Valvins en automne

L’automne à Valvins

Michaël Vinson avec son chien sur les bords de Seine à Valvins, photographié par Dominique Ladoux

(Devant la terrasse du restaurant « l’Anneau de Mallarmé » et qui porte bien son nom puisque au bas de l’escalier se trouve l’endroit ou Mallarmé attachait sa yole).
https://dominiqueladoux.com/photos-bords-de-seine-et-foret-de-fontainebleau/
  1. 𝐔𝐧 𝐦𝐚𝐫𝐝𝐢 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐌𝐚𝐥𝐥𝐚𝐫𝐦𝐞 : 𝐥𝐚 𝐦𝐚𝐠𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐕𝐚𝐥𝐯𝐢𝐧𝐬 ✨
  2. Soupir
    1. L’atmosphère alanguie de l’automne
  3. Plainte d’Automne
  4. Voir aussi
𝐔𝐧 𝐦𝐚𝐫𝐝𝐢 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐌𝐚𝐥𝐥𝐚𝐫𝐦𝐞 : 𝐥𝐚 𝐦𝐚𝐠𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐕𝐚𝐥𝐯𝐢𝐧𝐬 ✨
Vue de la fenêtre de la chambre du poète © Yvan Bourhis.

🍂« En particulier, ce à quoi il sera toujours très sensible à Valvins, c’est le spectacle de l’automne, parce que l’automne c’est l’équivalent à l’échelle de l’année, du couchant à l’échelle du jour. C’est le moment d’apothéose de la forêt, où la forêt semble s’embraser, s’enflammer, avant que survienne l’hiver » (Bertrand Marchal).

🏡 Ce nouveau mardi met en lumière les liens entre le poète et sa maison de Valvins, grâce au podcast « Les écrivains en leur demeure » diffusé sur France Culture, qui transporte les auditeurs sur les lieux de vie de grands écrivains.

🎧 Découvrez l’émission dans son intégralité sur le site internet du musée !

https://www.musee-mallarme.fr/fr/actualites/un-mardi-avec-mallarme-la-magie-de-valvins

Soupir

Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton œil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
– Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.

_SM_

L’atmosphère alanguie de l’automne
Stéphane Mallarmé, Soupir, manuscrit, vers 1890
Stéphane Mallarmé, Soupir, manuscrit, vers 1890, inv. 2010.8.1©Musée Mallarmé

Le poème est placé sous le signe de l’automne. Le titre initialement prévu pour l’ensemble auquel ce poème appartient était Atonies : Il retranscrit l’atmosphère alanguie et pâle de cette saison.

Le ciel, qui dans le poème Azur, également publié dans Le Parnasse contemporain, est cruel et ironique, devient dans Soupir « l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur ».

L’évocation de la femme et de la sœur disparue

Le poème établit une correspondance entre le paysage automnal et la femme. Cette femme est aussi bien Marie, la femme du poète, qui pour Mallarmé avait « la grâce des choses fanées », que Maria, la sœur décédée « à la veille de l’automne » en 1857 à l’âge de treize ans.
Profondément affecté par cette perte, Mallarmé évoque sa sœur également dans le poème en prose Plainte d’automne écrit en 1863.
Un portrait au pastel de Maria, exécuté par Camille Lagrange, est exposé dans les collections permanentes du musée au côté de celui de Stéphane, réalisé par le même peintre.

Bibliographie

Stéphane Mallarmé, Œuvres complètes, édition présentée, établie et annotée par Bertrand Marchal, Bibliothèque de la Pléiade, 1998. Poème page 107, notes p.1161-1162.

https://www.musee-mallarme.fr/fr/stephane-mallarme-soupir


Plainte d’Automne

Depuis que Maria m’a quitté pour aller dans une autre étoile – laquelle, Orion, Altaïr, et toi, verte Vénus ? – j’ai toujours chéri la solitude. Que de longues journées j’ai passées seul avec mon chat. Par seul, j’entends sans un être matériel et mon chat est un compagnon mystique, un esprit. Je puis donc dire que j’ai passé de longues journées seul avec mon chat, et seul, avec un des derniers auteurs de la décadence latine; car depuis que la blanche créature n’est plus, étrangement et singulièrement j’ai aimé tout ce qui se résumait en ce mot: chute. Ainsi, dans l’année, ma saison favorite, ce sont les derniers jours alanguis de l’été, qui précèdent immédiatement l’automne et, dans la journée, l’heure où je me promène est quand le soleil se repose avant de s’évanouir, avec des rayons de cuivre jaune sur les murs gris et de cuivre rouge sur les carreaux. De même la littérature à laquelle mon esprit demande une volupté sera la poésie agonisante des derniers moments de Rome, tant, cependant, qu’elle ne respire aucunement l’approche rajeunissante des Barbares et ne bégaie point le latin enfantin des premières proses chrétiennes.

Je lisais donc un de ces chers poëmes (dont les plaques de fard ont plus de charme sur moi que l’incarnat de la jeunesse) et plongeais une main dans la fourrure du pur animal, quand un orgue de Barbarie chanta languissamment et mélancoliquement sous ma fenêtre. Il jouait dans la grande allée des peupliers dont les feuilles me paraissent mornes même au printemps, depuis que Maria a passé là avec des cierges, une dernière fois. L’instrument des tristes, oui, vraiment: le piano scintille, le violon donne aux fibres déchirées la lumière, mais l’orgue de Barbarie, dans le crépuscule du souvenir, m’a fait désespérément rêver. Maintenant qu’il murmurait un air joyeusement vulgaire et qui mit la gaîté au cœur des faubourgs, un air suranné, banal: d’où vient que sa ritournelle m’allait à l’âme et me faisait pleurer comme une ballade romantique ? Je le savourai lentement et je ne lançai pas un sou par la fenêtre de peur de me déranger et de m’apercevoir que l’instrument ne chantait pas seul.

http://www.columbia.edu/itc/french/blix/3334/texts/mallarme_poemes_prose.htm

Voir aussi

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