
Présentation
La Règle d’or est une Ă©thique de rĂ©ciprocitĂ© dont le principe fondamental est Ă©noncĂ© dans presque toutes les grandes religions et cultures : « Traite les autres comme tu voudrais ĂŞtre traitĂ© » ou « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Cette forme de morale universelle se retrouve aussi bien dans les prĂ©ceptes philosophiques de l’Égypte antique et de l’AntiquitĂ© grecque que dans les religions orientales (hindouisme, bouddhisme, taoĂŻsme, confucianisme…), proche-orientales ou occidentales (judaĂŻsme, christianisme, islam) ou encore dans l’humanisme athĂ©e.
La formulation la plus rĂ©pandue de la Règle d’or en Occident est « Tu aimeras ton prochain comme toi-mĂŞme », commandement de la Bible hĂ©braĂŻque (ou Ancien Testament) exprimĂ© dans le LĂ©vitique (Lv 19,18), dĂ©veloppĂ© par Hillel et par les milieux pharisiens puis par JĂ©sus de Nazareth, qui le cite (Mt 22 37-40 ) comme Ă©tant l’essence des six commandements du DĂ©calogue qui se rapportent aux relations humaines.
Cette règle constitue une source d’inspiration essentielle pour l’approfondissement du concept moderne des droits de l’homme.
Règle de vie

La « Règle d’or » peut se comprendre Ă plusieurs niveaux :
- Elle peut se limiter Ă Ă©noncer la règle de base de la morale sociale qu’est la rĂ©ciprocitĂ©, sous la forme d’un simple accord, « ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fĂ®t » (Tb 4 :15).
- Elle peut exprimer une attitude socialement louable, ce qu’est socialement un homme bon, « tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de mĂŞme pour eux » (Mt 7 :12).
- Elle peut enfin exprimer que la morale n’est pas nĂ©cessairement une contrainte, mais peut ĂŞtre un choix de vie personnel, une attitude active, le choix radical de donner la prioritĂ© à « l’amour de l’autre » par rapport à « l’amour de soi » : « tu aimeras ton prochain comme toi-mĂŞme » (LĂ©vitique 19 :18).
La relation de l’homme Ă son prochain pose la question de la limite sociale : « Qui est mon prochain ? » (Lc 10:29).
La signification du mot « proche » ou « prochain » n’est pas explicitĂ©e dans le commandement du LĂ©vitique. Le terme utilisĂ© provient de la racine רעה. Il signifie proche, ami ou encore l’autre, l’interlocuteur. Cependant, la dĂ©finition de celui qu’il faut aimer comme soi-mĂŞme selon le LĂ©vitique s’Ă©tend Ă l’hĂ´te Ă©tranger quelques versets plus loin : « Vous traiterez l’étranger en sĂ©jour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l’aimerez comme vous-mĂŞmes, car vous avez Ă©tĂ© Ă©trangers dans le pays d’Égypte. »
Dans le Nouveau Testament, Jésus répond indirectement à cette question par la parabole du Bon Samaritain.
Christianisme

Depuis Origène, la thĂ©ologie chrĂ©tienne interprète le principe de la Règle d’or comme le fondement d’une morale universelle que Dieu destine Ă l’ensemble de l’humanitĂ©.
La Règle d’or est reprise en ces termes dans le Nouveau Testament : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de mĂŞme pour eux, car c’est lĂ la loi et les prophètes. » (Matthieu 7:127), et aussi Matthieu 22:39, Luc 6:31, Luc 10:27. Elle est dĂ©veloppĂ©e par JĂ©sus par la parabole du Bon Samaritain dans l’Évangile selon Luc (6:31), par laquelle il montre que l’amour du « prochain » va au-delĂ de l’application stricte de la loi, et s’Ă©tend Ă tout homme.
Cette règle constitue la seconde partie du Grand Commandement. L’ÉpĂ®tre de Jacques la qualifie de « Loi royale » ou « Loi du Royaume ». Elle est la base de la vie chrĂ©tienne, et JĂ©sus en confirme le caractère nĂ©cessaire et suffisant : « Si tu veux entrer dans la vie, applique les commandements » (Mt 19:17 ).
