
- Louis IX
- Saint Louis et le chĂąteau de Fontainebleau
- Bois-le-Roi ou « les bois du roi saint Louis »
- Saint Louis et le Liban
- Voir aussi
Louis IX

Louis IX, dit « le Prudhomme » et plus communĂ©ment appelĂ© Saint Louis, est un roi de France capĂ©tien nĂ© le 25 avril 1214 Ă Poissy et mort le 25 aoĂ»t 1270 Ă Carthage, prĂšs de Tunis. Il rĂ©gna pendant plus de 43 ans, de 1226 jusqu’Ă sa mort. ConsidĂ©rĂ© comme un saint de son vivant, il est canonisĂ© par l’Ăglise catholique en 1297.
En savoir plus https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_IX
Saint Louis et le chĂąteau de Fontainebleau

Les salles Saint-Louis
Ces deux salles entretiennent, par leur nom mĂȘme, le souvenir du plus cĂ©lĂšbre souverain du Moyen-Ăge : Louis IX, dit Saint Louis. Câest en effet dans la deuxiĂšme salle logĂ©e dans lâĂ©paisseur de la vieille muraille du donjon quâĂ©tait installĂ©e, depuis le Moyen-Ăge, la chambre du Roi. Lorsque la chambre changea dâemplacement au XVIIĂšme s, cette salle fut rĂ©trogradĂ©e au rang dâantichambre, câest-Ă -dire de piĂšce dĂ©gagĂ©e et spacieuse, garnie de banquettes, oĂč lâon attend dâĂȘtre introduit auprĂšs du souverain. De lâautre cĂŽtĂ© de lâarcade, la figure Ă©questre en marbre du roi Henri IV par Mathieu Jacquet, vestige dâune monumentale cheminĂ©e de la fin du XVIĂšme s, fut installĂ©e Ă lâentrĂ©e de lâappartement du roi sur la demande de Louis-Philippe, qui rendait ainsi hommage Ă son ancĂȘtre, « le plus aimĂ© des rois »
En savoir plus https://www.chateaudefontainebleau.fr/les-grands-appartements-des-souverains/les-appartements-royaux/
Bois-le-Roi ou « les bois du roi saint Louis »

devenu lieu de pĂšlerinage, le jour de la Saint-Louis.
,https://lesrandonneursovillois.over-blog.com/2015/04/bois-le-roi-sur-les-traces-de-saint-louis.html
Cette chapelle, dont il ne reste que des ruines, est particuliĂšrement intĂ©ressante sur un plan historique car nous ramenant aux temps ou le roi Louis IX de France Ă©tait propriĂ©taire des terres de Bois-le-Roi. Ce lieu fait ainsi un lien entre l’histoire locale et l’histoire de France. C’est en 1297, soit 27 ans aprĂšs la mort de Louis IX, que l’Ă©glise le canonisĂąt et qu’il devint ainsi saint Louis, le faisant du mĂȘme coup Patron de la France. Saint Louis Ă©mit le voeu d’Ă©difier cette chapelle, suite Ă une aventure que nous nous ferons le plaisir de vous conter. Elle fut dĂ©diĂ©e au saint du jour, saint Vincent , et la butte fut dĂ©nommĂ©e la « Butte Saint Louis ». Ce lieu devint rapidement cĂ©lĂšbre, trop mĂȘme. A la fĂȘte de saint Louis, le 25 aoĂ»t, un pĂšlerinage important s’y dĂ©roulait. De la veille au lendemain, on y venait de dix Ă douze lieues Ă la ronde et il s’y trouvait quelques fois trois Ă quatre mille personnes. Les troncs Ă©taient bien garnis. Les pĂšlerins se montraient gĂ©nĂ©reux. Les prieurs Ă©taient peut-ĂȘtre trop riches, et deux d’entre eux furent assassinĂ©s; l’un, le sieur de Marigny, vers 1637, et l’autre en juin 1699. Ces assassinats vont avoir de graves consĂ©quences qui aboutiront Ă la dĂ©cision de Louis XIV de raser la chapelle. Il n’en reste plus Ă l’heure actuelle que des ruines. Des fouilles furent entreprises au cours du siĂšcle dernier sur cette butte, et l’on y trouva les corps des deux prieurs assassinĂ©s et quelques piĂšces de monnaie. Mais autour de la Butte Saint Louis demeure une vieille lĂ©gende, bien oubliĂ©e Ă l’heure actuelle, qui prĂ©tend que lorsque un Ă©vĂšnement important de l’histoire nationale doit arriver, une biche blanche – certains disent une dame blanche – apparaĂźt dans les environs…
(d’aprĂšs le livre « Bois-le-Roi, mon village » de Robert Lesourd, ancien maire de Bois-le-Roi (1910 – 1991).Texte Ă©crit pour la journĂ©e du patrimoine en 2012 (de mĂ©moire)
Saint Louis et le Liban
Saint Louis au Liban, un roi qui parvint Ă rĂ©tablir la paix parmi les chrĂ©tiens dâOrient

De 1250 Ă 1254, Louis IX, roi et saint, passa quatre annĂ©es au Liban. Retour sur son parcours, d’autant que 2014 marque, entre autres, le 800e anniversaire de sa naissance.
