
Chacun est invité à créer un « jardin de paradis » dans sa localité, où a en rejoindre un déjà existant. Les artistes sont également invités à se saisir de ce thème très riche qui a illustré parmi les plus belles pages de l’histoire de l’art.
- Tous les jardins de paradis
- La genèse
- Le mot « paradis »
- Evocations venues des littératures grecque et romaine
- Une nature enchanteresse
- La clairière poétique de la Forêt de Fontainebleau
- Arbre de vie
- Sources
- Voir aussi
Tous les jardins de paradis
Plaine de Sorques

La plaine de Sorques est un vaste espace naturel reliant le Loing à la forêt de Fontainebleau.
L’exploitation de la gravière a modelé le paysage qui se compose, actuellement, d’étangs, de marais, de prairie et de bois. Ces différents milieux ont favorisé l’essor d’une faune et d’une flore remarquable.
En savoir plus : https://www.fontainebleau-tourisme.com/fr/fiche/5526463/espace-naturel-la-plaine-de-sorques/
Dans le zodiaque de Fontainebleau, cette plaine est située dans le signe du Lion qui est parcouru par le soleil du 23 juillet au 23 août.
Il est alors possible de se réunir et de créer symboliquement un « jardin de paradis » en partageant des textes sur le thème du paradis, jouant des petites scènes de « théâtre de paradis » ou des « danses de paradis »….
Jardin de Paradis Bacot aux Marchais

Fontaine Belle-eau, jardin de paradis

A la recherche du paradis : petite histoire d’un jardin
Extraits de A la recherche du paradis de Jean Delumeau
La genèse

Le paradis, ce fut longtemps le paradis terrestre, souvent appelé par les Pères de l’Eglise le « jardin des délices ». Il faut d’entrée de jeu souligner l’importance du texte fondateur qui a formé la base de cette croyance, la Genèse (II,4-III,24) :
08 Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l’orient, et y plaça l’homme qu’il avait modelé.
09 Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres à l’aspect désirable et aux fruits savoureux ; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
10 Un fleuve sortait d’Éden pour irriguer le jardin ; puis il se divisait en quatre bras :
11 le premier s’appelle le Pishone, il contourne tout le pays de Havila où l’on trouve de l’or
12 – et l’or de ce pays est bon – ainsi que de l’ambre jaune et de la cornaline ;
13 le deuxième fleuve s’appelle le Guihone, il contourne tout le pays de Koush ;
14 le troisième fleuve s’appelle le Tigre, il coule à l’est d’Assour ; le quatrième fleuve est l’Euphrate.
15 Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde.
La suite du texte raconte l’ordre de Dieu à Adam de na pas manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, la nomination des animaux par Adam, la création d’Eve, la désobéissance de l’homme et de la femme, la découverte de leur nudité, leur condamnation à la souffrance et à la mort, leur expulsion du jardin d’Eden.

Dieu posta alors « les chérubins à l’orient du jardin avec la flamme de l’épée foudroyante pour garder le chemin de l’arbre de vie. Les éléments majeurs du mythe du paradis terrestre étaient dès lors en place : un jardin qui aurait nourri l’humanité sans qu’elle peine à le cultiver, de l’eau en abondance à partir d’un fleuve se divisant en quatre bras, la présence de pierres et de métaux précieux -onyx et or -, de parfums – le bdelium, gomme odorante de palmiers -, et l’absence de souffrances et de mort pour Adam et Eve, s’ils avaient observé le commandement du Seigneur. Était ainsi formulé sur le mode hébraïque le mythe d’un âge d’or primordial, qu’on retrouve aussi bien dans les religions qui conçurent le temps comme un cycle que dans celles qui l’identifièrent comme un vecteur. Dans les premières, notamment celles de l’Inde, l’âge d’or doit revenir périodiquement. Dans les religions du Livre, au contraire, la familiarité avec Dieu et l’absence de mort sont à reconquérir par l’homme. S’il se soumet à la loi divine, il recouvrera définitivement dans le paradis eschatologique les biens qu’il ne possédait que de façon précaire dans le jardin d’Eden.