Au-delĂ , « si tu veux ĂŞtre parfait » (Mt 19:21 ), JĂ©sus propose en outre dans son enseignement un christianisme radical pour ses disciples. Dans ce cadre, la règle d’or est complĂ©tĂ©e par des règles de vie qui visent Ă refuser l’usage de la violence ; la loi du talion est alors abolie au profit de la non-vengeance, de la non-rĂ©sistance au mĂ©chant :« Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, prĂ©sente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force Ă faire un mille, fais-en deux avec lui. Donne Ă celui qui te demande, et ne te dĂ©tourne pas de celui qui veut emprunter de toi. Vous avez appris qu’il a Ă©tĂ© dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haĂŻras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bĂ©nissez ceux qui vous maudissent, faites du bien Ă ceux qui vous haĂŻssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persĂ©cutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les mĂ©chants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5:39-45 )
Pour ceux qui ne cherchent pas Ă l’appliquer littĂ©ralement, l’esprit de ce principe de non-agression, « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui la joue gauche », est un appel Ă ne pas se mettre au mĂŞme niveau moral que l’agresseur, mais elle ne prĂ©tend pas exclure une auto-dĂ©fense ou une sanction pĂ©nale.
Autres racines religieuses et philosophiques
Les philosophies et religions de l’Histoire ont contribuĂ© depuis longtemps Ă la rĂ©flexion et Ă la formulation de concepts proposant une approche de l’Ă©thique de rĂ©ciprocitĂ© selon diffĂ©rentes approches :
- Bouddhisme : « Ne blesse pas les autres de manière que tu trouverais toi-même blessante. » – Udana-Varga 5:18 (environ 500 av. J.-C.) ;
- Confucianisme : « Ce que tu ne souhaites pas pour toi, ne l’Ă©tends pas aux autres. » (己所不欲勿施于人) – Confucius (environ 551 – 479 av. J.-C.) ;
- Hindouisme : « Ceci est la somme du devoir ; ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent. » – Mahabharata (5:15:17) (environ 500 av. J.-C.) ;
- Humanisme : D’après Greg M. Epstein (en), chapelain humaniste sĂ©culier Ă l’UniversitĂ© Harvard, « Ne faites pas aux autres… est un concept qu’essentiellement aucune religion ne rate entièrement. Mais aucune de ces versions de la règle d’or n’a besoin d’un Dieu ».
- JaĂŻnisme : « Rien qui respire, qui existe, qui vit, ou qui a l’essence ou le potentiel de la vie ne devrait ĂŞtre dĂ©truit ou dirigĂ©, ou subjuguĂ©, ou blessĂ©, ou dĂ©niĂ© son essence ou son potentiel. Pour renforcer cette vĂ©ritĂ©, je vous pose une question : est-ce que le dĂ©sespoir ou la douleur sont quelque chose de dĂ©sirable pour vous ? Si vous rĂ©pondez oui, ce serait un mensonge. Si vous rĂ©pondez non, vous exprimez la vĂ©ritĂ©. Juste comme le dĂ©sespoir et la douleur ne sont pas dĂ©sirables pour vous, il en est de mĂŞme pour tout ce qui respire, ou existe, vit ou a l’essence de la vie. Pour vous et pour tous, ceci n’est pas dĂ©sirable, et douloureux, et rĂ©pugnant. » ;
- Philosophie en Grèce antique : « Ne fais pas Ă ton voisin ce que tu prendrais mal de lui » – Pittacos de Mytilène (640 – 568 av. J.-C.) et « Évite de faire ce que tu blâmerais les autres de faire » – Thalès (624 – 546 av. J.-C.)
- TaoĂŻsme : « Regarde le gain de ton voisin comme ton propre gain, et la perte de ton voisin comme ta propre perte » T’ai Shang Kan Ying P’ien, « Le sage n’a pas d’intĂ©rĂŞt propre mais prend les intĂ©rĂŞts de son peuple comme les siens. Il est bon avec le bon ; il est Ă©galement bon avec le mĂ©chant, car la vertu est bonne. Il est croyant avec le croyant ; il est aussi croyant avec l’incroyant, car la vertu est croyante. » – Dao de jing (environ AnnĂ©es 600 av. J.-C.), Chapitre 49 ;
- Zoroastrisme : « La nature est bonne seulement quand elle ne fait pas aux autres quoi que ce soit qui n’est pas bon pour soi-mĂŞme. » – Dadistan-i-Dinik 94:5 (environ AnnĂ©es 700 av. J.-C.).
Source
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8gle_d%27or