OLJ / Par Michel ROUVIĂRE, le 14 novembre 2014
En cette annĂ©e 2014, plusieurs anniversaires se prĂ©sentent Ă notre mĂ©moire. Le premier rappelle la terrible annĂ©e 1914. Le second veut se souvenir de l’assassinat de Jean JaurĂšs. Nous pouvons nous attarder sur le fameux « Dimanche de Bouvines » du 27 juillet 1214. Aujourd’hui, aprĂšs l’anniversaire de sa mort le 25 aoĂ»t, je voudrais marquer les 800 ans, aussi, de la naissance du futur roi Saint Louis, le 25 avril 1214.
Est-il possible d’ĂȘtre roi et saint ? De plus, les vertus chrĂ©tiennes sollicitent une sorte de sacrifices et de mortifications permanents qui pourraient paraĂźtre contradictoires avec l’autoritĂ© que demande le titre de roi. Par extraordinaire, Louis IX, en quarante-quatre ans de rĂšgne (1226-1270), porta la force de l’autoritĂ© royale Ă une hauteur Ă nulle autre pareille, avec une Ă©vidente atmosphĂšre de saintetĂ©. ParticularitĂ© supplĂ©mentaire de cette remĂ©moration : ce roi de France passa quatre ans au Liban et dans ses environs, de 1250 Ă 1254. Il serait intĂ©ressant de savoir comment ce roi s’y prit dans cet « Orient compliquĂ© » pour ne pas perdre son aura de perfection qu’il avait su dĂ©jĂ acquĂ©rir. En effet, nous savons que tel qu’en lui-mĂȘme, il demeura roi dans sa voie sanctifiante, mĂȘme au Levant. Il me semble que de sa maniĂšre si particuliĂšre de gouverner, nous pourrions tirer des fruits, mĂȘme Ă notre Ă©poque. Depuis 800 ans, le cĆur des hommes est toujours animĂ© des mĂȘmes passions. Les diriger reste une science demandant beaucoup d’art.
Faut-il rappeler la fameuse lettre de Saint Louis Ă©crite Ă Chypre au sujet des maronites et dont certains contestent l’authenticitĂ© ? C’est un autre sujet.
Quand le roi vint en Terre sainte il y avait toujours des principautĂ©s latines mais JĂ©rusalem avec la majoritĂ© de la Palestine obĂ©issait aux Ă©mirs ayyoubides en lutte avec les Mamelouks. Dans le camp adverse, il y avait aussi des conflits internes. Le roi de France n’Ă©tait pas triomphant, loin de lĂ ; aprĂšs la dĂ©faite de Mansourah, il venait de se libĂ©rer de son Ă©tat de prisonnier en ayant payĂ© une forte rançon au sultan d’Ăgypte. Ce n’Ă©tait pas une arrivĂ©e sous les meilleurs auspices. Il aurait pu repartir vers les rivages mĂ©diterranĂ©ens de son royaume ; il avait suffisamment payĂ© dans tous les sens du terme. Toutefois, il est Ă noter que mĂȘme dans sa position de prisonnier, Ă laquelle il faut ajouter une crise de dysenterie, le sultan mamelouk d’Ăgypte ne douta jamais de sa royautĂ© et de son autoritĂ©. Souvenons-nous des fameux chevaliers s’en revenant vers la prison, n’ayant pas pu rĂ©unir la somme pour ĂȘtre libĂ©rĂ©s tandis que lui pouvait aller. Enfin libre ! AprĂšs une courte rĂ©flexion, derechef, en contrepartie de la libĂ©ration des chevaliers, il s’en retourna vers son lieu de rĂ©tention, qu’il venait de quitter. AprĂšs avoir repayĂ© et une fois totalement libre, il prĂ©fĂ©ra aller vers le Levant, malgrĂ© le pressant appel au retour de sa mĂšre. Il laisserait encore son royaume sous la rĂ©gence de sa mĂšre, l’excellente reine douairiĂšre, Blanche de Castille.