Dans Voyages (Livre des merveilles)
Jean de Mandeville, auteur ; Maître de Boucicaut, enlumineur, Paris, vers 1410-1412.
Parchemin
BnF, Manuscrits, Fr. 2810 f. 222
© Bibliothèque nationale de France
Les jardins médiévaux chrétiens s’inspirent des jardins d’Orient. Au VIIe siècle, le prophète Mahomet et ses disciples définissent le plan du cosmos qui engendre l’image du paradis. Le monde apparaît comme un cercle divisé en quatre quartiers. Au centre un bassin et une source de vie ; cette figure de l’oasis cosmique inspira le jardin islamique.
Ce dernier apparaît dans des relations de voyages comme ceux du chevalier anglais Jean de Mandeville qui se seraient déroulés en Orient entre 1322 et 1343.
Dans cette enluminure, le jardin est délimité par un mur hexagonal et toute l’importance a été donnée à la fontaine d’où jaillissent les quatre fleuves du paradis. Franchissant les portes du jardin en direction des points cardinaux, les ruisseaux se transforment en larges fleuves sur lesquels glissent les bateaux.
La première description du jardin islamique parvint en Europe grâce à Marco Polo qui décrit le jardin du chef de la secte des Assassins d’Alamut : « Il fit construire, dans une vallée entre deux montagnes, le plus beau et le plus grand des jardins qui fût, garni des fruits les plus savoureux du monde… il y avait quatre conduits, de l’un coulait du vin, d’un autre du lait, le troisième donnait du miel et le dernier de l’eau. »
L’occident chrétien s’approprie cette image décrite par le cardinal Pierre d’Ailly dans son Imago Mundi : « Il est une fontaine dans le paradis terrestre qui arrose le jardin des délices, d’où s’écoule quatre fleuves. Elle est si élevée qu’elle touche le globe de la lune et que les eaux du déluge ne sont pas parvenues à sa hauteur… Les eaux qui descendent de cette montagne escarpée forment un grand lac. On dit que le fracas de ces eaux fait un tel bruit que ceux qui demeurent dans cette région naissent sourds… Ainsi l’ont attesté les moines Basile et Amboise. De cette source principale, nous croyons que les quatre fleuves du paradis se déversent : le Pishon qui est le Gange, le Gibon qui n’est autre que le Nil, puis le Tigre et enfin l’Euphrate, même si leurs sources paraissent avoir été découvertes dans des endroits différents. » BnF essentiels
Le mot « paradis »
Le paradis terrestre se trouvait en orient et c’était un jardin. Le mot « paradis » vient de l’ancien persan paridaiza qui signifiait un verger protégé par un mur contre les vents brûlants du désert. L’ancien hébreu l’adopta sous la forme de pardès. Puis les Septante qui, à Alexandrie aux IIIe – IIe siècles, traduisirent la Bible en grec, exprimèrent par le terme paradesisos à la fois pardès et le mot hébreux plus classique, pour désigner un jardin, gan. On a rapproché le paradis de la Genèse du mythe sumérien d’Enki qui débute par une description de la paix paradisiaque régnant à Dilmoun et des passages de l’épopée mésopotamienne de Gilgamesh qui évoque le jardin merveilleux des dieux. Ces rapprochements témoignent du lien structurel qui, dans toutes les civilisations, a uni bonheur et jardin. Notons toutefois une différence majeure entre le jardin d’Eden et ceux des autres cultures : il était le seul à contenir un arbre de la connaissance du bien et du mal.
Evocations venues des littératures grecque et romaine
Très tôt, des écrivains chrétiens fusionnèrent au sujet du paradis terrestre les éléments bibliques et des évocations venues des littératures grecque et romaine. […] Le paradis terrestre du christianisme s’enrichit donc du mythe de l’âge d’or évoqué dans Les Travaux et les jours d’Hésiode, les Métamorphoses d’Ovide, la IVe Eglogue de Virgile et la XVIe Epode dans laquelle Horace fait surgir à l’ouest de l’océan les îles fortunées.
Une nature enchanteresse
Découvrons une des grandes significations des jardins dans la civilisation d’autrefois : ils furent une tentative pour oublier – ou nier – le présent et reconstituer artificiellement un décor à la fois d’âge d’or et de paradis terrestre. La tradition des « paradis persans » et l’influence musulmane se combinèrent chez nous, en ce domaine, avec l’héritage gréco-romain. De Bagdad et Damas à Grenade, les souverains musulmans créèrent de magnifiques vergers qu’évoquèrent les Mille et Une Nuits.
Le jardin d’amour

