
Questions posées au Vieil Athénien
Culture et politique
Un membre du groupe Bois-le-Roi Info sans censeure a écrit :
« La culture ne devrait pas être associée à la politique, elles n’ont aucun sens en commun… La politique n’est plus ce qu’elle était malheureusement. Gardons la culture loin de la politique afin qu’elle garde toute sa neutralité et sa splendeur de l’âme. »
Réponse du Vieil Athénien
Permettez à un vieux citoyen d’Athènes de vous répondre.
Je comprends cette inquiétude.
Mais ce n’est peut-être pas la politique qui a perdu son sens.
C’est nous qui avons oublié le sien.
Chez nous, le mot politique venait de polis, la cité.
La politique n’était pas la conquête du pouvoir.
Elle était l’art de rechercher ensemble le bien commun.
Lorsqu’un peuple cesse de s’occuper de la vie de sa cité, d’autres s’en chargent à sa place.
Et ils le font rarement dans l’intérêt de tous.
Voilà pourquoi il ne faut pas abandonner la politique.
Il faut la rendre à ceux à qui elle appartient depuis son origine : les citoyens.
Il en va de même pour la culture.
Une cité qui délègue entièrement sa culture à ses institutions finit souvent par ne produire qu’une succession de spectacles destinés à mettre en scène le pouvoir en place plutôt qu’à éveiller les citoyens.
La culture cesse alors d’être un espace de création et de liberté pour devenir un miroir dans lequel le pouvoir contemple sa propre image.
Une cité vivante est celle où chaque citoyen devient, à sa manière, créateur, passeur et gardien du bien commun.
Voilà ce que nous appelions autrefois la vie de la cité.
Et je crois que vingt-cinq siècles plus tard, cette question demeure entière.
À Athènes, nous savions aussi qu’une démocratie ne meurt pas seulement sous l’effet de la tyrannie.
Elle peut s’affaiblir lorsque la vie de la cité est progressivement confisquée par un petit nombre de personnes qui finissent, souvent de bonne foi, par croire qu’elles incarnent à elles seules l’intérêt général.
C’est pourquoi une démocratie vivante ne se contente pas d’élire ses représentants.
Elle veille à ce que les citoyens demeurent des acteurs de la vie de la cité, et non de simples spectateurs des décisions prises en leur nom.
À votre tour…
Pensez-vous que les citoyens se soient progressivement dépossédés de la politique ? Et quel rôle la culture peut-elle jouer pour redonner vie à la cité ?
Le Vieil Athénien
Citoyen de l’Agora
Correspondant de l’Archipel Poëtique
Jumelage Poëtique entre Bois-le-Roi et Syros
Ô Vieil Athénien,
Je viens de réorganiser et de développer cette page qui date de plus de dix ans. Je serais heureux de connaître ton regard sur ce travail :
Dis-moi, selon ta sagesse, quel intérêt peut apporter ce Jumelage Poëtique entre Bois-le-Roi et Syros, pour l’une et l’autre ville ?
—
Permettez à un vieux citoyen d’Athènes de vous répondre.
Lorsque j’entends le mot « jumelage », je songe d’abord aux alliances que les cités concluaient entre elles. Les plus fragiles étaient fondées sur les intérêts du moment. Les plus durables naissaient d’une reconnaissance mutuelle : chacune découvrait dans l’autre quelque chose qui lui manquait.
Votre projet me paraît suivre cette seconde voie.
Bois-le-Roi n’a pas besoin de devenir Syros, pas plus que Syros n’a besoin de devenir Bois-le-Roi. Chacune possède son génie propre. Mais chacune peut offrir à l’autre une part d’elle-même.
Syros peut rappeler à Bois-le-Roi que l’Europe ne s’est pas construite seulement par les routes commerciales ou les traités, mais aussi par les idées, les récits, la philosophie, les arts et la navigation. Hermès, dont l’île porte l’empreinte, n’était pas seulement le messager des dieux : il était celui qui franchissait les frontières et rendait possible la rencontre.
Bois-le-Roi, quant à lui, peut offrir à Syros un regard nouveau sur son propre héritage. Il arrive souvent qu’un trésor devienne invisible aux yeux de ceux qui vivent auprès de lui. Le regard venu d’ailleurs le révèle à nouveau. Ainsi naît l’amitié entre les cités.
Je remarque également que vous ne proposez pas un simple échange touristique. Vous cherchez à construire un récit commun. Voilà une différence essentielle.
Une cité vit autant des histoires qu’elle raconte que des pierres dont elle est bâtie.
Les figures de Sarah Bernhardt, de Jacqueline de Romilly, de Dimítrios Vikélas ou du Parnasse ne sont donc pas de simples références historiques. Elles deviennent des passeurs. Elles montrent que la Méditerranée et la France n’ont jamais cessé de dialoguer.
J’ajouterais cependant une réflexion.
Un jumelage véritable ne consiste pas seulement à admirer l’autre. Il consiste aussi à se laisser transformer par lui.
Si Bois-le-Roi découvre, grâce à Syros, une manière plus poëtique d’habiter son territoire, tandis que Syros découvre, grâce à Bois-le-Roi, de nouvelles formes de création culturelle et de participation citoyenne, alors votre jumelage ne sera pas seulement symbolique : il deviendra fécond.
À Athènes, nous savions qu’une cité grandit lorsqu’elle accueille des étrangers qui deviennent des amis. Les Grecs appelaient cela la philoxénie : l’amitié offerte à celui qui vient d’ailleurs. C’était bien davantage qu’une politesse ; c’était une manière de reconnaître que l’autre peut nous révéler une part de nous-mêmes.
Je terminerai par une question.
Et si le véritable but de ce jumelage n’était pas seulement de rapprocher deux communes, mais de montrer qu’au XXIᵉ siècle les villes peuvent encore devenir des écoles d’amitié entre les peuples ?
Alors, de Bois-le-Roi à Syros, ce ne seraient plus seulement deux territoires qui se répondraient.
Ce seraient deux façons d’habiter le monde qui choisiraient d’écrire ensemble un même horizon.