Favoriser l’entente
Allait-il tenter encore une fois une bataille dĂ©cisive ? Rentrer Ă JĂ©rusalem la lance Ă la main aprĂšs une victoire ! Peut-on imaginer Ă©vĂ©nement plus naturel pour un roi du Moyen Ăge ? Eh bien non ! La chronique retient : « Qu’il mit les principautĂ©s en meilleures dĂ©fenses en terminant les constructions inachevĂ©es. Il rĂ©tablit la paix et la concorde parmi les chrĂ©tiens. » Ayant eu la triste nouvelle de la mort de sa mĂšre, dont il fut trĂšs affectĂ©, il repartit vers le royaume de France le 24 avril 1254. Quatre ans Ă©taient passĂ©s. Dans l’ardeur de ma jeunesse, je trouvais cette pĂ©riode bien dĂ©cevante; l’ambition naturelle aspire Ă plus de gloire. J’imaginais moult chevauchĂ©es. Maintenant, je vois les Ă©vĂ©nements autrement. Ayant vĂ©cu quelques dĂ©cennies au Liban, le fait de pouvoir « Ă©tablir la paix et la concorde parmi les chrĂ©tiens », je me dis qu’il faut rien moins qu’un roi de France, saint de surcroĂźt, pour y arriver.
En lisant plusieurs ouvrages, nous pouvons voir comment il procĂ©dait. Il ne partait pas d’un projet de transformations fondamentales ; une Constitution nouvelle, une lĂ©gislation Ă©crite bien Ă©quilibrĂ©e. Il demandait simplement d’abord que les personnes et les choses soient ce qu’elles doivent ĂȘtre. Le seigneur se plaignant d’un voisin turbulent Ă©tait-il lui-mĂȘme un bon vassal vis-Ă -vis de son roi ? Comment traitait-il ses propres vassaux ? VoilĂ comment le roi parvenait Ă modĂ©rer sa noblesse tout en augmentant son autoritĂ©. Le sommet de cette attitude fut quand le pape Innocent IV vint se mettre sous sa protection Ă Lyon, chassĂ© de Rome par l’empereur FrĂ©dĂ©ric II, « stupor mundi », en 1245, trois ans donc avant la croisade. Ayant un caractĂšre bien affirmĂ©, Sa SaintetĂ© demandait mĂȘme au roi d’attaquer l’empereur excommuniĂ© ! Une ambition normale aurait profitĂ© d’une occasion si belle pour Ă©tendre son pouvoir en Italie. Tout le parti guelfe papal l’aurait soutenu contre les gibelins impĂ©riaux. Le roi prĂ©fĂ©ra annoncer solennellement que l’empereur et le pape devaient s’entendre. FrĂ©dĂ©ric II de Hohenstaufen, en appelant de son autoritĂ© impĂ©riale, supĂ©rieure Ă celle des rois, voulait qu’il le lui livre. Cet Ă©vĂȘque de Rome Ă©tait un de ses sujets. Non ? Cependant, le roi sut lui dire de ne pas s’attendre Ă cela. Ensuite, l’empereur du Saint-Empire ne devait pas espĂ©rer le poursuivre jusque sur les terres relevant du royaume de France car il y rencontrerait son ost. Ainsi gouvernait Saint Louis Ă l’extĂ©rieur comme Ă l’intĂ©rieur. Entre le bourgeois commerçant et l’artisan fabricant quel est le juste prix ? 10 % de marge, 30 %, certains vont jusqu’Ă 300 % ! Cela paraĂźt impossible Ă Ă©tablir dans l’absolu. Le roi se penche sur un cas bien particulier, sans a priori. Est-ce de l’or, du diamant ou mĂȘme une rare relique comme la couronne d’Ă©pine ou un clou de la Passion ? Alors l’Ă©vidence s’y rĂ©vĂšle.