Dynamisé par l’Orient, le thème littéraire du jardin d’amour, difficile d’accès, se mit à fleurir chez nous, le plus célèbre exemple en étant peut-être celui décrit par Guillaume de Loris dans la première partie du Roman de la Rose ( vers 1225-1230) :
Jamais en effet les yeux d’un homme n’eurent,
Je le crois, une joie et plaisir pareils
A ceux qu’offraient ce verger.
Car pour héberger des oiseaux
Ce lieu n’était ni dédaigneux ni chiche :
Jamais un lieu ne fut en arbres aussi riche
Et aussi plein d’oisillons qui chantaient.
Le Songe de Poliphile
Ce voyage allégorique dans l’Île de Cythère est exemplaire des paradis érotiques que la Renaissance aima imaginer. C’est un paradis terrestre paganisé, bien que son auteur soit dominicain. L’Île de Cythère est décrite comme un espace clos où les nymphes « font honneur à Cupidon ». Le lieu est « plaisant et délectable… vraie retraite de délices bienheureuses, faites en jardins, vergers et petits bocages, ordonnés pour le but et dernière main de tout plaisir ». Le climat est « toujours florissant et salutaire, dédié à l’éternité et produisant tous les biens que nature peut faire croître ». L’itinéraire du jeune amoureux passe par une série de jardins emboîtés et s’achève dans celui de Vénus où Poliphile parvient a embrasser Polia, objet de ses désirs.
Lucas Cranach l’Ancien, l’Âge d’or 1530

On peut rapprocher le songe érotique de Poliphile du tableau de Cranach l’Ancien, l’Âge d’or (1530), conservé à Oslo. L’artiste, bien que vivant à Wittenberg et peintre attitré de Luther, a pris plaisir à évoquer des jeunes gens beaux et nus qui dansent, se baignent et s’adonnent aux plaisirs sensuels. Autour d’eux, les arbres ne perdent pas leurs feuilles et les animaux sont, eux aussi, heureux et paisibles.
En savoir plus sur cette oeuvre : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_d%27or
La fontaine de jouvence

La fontaine de jouvence pouvait recevoir une interprétation chrétienne, son eau signifiant alors régénération spirituelle. Mais, la Renaissance aidant, l’érotisme devint la composante majeur des représentations de cette source de bonheur et de jeunesse.
Dans ce tableau de Lucas Cranach l’Ancien en 1546, des vieillards, malades et estropiés sont amenés à l’eau miraculeuse dans des brouettes. Là, on leur enlève leurs vêtements. Puis ils plongent dans le bassin d’où ils ressortent guéris, jeunes et heureux, prêts pour les danses, les banquets et l’amour. A gauche, côté vieillesse, le paysage est monstrueux et inquiétant, à droite, côté jeunesse, la nature est douce et accueillante.
Le faux paradis du jardin des délices de Jérôme Bosch

A la Renaissance, des mises en garde furent lancées contre les faux paradis terrestres et le danger des « impossibles restitutions édéniques ». Regardons sous cet éclairage le célèbre triptyque de Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (voir en détail sur ce site ).

Le volet gauche évoque celui-ci au sens biblique : le Créateur appelle Adam et Eve à la vie. Derrière eux la fontaine de vie, rose et d’une architecture étrange, s’élève au-dessus des eaux calmes et bleues d’un étang. Même si cette partie de l’œuvre comporte, comme toujours chez Bosch, des trouvailles cocasses et insolites, l’impression dominante est celle de la paix dans une campagne sereine. Une girafe et un éléphant, blancs l’un et l’autre, encadrent une fontaine. D’autres animaux s’abreuvent sans crainte dans une mare.

Mais méfions-nous des délices d’ici-bas, car le jardin d’Eden s’est évanoui depuis le péché originel. Le centre du triptyque, consacré aux faux plaisirs terrestres, présente à nouveau une fontaine de jouvence. De jolies femmes, blanches et noires, s’y ébattent. Des fruits délicieux, des fleurs, des couleurs précieuses et délicates qui font penser à des miniatures persanes créent une atmosphère d’enchantement. Mais l’intrusion de l’inquiétant, voire de l’obscène indique qu’il s’agit d’un faux paradis. A travers un tube de verre, un rat sous la sphère de cristal où deux amoureux se caressent. A gauche, la chouette géante est l’oiseau de Satan; à droite, un homme renversé plonge déjà dans l’abîme.

Le volet de droite, par lequel s’achève la lecture de l’œuvre, est logiquement celui du triomphe du mal dans un enfer inépuisable de supplices.
La clairière poétique de la Forêt de Fontainebleau

Jean-Baptiste-Camille Corot (1796 – 1875)
Huile sur toile peinte en 1834
Dimensions : 175,6 x 242,6 cm
National Gallery of Art, Washington D.C.
« Mais l’on est si heureux au milieu de ces paisibles déserts, parmi ces arbres géants et ces rochers aussi vieux que le monde ! On y trouve la paix, le bonheur, la santé. Le coeur et l’âme y savourent mille jouissances délicieuses. On y revient toujours content et meilleur, car l’aspect grandiose et suave de ce jardin, comme Dieu seul sait en créer, vous charme et vous inspire à la bonté »
Claude-François Denecourt, le sylvain de la forêt
Arbre de vie

Sources
Extraits de A la recherche du paradis de Jean Delumeau

