Néojaponisme et renouveau contemporain des relations culturelles France-Japon

Néojaponisme et renouveau contemporain des relations culturelles France-Japon

Appel Ă  contributions pour la revue Alternative francophone

https://www.fabula.org/actualites/91998/neojaponisme-et-renouveau-contemporain-des-relations-culturelles-france-japon-revue-alternative.html

L’âge d’or des relations culturelles Ă©tablies entre la France et le Japon semble fixĂ© une fois pour toutes Ă  la fin du XIXe siècle, lorsque la dĂ©couverte et la rĂ©vĂ©lation en France et en Europe des estampes japonaises marquent de son empreinte dĂ©licate et colorĂ©e la peinture occidentale. Par l’entremise de quelques amateurs d’art japonais influents, tels Edmond de Goncourt ou Siegfried Bing, la diffusion de ces images exotiques inflĂ©chit notamment la crĂ©ation impressionniste. Cet attrait pour le Japon inspire Ă©galement la littĂ©rature fin-de-siècle Ă  travers les Ĺ“uvres des Goncourt eux-mĂŞmes, mais aussi de Marcel Proust, Pierre Loti ou encore Judith Gauthier, elle aussi fascinĂ©e par les territoires Ă©tranges et lointains du Japon. Depuis la seconde moitiĂ© du XXe siècle, ce mouvement que l’on a nommĂ© le « japonisme Â» a fait l’objet de nombreuses recherches et expositions comme en tĂ©moigne en particulier le dossier que lui consacre plus rĂ©cemment la Bibliothèque Nationale de France[1] ou encore le colloque « Territoires du japonisme Â», tenu en 2012[2].

Dans un jeu de miroir, il a contribuĂ©, au Japon, Ă  la notoriĂ©tĂ© de Hokusai ainsi qu’à la mise en valeur de l’esthĂ©tique des estampes, jusque-lĂ  considĂ©rĂ©es comme une forme d’art populaire. Le japonisme s’inscrit en effet dans un jeu d’inspirations transculturelles au cours duquel les frontières entre « haute Â» culture et culture « populaire Â» se sont brouillĂ©es et redessinĂ©es, quelles que soient les formes artistiques. L’élite littĂ©raire japonaise considĂ©rait ainsi comme impensable d’élever l’estampe au rang des illustres peintures de l’école KanĹŤ, comme l’explique Tsubouchi ShĹŤyĹŤ dans son essai « L’Essence du roman Â» (ShĹŤsetsu shinzui, 1885-86). Ce dernier Ĺ“uvra pourtant, sur les bases du rĂ©alisme Ă  la Dumas, Ă  faire du roman on plus une distraction populaire, mais une forme d’art en soi.

La Maison franco-japonaise de Tokyo et l’implantation étendue de l’Institut français ont participé à maintenir une présence patente du pays de Victor Hugo au sein du Japon. En parallèle, des écrivains tels que Nagai Kafū ou Endō Shūsaku ont séjourné en France, l’un publiant Contes français (Furansu monogatari, 1909), l’autre contrastant les perspectives japonaises et occidentales à travers ses romans L’Homme blanc (Shiroi hito, 1955) et L’Homme jaune (Kiiroi hito, 1955). À la suite des Jeux olympiques de Tokyo (1964), le Japon devient le « Troisième Grand », selon la formule de Robert Guillain, et l’image de l’Archipel s’associe peu à peu à ses prouesses technologiques. Cette évolution suscite l’émergence d’un « techno-orientalisme » (Morley & Robins, 1995) dont le mouvement cyberpunk demeure la plus notable représentation. Qu’il s’agisse des mangas ou des films d’animation, Akira (1982-90/1989) ou Ghost in the Shell (1989-91/1995) ont ainsi contribué, avec le film Tetsuo (1989) à diffuser l’image d’un Japon high-tech et futuriste. Le cyberpunk français s’est pourtant davantage inspiré des œuvres nord-américaines, telles que le film Blade Runner (1982) ou les romans de William Gibson. En effet, depuis les années 1970, Roland Barthes (L’Empire des signes, 1970) ou Jacques Roubaud (Mono no aware : le sentiment des choses, 1970) ont contribué en France à l’apparition d’un « néojaponisme » plutôt centré sur l’étrange familiarité du quotidien japonais. Distinct du « japonisme » fin-de-siècle, il est décrit par Christian Reyns comme une mouvance inscrite « dans une internationalisation à un double niveau (Europe et globalisation) où se redéfinissent les artistes qui l’illustrent et où ceux-ci à leur tour redéfinissent leur(s) identité(s) nationale(s), culturelle(s) et autres[3] ». Les dernières années du XXe siècle ont ainsi vu apparaître en France un renouveau des échanges culturels, mais aussi économiques et politiques avec le Japon.

Pour réaffirmer la persistance des bonnes relations franco-japonaises, en commémoration du 160e anniversaire de la signature du tout premier traité entre les deux pays – le « Traité de paix, d’amitié et de commerce entre la France et le Japon », la nation française a ainsi célébré tout au long de l’année qui vient de s’écouler un ensemble de manifestations variées (expositions, spectacles de théâtre ou de danse, concerts…) réunies sous le nom de « Japonisme 2018 ». Au-delà du souvenir des influences passées, il faut y lire la volonté de découvrir de nouveaux échanges et rapports culturels entre la France et le Japon. C’est à ces relations culturelles contemporaines que souhaite s’intéresser ce numéro d’Alternative francophone, pour mettre enfin en lumière leurs aboutissements les plus récents, y compris dans la culture populaire et le cinéma.