Fixer des limites
Lors de son arrivĂ©e Ă Saint-Jean-d’Acre le 13 mai 1250, le royaume de JĂ©rusalem n’avait pas de roi effectif depuis vingt ans ! Ce n’Ă©tait qu’un titre. Il revenait Ă Conrad IV fils du fameux empereur FrĂ©dĂ©ric II. Mais ce roi-lĂ prĂ©fĂ©rait d’abord s’assurer de la rĂ©alitĂ© de ses autres titres ; empereur du Saint-Empire, roi de Sicile et de Naples. Ainsi nous comprenons aisĂ©ment les raisons de l’anarchie ambiante. Les ordres religieux militaires ; Templiers, Hospitaliers et Teutoniques prenaient leurs aises. Ils avaient tendance Ă confondre leurs fonctions clĂ©ricales de secours et de protections avec les nĂ©cessitĂ©s de la gestion de leurs activitĂ©s financiĂšres. MalgrĂ© leur discipline, leurs organisations, ils ne purent se substituer Ă la sociĂ©tĂ© civile fĂ©odale. Avec fermetĂ© mais sans esprit vindicatif, le roi fixa leurs limites dans chaque cas litigieux.
Nous terminerons avec un autre cas profondĂ©ment psychologique. C’est une intervention particuliĂšrement dĂ©licate du roi vis-Ă -vis d’une mĂšre abusive maintenant son fils sous tutelle. Nous pourrions y voir un effet de miroir entre lui et le cas Ă trancher, tant il y a de similitudes. Cependant nous savons les diffĂ©rences avec les vrais liens existant entre Blanche de Castille et son fils !
Lucienne Conti de Segni
Lucienne Conti de Segni est une princesse d’Antioche par mariage. Elle Ă©tait fille de Paolo Conti, comte de Segni. C’est la petite-niĂšce du pape Innocent III. Elle porte le mĂȘme nom de famille, elle en a le mĂȘme caractĂšre autoritaire. Cette famille offrit trois papes Ă l’Ăglise. Le mariage avec BohĂ©mond V, prince d’Antioche et comte de Tripoli, avait Ă©tĂ© voulu par le pape dans le but d’augmenter son influence en Orient, mais aussi de favoriser une rĂ©conciliation entre les Ăglises de Rome et d’Orient. Ă la mort de son mari en 1252, elle devint naturellement rĂ©gente pendant la minoritĂ© de son fils de quinze ans. Elle sĂ©journe le plus souvent Ă Tripoli, au chĂąteau de Saint-Gilles. Contrairement au but visĂ© par le pape, son oncle, elle dĂ©laisse Antioche. Le siĂšge de divers patriarcats devient alors le lieu de luttes religieuses et ethniques entre les populations latines, grecques et armĂ©niennes. Cependant la rĂ©gente trĂšs autoritaire, bon sang ne saurait mentir, gardait son fils BohĂ©mond VI (1237 -1261) sous une Ă©troite tutelle. Celui-ci profite d’une visite que sa mĂšre et lui faisaient au roi de France. Il se trouvait alors Ă Jaffa dans les restes du royaume de JĂ©rusalem en Terre sainte. Le jeune BohĂ©mond demande l’aide du roi. ImpressionnĂ© par la valeur du prince, le roi l’arme lui-mĂȘme chevalier. Il oblige Lucienne de Segni Ă mettre fin Ă sa rĂ©gence, afin que BohĂ©mond puisse redresser la situation Ă Antioche et gouverner les deux principautĂ©s. SĂ»rement que le roi patronna, ensuite, le mariage du jeune prince avec la jeune Sibylle, fille du roi d’ArmĂ©nie HĂ©thom Ier. VoilĂ , une maniĂšre d’amĂ©liorer une entente entre l’Orient et l’Occident. Aucune sombre intrigue, nul exil dans un couvent ne viennent entacher une nĂ©cessaire Ă©volution entre un fils adolescent et une mĂšre encore jeune.
