂ©s, et y Ă©taient toujours restĂ©s fidĂšles. À la bataille de Mansourah, Louis IX comptait dans son armĂ©e un grand nombre de ces braves montagnards, armĂ©s de foi au dedans et de fer au dehors. Le saint roi, dĂ©livrĂ© de captivitĂ©, fut accueilli, Ă  son arrivĂ©e Ă  Saint-Jean d’Acre, par vingt-cinq mille Maronites que leur prince envoyait Ă  sa rencontre, sous la conduite d’un de ses fils, chargĂ©s d’approvisionnements et de prĂ©sents de toutes sortes. Ce fut Ă  cette occasion que le roi de France Ă©crivit au prince chrĂ©tien du Liban la lettre suivante, dont la traduction arabe, faite sur l’original Ă©crit en latin, se trouve dans les archives des Maronites.

« Notre cƓur s’est rempli de joie lorsque nous avons vu votre fils Simon, Ă  la tĂȘte de vingt-cinq mille hommes, venir nous trouver de votre part pour nous apporter l’expression de vos sentiments, et nous offrir des dons, outre les beaux chevaux que vous nous avez envoyĂ©s. En vĂ©ritĂ©, la sincĂšre amitiĂ© que nous avons commencĂ© Ă  ressentir avec tant d’ardeur pour les Maronites, pendant notre sĂ©jour Ă  Chypre, oĂč ils sont Ă©tablis, s’est encore augmentĂ©e. Nous sommes persuadĂ© que cette nation, que nous trouvons Ă©tablie sous le nom de saint Maron, est une partie de la nation française, car son amitiĂ© pour les Français ressemble Ă  l’amitiĂ© que les Français se portent entre eux. En consĂ©quence, il est juste que vous et tous les Maronites jouissiez de la mĂȘme protection dont les Français jouissent prĂšs de nous, et que vous soyez admis dans les emplois comme ils le sont eux-mĂȘmes. Nous vous invitons, illustre Ă©mir, Ă  travailler avec zĂšle au bonheur des habitants du Liban, et Ă  vous occuper de crĂ©er des nobles parmi les plus dignes d’entre vous, comme il est d’usage de le faire en France. Et vous, seigneur patriarche, seigneurs Ă©vĂȘques, tout le clergĂ© ; et vous, peuple maronite, ainsi que votre noble Ă©mir, nous voyons avec une grande satisfaction votre ferme attachement Ă  la religion catholique et votre respect pour le chef de l’Église, successeur de saint Pierre Ă  Rome ; nous vous engageons Ă  conserver ce respect, et Ă  rester toujours inĂ©branlables dans votre foi. Quant Ă  nous et Ă  ceux qui nous succĂ©deront sur le trĂŽne de France, nous promettons de vous donner, Ă  vous et Ă  votre peuple, protection comme aux Français eux-mĂȘmes, et de faire constamment ce qui sera nĂ©cessaire pour votre bonheur.

» DonnĂ© prĂšs Saint-Jean d’Acre, le vingt et uniĂšme jour de mai douze cent cinquante, et de notre rĂšgne le vingt-quatriĂšme. » https://fr.wikisource.org/wiki/Voyage_en_Orient_(Lamartine)/De_saint_Louis

Lamartine

Voir aussi

Publié par Michaël VINSON

Poëte et Créateur Culturel Pays de Fontainebleau & Carladez : Art, Culture et Territoires Pour une Poëtique de la Vie

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