De telles pistes rĂ©servent en effet de belles promesses : la Palme d’or du Festival de Cannes 2018 a Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  un rĂ©alisateur japonais, Koreeda Hirokazu pour Une affaire de famille, un film qui dĂ©voile un visage inĂ©dit de la sociĂ©tĂ© japonaise. Parallèlement, l’un des plus grands succès en librairie revient depuis plus de dix ans Ă  l’écrivain prolifique Murakami Haruki. Dans ce domaine de la littĂ©rature française et au sein d’autres arts encore, le haĂŻku exerce une influence plus ou moins patente et qui s’étend bien au-delĂ  des formes poĂ©tiques. Il agit comme une source d’inspiration prolifique, au point qu’un colloque de juin 2019 met Ă  l’honneur Ă  l’universitĂ© de la Sorbonne nouvelle « la fĂ©conditĂ© du haĂŻku dans la crĂ©ation contemporaine Â». Au Japon, les Ă©crivains français tels Proust, Baudelaire ou Paul ValĂ©ry continuent aujourd’hui Ă  faire l’objet de recherches universitaires qui, quoique marginales, n’en demeurent pas moins substantielles.

En ce qui concerne le manga et l’anime japonais, la sĂ©duction exercĂ©e sur le public français est incontestable : suite Ă  l’immense popularitĂ©, dans les annĂ©es 1980, des dessins animĂ©s et des films d’animation, la France est, après le Japon, le deuxième marchĂ© de lecture du manga et les artistes ĹŚtomo Katsuhiro et Takahashi Rumiko viennent de remporter le Grand Prix du Festival International de la Bande-DessinĂ©e d’AngoulĂŞme, respectivement en 2015 et 2018. L’impact de cette production nipponne fait notamment l’objet de travaux universitaires de plus en plus nombreux. Inversement, si Moebius (Jean Giraud) ou Enki Bilal sont Ă©galement connus au Japon, de nouveaux artistes d’inspiration manga, tels que Tony Valente, sont Ă©galement traduits et jouissent d’une belle popularitĂ© au Soleil Levant. En sculpture, c’est le dĂ©fenseur du « Pop-art Â» le plus provocateur, Murakami Takashi, qui s’invite sur la scène de l’art contemporain français. La science-fiction japonaise littĂ©raire commence elle aussi Ă  se faire connaĂ®tre avec quelques traductions de nouvelles parues dans le magazine Galaxies ou le roman d’ItĂ´ Keikaku (Project Itoh) Harmonie (2008), tandis que le Français Laurent Genefort connaĂ®t un beau succès au Japon avec le cycle d’Omale (2001-2015).

Il ne s’agit ici encore que de quelques suggestions vouĂ©es Ă  souligner l’ouverture que vise Alternative francophone. La recherche portant sur les relations culturelles contemporaines France-Japon pourra se concentrer aussi bien sur les arts « savants Â», traditionnels, que sur les crĂ©ations de la culture pop. L’essentiel demeurera de montrer comment ces rapports, dans les deux sens, transforment en profondeur la signification et la portĂ©e du « japonisme Â», ou bien, inversement, l’impact de la culture française au Japon aujourd’hui, en ces premières annĂ©es du XXIe siècle. Les propositions pourront ainsi examiner comment le processus d’interaction et de crĂ©ation entre ces deux pays a permis la diffusion et la rĂ©ception de produits culturels au-delĂ  de leurs frontières tout en donnant naissance Ă  des identitĂ©s ou des objets culturels hybrides. Elles pourraient s’articuler – sans pour autant s’y limiter – autour des thèmes suivants :

  • CrĂ©ation, diffusion et rĂ©ception littĂ©raires : hĂ©ritages et permanences, emprunts, Ă©volutions et innovations 
  • LittĂ©ratures de migration ou d’immigration
  • CinĂ©ma et arts visuels
  • Genres et sous-genres : science-fiction, fantasy, light novels…
  • Manga et bande dessinĂ©e
  • Jeux vidĂ©o
  • Musiques
  • Emprunts et transferts culturels entre la France et le Japon
  • Adaptations et circulations mĂ©diatiques entre littĂ©rature, cinĂ©ma, manga / bande dessinĂ©e, dessins animĂ©s, et jeux vidĂ©o
  • Voyages, tourisme et dialogues interculturels

ÉchĂ©ances :

Les propositions d’articles d’environ 300 mots, accompagnées d’une brève bio-bibliographie, sont à envoyer à Aurélie Briquet (aurelie.briquet[at]u-pec.fr) et Denis Taillandier ( denis-t[at]fc.ritsumei.ac.jp) avant le 15 octobre 2019, pour une réponse au plus tard début novembre.

La date de remise des articles, en français ou en anglais, est fixée au 9 février 2020.

Pour ces articles dĂ©finitifs, nous demandons aux auteurs de bien respecter le protocole de publication du journal :

https://journals.library.ualberta.ca/af/index.php/af/about/submissions

[1] https://gallica.bnf.fr/html/und/asie/france-japon

[2] Voir les Actes de ce colloque, Territoires du japonisme, Presses Universitaires de Rennes, 2014.

[3] Chris Reyns-Chikuma, Images du Japon en France et ailleurs, L’Harmattan, 2005.

Voir aussi

Publié par Michaël VINSON

Poëte et Créateur Culturel Pays de Fontainebleau & Carladez : Art, Culture et Territoires Pour une Poëtique de la Vie

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