Quand quelques siĂšcles plus tard la France tomba dans la RĂ©volution sanglante, elle eut un juge terrible : Fouquier-Tinville. Devant un aristocrate ancien ministre du roi, que son avocat prĂ©sentait comme innocent, il rĂ©pondit cyniquement ; « On ne gouverne pas innocemment ! » Ensuite il l’envoya Ă la guillotine. En observant le dur spectacle passĂ© et actuel de la vie politique de l’Orient, je me dis parfois qu’ici, on ne peut gouverner que criminellement. Il est heureux que dans des temps que l’on se plaĂźt Ă dire plus rudes, le Moyen Ăge, un roi de France put redresser et gouverner cette rĂ©gion avec saintetĂ©. Bien qu’apparemment il n’y eut que le bon sens et le raisonnable pour prĂ©sider ses actes. Nous pouvons presque ĂȘtre déçus par le manque de merveilleux. On n’y trouve pas les historiettes, « fioretti », qui accompagnent l’hagiographie avec enluminures d’un saint d’autrefois. Rien ne nous empĂȘche, cependant, de payer l’ouvrier de la onziĂšme heure avec le mĂȘme salaire que celui de la premiĂšre ; en Orient cette fameuse parabole prend une force solaire trĂšs particuliĂšre. Une fois de retour dans son royaume de France, le roi s’imposa de telles mortifications qu’elles dĂ©rangĂšrent parfois son entourage. Notons les plus notoires ; noyer dans son assiette la saveur des mets avec de l’eau, flagellations dans l’intimitĂ© de sa chambre, et enfin le fameux baiser sur les plaies d’un moine lĂ©preux. Toutefois, il n’obligea personne Ă le suivre dans cette voie ardue. NĂ©anmoins, il n’oublia jamais d’exercer la plĂ©nitude de son office royal. L’ascĂšse chrĂ©tienne n’Ă©tait qu’un plus dans l’art de vivre et de rĂ©gner.
De Saint-Louis Ă la guerre du Liban : la France, protectrice des chrĂ©tiens dâOrient
Publié le 6 août 2014
FIGAROVOX/ANALYSE â Lâhistorien Jean-Louis ThiĂ©riot rappelle les liens qui unissent les chrĂ©tiens dâOrient et la France depuis Saint-Louis. Une constante de la diplomatie française, qui a traversĂ© les rĂ©volutions et les changements de rĂ©gime.
Jean-Louis ThiĂ©riot est un avocat, historien (spĂ©cialiste de lâhistoire contemporaine) et homme politique français. Son dernier ouvrage, François-Ferdinand dâAutriche: de Mayerling Ă Sarajevo, est paru aux Ă©ditions Tempus.
Pour la communautĂ© internationale, le martyre des chrĂ©tiens dâIrak est un drame de plus. Pour la France, câest un dĂ©fi majeur car «la protection des chrĂ©tiens dâOrient» est un marqueur essentiel de notre diplomatie. Son histoire vaut dâĂȘtre rappelĂ©e, car on oublie trop souvent quâelle remonte au Moyen Ăge.
Saint Louis a Ă©tĂ© le premier Ă lui donner une formulation officielle. En 1248, il entreprend la septiĂšme croisade pour sauver le royaume latin de JĂ©rusalem. En route vers la Terre sainte, il fait escale Ă Chypre. Les chrĂ©tiens maronites en exil lui font triomphe. Convaincu que ces populations, dont le principal foyer de peuplement se situe autour du Mont-Liban, peuvent ĂȘtre lâavant-garde de la reconquĂȘte Ă venir, Saint Louis sâen proclame le protecteur: «Pour nous, dĂ©clare-t-il dans la charte du 24 mai 1250, et nos successeurs sur le trĂŽne de France, nous promettons de vous donner Ă vous et Ă tout votre peuple notre protection spĂ©ciale comme nous la donnons aux Français eux-mĂȘmes.» Câest un texte fondateur car, pour la premiĂšre fois, il accorde des garanties Ă des populations Ă©trangĂšres vivant sous la domination de princes musulmans.« La protection des chrĂ©tiens dâOrient » est un marqueur essentiel de notre diplomatie. Son histoire vaut dâĂȘtre rappelĂ©e, car on oublie trop souvent quâelle remonte au Moyen Ăge.
LâĂ©chec des croisades ultĂ©rieures et lâirrĂ©sistible progression de lâEmpire ottoman vide cette protection de lâessentiel de sa substance. Mais elle ne cesse de hanter lâesprit de nos rois. DĂ©sireux dâaffaiblir la maison dâAutriche, François Ier fait alliance avec Soliman le Magnifique en signant les fameuses «capitulations». Paris y gagne dâabord des avantages commerciaux qui lui confĂšrent un quasi-monopole sur le commerce avec le Levant. Mais la dĂ©fense des chrĂ©tiens nâest pas oubliĂ©e. De jure, les «capitulations» nâaccordent de garantie quâaux Français. Cependant la France se fait aussi attribuer la garde des Lieux saints, ce qui lui donne un poids particulier.
Constamment renouvelĂ©es jusquâĂ la RĂ©volution française, les «capitulations» apparaissent de plus en plus comme un recours pour les chrĂ©tiens de lâEmpire ottoman. En 1604, la France devient protectrice de lâensemble des pĂšlerins europĂ©ens. En 1625, le pĂšre Joseph, lâĂ©minence grise de Richelieu, obtient lâautorisation dâenvoyer des missionnaires Ă Alep. En contact Ă©troit avec les consuls français, ils tissent un rĂ©seau trĂšs dense de soutien aux chrĂ©tiens locaux. De facto, la France devient la protectrice de tous les chrĂ©tiens dâOrient. Dans le Théùtre de la Turquie, publiĂ© en 1682 par Michel Febvre, pseudonyme dâun ecclĂ©siastique, on peut lire: «Les chrĂ©tiens dâOrient opprimĂ©s sous le joug des infidĂšles fondent leur espĂ©rance dans la croyance quâils vont ĂȘtre un jour dĂ©livrĂ©s par un roi de France.»
Les rĂ©gimes passent. La tradition demeure. La lente agonie de lâEmpire ottoman aiguise les convoitises. Tout Ă son obsession de sâassurer le contrĂŽle des dĂ©troits et dâobtenir un dĂ©bouchĂ© en MĂ©diterranĂ©e, la Russie cherche Ă accroĂźtre son influence dans les principautĂ©s de la Sublime-Porte. En 1846, le jour du vendredi saint, les communautĂ©s catholiques françaises et orthodoxes russes en viennent aux mains Ă JĂ©rusalem. On relĂšve quarante morts dans la basilique du Saint-SĂ©pulcre. La situation sâenlise jusquâen 1854. PoussĂ© par les Anglais qui apprĂ©cient peu de voir les Russes leur contester la suprĂ©matie navale en MĂ©diterranĂ©e, NapolĂ©on III engage les troupes françaises en CrimĂ©e. La primautĂ© sur les Lieux saints nâa pas Ă©tĂ© la seule cause de lâintervention française. Mais elle joue un rĂŽle suffisamment important pour que le traitĂ© de Paris, qui met un terme au conflit en 1856, pose explicitement le principe de la prééminence de la France Ă JĂ©rusalem et de sa primautĂ© en matiĂšre de protection des minoritĂ©s religieuses.
Ne respectant pas ses promesses Ă lâĂ©gard des chrĂ©tiens, en 1860, le sultan exerce sur les maronites libanais une sanglante rĂ©pression. Pour NapolĂ©on III, câest une provocation. Un corps expĂ©ditionnaire sâembarque pour le pays du CĂšdre. Il le quitte un an plus tard en 1861 aprĂšs avoir obtenu dâIstanbul un statut spĂ©cial, avec notamment la dĂ©signation dâun gouverneur chrĂ©tien pour la «province autonome du Mont-Liban».Face Ă la tragĂ©die des chrĂ©tiens dâIrak, le passĂ© impose que la France se montre Ă la hauteur de sa vocation singuliĂšre.
LaĂŻque, la IIIe RĂ©publique garde le cap. Le Quai dâOrsay nĂ©gocie pied Ă pied pour obtenir de la Sublime-Porte un statut officiel des Ă©tablissements latins. Dans une lettre du 20 juillet 1898, LĂ©on XIII rend hommage Ă la «mission Ă part confiĂ©e par la providence Ă la France, noble mission qui a Ă©tĂ© consacrĂ©e non seulement par une pratique sĂ©culaire, mais aussi par les traitĂ©s internationaux». Les accords de MytilĂšne en 1901 et de Constantinople en 1913 couronnent ces efforts. Une institution aussi prestigieuse que lâĂcole biblique française de JĂ©rusalem y gagne la reconnaissance officielle qui aujourdâhui encore lui sert de base lĂ©gale.
La guerre de 1914 ne met pas un terme Ă ce tropisme oriental. Lorsquâelle accepte le mandat au Levant qui lui est confiĂ© par la SDN au traitĂ© de SĂšvres en 1921, lâune des principales prĂ©occupations de la France est dâassurer lâautonomie du Liban, fief des chrĂ©tiens maronites. Le dĂ©part des Français en 1946, distend naturellement les liens nouĂ©s. Mais ils ne disparaissent pas. BombardĂ© dans le palais prĂ©sidentiel de Baabda en 1989, câest encore vers la France que se tourne le gĂ©nĂ©ral Aoun pour rĂ©clamer une intervention militaire. Et câest en France quâil trouve refuge pour son exil.
Câest dire combien dans lâOrient compliquĂ©, le passĂ© commande Ă la France une vigilance particuliĂšre. Face Ă la tragĂ©die des chrĂ©tiens dâIrak, il impose quâelle se montre Ă la hauteur de sa vocation singuliĂšre.
Voyage en Orient (Lamartine)/De saint Louis
Chez lâauteur (p.406-407).
â  LETTRES DES ROIS DE FRANCE
De Louis XIVÂ Â âș
LETTRE DE SAINT LOUIS Ă LâĂMIR DES MARONITES DU MONT LIBAN, AINSI QUâAU PATRIARCHE ET AUX ĂVĂQUES DE CETTE NATION.
Les rois de France avaient, depuis les croisades, toujours accordĂ© leur protection plus ou moins efficace, suivant les circonstances, aux chrĂ©tiens du mont Liban. Les Maronites avaient fait une alliance avec les croisĂ©s, et y Ă©taient toujours restĂ©s fidĂšles. Ă la bataille de Mansourah, Louis IX comptait dans son armĂ©e un grand nombre de ces braves montagnards, armĂ©s de foi au dedans et de fer au dehors. Le saint roi, dĂ©livrĂ© de captivitĂ©, fut accueilli, Ă son arrivĂ©e Ă Saint-Jean dâAcre, par vingt-cinq mille Maronites que leur prince envoyait Ă sa rencontre, sous la conduite dâun de ses fils, chargĂ©s dâapprovisionnements et de prĂ©sents de toutes sortes. Ce fut Ă cette occasion que le roi de France Ă©crivit au prince chrĂ©tien du Liban la lettre suivante, dont la traduction arabe, faite sur lâoriginal Ă©crit en latin, se trouve dans les archives des Maronites.
« Notre cĆur sâest rempli de joie lorsque nous avons vu votre fils Simon, Ă la tĂȘte de vingt-cinq mille hommes, venir nous trouver de votre part pour nous apporter lâexpression de vos sentiments, et nous offrir des dons, outre les beaux chevaux que vous nous avez envoyĂ©s. En vĂ©ritĂ©, la sincĂšre amitiĂ© que nous avons commencĂ© Ă ressentir avec tant dâardeur pour les Maronites, pendant notre sĂ©jour Ă Chypre, oĂč ils sont Ă©tablis, sâest encore augmentĂ©e. Nous sommes persuadĂ© que cette nation, que nous trouvons Ă©tablie sous le nom de saint Maron, est une partie de la nation française, car son amitiĂ© pour les Français ressemble Ă lâamitiĂ© que les Français se portent entre eux. En consĂ©quence, il est juste que vous et tous les Maronites jouissiez de la mĂȘme protection dont les Français jouissent prĂšs de nous, et que vous soyez admis dans les emplois comme ils le sont eux-mĂȘmes. Nous vous invitons, illustre Ă©mir, Ă travailler avec zĂšle au bonheur des habitants du Liban, et Ă vous occuper de crĂ©er des nobles parmi les plus dignes dâentre vous, comme il est dâusage de le faire en France. Et vous, seigneur patriarche, seigneurs Ă©vĂȘques, tout le clergĂ© ; et vous, peuple maronite, ainsi que votre noble Ă©mir, nous voyons avec une grande satisfaction votre ferme attachement Ă la religion catholique et votre respect pour le chef de lâĂglise, successeur de saint Pierre Ă Rome ; nous vous engageons Ă conserver ce respect, et Ă rester toujours inĂ©branlables dans votre foi. Quant Ă nous et Ă ceux qui nous succĂ©deront sur le trĂŽne de France, nous promettons de vous donner, Ă vous et Ă votre peuple, protection comme aux Français eux-mĂȘmes, et de faire constamment ce qui sera nĂ©cessaire pour votre bonheur.
» DonnĂ© prĂšs Saint-Jean dâAcre, le vingt et uniĂšme jour de mai douze cent cinquante, et de notre rĂšgne le vingt-quatriĂšme. » https://fr.wikisource.org/wiki/Voyage_en_Orient_(Lamartine)/De_saint_Louis